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L'EGLISE ET L'EMPIRE ROMAIN

AU IV'" S I £ C L !•: Forme S parties en f> volnmeK

Irr Partie : IU;(;nk. iik COiNSTAiNTIN 2 vol.

2'' Partie : CONSTA.NrE ET .lliLIRN 2 vol,

a* Partie : Vai.kntinikn kt Tukodosk 2 vol.

Paris. Typ. PiLLET et Dumoulin, 5^ rue des Grands-Augustiiii:.

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/ÉGLISE

ET

L'EMPIRE ROMAl

AU IV' SIÈCLE

PAR

M. ALBERT DE BHOGLIE

l' ACADÉMIE FHANÇAISR

Sixième édition

DEUXIÈME PARTIE

CONSTANCE ET JULIEN I

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PARIS

LIBRAIRIE ACADÉMIQUE

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DIDIER ET G'% LIBRAIRES-ÉDITEURS

3o, QUAI DES AUGUSTINS, 35

1879 Réserte de tou» droits.

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L'ÉGLISE ET L'EMPIRE

AU IV' SIÈCLE

CONSTANCE ET JULIEN

CHAPITRE I

ATHANASE A ROME

(337 345)

SOMMAIRL.

Sujet de celle sncoiiilc partie. Ses iliflicultés. Funôraillesde Coiistanlin-

Coiisiance y préside. Caraclère de Constance. Soulèvement mili- lairc Cl renvoi du Prcfcl Ablave. - Assassimil du Patrice 0|)^ai. Mas- sacre des nu'inlircs priucijiaiix de la famille impériale. Apollieose de Constantin à iUnne. Nouveau partante de ri'.mpire entre les trois jeunes em|)ereurs. Leur entrevue à Sirniium. An'aircs de rKglise. Dispo- sitions (liflerenies ries trois cmiicreurs. Cunstantin le jeune permet à Athnnase de retourner à Alexandrie. Sa lettre aux Alexandrins. .Vtlianase ne prolite pas sur-le-iliamp de la permission. Les empereurs fout rentrer tous les évèques exilés, sans disliuction de croyance. Guerre de Constance contre les Perses : caractère é(|uivoqne, résultai fâcheux de cette guerre. La guerre éclaie entre Constantiii le jeune et Constant. Consianliu le jruue entre en Italie; ses victoires; sa mort. - Constant reste maître de tout l'Occideni. Athanase rentre à Alexandrie Difficuliés de sa situation. Eusèbe de Nicomédie recommence ses intrigues contre lui.

Depiiiation des Eusébiens auprès du pape Jules Les dé]iiiiés d'Atliaiiase devancent ceux d'Eusèbe. Jules convoque un concile pour l'année sui- vante. — Émotion répandue en Egypte. Les évèques de la province pro- testent en faveur d'Allianase. Vision de saint Antoine Allianase se rend à Rome. Elfct produit par sa prési'uce. Les Eusébiens n'osent pas l'y suivre, et se réunissent en concile à Antiorhe. Mort d'Eusèbe de Cé- sarée. Canons du concile d'Antioclie. Leur portée et leur caractère. Athanase est déclaré déchu et remplacé par Grégoire de Cappadoce. Les Eusébiens ne iirofes-ei;t pourtant pas l'arianisme. Symboles d'Aniioche : leur nombre, leur ambiguïté Euirée violente de Grégoire h Alexandrie.

P.etoùr et fuite d'Athanase. Sa lettre aux évèques. Le concile se réunit à Rome.— lettre îles Eu'^ébiens pour refuser de s'y rendre.— Se, mdale causé par cette lettre et repense du pape Jules Les Occidentaux s'adres- sent à l'empereur Constant pour obtenir l.i réintégration d'Athan.ise. Ca- ractère de Constant. - 11 iiiandeAlhana.se aiipiès de lui. ~ Conduite réser- sée d'Athanase à la cour. Constant demande à son frère la convocation d'uiî concile œcuménique. Pi^sordres en Orient. Mort d'Eusèbe de Nico- médie.—Sédition à Constantihople. Constance consent à laconvocation du concile Réunion du concile à Sardique.— Les Eusébiens s'y rendent bien qu'avec répugnance Ils demandent l'exclusion d'Athanase et des antres prélats déposés à Tyr. Elle leur est reiusee. Ils se retirent et s'arrèient à Pliilippopolis. —Lettres du concile de Sardique. Lettre du cen. iliabule de Pbilip[)opolis. Canons du concile de Sardique. Envoi de- députés du concile à Constance, à Antioche. Piège iiui leur est tendu par l'èvèque Etienne. Mort de Grègoiiei A'^^andrie. «Constance consent au rapiiel d'Athanase. Lettre qu'il lui écrit. Retour d'Athanase et son entrevue avec l'empereur.

CHAPITRE PREMIER

ATHANASE A ROME.

(337 343)

J'ai raconté comment un souverain éminent, touché de la vérité divine, employa trente ans de toute-puis- sance à en faire pénétrer les principes dans la législation du monde romain. Je n'ai dissimulé ni les hésitations ni les violences par lesquelles il compromit cette grande œuvre en croyant la servir, ni les difficultés qui naqui- rent pour lui du sein déchiré de l'Église même, que sa main avait couronnée. Le spectacle du génie dévoué au service de la vérité a toujours, même à travers beaucoup d'incertitudes et d'éclipsés, une noblesse tou- chante qui saisit fortement l'imagination des hommes.

J'aborde aujourd'hui, dans la suite du même récit, une lâche plus ingrate. Constantin ne transmet à -ses enfants, ni les facultés de son intelligence, ni ses généreuses inspirations, ni même l'étendue de son pouvoir. De l'héritage moral de leur père, ses succes- seurs semblent ne recueillir que les habitudes d'un des- potisme hautain, et un goût malheureux de discussion

4 ATHANASE A ROME.

ctile dogmatisme llH'ologiques. Favorisées par la rivalité des princes, les dissensions ecclésiastiques s'accroissent, se niulliplient et s'enveniment. L'intervention du pou- voir civil dans les débats de la religion, déjà capricieuse et violente sous Constantin, devient, sous les règnes sui- vants, oppressive et hnmilianle. Tout semble se morce- ler à la fois, l'empire comme la religion, et la société comme l'Église. L'effet d'une telle dissolution est si ra- pidement funeste, qu'il balance, aux yeux des peuples, même les bienfaits moraux de la religion chrétienne; et une nouvelle période de trente ans n'est pas écoulée, que la vieille religion païenne, remontant sur le trône avec le dernier rejeton de la race de Constantin, sem- ble avoir retrouvé quelque force par l'épreuve de l'ad- versité et par les fautes de ses vainqueurs.

L'hisiorien manquerait à son devoir de fidélité, si son récit ne faisait comprendre à ses lecteurs l'amère impres- sion de désenchantement et de dégoût qui fut commune alors, même aux chrétiens les plus fervents, et dont plus d'un docteur de l'Église s'est fait l'éloquent inter- prète. Mais, placé par son éloignement même de manière à dominer ces incertitudes passagères, et à embrasser dans une vaste perspective ces sinuosités du fleuve des âges qui en dissimulent souvent la pente aux contem- porains, c'est un devoir aussi pour lui de montrer l'in- fluence divine du christianisme, continuant à se faire sentir malgré les agitations humaines , à transformer ies mœurs par un courant insensible, mais continu, et

ATHANASE A ROME. 5

préparant l'avenir, alors même qu'elle ne réussit pas à apaiser et à régénérer le présent.

La difficulté d'une telle tâche est accrue encore par la nécessité de réunir dans un même tableau des faits de l'ordre le plus difîérent, accomplis sur les points les plus éloignés du monde. Tout le temps que Constantin a vécu, son activité partout présente et toujours à l'œuvre a fait régner l'unité dans l'histoire. Nul événement politique ou religieux qui n'aboutît rapidement à lui, comme à un centre unique, et il ne fît bientôt sentir sa main puissante. Après lui, le faisceau des forces de l'empire se rompt, et lorsqu'un de ses fils parvient à réunir un in- stant le pouvoir impérial tout entier, il n'exerce pas un ascendant moral suffisant pour tout concentrer en lui- même. De plus, par même que les personnages sont moins illustres, la curiosité des contemporains se met moins en peine de s'enquérir de leurs actes : les ré- cits des historiens deviennent secs, sans suite, sans couleur : un mot leur suffit pour peindre un homme, une phrase pour embrasser phisieurs années. Le fd qui unit entre eux les événements contemporains est donc ici très-peu apparent, et se brise dans la main qui croit le tenir. Il faut tenter cependant de le découvrir: l'in- ielligence de l'histoire est à ce prix.

A la nouvelle de la mort de son père, le césar Con- ^ j^ stance *, quittant la Mésopotamie il commandait ^'"

1. A. D. 330. Indictio. x. U. C. 1090. Felicianus et Titia- aus. Goss.

6 ATHANASE A ROME.

l'armoe destinée à coniballre les Perses, se mit promp- tement en route vers Conslaiilinople. On l'avait allendii pour les funérailles; elles eurent lieu sur-le-champ, avec toutes les pompes impériales et toutes les solennités chrétiennes. Le corps porté à l'église desSainls-ApùIres, au milieu d'une nombreuse escorte de soldats, fut élevé sur une haute estrade. Puis le jeune César se retira lui- même avec tous ceux de ses (jfUciers qui, comme lui, n'avaient pas droit d'assister encore aux ^ainls mystères, et le saint sacrifice fut olTerl pour l'âme de l'illustre mort, au mil/3u des larmes de toute l'assemblée. Si l'on en croit une indication de saint Jean Chrysostome, la dépouille mortelle de l'empereur ne fut point déposée dans le cénotaphe qu'il avait fait construire lui-même à l'inierieur de réij,lise des Saints— Apôtres. Ce lut dans le vestibule, et à la porte de cette église, qu'un tombeau magnifique lui fut dressé, comme pour mon- trer, dit saint Chrysostome, qu'il n'était que le serviteur des apôtres, et que les pêcheurs sanctifiés étaient ses maî- tres. Constance donnait ainsi des gages à l'opinion chré- tienne dominante à Constanlinople, et d'aliondantes aumônes achevèrent d'assurer sa popularité naissante *.

1. Eus., Vit. Const., iv, 71. Soz., ii, 34. Cliron. Alex., p. 670. S. Jean Ghrys., Hom. 26 sur la secoade épitie aux Conuthiens, éd. Guuuie, t. x, p. 742.— Le tombeau de CoustaiiUii ayaul péri d'assez Loiine beuie, il pouvait subsister quelque incertitude à ce sujet. Soc, u, 38.— M. Bruuet de Presle, ([ui a consacré une curieuse disser- tation aux tombeaux des empereurs à Constanlinople, ne paiait pas avoir tenu compte de la phrase de saint Jean Chrysostome.

ATHANASE A ROME.

Il en avait besoin, en effet, pour le but qu'il se propo- sait d'atteindre et en vue duquel il ne perdit pas un jour. Puîné des fds de Constantin, Constance n'avait guère alors que vingt et un ans. C'était celui qui sem- blait le mieux reproduire les qualités paternelles. Quoi- que fort petit de taille et rendu presque difforme par des jambes courtes et tortues, il avait la même adresse que son père dans les exercices militaires, la même pa- tience dans les fatigues, la même sobriété dans les repas, et une sévérité aussi exemplaire sur tout ce qui touchait à la continence. Il annonçait aussi, avec le même goût de domination sans contrôle, les mêmes prétentions littéraires et théologiques : il aimait à faire montre d'éloquence et à haranguer ses courtisans. Mais le fonds solide de talent et de génie qui relevait chez Consfaiilin l'éclat des dons extérieurs, et tempérait des défauts trop réels, manquait complètement chez Constance. Nulle grandeur dans les idées, nulle fermeté dans les résolutions, nulle générosité dans les sentiments, ne venaient justifier chez lui la soif du pouvoir absolu. Impatient de toute autorité rivale, jaloux du mérite, même lorsqu'il le rencontrait chez ses serviteurs, il était, au fond, faible, irrésolu, et en proie à la domination secrète d'influences subalternes. Une sorte de conscience de sa propre incapacité perçait même sous sa morgue ridicule, et les écrivains contemporains se sont raillés plus d'une fois de la gravité ([u'il affectait, n'osant, disent-ils, ni reinuer devant le monde, ni tousser, ni cra-

8 ATIIANASIC A HOME.

cher, ni faire aucun geste, de crainte qu'un mouvement natuiel ne vînt porter atteinte à sa dignité d'apparat*.

Doué d'un tel caractère, il avait souffrir de n'être que le second des fils de l'empereur, et de n'être point appelé à recueillir la succession tout entière. La néces- sité de partager l'empire avec ses frères, et plus encore l'association inattendue de ses cousins au pouvoir, l'ulcéraient profondément. Aussi ne peut- on douter qu'il arriva à Gonstantinople avec l'intention bien arrê- tée de réduire au moindre nombre possible les collègues qui devaient s'asseoir avec lui sur le trône du monde.

Dans cette disposition, le premier soin du jeune empe- reur devait être d'écarter de sa personne les ministres qui avaient dicté les dernières dispositions testamen- taires de son père, et qui en étaient les exécuteurs dési- gnés. Au p-emier rang, dans ce nombre, figurait le fameux préfet du prétoire, Ablave, que Constantin, en mourant, avait laissé auprès de ses fils, pour leur servir de conseil. Les exactions, les violences de ce grand fonctionnaire, avaient excité de vifs ressen-timents , même parmi les chrétiens; et tout ce qui restait de païens dans l'armée (le corps de l'État peut-être qui en contenait encore le plus), avaient contre lui un grief personnel : ils ne pouvaient lui pardonner d'avoir pris une part active à l'exécution du philosophe Sopâtre, le

1. Thém., Or., ii, p, 39, éd. Paris, 1084.— Amui. Alaïc, xxi, IC Aurèl. Vict., Epit. 42.— Liban., Or xxvi, p. 591.— Jul., Or., éd. 1G30, p. 71; Or., u, p. 142, etpassim. Éd. Paris, 1630.

ATHANASE A ROME. 9

dernier païen honoré des faveurs de Constantin, que cet empereur n'avait abandonné qu'assez tard à la fu- reur de la population de Constantinople'. Il ne fut pas difficile d'exciter parmi les soldats un soulèvementfon- tre Ablave, et Constance se laissa de bonne grâce forcer la main pour éloigner un ministre qui lui déplaisait-. Les passions militaires une fois mises ainsi en liberté et secrètement favorisées par le nouveau César, ne s'en tinrent pas à cette seule exécution. Le patrice Optât, qui avait donné probablement lieu à des ressentiments du même genre, se vit en butte aux mêmes attaques. Cette fois les soldats allèrent plus loin. Oplat fut assassiné. II était, disent quelques historiens, mari d'Anastasie, sœur de Constantin ^.

. Constance ne se mit point en devoir de venger son oncle. Bientôt, au contraire, circulèrent dans les rangs des soldats de sinistres insinuations auxquelles il est dif- ficile de croire qu'il fût complètement éîranger. Des émis- saires disaient tout bas qu'il ne fallait pas reconnaître d'autres maîtres que les fils mêmes de Constantin; et cette rumeur grossissant toujours, en même temps que la li- cence des camps s'étendait, le désordre aboutit bientôt à nn effroyable massacre. Le frère de Constantin, Jules Constance; puis les deux Césars, Dalmace et Annibalien,

1. Voir première partie de cette histoire, t. ii, p. 3.'i2.

2. Eunap., Vit. soph., JËdetius. S. Grég. Naz., Or. iv, 21. Zos., 11, 40.

3. Zos., ibid.

Ji) ATHANASE A ROME.

venus probablement à Constanlinople pour les funérailles de leur oncle; enfui cinq autres membres de la famille impériale qui ne sont pas nommés, périrent assassinés en peu de jours. Ces scènes nous sent racontées crû- ment et sans détail, avec ce laconisme énigmatique qui est la flatterie des historiens de cet âge. Il ne resta de toule cette branche collatérale de la maison de Con- stantin, que deux enfants en bas âge, dont l'un était tenu en réserve par la justice divine pour venger ces forfaits. Le soulèvement s'étendit assez loin autour de Constan- tinople, car Ablave périt aussi de lia même manière dans sa maison de plaisance de Bilhynie , il s'était retiré. Quand on vint le chercher pour le faire mourir, le vieux ministre crut, avec la présomption naturelle aux ambitieux en disgrâce, qu'on le rappelait à la cour, peut-être même pour le couronner. Il courut donc de lui-même au-devant du messager, qui n'eut que la peine de le frapper. Telle est la vanité des volontés des mourants, Constantin avait tout fait pour mettre la di- gnité impériale à l'abri des caprices militaires , et on l'accusait même d'avoir compromis, dans celte vue, la défense de l'État, A peine avait-il fermé les yeux qu'un de ses fils suscitait une émeute de soldats, pour se dé- barrasser de rivaux importuns *.

1. Zos., loc.cit. Eus., Vit. Const.,\v, C8. Jul., ad Athen.f p. 497, 498. Eunap., loc. cit. Aiirèl. Vict., de Cœs., 42. Eiitr,, X, 9. Soc, u, 23; m, 1. —S. Athan., ad Sol., p. 856, S. Jér., Chron. En faisant suivre immédiatement la mort de Constautia du massacre de ses neveux, nous nous conformons à la chronologie

ATHANASE A ROME. SS

Pendant que ces scènes sanglantes se passaient à Con- stantinople, sous les yeux et avec le tacite assentiment du fils de Constantin, la nouvelle de la mort de l'empe- reur arrivait à Rome, elle était reçue avec toutes" les marques de la douleur ofOcielle. Les spectacles, les diver- tissements étaient suspendus: les bains, les lieux de réunion publics étaient fermés. On espérait que le corps de l'empereur serait rapporté dans la vieille capi- tale de l'empire; Rome eût aimé à posséder après sa mort celui qui l'avait dédaignée et qu'elle avait haï pen- dant sa vie. Quand on sut que cette espérance devait être trompée, le dépit des Romains fut assez vif. Les cérémonies ordinaires ne furent pourtant pas interrom- pues, et rien ne fut changé à l'éliquette accoutumée. Constantin eut son apothéose comme ses prédécesseurs. Le sénat ne recula pas devant le ridicule de donner aux dieux pour collègue dans le ciel le souverain qui sur la terre avait détruit leurs autels. Il exprima en même temps le vœu que les fds de l'empereur fussent seuls appelés au rang d'Auguslcs. On ne sait si quelque nou*

adoptée par Pagi, préférablement à celle de TiHeniont. Eusèbe dit, en effet, que ce fut aussitôt après la mort de Constantin, que les sol- dats demandèrent que les fils de l'empereur seuls fussent Augustes ; et tous les auteurs s'accordent à charger Constance seul du meurtre de ses parents, ce qui n'aurait pas eu lieu s'il avait auparavant, comme le suppose Tillemont, fait le partage de l'empire avec ses trois frè- res. — D'ailleurs, si Dalmace avait régné, même un jour, il eût régné à Constantiucple, puisqu'il avait la Tbrace en partage; et com- ment ce fait serait-il demeuré sans mention dans l'iiistoire? Voir <::ependant les difficultés de texte que Tillemont oppose. Constance^ note 1.

12 ATIIANASE A ROME.

velle des massacres de ConstaiiUnople était dr parvenue aux sénateurs, ou s'ils devinaient seulement, avec l'in- stinct de la servilité, le cours prochain qu'allait suivre la fortune. Quoi qu'il en soit, ce vœu était exaucé paî avance '.

Mais il fallait refaire le partage de l'empire, puisque

les dispositions testamentaires de Constantin avaient été

si violemment bouleversées. Pour procéder à cette divi-

sion nouvelle,"les trois empereurs se donnèrent rendez-

A. D. vous à Sirmium en Pannonie ^. Ni Constantin, ni Con-

338

stant, ne réclamèrent, comme on peutle présumer, contre des crimes dont ils n'étaient pas complices, mais dont ils ne dédaignaient pas de profiter. La dépouille des morts ne lut point partagée sans quelques difficultés. Il y a lieu de' croire, d'après plusieurs indices, ou que la conférence de Sirmium se prolongea fort longtemps, ou qu'il y eut deux réunions de souverains différentes et successives dans le même lieu. La question la plus difficile à trancher paraît avoir été la possession de la Thrace, qui entraînait celle de Constantinople. Quel- ques expressions de la Chronique alexandrine et de Zosime feraient croire que Constantin le jeune y prétendit

1. Eus., Vit. Const., iv, 69. Auièl. Vicl., 42. Eutr., x, 8 : at- que inter divos meruit referri. Voir des médailles Constantin est représenté parmi les dieux. Ducange, Fam. Dijz., p. 23 et suiv. Il est difficile d'interpréter autrement que comme une des conséquences de l'apothéose les tableaux qu'Eusèbe nous dit avoir été faits à Rome après la mort de Constantin, et ovi cet empereur était représenté mon- tant au ciel.

2. A. D. 338.— Indictio. xi.— U. G. 1091.— Ursus et Polemius.Coss.

iiTIIAN'ASE A UOME. 13

en sa qualité d'aîné, et qu'il exerça même cette souve- raineté pendant quelques mois. Mais c'était une pro- vince trop éloignée pour le monarque qui avait à régir les Gaules et à défendre la frontière du Rhin. Constanti- nople appartenait naturellement au maître de l'Orient : ce fut, après quelques hésitations. Constance qui finit par l'avoir en partage, et il reçut par le prix de sa criminelle audace et en même temps de l'habile modé- ration dont il fit preuve dans ses relations avec ses frères. Constant s'agrandit en Illyrie et céda l'Afrique à Constantin ^ Le monde se trouva ainsi partagé, au sein de la profonde indilférence des peuples, sans plus de formalités ni d'embarras que s'il se fût agi de la succession d'un bourgeois riche.

Au nombre des points que débattirent entre eux les royaux interloculeurs, les affaires de l'Église, le schisme triomphant en Orient, l'exil d'xAthanase, durent tenir une grande place. Ils avaient trop longtemps vécu auprès de leur père, et sous ses yeux, pour ne pas attacher à

i. Jul., Or. I, p. 33. Cod. Theod., Chron., p. 88. Zos., ii, 3n. Chron. Alex., p. G70. Ces deux auteurs disent, l'un en propies termes, l'autre par une expression indirecte, mais *ssez claire, que Constantin régna à Constantinople : et, d'un autre côté, la suite des faits fera voir que Constance y fut maître, même avant la niort de son frère aîné. La cession de l'Afrique à Constantin par Constant résulte de la comparaison des deux lois du code Théodosien {Chron., p. 39 et 40), l'on voit successivement ces deux empereurs régner eu Afri- que. Ce sont aussi deux lois du code Théodosien, citées aux mêmes pages de la Chronologie, toutes deux datées de Pannonie presque à un an d'intervalle, qui font croire, ou que le séjour des princes en Panno- nie se prolongea huit mois, ou qu'ils y revinrent deux fois.

ik ATIIANASE A ROME.

tout ce qui touchait l'Église chrétienne une extrême im- portance. Sur le fond même des questions, ilsétaienl tous à peu près dans une égale ignorance ; mais comme ils ar- rivaient des points opposés de l'empire, et que chacun d'eux avait subi l'influeiîce de ceux qui l'entouraient, leurs impressions étaient fort différentes. Constance, qui n'était pas sorti d'Orien*, et n'avait guère quitté la cour de son père, était tombé dès le premier jour sous l'empire presque exclusif d'Eusèhe de Nicomédie et de son parti. Les liistoriens ecclésiastiques, Ruiin, Socrate,Théodoret, font aussi reparaître auprès de lui le même prêtre arien qu'ils ne nomment pas, et qui avait abusé des derniers moments de l'impératrice Constnntia, et de l'émotion pieuse de son frère'. Il paraîtrait que ce prêtre était em- ployé dans le palais aux missions les plus confidentielles, et qu'il jouissait surtout de l'atTection des princesses et des dames de la cour. L'impératrice, femme de Con- stance, vivait entièrement sous sa direction. E n'était pas moins bien placé dans l'esprit d'un ordre de cour- tisans, trop illustre dans les annales de l'empire, que Constantin paraît avoir éloigné de sa faveur 2, mais qui reprenait auprès de Constance un rôle depuis longtemps connu, de servilité et d'astuce. C'étaient les ennui{ues, ces victimes dévouées de l'immoralité des cours an- ciennes, toujours pressés de cacher leur humiliation

1. Voir première partie de cette histoire, t. u, p. 129 et suiv,

2. Lampridius dans Vhistoire Auguste loue Constantia de s'être soustrait au joug des eunuques. Gibbon, ch. xix.

ATHANASE A ROME. 1

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SOUS l'éclat du pouvoir, et de tromper par Tactivitô de l'intrigue l'oisiveté de leur vie. Le chambellan de Con- stance, Eusèbe, était l'un de ces êtres malheureux, et il avait tous les vices de sa condition. Il entra avec passiori dans la carrière de machinations ecclésiastiques se plaisaient les prélats ariens. Il se fit ainsi tout naturel- lement, autour de Constance, un concert de récrimina- tions contre les évoques orthodoxes. On les accusait de tous les maux de l'Église; et comme le nouvel em- pereur ne pouvait porter à l'œuvre du concile de Nicée le même attachement que Constantin, qui se flattait d'y avoir concouru, on s'enhardissait jusqu'à accuser le symbole même de cette assemblée, et jusqu'à désigner de nouveau le fameux mot consubslantiel, comme l'in- novation téméraire qui jetait le trouble dans les con- sciences '.

Constantin le jeune et Constant rapportaient d'Occi- dent, où la foi de Nicée régnait sans contestation, des sentiments tout opposés. Le premier surtout venait de voir à Trêves l'illustre martyr de celte foi, proscrit à la fois et triomphant, opposant à la condamnation impériale et à l'enthousiasme populaire la même impassibilité chrétienne. Il n'avait point échappé à

1. Soc, II, 2. Théod., Il, 3. lUifin, i, 11. S. Atlian., ad SoL, p. 813 Nous avons expliqué dans le volume précédent (p. 375) pourquoi nous écartons l'histoiie d'un testament confié à ce prêtre arieû par Constantin, puis livré par lai à Constance. Les dispositions testa- mentaires de Constantin étaient parfaitement connues, puisque le par- tage de l'empire était consommé de son vivant.

16 ATIIANASE A ROME.

rasccndant du génie el du la sainteté. Aussi, pressé par ropinion de tous ceux qui renvironnaicnl , à peine aYait-il été maître de ses actions qu'il en avait profité pour révoquer de sa propre autorité la sentence qui condamnait Atlianase. Par un reste de précaution et de modestie, il avait seulement eu soin de se mettre encore ici à couvert derrière le nom de son père, et de lui sup- poser des intentions qu'il savait probablement lui-même fort contraires à la réalité '.

« Vous n'ignorez pas, avait-il écrit au peuple d'Alexan- drie, qu'Athanase, l'interprète de notre adorable loi, a été envoyé dans les Gaules pour quelque temps, de crainte que l'inimitié de ses sanguinaires ennemis ne menaçât sa tête sacrée, et qu'il ne soulîrît du crime de ces hommes vils quelque mal sans remède. Pour le dé- rober donc à la férocité de ces gueules ouvertes qui cherchaient à l'engloutir, on lui a ordonné de venir vivre sous ma loi ; et pendant qu'il a demeuré dans cette

i. Nous refusons encore ici d'admettre que Constantin eût vérita- l)lcnient rappelé saint Atlianase avant de mourir. Sozomène ( m, 2), est le seul historien qui parle de ce rappel, et il se sert de ce mot : On dit : A-'-^'Erai. On ne peut rien tirer non plus, à l'appui de ce fait, de la lettre du jeune Constantin que nous allons citer, car elle est évi- demment contraire en substance ;i la vérité. Constantin le jeune savait parfaitement que ce n'était point pour soustraire Athanase à la fureur de ses ennemis que son père l'avait banni. Les teimes dont il se sert n'ont donc pour but. que de ménager le respect filial, en révoquant la volonté paternelle. Saint Athanase, qui rapporte cette lettre, en aurait tiré un plus grand parti si elle avait contenu la preuve d'un change- ment dans les dispositions de Constantin. Il dit seulement que Con- stantin le jeune se souvenait de ce que son père avait écrit : expression très-vague, dont oq ne peut rien conclure (S. Athan., ApuL, p. 805 ).

ATHANASE A ROME. 17

ville, on a pourvu avec abondance à tout ce qui lui était nécessaire, quoique sa vertu si renommée, sou- tenue par le secours divin, se soit montrée assez forte pour supporter sans fléchir le fardeau de la mauvaise fortune. Mais comme notre père et seigneur Con- stantin, voulait rendre ce grand évèque à votre piété et le rétablir dans son siège, et qu'il a été prévenu par la mort avant d'exécuter ce dessein, j'ai pensé qu'il me convenait d'accomplir moi-même Ja résolution de ce prince de divine mémoire. Et quand vous verrez Allia- nase, vous apprendrez de lui le respect que je lui ai témoigné. El il n'y a rien qui doive vous surprendre, car la pensée de vos regrets et la vue d'un si gi'and homme ont poussé mon âme à cette conduite: Que la divine providence vous conserve *. »

La lettre était datée de Trêves du 15 des calendes de juillet (17 juin), moins d'un mois par conséquent après la mort de Constantin. Alhanase, cependant, n'avait pas fait usage sur-le-champ de cette permission. ÎI atten- dait probablement que tous les arrangements étant réglés entre les co-partageants du pouvoir, il fût sûr de l'ac- cueil que Constance lui réservait -,

1. s. Athan., loc. cit.

2. Cette date du 17 juin a fort embarrassé les érudits. Ils iie savent si on doit la rapporter à l'auaée 837 on à l'année 338. Si on met la lettre de Constantin en 337, on ne comprend pas pourquoi saint Atlianase ne rentra à Alexandrie que l'année suivante, ce qui ressort jjourtant d'un texte de Théodoret (ii, 1 . Si ou la met en 338, on tombe dans une autre difliculté. Saint Atlianase dit en effet qu'U vit Constance à son retour, à Viminac, en Mœsie {ApoL, p. C76 ). Or, il y a des lois au

. III. 2

18 ATHANASE A ROME.

En effet, malgré Topposilion de leurs sentiments, les prmees avaient trop d'airaires à régler et trop d'intérêt à se ménager réciproquement, pour ne pas essayer de se mettre d'accord, au moins extérieurement, sur les affaires de l'Église. On convint, par conséquent, de rappeler purement et simplement les évoques exilés, sans procéder à aucune représaiiîe contre leurs persé- cuteurs, sauf à laisser les diverses églises se démêler comme elles pourraient dans ce balancement d'autorités rivales et ce conllit d'intérêts contraires. Le pouvoir ci- vil, dans ses interventions maladroites, ne savait rien imaginer de mieux en faveur de l'Église, que de faire vivre, de force, la vérité avec l'erreur dans une confu- sion humiliante.

En même temps qu* Athanase, d'autres évêques exilés recouvrèrent donc leurs sièges. C'étaient Marcel d'An- cyre; Asclépas de Gaza; enfin Paul, '^lu à Constantino- ple dans les derniers jours du règne de Constantin pour remplacer le vieil Alexandre, et qui avait partagé sa dis- grâce ^ Mais, comme compensation, Eusèbe de Nico- médle recevait en ce même moment, de Constance, la plus haute marque de faveur. On lui confiait l'éduca- tion des deux jeunes cousins de l'empereur, échap-

code, datées de cette ville de Viminac, et qui montrent que les empe- reurs y étaient réunis dès le 12 juin de cette année ( Cod. Tlieod., Chron., p. 38). Nous nous sommes décidé pour l'année 337, en don- nant une explication, qui nous semble satisfaisante, du retard d'Atha- nase. t. S. Athan., ad Sol., p. 813 et 814. Philost., ii, 18.

ATHANASE A ROME. 19

pés au massacre de leurs parents. Le dernier, qui por- tait le nom de Julien, lui était allié par sa mève Basiline. Eusèbe reçut ain^-i la commission de faire oubliera ces enfants le meurtre de leur père et le crime de leur parent ^

Les partages faits, et la balance à peu près établie entre les intérêts opposés et les affeclioîis difléreutes de? trois jeunes princes, ils se séparèrent en assez bons ter- mes, sans inimitié vive, mais aussi sans alTeclion, et cha- cun retourna à la conduite de ses propres affaires. Con- stance dut reprendre le commandement de la guerre contre les Perses, qui n'avaient pas désarmé, quoiqu'ils n'eussent pas profité de l'interrègne autant qu'on aurait pu le craindre. Ses premières armes furent heureuses j les Perses reculèrent devant les enseignes romaines; les Arméniens, un instant ébranlés dans leur vieille alliance avec Rome, rentrèrent promptementdans la soumission; des tribus du désert, qui suivaient habituellement la destinée du plus fort, vinrent aussi en aide aux armes do l'Empire^; le Tigre fut franchi sans obstacle à plusieurs reprises. Mais Constance profila mal et se hâta trop de triompher de ces succès. Il aimait l'agitation des camps et non le péril des combats. Assez t^ntendu pour exer- cer des troupes, pour discipliner les soldats barbares

1. Amm. Marc. , xxii, 9. Ab Eusebio educatus episcopo, quem génère longius contingebat.

2. Jul., Or,ip, 36-38. Liban., Or. m, p. 121; x, p. 309.—. On n'ose guore se fier aux récits des succès de Constance, faits par ce» deux panégyristes qui devinrent si rapidement ses déti acteurs.

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et présider même à l'organisation de nouveanx corps, il craignait la responsabilité du champ de bataille. Son esprit indécis et cauteJeux reculait en tout genre devant les partis décidés et se plaisait dans les demi-mesures. Sous sa conduite, la guerre des Perses, au lieu de mar- cher à un prompt résultat, fut soutenue avec un mélange de ténacité et de mollesse qui entretint sur celte fron- tière de l'empire conmie une fièvre continue. La tac- tique qu'il mit en œuvre dès la fin de 338, et qui ne se démentit guère pendant toute la durée de son règne, consistait à tenir les ennemis en échec sur la limite des provinces romaines, repoussant leurs attaques sans leur en porter aucune, évitant les engagements trop décisifs, et hasardant juste assez pour rapporter chaque hiver à Antioche les trophées qui pouvaient orner un triom- phe. Chaque année ramenait par conséquent les mêmes incidents presque sur les mêmes lieux, et c'est ainsi que les sièges deNisibe et de Singare, qui nous sont signalés comme les événements principaux de la première cam- pagne, reparaissent trois ou quatre fois dans le cours de dix ^ns, à peu près avec les mêmes circonstances. Cette incertitude explique aussi pourquoi les divers historiens ont pu à peu près également, suivant leurs penchants, re- présenter les Romains comme habituellement vainqueurs ou comme toujours vaincus dans cette longue guerre; comment, par exemple, le même orateur Libanius peut dans deux discours différents et dans des termes égale- ment emphatiques, exalter tour à tour la gloire ou dépré-

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cier la valeur de Constance ^ L'hésitation de Constance maintenait à la guerre un caractère indécis qui permet- tait ces appréciations différentes. Toujours victorieux quand ils se lançaient en avant, les Romains, après chaque succès partiel, reculaient avec un empressement qui pouvait donner souvent à leur retraite l'apparence d'une fuite. Toujours vaincus dans les engagements sé- rieux, mais jamais découragés, les Perses reprenaient leur avantage par des attaques inattendues sur des villes sans défense ou par des actes de pillage dans les cam- pagnes. Au fond, cependant, dans cet échange timide de représailles, c'était l'empire qui perdait le plus; il y laissait surtout son prestige, la plus grande de ses forces contre les attaques barbares. Des succès partiels étaient sans importance, mais la moindre défaite était fatale pour les armes réputées invincibles des Romains*.

Pendant que l'un des empereurs s'épuisait ainsi dans ces luttes ingrates^, les deux autres s'engageaient dans une rivalité déplorable. Autant entre les deux moitiés occidentale et orientale de l'empire le partage était na-

1. Conf. Liban., Or. m, p. 121 ; x, p. 310; xii, p. 400. Jui., loc. cit., et ad Athen., p. 498.

2. L'impression générale que nous donnent tous les écrivains, sans, qu'ils racontent aucun grave échec, est pourtant que les guerres de Constance contre Sapor furent en somme malheureuses. Amm. Marc, XXI, IC, dit de lui :.In externis bellis hic princeps fuit saucius et afûictus. Eutr., x, 10 : A Persis multa et gravia perpessus.— Soc. II, 25.

3. A. D. 339. Indictio. x. U. C. 1092. Gonstantius ii et Constans. Coss. A. D. 340. ludiclio. xiy. U. G. 1093. Acyn- dinus et Proculus. Coss.

11 ATIIANASE A ROME.

turel, conforme aux habiludes et aux instincts des popu- lations; autant en Occident, toutes les nations mar- quées de la forte empreinte de l'unité romaine parlaient la même langue et étaient habituées 5 vivre de la même vie, toute division était arbitraire et difficile à maintenir. Il n'y avait pas de raison suffisante pour qu(î le maître delà GauleetcleTEspagiie n'étendît pas sa domination sur l'Afrique et sur l'Italie. Les points de contact toujours nombreux et les intérêts souvent croisés, faisaient éclater à tout instant entre les souverains de contrées si naturel- lement uniesles rivalitéset les conflits. On nesait trop d'oii partit l'hostilité entre Constantin le jeune et son frère : elle naquit probablement de l'impatience d'ambitions trop rapprochées et trop souvent aux prises. Quoi qu'il en soit, dès le commencement de l'année 340, à propos de quelques débats sur une délimitation de frontières, Constantin le jeune avait franchi les Alpes et s'était avancé jusqu'à Aquilée, dans la haute Italie.Il trouva ces provinces sans défenseur, leur souverain étant alors en Dacie,où il s'était porlé pour se rapprocher de l'Orient, sur la demande de Constance. Cette facilité inallenduefut précisément ce qui perdit le jeune vainqueur. Son ar- mée se répandit à l'aventure dans ces plaines fertiles de Lombardie qui semblaient lui être livrées sans contesta- tion. Lorsque Constant, averti à temps, eut fait enfin partir quelques troupes pour s'opposera celte invasion, elles trouvèrent l'armée de Constantin débandée et abandonnée au pillage. L'empereur lui-même tomba

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avec un petit nombre d'hommes dans une embuscade, il périt, percé de coups et écrasé sous les pieds des chevaux. Son corps fut précipité dans les eaux de h petite rivière d'Aise, d'où quelques serviteurs fidèles purent cependant le retirer*. « Ainsi, ajoute l'historien Eutrope, la république fut réduite à deux empereurs. » C'était désormais la division que commandait la nature des choses. L'empire avait deux têtes et parlait deux langues : il lui convenait d'avoir deux maîtres, <c la division était si conforme à la nécessité que Con- stance n'insista pas pour prendre sa part dan- fa suc- cession de son frère. Constant recueillit l'O' cident tout

entier'^.

Peu s'en fallait qu'il n'y eût aussi dès lors deux Églises. A la suite de la convention de Sirmium, Alha- nase était rentré dans son diocèse vers le milieu de l'année 338. Il avait traversé en triomphe Constanti- nople d'abord, l'évêque Paul, récemment rentré comme lui, l'avait ostensiblement reçu dans sa commu- nion'; puis toute l'Asie Mineure et toute la Syrie. Par-

1. Eiitr.,x, 9. -— Soc, II, 5, 25. AuvpI. Vict., de Cœs., 41; Epit., 41. Zoii., XIII, 5. Zus., II, 41. Nous n'empruiitous aucun détail à un petit écrit d'un panégyriste, qui a passé longtemps pour l'oraison funèbredu jeune Constantin, et dont Gil:ibon,TilleMiont et JM. A. Thierry se sont, suivant nous, tiop si^rvis. Le dernier éditeur de ce petit écrit nous paraîi avoir prouvé jusqu'à l'évidence qu'il se rapporte à un autre Constantin et à une date lo^téiicuie {Anonymi Grœci oratio fii- nebris in Constantinum. Frilaiigce, 1856).

2. Jul., Or., II, p. 174.

3. S. Atliau., ad Sol., p. 813.

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tout sur sa roule un vif mouvement de réaction s'dtail opéré en faveur des orthodoxes : les évoques et les prêtres scliismatiques s'étaient vus souvent assez vio- lemment chassés de leurs églises, l'humeur vive des populations orientales se portant très-volontiers à ces exécutions sommaires. Athanase ne prenait aucune part à CCS représailles légitimes, mais désordonnées, bien qu'elles dussent plus tard lui être très-amèrement 1:'epro- chées*. Admis deux fois en présence de l'empereur Conslance, il avait gardé en face de ce souverain , au fond très -hostile pour lui, une attitude de réserve fîère. «Je vous prends à témoin, lui écrivail-ii plu- sieurs années après, si lorsque je vous vis à Yiminac en Mœsie et à Césarée en Cappadoce, je vous fis la moindre plainte, soft contre mon persécuteur Eusèbe, soit contre ceux qui m'avaient fait tort -. »

Outre que sa grande âme n'était point accessible au sentiment de la vengeance, son esprit perspicace ne lui laissait pas ignorer de quels périls il était encore entouré, et combien son avantage momentané était précaire. Reçu à Alexandrie avec de grandes démonstrations d'enthousiasme populaire^, il y trouvait pourtant un groupe d'Ariens très-déterminés, qui s'étaient même, eu son absence et de leur autorité privée, donné pour

1. s. Atlr.n., Apol.,^. 724.— Soz., m, 8.

2. S. Athan., ApoL, p. 676.

3. ThcoJ., II, 1. S. Athau., ApoL, p. 728. S. Grég. Naz., Or. XXI.

AT H AN AS E A ROME. 25

évoque un prêtre du nom de Piste. Piste était en corres- pondance avec tous les prélats schisma tiques d'Orient, et il ne crut point devoir céder la place à Alhanasa. Telle était la faveur dont jouissaient ses protecteurs, qu'aucun ordre impérial ne vint l'y contraindre. Atlia- nase dut demeurer plus d'un an dans sa métropole, face à face avec son rival '.

Ce temps ne fut point perdu pour ses ennemis. Eu- sèbe de Nicomédie se mit à l'œuvre pour recommencer, sur nouveaux frais, exactement les mêmes trames qui lui avaient si bien réussi une première fois. Alin d'ache- ver de tenir l'Orient sous sa loi, il mit d'abord hardi- ment la main sur le siège de Constantinopîe. Sur un léger prétexte , sur une banale accusation de mau- vaises mœurs, on décida Constance à faire déposer pré- cipitamment l'évêque Paul, et Eusèbe se fit introniser violemment à sa place -. C'était la seconde loisqu'Eusèbe donnait ainsi l'exemple de quitter, par un motif d'am- bition, le siège épiscopal que tous les canons l'obli geaient à garder jusqu'à la mort. pour vivre auprès des souverains, il lui semblait tout simple de suivre la cour partout elle se transportait : sans attache- ment pour ses diverses églises, il n'avait de constance que dans son dévouement à la fortune.

Athanase se trouva donc ainsi de nouveau le seul

1. s. Athan., ApoL, p. 743. S. Épipli., Hœres., lxix, 8.

2. Soc, u, 7. Soz., III, i. S. Athan., ApoL, p. 727-7i4 ThéocL, I, 19.

26 ATHANASE A ROME.

grand métropolilain d'Orient, qui fût demeuré rigniireu- senienllidèleàlafoideNiréc. Dans cette situation isolée, les calomnies, les imputations d'arrogance et de sédition recommencèrent à pleuvoir sur lui. Il était désigné cha- que jour à Constance, par tous les courtisans, d'un commun accord, comme le seul homme qui empêchât la paix religieuse de s'établir, et comme un sujet insolent qui disposait en maître de la population, des ressources et surtout des aumônes d'une grande province ^ Con- stance n'était pas difficile à persuader; mais quand on le poussait à quelque mesure un peu vive, il alléguait toujours la promesse de conciliation qu'il avait faite à ses frères. Pour lever celte objection, Eusèbe essaya de s'adresser directement aux empereurs d'Occident, aux- quels lui et ses amis envoyèrent une députation^. Cette démarche, prévenue par une lettre d'Alhanase, resta sans effet ; mais il ne fut probablement pas difficile aux dé- putés de s'apercevoir que, si les maîtres de l'Occident se montraient si favorables à la foi de Nicée et à son dé- fenseur, c'était moins encore par conviction personnelle que pour complaire aux évéques qui les entouraient. C'était donc l'Église latine qu'il fallait séduire, si l'on voulait avoir pour soi le