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La plupart, en effet, étaient poètes et musiciens; ceux qui n'avaient pas le talent de la musique adaptaient à leurs couplets des airs populaires ou prenaient un jongleur à leur service, pour com- poser les mélodies de leurs chansons et même pour les chanter. Le plus ancien troubadour connu est Guillem IX , comte de Poitiers. Également renommé par sa bravoure, son esprit et ses talents, il ternissait malheureusement ces belles qualités par les mœurs les plus dissolues. Il prit part à la seconde croisade de 1101 et partit, suivant Diez, à la tète de 300,000 hommes; mais il ne faut pas prendre ce nombre pour celui d'une armée : il s'y trouvait plus de pèlerins que de guerriers. Cette foule indisciplinée ne sut pas sou- tenir l'attaque des Turcs; elle périt ou fut emmenée captive et le comte Guillem^ échappant presque seul par la fuite, revint en Europe. Peu touché du résultat malheureux de son expédition , il en fit le sujet de plusieurs de ses chansons. De celles-ci , neuf ont été con- servées dans les manuscrits. Leur versification est facile , mais elles sont peu remarquables par les idées. Le comte de Poitiers en com- posait aussi les mélodies et n'en avait pas moins bonne opinion que de ses vers. Parlant d'une de ses chansons, il dit : a Mes vei's sont « tous de longueur égale; je me loue de l'air que j'y ai adapté ; il « est excellent (1). » Les premiers troubadours et en même temps ceux qui eurent le plus de part aux progrès de la langue poétique furent des chevaliers et des nobles. Après le comte de Poitiers, on compte parmi ces poètes chanteurs de haut lignage Rambaut III, comte d'Orange (1150-1173), Guillem de Cabestaing, mort vers 1181, Richard I", comte de Poitiers et roi d'Angleterre, surnommé Cœur-de-Lion ( 1169-1199 ), Robert P', dauphin d'Auvergne (1169-1224), Bertrand de Bom^ dont le talent s^exerça dellSO à 1195, Pons deCapdueil, un (1} Qu'elt mou ton falu tug peregau Cominalmens E*I 9q=i^^tr^ zqr£^^Egz^^ E cal • hir Gai de port Gai io • yen. Gai-ia ben talz. Gai chantar, gai c = . fe al-bi-re. Gai ditz pla-sen. Gai ioi, Gai pretz, Gai sen. I-eu soi gais. f 5 ^=Hiïl| ^ car soi siens fi - na - men (I). / ( 1) Une espérance gaie lui fait dianter gaiement une chanson gaie, pour une dame gaie dont Famour le tient gai. (Le mot^ai est répété yingt-deux fois dans le couplet.) DE LA MUSIQUE. 13 Le rhythme de ce chant n'est pas douteux et le mouvement ne Test pas davantage, étant indiqué par le sens des paroles. Quant aux notes de valeurs différentes liées sur une syllabe , les traducteurs de musique ont Thabitude d'en faire des valeurs de triolets, parce qu'ils considèrent la note d'apogiature comme ayant la moitié de la durée de la suivante ; mais, s'il en était ainsi, deux notes de cette es- pèce composeraient un temps , ce qui romprait le rhythme et produi- rait parfois des mesures incomplètes, ainsi que le serait la terminaison de la première phrase de notre chanson , si on la notait ainsi : ^j^^ t t= ^^ ^F^= W Us gays co - nortz me fai gay • a - roen far gay • a chan-so gài fag I^Efete e gai sem blan. L'erreur de ceux qui veulent voir, dans la notation des anciens troubadours, trouvères et jongleurs, un système régulier, pro- vient de ce qu'ils ignorent ou nient systématiquement l'origine (frientale des chansons du moyen âge , et, d'autre part, de ce qu'ils ne songent point à l'inhabileté technique de ces pauvres musiciens chansonniers, lesquels ne savaient pas écrire ce qu'ils exécutaient par imitation. Villoteau, Lane, MM. Salvador Daniel et Christiano- witsch, ont écrit comme elles doivent Tétre les mélodies arabes et mauresques, avec leurs ornements en petites notes sans valeur déter- minée de temps ; c'est de la même manière qu'ont été recueillis les chants populaires de l'Andalousie et d'autres provinces de l'Espagne, et c'est également ainsi qu'auraient dû être notées les chansons des troubadours et des trouvères, si les signes nécessaires avaient existé. Perne seul a bien compris le caractère de ces chants, lorsqu'il a tra- duit ceux du châtelain deCoucy, quoiqu'il ait aussi substitué la valeur des triolets à la simple petite note; il n'a pas craint d'employer les doubles croches et même les triples, lorsque cela était nécessaire. On ne peut trop se pénétrer de cette vérité : les troubadours, trou^'ères, minnesinger et jongleurs n'ont pas connu les signes avec lesquels il aurait fallu noter leurs chansons et qui n'existaient pas de leur 14 HISTOIRE GÉISÉRALE temps ; lès musiciens qui les ont notées se sont servis de signes qui n'y répondent pas. On verra plus loin qu'il en a été de même pour le plain-chant. Ces faits établis, nous donnons la traduction suivante de la chanson de Pons de Capdeuil, convaincu que nous sommes que c'est la seule rationnelle. Mouvemeyit animé. '^%-\-^ s t g t t f ^Ê r^zq: Usgays co-norizme fai gay-a - inen far ga-ya chan > so gai fag ^^^ms: :1= ^ m^^^ e gai sem - blan. Gayde - zi-rier io-ios gai a - le - grar. Pergai i «=f=^ + g 4= ^^- T a ton • ap gai corsben es ^^felippl • • tan. Ab cuy tro bom gai so • latz e 1 v=^ té- T ^^^^ t W^ —H gai ri - re. Gai-ia culh-ir. Gai de port. Gai io - Tcn. 3^ 1^^^^^^^^^ ^î£^ HEÈ Gai • a beu talz. Gai chan-tar, Gai al • bi - re. W^ =SJ3=s :ti 3 ^ Gaidilz ph - zen. ^mm Gai ioi , Gai pretz. Gai sen. I-eu soi gais, car soi sieus fi - na • roen. La chanson suivante, dont l'auteur est le troubadour Guillem de Saint-Didier, est aussi une production des vingt dernières années du douzième siècle. e^yr. p^= q:.t=^H 3 jzT-iip !i ^ ^ ^g^-^Fi^ Jamays nulh teros nom poiretz far a-roors que si - a fais ni maltrag ^ÉS^^^lË^^^^ï^i^^^^^^ ni a fans, car tara me fain a-ra Ta-ley se-cors que las per-lie ou s'il est sens : en amer me fon gaster a- mors mon tens. Nuit et jor plor et sos-pir quant me porpens ; sos-pi-rer me fait à coi je pens. Diex m'otroit ke ce ne soit sor son defifens ! Mo-rir en quio se de 11 n'ai IFran-œ dé- boi-nai-re, de ta grant franchi-se ne porrait re- Co-ment pou-rait fai-re mes ouers nul ser-vi-ce ki te péast Ne te puis plus tai-re le mal ki m'a- ti-se, ne mi faitcon- traire, nus en nu- le gui- se. J Da.me, se jou perchevoir pëusse ton co-rai-ge, plaire, i- ce me de- yi- se.V q^ ^^^ ^^^ maintenoir, n'i doi avoir damai-ge, traire ; je t aim sans fain-ti- se. \ . (1) Bibl. nation, de Paris, supplément français, n*^ 184, fol. C8, v. 69 r. DE LA MUSIQUE. 49 3: ^^ i=r^ i^3 ^^^^^3^ ^q=T=3=3=^ ^^ =»: molt pv me fe- sUt a-voir vers toi grant a- van-tai-ge, se te di mon est- o-voir ains m*en dois boin gré savoir, dA- me , ki tant ies sai-ge, car jou n*i voill es raovoir ë Vi 1 i-a- =^^ =3 = 3=^— 1 1 i-i-i : Pi=v^f-i-rT^ nel tieg^es à ol-traige Dame, el cenr m*as tu mis ke soie tes a-mis, soie amis nis- i- aol-tre messai-ge Nu- le rions fors ke ta ne puet a-voir ver- ta de faire par oor-toi- sie te reqaicr et demant, ne ma fai- te s do-lant ne oon- tre mon ta-Iant aie vers Tenvie de oeste en-fre-iùe- té ki si m'a as-so- té, n*ai pas cer- tai- ne-té ^E^H^ n*a-]er mie.j da ma vie. j C'est li lais d'Aalis. i 2 W^ ^^^^^^^^s En S08 - pi - rant trop de par - font at • ten • drai le con • fon jOziq: t=t: .3 ■&-£ t i^g^ de-roent ke les grans des - tre -ces me font kcn mon cuer font 3 îr^M^ 's^ ^^ ^^"S ^te demeol , et + li pen - sers ki me con • font ^J B ^gE^g ptrqaoi sos-pir par fon • de • ment. Je ne saz s^il est fo - #^j=#p =H ^^=^ *=* ^ lie ou s'il est sens : en a - mer me fon gas - ter a - ^^| ?j=|l^% E^|^pEgl^^ t- S mors mon tens. Nuit et jor plor el sos - pir quant me por - pens; mST. DE LA MVSIQVE. — T. V. 4 50 HISTOIRE GÉNÉRALE ( Lacune dans le chant ) $ J — ■STM ?=? KTia SOS • pi - rer me fait à cui je pens. Oiex in^otroU ke ce ne soit son defTens ! m XI— a: t==t- jQ—n- -\^r ^é=4 j -f^ ^^Ê^ ror. Z&: t=h Mo - rir en quic se de li n'ai se -cors partans. Fran-ce de-boi 1 Î=F -fï—Q: tr^ g-» ^=gF.g i&zq: t=i ^e nai - re , de la grant fran - chi - se ne por - roit re - Irai - re nus en I g-— (g- ± A-mer, de • duict et tos e - baz et me ner to-jors chie-re li - e. ^^m^m A-Toir a-morssanzja- lo - si - e, ±=i:. ±r i Ë + fe t sanz plor et se sanz nus de m ^^^ ^-t TO — rg #-■■-1 ^E^ baz Faic-tes en - si je vos af - fi - e au mon de i ¥=• i^fc m^ n'est i>I us grant sou - laz. Les airs populaires qu'on peut considérer avec assurance comme remontant au treizième siècle, ou qui approchent de cette époque, sont d'une rareté extrême; nous n'en connaissons que deux dont lauthenticité n'est pas douteuse : le premier est la chanson de ^ Homme armé y sur laquelle Guillaume Dufay a fait une messe à 56 HISTOIRE GÉNÉRALE quatre voix, vers la fin du quatorzième siècle; l'autre a pour pre- miers mots Dieu y quel mariage ! Elle a servi de thème au célèbre maître Busnois, qui en a fait une chanson à quatre voix, vers le mi- lieu du quinzième siècle . Les plus célèbres musiciens ont composé , après Dufay, des messes sur Tair de V Homme armé; l'illustre Jean Pierluigi de Palestrina fut le dernier qui traita ce sujet, avec sa supériorité ha- bituelle , dans la seconde moitié du seizième siècle. Nous ne connais- sons que la mélodie de la chanson de Y Homme armé, aucun manuscrit ne nous en ayant transmis les paroles ; toutefois, au point de vue de notre Histoire, cette mélodie offre un assez grand intérêt pour que nous n'hésitions pas à la transcrire ici. Air de l'Homme armé. i ^^ a (g g t^t 1^^ :or. ^^^^^M g m^ m^ ^^1^ "RTIT^ De Tair populaire dont Antoine Busnois a fait sa chanson à quatre voix citée ci-dessus (1) , nous n'avons que les premiers mots : Dieu quel mariage ! Une fille sage , Mais la mélodie est aussi intéressante par son caractère rhythmique et la franchise de sa forme, que par son antiquité : nous croyons donc devoir la transcrire pour nos lecteurs. (1) CeUe chanson de Busnois se trouTe dans le troisième livre de VOtUucaton, marqué C, et imprimée Venise, en 1503, par Petrucci de Fossombrone, sous le titre de Canli cento cin- quanta. DE LA MUSIQUE. 57 Air : Dieu, quel mariage! i r2— t =a. m i=t ^ Dieu,qaelnia-ri - a • ge! U - ne fil • le sa ge... ^^^ t ■f— :»—*— « ^^ ^^^^^^m Il existe , parmi les œuvres des musiciens de la fin du quatorzième siècle et du quinzième , d'autres thèmes tirés des chansons popu- laires alors en vogue ; leur antiquité n*est pas moindre probable- ment que celle des deux mélodies qu'on vient de voir; il en est même plusieurs dont on a les paroles , comme cette chanson à trois voix de Dufay (1) : Cent mille escus, quand je voeldroie; En paradis , quant je morroie , Plus ne sarroie Son Haïdier; Se non ouvrer de mon mestier Aucune fois quant je porroie... et quelques autres encore; mais les auteurs d'œuvres semblables ayant altéré, de toute manière, la valeur des notes du ténor, ayant répété plusieurs fois les mêmes paroles et représenté , dans la même pièce, les mêmes phrases de ce ténor, de façons différentes, il y règne trop d'incertitude concernant la signification réelle des mélodies poj^ulaires, pour qu'on puisse essayer la restauration de la forme primitive. Il n*y a donc de données positives offertes, en ce qui concerne le caractère des chants populdres en langue romane ou française antérieurs au quinzième siècle , du moins à notre connais- sance , que par les trois airs qui viennent d'être rapportés et aussi par les mélodies de certaines pièces des douzième et treizième siècles , appelées È pitres farcies , qu'on trouvera dans le quatrième chapitre de ce livre. (I) Manuscrit de Pizerécourty maintenant à la Bibliothèque nationale de Paris. hS HISTOIRE GÉNÉRALE Il y a plus d'incertitude pour les chansons flamandes de la Bel- gique et de la Flandre française : celles que chantent encore les Fla- mands des deux pays sont en très-grand nombre et on les considère en général comme très-anciennes; mais ancien est un mot vague qui s'applique aussi bien aux chants du dix-septième siècle qu'à ceux du moyen âge. L'éditeur d'une ample collection de ces mêmes chants, laquelle n'a pas répondu à ce qu'on en attendait (1) , a at- tribué à quelques-uns des dates qui ne paraissent pas justifiées : citons particulièrement un chant d'émigrés , que cet éditeur rapporte aux douzième et treizième siècles , d'après les indications de dissertations latines et allemandes relatives à des colonies de Hollandais et de Flamands qui se seraient alors établis sur les rives du Bas-Rhin. Le caractère de la mélodie, sa tonalité et les repos qui y sont indiqués nous paraissent relativement modernes. Quoi qu'il en soit, voici cet air, dont nous ne donnons que le premier couplet. UlTWYKELINGSLIED. ( Chant des émigrés ]. Allegretto, ^^^^^ Naer Oost-land wil-len wy ry • den, Naer Oostlandwil-Ien wy ^^^^^^^m inôe. Al o • ver die groe - ne hei • den , friscli o- ver die hei den, Daer ^PPP^I^ is-sereen be-le-re slee. Un chant des Flandres, connu sous le nom de Haleicyn, remonte, selon toute vraisemblance , par le sujet et par le caractère de la poésie, aux traditions normandes du dixième siècle. On ignore l'époque où cette légende a pris la forme poétique qu'elle conserve encore; mais il est hors de doute que ce fut dans le moyen âge, et (1) OuJe vlaemsche Liederen, ten d^ele met de melodien, uitgegeven door /. F. fFillems^ Gand, 1848» 1 vol. gr. ic-8^ DE LA MUSIQUE. 59 l'on peut croire qu'elle existait déjà au douzième siècle et qu'elle fut retouchée plus tard (1). Il faut être plus sobre d^affirmation quant aiix mélodies , car il y en a plusieurs auxquelles s'adapte le poëme à'Halewyn. L'éditeur de la collection de chants flamands dont nous venons de parler a publié ce chant avec la mélodie en usage dans la partie flamande de la Belgique : un* certain cachet d'antiquité s'y fait remarquer; sa finale inusitée appartient aux plus anciens des chants du nord. D'autre part M. de Coussemaker, de qui l'on a un recueil de Chants populaires des Flamands de France (2), y a inséré le chant d'Haleicyn avec la mélodie sur laquelle il est chanté dans la contrée flamande du département du Nord; mélodie vulgaire, dé- pourvue de tout caractère original et qui ne peut être antérieure au dix-septième siècle. Nous n'hésitons pas à considérer l'autre comme préférable et primitive; c'est celle que nous transcrivons ici, et nous raccompagnons d'une traduction de la poésie flamande où l'on re- connaîtra le caractère éminemment Scandinave de l'original. Halewyn. Adagio, HeerHalewin sanc een lie - de-kijn Al lUe datboontewou bi bemsijn, Al die datboorde woa bi hem sijn. 1. Heer Halewijn 5anc eeii liedekijn ; M wic d.it hoorde wou bi liem sijn. Trad action (3). 1. I^ sire Halewijn cliantail une chanson; tous ceux qui Ten tendaient voulaient aller à lui. (1) Le texte original flamand de cette chanson a été publié par Willems dans MonesAnzeï" S^^r^ 1836, p. 448-450 (Uhland, n*' 74). Willems fait à ce sujet la remarque suivante : « Cette *^ vieille chanson est encore très-populaire dans les Flandres et le Brabant. La mélodie en est ^ belle ; le texte, qu'on vend encore en feuilles volantes daus les marchées, est parfois très- •* altéré. » Dès le seizième siècle, une chanson analogue en langue allemande était chantée, mais avec des ^'^riantes considérables. — Voir NUderldndische VolksUeder^ gesammcit und eriautert von Hoffmann V, PallerUben. (2) Chants populaires des Flamands de France, recueillis et publiés avec des mélodies ori- ginales, une traduction et des notes, Gand, 1856, 1 vol. gr. in-8'*, p. 142 et suiv. (3) Cette traduction a été faite par M. Hiel, poète flamand distingué, d'après un texte an- cien qui a deux strophes de plus que celui de Willems. 60 HISTOIRE GÉNÉRALE 2. En dat veraam eens conincs kint, Die van haert ouders so werd bemint. 3. Si ginc al voor baer vader slaen ; « Och, vader, mag ic naer Halewijn gâen ? « O neeUf mijn dochter, neen gi niet ; Die derwaerl gaen en Iteeren niet. » 2. Et elle fut entendue par une fille de roi qui était très-belle et fort aimée. 3. Elle alla se placer devant son père : « O père, puis-je aller à Halewijn? » 4. « Ob ! non, ma fille -, toi pas ; ceux qui vont là ne reviennent pas. » 5. Si ging al woor baer moeder staen : Elle alla se placer défaut sa mère : « O mère, « Ocb moeder, mag ic naer Halewijn gaen ? » puis-je aller à Halewijn .' 6. « O neen, mijn dochter, neen gi niet ; Die derwaert gaen en keeren niet. » 7. Si ginc al voor baer suster staen : 6. « Oh ! non, ma fille : non, toi pas; ceux qui vont là ne reviennent pas. » Elle alla se placer devant sa sœur : « O sœur, « Ocb , suster, mag ic naer Halewijn gaen ? u puis-je aller à Halewgn ? » 8. n Ocb naen , mijn suster, neen gi niet ; Die derwaert gaen en keeren niet. » 8. « Ob ! non, ma sœur; non, toi pas ; ceux qui vont là ne reviennent pas. » 9. Si ginc al voor baer broeder slaen : Elle alla se placer devant son frère « Ocb broeder, mag, ic naer Halewijn gaen? » frère, puis-je aller à Halewgn? » « O 10. « 't Is mi al eens waer dat gi gael, Als gi u eer macr wel bewaert. En gi u kroon maer recbt en draegt. » U. Si is al op baer kamer gegaen ; Si deet baer besten kleedren aen. 12. Wat deet si aen baren Igve? Een bemdeken fijnder als zijde. 13. Wat deet si aen baer scboon korslyf? Van gouden banden stond bat stijft. 10. « Peu m'importe où tu vas, si tu gardes bieu ton bonneur et portes droite ta couronne. » 11. Alors elle monta à sa cbambre; elle se vêtit de ses plus beaux babils : 12. Que mit-elle sur sou corps? une che- mise plus fine que la soie. 13. Que mit-elle à son beau corsage? Un cor- set formé de bandes dV. DE LA MUSIQUE. 61 14. Wat deet si aen haren rooden roc ? Van steke tôt steke een gouden cnop. 15. Wal deet si aen haren keirle ? Van steke tôt steke een peirle. 16. Wat deet si aen haer schoon blond hair ? Een croone van goude en die woeg swaer. 17. Si ging' al in haers vaders sfal. En koos daer tbesten ros yan al. 18. Sî setle haer scbrijiings op liet ros Al sîngenden klingend reed si door tbosch. 19. Ala si te midden tbosch mocht sijn. Daer TOnl si mijn brer Haiewijn. 20. « Gegroet » seide hi en qnam tôt haer, « Gegroet, schoon maegt, bruin sogen claer. 21. Si reden met elkender voort , Ea op den wech tIcI menich Toorf. 22. Si quamen al hi een galgen veld Daer aen hinc menich Troowanbeeld. 23. Heer Halewijn heefl alsdan geseid : « Hits gi de schoonste maget sijt Soo kiest a dood , het îs na tijd. » 11. Que mit-enc à sa robe écarlate? de dis- tance en distance un liouton d*or. 15. Que mit-elle à son manteau.' de distance en distance une perle. 16. Que mit-eile sur sa belle chevelure blonde ? une couronne d'or bien pesante. 17. Elle alla dans Técurie de son père et choisit le meilleur coursier. 18. Elle se mit à califourchon sur le coursier, en chantant et sonnant elle chevaucha à tra- vers le bois. 19. Quand elle fut au milieu du bois, le fils d^Halewijn la rencontra. 20. Il lia son cheval à un arbre : la noble fille devient inquiète et peureuse (1). 21. Salut, dit-U, à toi, belle vierge ; salut, yeux bruns et clairs. Viens, assieds-toi et dénoue tes cheveux (2). 22. Et autant de cheveux elle dénoua , autant de larmes elle Tersa (3). 23. Puis ils chevauchèrent ensemble , et che- min faisant , ils devisèrent. (1) Cette strophe n*est pas dans le texte de Willems. (2) La fin de cette strophe ne se trouve pas dans le texte de Willems. (8) Cette strophe n*cst pas dans Willems. 62 HISTOIRE GÉNÉRALE 24. — « Wel, aU ik dan hier kiesen sal Soo kies ic Uweert noch bo?en al. 2j. Maer trect eerst uit u opperst kieet Want maegdenbloet dat spreit soo breet Soot u bespreide dat ware mi leet. 26. En eer sijn kfeet gelogen was. Stjn hoogt al Toor sijn voeten ladi ; Sijn tong noch deze woorden sprac. 27. « Gaet ginder deer in het koren En blaest daer op mijnen horen. Dat aile mijn vienden dal hooreo. 28. — « AI m dal coren en gaen ic miet ; Op uw horen en blaes ic niet. Moordenaers rael en doen ic niel. 29. — V Gaet ginder dan onder de galge En neemt daer een potje met zalve, En slryct dal aen mijn rooden hais. 30. — < Al onder de galge en gaen ic niet, U rooden hais en strijk ic niet Moordenaers raet en doen ic niet ! 31. Si nam dat booft al bi den batre! En waschtet in een bronne clare. 32. Si selle haer scbeijlings op haer ros ; Al singend en clingend reet si door tbosch. 33. 24. lU arri?èrent près d*un gibet où pendaient des corps de femme. 2S. Alors il lui dit : « Puisque tu es la plus beUe des Yierges, choisis ton genre de mort ; il est encore temps. » 2n. « Eh bien ! puisque j*ai le choix , au glaire je donne la préférence. » 27. « Ole d'abord ta tunique, car le sang d'une vierge jaillit avec abondance; s*il te tachait, j'en serais affligée. • 28. Mais, avant que la tunique fût ôtée, sa tête gisait à ses pieds; sa langue prononça en- core ces mots : 29. « Va là- bas dans les blés el sonne de mon cor, afin que mes amis l'entendent. » 30. — « Dans les blés je ne vais pas ; de ton cor je ne sonne pas ; conseil d'assassin je ne suis pas. 31. — R Va là bas sous le gibet; prends-y un pot d*onguent et frottes- en mon cou rouge. » 32. — « Sous le gibet je ne vais pas ; je ne oins pas ton cou rouge ; conseil d'assassin je ne suis pas. )i 33. En toen si was ter haï ver baen Elle prit la tète par les cheveux et la lava Quaro Halewijns moeder daer gegaen : dans la fontaine claire. « Schoon maegt , saegt gi mijn soo.i niet gaen ? » DE LA MUSIQUE. 63 34. 34. — • U SJîon , heer Ilalewijo, is gaen jagen, Elle se mit à ealifoarchon sur le coursier, Si en «iel liem weer u levens dagen. chantant et sonnant elle chevaucha à travers le bois. 35. V soon, haer Ilalewijn, is dood, ic beb syn hooft in mijnen schoot Tan blœt is mijne Voorschoot root. 36. £n toen si aen de poortc quain, Siblaesde den horen alseenman. 37. £o als haer weder dat vomam îrerfaeugde hem dat si weder qoam. 38. ^aerwerd gehouden eenbanket, ^^t. hoofl werd op de tafel geset! 35. I Étant à moitié de son chemin , la mère d^Helewijn vint à passer : « Belle vierge, n*as-ta pas vu mon fiis? > 36. — « Ton fils, sir Halewijn, est allé chasser ; lu ne le verras plus de ta vie. . 37. « Ton fils sir Halewijn, est mort ; j*ai sa tète sous mon manteau ; rouge de sang est mon tablier. » 38. Et quand elle arriva au château de son père, elle sonna du cor comme un homme. 39. Et quand son père entendit cela , il se ré- jouit de son retour. 40. On fit un festin : la tète placée au milieu de la table. CHAPITRE TROISIEME. ^K MUSIQUE EN ALLEMAGNE AUX TREIZIÈME ET QUATORZIÈME SIÈCLES. LES MINNESINGER ET LES MEISTERSÀNGER. — LEURS CHANTS. Précédés par les troubadours, les trouvères devancèreiit de quelques années les poètes chanteurs de T Allemagne y appelés minnesinger, c*est-à-dire chanteurs d'amour. Bien que la même cause eût produit dans les divers États de la Germanie les mêmes effets que dans le reste de TEurope et que le goût des chansons amoureuses eût été pris des Arabes par les croisés Allemands aussi bien que par les Français, ils furent un peu plus lents à rendre manifeste cette trans- 64 HISTOIRE GÉNÉRALE formation de leurs habitudes. Dès le milieu du douzième siècle, il parait y avoir eu chez eux des essais de poésie galante et chantée , mais ce n'est que dans les dernières années de ce même siècle que se rencontrent des maîtres dans cet art. Comme en France , en Angle- terre et dans les Pays-Bas , les princes souverains et les plus grands seigneurs allemands se faisaient gloire de cultiver la poésie et le chant : dans la liste de cent soixante-deux minnesinger dont les œuvres ont été recueillies et commentées par un savant philologue (i), on remarque un empereur Henri, un Venceslas, roi de Bohème, le roi Conrad le jeune , un duc Henri de Breslau , le margrave Othon de Brandebourg, le margrave Henri de Heissen, le duc d^Anhalt, plusieurs princes de Saxe , le comte Rodolphe de Neuenbourg , le comte Conrad de Kirchberg et beaucoup d'autres personnages de haute noblesse. Les plus célèbres minnesinger furent Rlingsor, Wolfram d'Eschenbach , Walther de Vogelweide, le maître Gottfried de Strasbourg , Reinmar Tancieu , Ulric de Lichtenstein , Tanhuser ou Tanhseuser, Nithart, Walther de Metz, der ^tW«Alexander,Hart- man d'Auc, maître Conrad de Wûrzbourg, maître Frédéric de Son- nenbourg , Reinmar de Zweter ou Zwetel , le maître d'école d'Esslin- gen et Frauenlob , nommé aussi Henri de MeisseUy qui, à la fin du treizième siècle, clôt l'époque des minnesinger et commence au qua- torzième celle des Meistersànger ou mailres chanteurs. Les pièces de ces poètes chanteurs et de beaucoup d'autres moins importants se trouvent dans un précieux manuscrit de Paris (2) et dans d'autres de léna, de Wûrzbourg, de Vienne, de Weimar, de Francfort, de Leipsick et de Hagdebourg. C'est dans ces sources que Von der Hagen a recueilli l'immense quantité de poésies qui remplit douze cent qua- rante- quatre pages in-quarto à deux colonnes de son livre sur les Minnesinger. La quatrième partie de ce grand ouvrage renferme , en sept cent quatre pages, ce que Von der Hagen appelle la Vie des poètes ( Leben der Dichter)] cependant, il faut bien le dire, à la lecture de ce grand travail , où brille une érudition de premier ordre , on est saisi de dé- (VjMinnesînger dtutsclu lÀedtrdichter des XU^, X/II* und Xir>» Jahrhunderti, etc., ge- sammeltund berichtîgt von Friedrich Heinrich von der Hagen. Leipsick, 1848, 4 parties en 3 vol. in-4°. (2) Mauuscrit Manesse, n*> 7206, de la Biblioth. nation, de Paris. DE LA MUSIQUE. 65 couragement , n'y trouvant rien de précis sur ce qu'on espérait y rencontrer concernant les lieux et dates de naissance et de mort des poètes chanteurs , ainsi que sur les positions qu'ils ont occupées et les événements de leur vie. Impuissante par Tabsènce de faits bio- g^raphiques , cette érudition s'épuise en recherches et en rapproche- ments historiques dont le but est de découvrir des faits qui se rat- tachent autant que possible à l'existence du poète qui est le sujet de la notice ; mais y en général , il n'y a point de conclusion satisfaisante à en tirer. Le savant éditeur des poésies des minnesinger a reconnu plus tard l'insuffisance du résultat de ses rechisrcbes, car, dix-huit ans après la publication de sa collection, il a donné un supplément (1) dans lequel certains faits biogi*aphiques sont éclaircis. Nonobstant l'in- t:érèt qu'inspire ce nouveau travail , il n'en est pas moins vrai qu'à l'exception de quelques-uns des minnesinger les plus célèbres, sur les- . 8 1 -97. 74 HISTOIRE GÉIMÉRALE le but de notre Histoire , celles-ci nous paraissent suffisantes. Elles feront comprendre en quoi diffère le règne de la poésie chantée en Allemagne, depuis la fin du douzième siècle jusqu'au fin du treizième, de celui du même art chez les troubadours et chez les trouvères. On y voit d*abord que la culture de cet art par les minnesinger fut exclusivement réservée au monde aristocratique ; que le caractère de la poésie est plus élevé , plus moral , et que le talent de chaque min- nesinger est plus individuel , plus original. On n^y trouve pas ces formules de convention qui , chez les troubadours et les trouvères , donnent une teinte monotone aux chansons d'amour; ces retours in- cessants du printemps , de la verdure , des fleurs , le chant des oi- seaux y les plaintes étemelles contre la médisance , et les fades do- léances sur Famour sans espoir. Les minnesinger ont des idées; il les expriment avec délicatesse et dans un .langage dont les formes sont variées. Us sont d'ailleurs plus chastes que les trouvères : on ne rencontre jamais dans leurs ouvrages ces grossièretés d'images et de langage qui remplissent nos fabliaux. Un seul, entre tous les poètes allemands du moyen Age, Tanhaeuser, a manqué de cette retenue décente dans une allégorie, et la réprobation de tous Fa frappé. Une autre différence considérable se fait remarquer dans la culture de la poésie chantée entre l'Allemagne et les autres États de FEurope (France, Angleterre et Pays-Bas); elle consiste en ce qu'il n'y eut point, pour les minnesinger, d'acolytes analogues aux jongleurs : le poète allemand était aussi toujours le compositeur de mélodies et le chanteur; sa dignité en était plus intacte. Ce serait en vain qu'on chercherait dans les châteaux féodaux de l'Allemagne le jongleur, moitié artiste et moitié saltimbanque, qui réjouissait en France les seigneurs aussi bien que le peuple. Inspirées, au retour des croisades, par les mélodies arabes , celles des minnesinger, comme celles des poètes chanteurs des autres parties de l'Europe , sont ornées d'appoggiatures , de ports de voix, de groupes et de trilles ; rien ne les distingue essentiellement des chants des trouvères du treizième siècle. Il est regrettable qu'on ne trouve pas, dans les manuscrits, les mélodies des poèmes de Wolfram d'Escbenbach , de Walther de Vogelweide, de Gottfried de Stras- bourg, ni d'Ulric de Lichtenstein. A l'exception d'un fragment de Titurely poème de Wolfram, tous ceux dont on possède la notation appartiennent à Nithart, à Tanhaeuser, au Wilde Alexander et à DE LA MUSIQUE. 75 'au'tfes minnesinger moins connus : nous donnerons comme spé- imens des mélodies appartenant à des dates plus ou moins éloi- nées^ dans le cours du treizième siècle. . WOLFRAM D'ESCHENBACH. Chant d'un fragment de Titarel. FAC-SIMILB DU MANUSCRIT DE VIENNE (1). ^ gen* meovfaibig \fQxi^ovffl}iwt f r * f f& ^Sz^ t ^ tthogit^fter-j^oj^r mvt? ttoft/Stiter nv-f • m%t. jttwg fiid^^tiBcfem- feftym traxitm wtt 1^'^-^ «iif rcdtwv (I) Von der Hagrn, Minntsinger,V^ Th., pi. X. 7C HISTOIRE GÉNÉRALE TRADUCTION EN NOTATION MQDERNE. „.. . . ,. Àndantino. ^ 2"* ton irrégulier -fi — 1 — R- Iransi quinte '• ton irrégulier ■ f) _ - | ~ 1 - ^ iransposéàla ^I^^]j^3^JI= 3--Ë inte supérieure. -^— — — T I M ^ t r t ^^m Ja - roer ist roir en - tsprun • gen. Ach meln lait ist Tes te. G Yoe daghat bet - wun - gen. Mein & #^^g 'h- m -i- ^-f *:i€? ■T-l sen - detf hercz. Outdir re lin - den es - te Ho-her mut trost un - de mus lich dec - ken. Sûft - zen ^^^^^^^^ trau - ren wfir - nen. Wil ich han unt di - sen ^er - den rec-ken. ^^^ Le manuscrit de Francfort qui contient des Lieder de Nithart est incomplet et incorrect sous le rapport du placement des signes de notation : quand les phrases se répètent , nous avons dû les corriger Tune par l'autre, le manuscrit y introduisant des différences qui ne résultent que de l'inexactitude des copistes. Les paroles nous ont aidé à rétablir des notes oubliées ; mais dans ces paroles , transcrites en bas-allemand, le texte poétique est lui-même fort altéré. Malgré ses imperfections et ses lacunes, le manuscrit de Francfort n'en est pas moins intéressant , en ce qu'il reproduit des chants de Tun des minnesinger les plus célèbres. Nous donnons ici la traduction des deux mélodies originales débarrassées des fautes de transcription qu'y avaient introduites des mains maladroites. DE LA MUSIQUE. 77 I. AndarUino. '""• w k^^^^^f^^^ 'A F^=4 ^S=9= ^^ E£i rgrrr ms^^^^m h* m & ^ ^ s^. ^^^ ^^^^^^^ Ê^^^ ^^m 5^5 u. «■•ton. ^^^^^^ ï-, ï^ ^^^^^^^ Xj g Li-^ ^E^^ f^^^ ^=nttz:?. ^J SS3^E^ yd=^-^i^ ii^ift* 1^3 B=zt i^^ ^^^ 78 HISTOIRE GÉNÉRALE Le manuscrit de Jéna , dans lequel se trouve un chant de TanKaeu- ser, est noté d'une manière très-correcte en notation de plain-chant : la traduction en notes modernes s'en fait donc sans difficulté. De tous les poètes chanteurs dont on a les mélodies , Tanhœuser est celui dont le chant est le plus lourd, le plus dépourvu d'ornements , et le moins analogue au caractère de la poésie. On pourrait le louer de s'être abstenu de suivre, dans son chant, les formules orientales adoptées par les trouvères, les troubadours et les autres minnesinger , s'il ne tombait dans une autre imitation, à savoir celle du chant de Téglise, qui s'accorde mal avec les idées nrondaines , ironiques , sceptiques , de sa poésie. La place qu'il occupa parmi les minnesinger est assez considérable, pour que nous considérions comme nécessaire de le faire connaître , par le morceau suivant , au point de vue du chant de ses œuvres. Chanl de Tanliœuser; diaprés le manuscrit de Jéna (t). Du f-^lon fe- y|^-^y-{0: Iransposé. iBliP— j.: — \IZ ZGJZm ±z o. :t ?^^ ^=& ±=± Ez ist ein wun - ny-chli -cher lac. Ku pble - ge myn i^— &-a tg: a: ± m ZZ^3~ lê: lêzig; ±r±: VcrS. a^K * der al - 1er din - ge wal - te. Daz icii mit sel • dcn mû - ze ^re - s TCk. + ë êzro; t=t leHiS p ^f=*^- -i— i-r -MZ&H \ ^^s t sen. Unde ich ge - btt - ze my - ne gro - ze seul - de. Wente her mich vol ^ê=xn ig-i» t=t ± g ±:é: -U- tz ge-hel - fen mac. ^ Al - so daz ich die se - le myn be - bal - te. % m éî^êr td: P=^ t ■O .g: t=t: :o: w fcK ±=4 S: Daz ich Tursun-den sy ge - ne - sen. Unde daz îcbnoch ir wer m 4-4 'errj H=L- ziziê:. -^ m 35Z32: =t ^^^M-l^ i be go - tes but - de. Na ge • be ber mich so ste - ten mût. Daz es (l)Vou der Hageii, ouvrage cité, IV fiartie, p. 797. DE LA MUSIQU E. 79 • i janê: :.-t i 32=^: tr=t-- -€^ p^Spp riE a: ± ± xs: :ci: der Ueb TÛr - die- ne so. Dazmyr got dan - ken mti - ze. ^L i -o- o - tz±r: ^ -iB- :l ta: tit fcizî; t=t & m Daz myr daz en - de ^er • de gût. Und ouch die se - le vier - de yro. s t m +— h wj^ 1- »; t EB ÏE3 M^jf- Mynschei-dea wer - de sii - ze. Dazmich de- bel • le gar »: t t £ iq: nzaz t Tûr - ber. Des hel-fe niir de rev-ne. UndeTii - ge mich H— — H- jg-^ ± .a: fczz^ÉL trzt -Q- roL t gS^ des icb da ger. œ ï Dasmicb die hœ • stevreu-de sy ge-mey .a t± &: ± is=^ t-r :o: g=0: :ê=fe ne. Also icii der ma • ge mùz un-per. t- 1- Daz icb dort vri 1^^ xx xx: irQ-ffi t f^^^. onde Tyn - de. .C3. lêzio: Die my - ner kunf - te wer - den tfo. Daz icb m -g-»- t-t- + i t a + -*3 ge • bey - zen muge eyn sel - den ri - cbez in ge - syn - de. Le minnesinger appelé maître Alexandre (Meisler Alexander) est plus original que les autres poètes chanteurs du treizième siècle dans la composition des mélodies : il est particulièrement remarquable par la force de ses rhythmes. Nous regrettons d'être obligé de bor- ner à un seul de ses chants le choix que nous faisons parmi ceux que renferme le manuscrit de Jéna ; Fimmense quantité de sujets dont se compose l'histoire de la musique ne nous permet pas de sortir de certaines limites pour chaque chose. Voici donc le chant de maître Alexandre, que nous donnons comme spécimen de ses inspirations mélodiques. 80 HISTOIRE GÉISÉRALË Allegretto. S'"* Ion. ^^m 3 m g t Ein Kupfer 80 vûr gui - det was p=i i T È^ dai ez gar ;£ ï3Σ|:i!: t=|r.z|it::4:-t «-fis --^Pl Î^^Ê^^^ guldin scbeyn.DesYal&chbetrouchTil mani - gen raan E-man sin i^^^Efcjfef=f4f=^=f^^^^^^ warl ge - war. Do daz sol - de sin daz Ko - pfer warl ges-tri-chen an den slein al • da ou - ge - te sich der ralsch ^^^fe teh^ ^^^^^ aiso er was Ko pfer var. Daz bet-zei - chentey-nen schonen nnan. ^ T 3 ^^^^^E^i^ U-zenunde yn - nen nicht. Vul und vaisch un-de un • ^^^ [i ± H fi t:^=N?^^^ ge-tru-we .ma-ni-ger inir des gicht.Dazwir vil scho-ner bo • serliu • te han by un - sen ta -gen. Ge-wunnen wenwirgu - ten bi-der-ben i î i rq— y» -3- I <9- liau • lies* Tentai - le mir das kla • g'>n. DE LA MUSIQUE. 81 Le treizième siècle , grande époque d'art et de poésie qui vit naître .Amolfo y Tarchitecte des plus beaux monuments de • Florence ; Ci- inabae et Giotto y s'affranchissant des traditions byzantines et créant la vraie peinture ; le goût et la délicatesse du travail brillant au plus liaut degré dans tous les arts décoratifs ; Dante , génie sublime ; les -trouvères, dont les œuvres en tout genre témoignent du réveil de l'imagination, après un sommeil de dix siècles; ce treizième siècle, qui vit tant de merveilles, eut aussi la gloire de produire, comme BOUS venons de le montrer, quelques-uns des plus grands poètes de TAllemagne , longtemps ignorés ou méconnus de leurs compatriotes. Tidèles aux traditions des temps anciens , les troubadours , trouvères -& S: biS: t ^êzTê i /TV :^ ± -F^i t- Nun a • berwar einBrun-nen da selbstan dem Ort, Auf wel-chesPfort; i ■<5>-6>- ^t f ^g /TN '^ ^ ^=S=P~ g eio gros - ser Steio ge - le - get , den mao dar von be - we &=Sr ±z± gel, ^ bon ± ij— g ê=K t 3 f ■o- ■êi t êfeiÉ wann viel Ilir-ten wa-reo bey sain - men, Drum die - se aurh ge - pfle - (1) VoD der Hagen, ouvrage cité, p. 921 et suiv. (2) De sacri Rom,Imperii Ubera emtaie Norlbergensi commentatio, Accedit de GermanUr phonascorum Altdorfi Norîcorum^ 1C97, in-4*. DE LA MUSIQUE. 89 ■4 •'^ wT i.* - € — a -«i-fii -:t :û-& :o: -t— I- EËS Eli - ren wer a - ber gmein nu-chet un fcin Tat - ter îi mz-O: t:--4: __ _/rv isii -I- - + 'r\ -l5> i- <-^— 3=ê -J3ziê.-ho tr±rr|=trr| fcr ^1 ber lehrt wcr lum vat-ter. CONRAD DE WURZBOURG. -jorrazz :tr4 undmut - terglcicb pein sol ers - ter-ben dcstodts un rein Ir a - O—X ^--t-izi ^g.^=^|^^ Ausz der dief- fc schrei ich zu dir O Hcrr er - hôr z&rz -M-rïïztzùzmztzjiz mein Slim-me vorangst ich brin und gli - me I •1 -H - - jQ =^-\:q=Q- '0^^mM^4^mM dcingne-dig oh - ren las meiiken auft' du Sti - me fur i=@ z^ziq: ^^ Suite. -e=fc:;f= b=^=.^- das mci • nés flc - hens o Got mein hort Icti a ' ber harr DE LA MUSIQUE. 91 êtreLri^r^mrnfcK /r\ Œ-g- «les Her ren fer - ren vFm -\— Er - liort er die 1^ '=t=H ^- ;^ Sel mpin. Dans ce dernier chant, on reconnaît l'œuvre d'un musicien plus habile que les auteurs des deux autres; on y trouve plus de mouve- ment et plus de variété dans les formes. Conrad de Wûrzbourg, en ef- fet, ne fut pas seulement poôte et chanteur; il était aussi violiste, ainsi qu'on Ta vu dans les légendes du premier tableau de Strasbourg. Tous les chants des Meistersânger portent des inscriptions qui sont autant d'énigmes : Wagenseil a donné un catalogue très-étendu de ces inscriptions (1), sans éclaircir toutefois leurs significations. Forkel en a mentionné quelques-unes, mais il n'en a pas cherché l'explication (2). J. Grimm en a fait l'objet d'un chapitre de son traité des maîtres chanteurs (3) : il y a porté sa rare sagacité et a proposé des explications de quelques-unes de ces inscriptions, lesquelles pa- raissent fondées; mais il en est d'autres contre lesquelles il y a des objec- tions sérieuses à faire. Au premier aspect, ces inscriptions semblent se rapportera la musique, parce qu'on y trouve souvent le mot Thon, ton; telles sont celles-ci : kurlze Thon, ton bref ; langen Thoriy ton dé- veloppé; gulden Thon, ton d'or ou doré; grûnen Thon, ton vert; rothe Thon, ton rouge; zarten Thon, ton délicat; neuen Thon, nou- veau ton; Spiegel Thon ( ton qui a l'éclat du miroir 2 ); Hoff Thon ton de la cour, etc.; prises à la lettre, ces expressions n'ont pas de sens en musique. Le mot weise est aussi souvent employé dans ces inscriptions; Grimm explique weise par xcaisej parce que l'an- cienne poésie allemande a des vers non rimes ou vers blancs; ce- pendant on voit ce mot en tête de chants dont tous les vers sont ri- mes. Remarquant que, dans la première strophe du poGme sur la guerre poétique de Wartbourg {Warteburger Krieg) j Ofterdingen (1) Ouvrage cilé, p. 53 i, (2) jéligemeine Gesclitchte der àîusick, t. Il, p, 1G7 (3) Uebfr den altdetitschen Meistergesang, p. 106. 92 HISTOIRE GÉNÉRALE chante sur le Thûringer Herren Ton (le ton des seigneurs de Thu- ringe) , et qu^à la strophe 71 Klingsor chante également sur ce ton, Grimm présuma, avec beaucoup de vraisemblance , que le Thûringer Herren Ton{i) était un air populaire sur les seigneurs de Thuringe. C'est ainsi que sont désignés, dans les anciens recueils de chansons françaises, les airs sur lesquels elles doivent être chantées, en indi- quant les premiers mots des chansons primitives pour lesquels ces airs ont été faits. Cependant cela n'est pas applicable à la plupart des inscriptions dont il s'agit ; la plupart désignant autre chose que des airs connus : prenons pour exemple quatre chants au-dessus desquels on lit im langen Thon ; on verra qu'ils sont tous dissembla- bles , soit dans les mélodies , soit dans la mesure des vers. Voici le commencement d'un chant de Henri Mûgling im langen Thon. rft' ■ -L-LLiJElzozig/iz 'i9- ^E^ -S-6^ =î '•^■^m^mmm^ ^ XT Ge - ne - sis am neun und zwan - zig-sten uns be - ricfat. Le chant de Frauenlob que nous avons donné (p. 88) est aussi im langen Thon ; il en est de même du chant de Marner qui k suit. Voici celui de Regenbogen. 1^^^ ï T p zfciê: t ^-4 i Non will ich dir sie - bcn Jahr die nen. Voici donc quatre airs différents ayant la même inscription. Si nous en examinons la versification , nous verrons que le premier commence par trois vers de douze syllabes; celui de Frauenlob a un premier vers de douze , suivi d 'un petit vers de quatre ; celui de Marner commence par un vers de huit suivi d'un vers de sept; enfin , celui de Regenbogen a un premier vers de dix suivi d'un vers de douze : aucun rapport donc entre eux , si ce n'est que tous quatre ont de longs développements; d'où il suit que langen Hum signifie un air de longue durée. Ces quatre chants furent couronnés î\ diverses époques dans des concours , ce qui leur a fait donner le (1) On écrit alternativement Ton ou Thon, selon la source des citations, rorthographe de ce mot ayant varié. DE LA MUSIQUE. 98 oooï de tons couronnés [gekronten Thone)^ en sorte qu ils étaient à la fois langen Thone et gekronten Thone (1). Quand un chant a pour inscription im neuen Thon , il est évident qae c'est Findication'd'un nouvel air. On remarque que les maîtres chAnteors ne manquent pas de dire qu'ils ont fait un air nouveau lorsqu'ils ne se servent pas d'un autre déjà connu. C'est ainsi que Sachvendorf commence une chanson par ces mots : in diesem neuen TofU vsolUe ich gerneneue Lieder singen (dans ce nouveau ton , j'ai- laeTais à chanter de nouvelles chansons). Le maître Sigeher dit aussi : an dem ich beginnen in diesem neuen Tone (je commence dans ce nouveau ton). On peut croire que l'expression iïo//* Thon répond à ce qa'on appelait autrefois en France air de cour. Le zarten Thon était vraisemblablement un air gracieux , semblable à ceux de nos romances. Quant à ces titres de gulden Thon^ grûnen Thon, rothe ThcHy Spiegel Thonj et beaucoup d'autres imaginés par les maîtres chaoteurs du seizième siècle, ils n'ont aucun sens par eux-mêmes; on ne peut les considérer que comme des conventions en usage dans ces corporations et dont elles avaient la clef, aucune explication ne pouvant être donnée de tons rouges, verts, d'or ou dorés. CHAPITRE QUATRIEME. ALTÉRATIONS SYSTÉaiATlQDES DC CHANT GRÉGORIEN. — CHANTS FARCIS. Les altérations du chant grégorien qui ont été signalées dans le dixième livre de cette Histoire et dont Guido d'Arezzo se plaignait *^ssi amèrement que de l'ignorance des chantrôs , dans le prologue de son Micrologus (2) , ces altérations , disons-nous, provenaient en Pwtie des fréquentes incertitudes que faisaient naître les notations neamatiques des graduels et des antiphonaires. Les difficultés éprouvées par les chantres dans l'exécution' des ornements à notes '^pîdes dont la tradition était établie à Rome fut une autre cause ^^ ces mêmes altérations. Celles-ci n'étaient que partielles; mais (0 Ces quatre chants couronnes se trouvent dans le livre cité de Wagenseil. '*) Gcrbert, Scriptores ecclesiastici de musica, t. II, p. 3. î)4 HISTOIRE GÉNÉRALE dans le douzième siècle il s'en produisit un nombre beaucoup plu considérable, ou, pour parler d'une manière plus exacte, il se fi une réforme complète du chant qui en changea systématiquemen le caractère : saint Bernard et les moines de Clteaux en furent le auteurs. La cause et les effets de cette révolution opérée dans 1< chant liturgique exigent que nous rappelions au souvenir des lec leurs des faits d'une époque antérieure de plusieurs siècles. Ainsi que nous l'avons dit, d'après les chroniqueurs, sur la de mande de Charlemagne, le pape Adrien I lui envoya un antiphonair conforme aux traditions de la chapelle pontificale. Transmis à Té cole de Metz pour servir à l'instruction des chantres , ce manuscri s'y trouvait encore au douzième siècle. Nous avons dit aussi quell fut la résistance de la plupart des églises de France contre Fadop lion de ce chant , différent en beaucoup de parties de celui dont ci avait l'habitude, soit par la forme, soit parle mode d'exécution (^e ne fut que par la suite des temps que se fit la réforme , laquell ne fut. jamais complète, car il s'y mêla toujours des usages locau qu'on ne parvint pas à faire disparaître. Après plusieurs siècles, i se trouva qu'il n'y avait plus d'unité dans les livres de chant de églises et des monastères : aux causes premières de ce désordre s'a joutaient les fautes des copistes, plus ou moins ignorants de la sîgni tication des signes qu'ils transcrivaient. Tel était l'état des choses j ce sujet, qu'au douzième siècle, la célèbre abbaye de Citeaux e celles de la Ferté, de Pontigny, de Clairvaux et de ilorimont, appe lées les filles de Citeaux y n'avaient que des graduels et des antipho naires défectueux et dissemblables. Voulant faire disparaître ces ano malies, l'abbé de Citeaux demanda à Técole de Metz une copie di Tantiphonaire du pape Adrien; l'ayant obtenue, il donna mission î saint Bernard et aux principaux chantres cisterciens de collationnei sur ce manuscrit les livres des abbayes du même ordre et d'y fain les corrections nécessaires : c'est ici que commence la réforme qu< nous avons à faire connaître. Saisis d'étonnement à la vue de la multitude d'ornements et de longues suites de notes sur une seule syllabe , qui se trouvaient par tout dans le manuscrit de Metz, saint Bernard et les chantres de Ci teaux ne purent se persuader qu'il représentât la tradition du chan de saint Grégoire. Suivant la préface de l'antiphonaire cistercien , ré- sultat de leur travail ; a ils ne virent clans celui qu'ils avaient sous leî DE LA MUSIQUE. 95 yeux que de graves et nombreuses absurdités , gravis et multiplex ab- surditas; ils considèrent comme indigne de ceux qui veulent vivre régulièrement de chanter les louanges de Dieu d'une manière si ir- régulière, indigne videbalur qui regulariter vivere proposuerunt y hos irregulariter laudes Dei decanlare; ils en ont éliminé et expulsé Tor- ture des faussetés ainsi que des ineptes et illicites licences, eliminata falsitatum spurcitia expulsisque illicitis ineptorum licenliis : on ne doit ni s'étonner ni être blessé de trouver dans le nouvel antiphonaire autre chose que ce qu'on a entendu jusqu'alors, aliler quant hucus- que audierity et qui est changé dans la plus grande partie, in pleris- que mutatuniy etc. » On retrouve dans ce jugement de la tradition ro- maine du chant liturgique, exprimé en termes peu mesurés, l'esprit gaulois qui s'était prononcé avec aussi peu de retenue dans la discussion intervenue à Rome, quatre siècles auparavant, entre les chantres de la chapelle pontificale et ceux de Charlemagne. Les premiers possédaient une habileté d'exécution à laquelle les autres ne pouvaient pas atteindre ; de plus, la foi fut toujours plus austère dans les Gaules qu'en Italie; on n'y admettait pas, dans le culte, les orne- ments mondains dont le goût ausonien s^ accommodait; de là la di- vergence d'opinion concernant le chant propre à l'Église. Ce qui est surtout remarquable , c'est la déclaration franche et nette par la- quelle finissent les passages cités ci-dessus, à savoir que l'antipho- naire cistercien contient un autre chant que celui qu'on a entendu jusqu'alors. On y reconnaît l'esprit dominateur de saint Bernard, ré- dacteur de la préface; ainsi parlait celui dont l'autorité était si grande, qu'il écrivait au pape Eugène 111, on dit que je suis plus pape T^e vous! Au reste, la déclaration est exacte : le chant cistercien est autM que l'ancien chant grégorien; à vrai dire, il n'en est que le squelette. Nous allons expliquer, aussi rapidement que nous pour- rons, quel fut le principe de cette transformation. Bien qu'il soit difficile de déterminer avec précision les époques où certaines choses relatives au chant liturgique ont été faites ou ont cessé d'être en usage, il parait certain que ce furent les cisterciens qui firent la première séparation des chants du graduel et de ceux ^e l'antiphonaire , tous les manuscrits antérieurs au douzième siècle que nous avons vus n'ayant que les chants de l'office du matin et ^es messes, ou ceux du matin et du soir : ce n'est qu'au treizième siècle qu'on trouve des antiphonaires contenant seulement les chants 96 HISTOIRE GÉNÉRALE des petites heures et ceux du vespéral. Il est d'autant plus nécessaire de faire cette distinction ^ que les rédacteurs de catalogues des grandes bibliothèques désignent comme antiphonaires du onzième et' du douzième siècles , des manuscrits qui sont de véritables griiduels. C'est ainsi que le P. Lambillotte a publié le manuscrit de Saint-Gall sous le titre à'Anliphonaire de saint Grégoire^ quoiqu'il ne contienne que les antiennes d'introlts, les répons graduels , les offertoires et les communions , c'est-à-dire le chant des messes. Il parait donc certain que ce furent les cisterciens qui, les premiers, ont séparé le chant des heures et du vespéral pour en former Vantiphonaire pro- prement dit, faisant un recueil spécial des chants de la messe, sous le titre de graduel. Cest particulièrement sur celui-ci qu'a porté la réforme dont ils parlent dans leur préface. Eln ouvrant le graduel cistercien , on voit immédiatement les grandes simplifications qu'ils y ont faites. Si l'on compare les anciens manuscrits des missels et des graduels avec les résultats de leur travail , on reconnaît qu'ils ont supprimé un grand nombre de groupes d'ornements, diminué de moitié ou même des trois quarts les longues suites de notes des of- fertoires et des communions , en substituant des notes d'une cer- taine durée, dans ce qu'ils conservent de ces traits, aux notes d'un mouvement rapide indiquées dans les anciens livres; enfin, ils ont simplifié le chant des antiennes d*introIt, des répons graduels et des traits. Pour donner un exemple de ces simplifications , nous choisis- sons le commencement du trait de la messe du dimanche des Ra- meaux qui , dans les graduels romains, est noté de cette manière : F j^=gri |^^^g Wg.sz=b^ p^ De -us De-us me -us, res-pi :£^ tr Iro muerffl irr ta çM««»t niST. DE LA MUSIQUE. — T. V. 98 HlSTOftVE GÉNÉRALE Les signes marqués par des points dans ce fac-similé sont cei qui, dans le manuscrit, ont été effacés et ne laissent plus visibles qi de faibles traces. Les suppressions de cette espèce ne se voient que dans les m nuscrits de la fin du quatorzième siècle et du quinzième ; les gr duels du treizième siècle sont intacts, ce qui indique qu'alors 1 traits vocalises étaient chantés tels qu'ils y sont écrits. Il résulte < ces faits la preuve que le graduel cistercien ne fut adopté que dai les monastères de cet ordre. Il n'en fut pas de môme pour Tantiph naire dont les chants, ainsi que nous l'avons dit précédemmen sont d'origine européenne, y compris la psalmodie, et dont le cara tère est simple. Le travail des réformateurs cisterciens y fut, par ce même , beaucoup plus limité : la comparaison que nous avons fai de leur antiphonaire avec les manuscrits des treizième et quatorziën siècles ne nous a fait voir que des variantes peu importantes : 1' doption de Tantiphonaire réformé par la plupart des églises n'e donc pas douteuse et l'on en fit usage même en Italie , ainsi que prbuvent les anciennes éditions des Juntes de Venise et de Florenc Les nombreux monastères de cisterciens donnaient à ce même ord: une influence considérable : saint Bernard seul en avait fom soixante-douze; vers l'année 1200 on en comptait cent soixante dai les diverses parties de l'Europe. Ainsi qu'on aurait pu le prévoir, la réforme cistercienne fut bient imitée. On ne doU ni s'étonner ni être blessé de trouver dans noire a\ tiphonaire un autre chant que celui qu'on connaît, avaient dit les ai teurs de ce travail : c'était dire qu'on pouvait chanter autre cho! que le chant de saint Grégoire , ce que personne n'imaginait alor à l'exception de l'Église de Milan, qui conservait la tradition è chant ambrosien. Ce chant de saint Grégoire, on l'altérait depu longtemps sans le savoir; on l'exécutait fort mal; mais il n'en éta pas moins l'objet de la vénération inspirée par le nom de son ai teur. Cependant, après avoir vu des hommes tels que saint Ëtienm abbé de Clteaux , et saint Bernard en parler avec peu de ménag< ment, on s'enhardit par degrés et des chants particuliers s'établirei dans plusieurs diocèses. C'est ainsi, que par la suite des temps, Sen Lan grès, Chartres, Rouen, Auxerre, Lyon, Châlons et d'autres év^ chés eurent leurs graduels et antiphonaires particuliers. Là ne s'a: rèta point cette production de chants plus ou moins rapprochés d DE LA MUSIQUE. 99 <;haDt grégorien, plus ou moins différents : les moines de divers or- 4lres eurent aussi, à des époques plus ou moins postérieures, des livres spéciaux de leurs offices. C'est ainsi qu'on a des manuels de chant à 1 usage des Dominicains, des Augustins, des divers ordres sous Tin- Tocation de saint François, à savoir les Récollets , Capucins et Frères mineurs; on en a aussi pour les Olivétains, Prémontrés, Oratoriens, Carmes et Chartreux, tous différents en quelque partie. Dans cette ^numération ne sont point compris les offices complets d'un grand nombre de saints , patrons de certaines localités. Au moyen âge remonte l'origine de certains chants appelés farcis : il y en avait de plusieurs espèces , les uns entièrement la,tins , les autres mêlés de langue latine et de langue romane. L'usage des uns et des autres n'a jamais été général. Les chants latins farcis au- raient été mieux désignés par le mot interpolés. Il en était aussi dans 3a seule langue romane : ils n'étaient pas mieux nommés, puisque 3e mot farce signifiait autrefois le mélange de plusieurs choses dif- :férentes. Parmi les chants latins farcis, on remarquait les Kyrie eleison y M^hriste eleison, qui se chantent au commencement de la messe , après^ T'introît. Au lieu de chanter simplement trois fois Kyrie eleison,on ^ intercalait des espèces de paraphrases telles que celles-ci : K3rrie, fans bonitatis, Paler ingenite, a que bona cuncta procédant, eleison. Christe, cœlitus adsis nostris precibus^ quas pro viribus, are, corde y actuque ^sallimiis, eleison. K3nrie, Spiritus aime, pectora nostra succende, ut digni pariter proclamare 'Memper possimus , eleison (1). Une messe à trois voix, composée à la fin du quatorzième siècle par un savant musicien belge , nommé Guillaume Dufay, a des Kyrie «t Christe farcis différents de ceux-là ; les voici : Kyrie , omnipotens Pater ingenite j nabis miseris eleison ; Kyrie , qui proprio jplasma tuum Filio redemisti, eleison ; Kyrie , Adonay, nostra deie crimina pie- 4)ique tue, eleison. Christe, snlus hominum vituque eterna Àngelorum, eleison. Kyrie, Spiritus paracly te largitorque venie^ eleison; Kyrie, carismaium dator, iargissime démens^ eleison (2). (1) Roquefort, De Véiat de la poésie française aux Xll* et XIII* siècles^ p. 252, (2) Manuscrit de la Bibliothèque royale de Bruxelles, n** 5557, in-fol. 100 HISTOIRE GÉNÉRALE Ces Kyrie farcis se chanlaient aux fêtes solennelles, sur des airs particuliers. Il y en avait qui étaient farcis en français et qui étaient encore en usage au commencement du dix-huitième siècle, dans le diocèse d'Auxerre , le jour de Noël. Ils commençaient ainsi : Kyrie Le jour de Noël Naquit Emmanuel Jésus le doux Gis Dieu éternel ! Eleison. Les strophes de ce Kyrie , au nombre de neuf, se chantaient sur un des vieux airs bourguignons appelés Noëls. Dès le septième siècle, on chantait déjà, dans certaines provinces, des épltres farcies en latin (1). On en chantait encore une à Brioude ( Haute- Loire ) , dans le dix-huitième siècle , à la fête de saint Ni- colas f2). Ces épltres étaient des paraphrases du texte même de répitre du jour. Le chant de ces pièces était une mélodie popu- laire. Quant à l'introduction d'une langue vulgaire dans le chant- du service divin , elle tire son origine de l'époque où le peuple n'en- tendait plus le latin , ou du moins ne le savait plus assez pour qu'il n'y eût pas pour lui des obscurités dans les textes historiques du Nou- veau Testament. Déjà, en 815, le concile de Tours imposa aux ec- clésiastiques l'obligation de prêcher en roman (3) . Peut-être n'est-il pas exact de dire, comme M. Magnin, que toutes les églises retentirent pendant les dixième et onzième siècles d'une foule d'hymnes et de proses farcies ('i.), mais il est hors de doute qu'à certaines fêtes de saints. (1) Martene, de Anùquit, eccUs, rit., lib. I, cap. 3, art. 2. (2) M. Édélestau Du Méril a publié une de ces épitres farcies, pour la fête de saiot Jean, dans ses Poésies populaires latines du moyen âge, p. 58, d'après le manuscrit 1139 de la Bibliothèque nationale de Paris : on y voit alternativement le texte de Tépitre et la para- phrase ou farce^ laquelle était rimée et mesurée par le nombre de syllabes^ comme on le voit par ce commencement : Ad laudemregis gloi'iœ Vax intonet Ecclesiœ I Propter Jo (/i) annis mérita^ Hœc redta prœconia ! (3) Et ut easdem homilias quisque (episcopus) aperte transferre studeat in rusticam roma- nam linguam aUt theotiscam, quo facilius cuncti possint intelligere quae dicuntur. — Collec- tion des conciles de Labbe, tom. Vil, col. 1263 . (4) Journal des Savants, 1844, p. 23. DE LA MUSIQUE. (01 particulièrement saint Etienne, les saints Innocents, saint Nicolas, saint Jean l'Évangéliste , saint Biaise, à la Circoncision et à l'Epi- phanie , des épllres farcies étaient chantées sur d'anciens airs popu- laires. Deux sous-diacres montaient à l'ambon en chape rouge , sui- vant une ordonnance rendue, en 1198, par Odon de Sully, arche- vêque de Paris; l'un chantait le texte latin de l'épltre, l'autre la pa- raphrase en langue romane : s'il n'y avait qu'un sous- diacre, il se réservait le texte; la paraphrase était chantée par deux enfants de chœur. Des manuscrits des treizième, quatorzième et quinzième siècles ont conservé ces pièces avec le chant : elles offrent autant d'intérêt par leur forme que par le chant, qui nous fait connaître le caractère des airs populaires de ces époques reculées. Bien que déjà publiés (1), ces chants doivent être reproduits ici, parce que le vo- lume où ils se trouvent a paru plus d'un siècle et demi avant noire His- toire et qu'il est devenu fort rare. épItre du jour de saint Etienne. Prologue. ^^EËE^^Ê: 22=g: 3- ÉZMztiSjiir- T En - ten-dés tout a - chest sar Pî^d P^ ng~o en - ti ~-=F 22=S^ ron ^el=^- ¥=T ■ëf^W- 3 =r Con - ter vous veil la Pas • si - on isEoETgZTQII mon Et clair et lai tout De P^- saintEs - len - le :ci le ba :q ?=^ ion. à Com - ment et t=^ =©=g: è ;^g3 ^ ■JSi par quel mes • proi ^^ -^ ï g g i ^■ .Q-azz 1=F Z^=ZC ^m son, Le la • pi - dc-rent li fe ■3- Pour Je - su - Crist et pour son nom Jà ^e=^^ =1---^ Q— Q- P^ »=^ Ion. :::|r ■Q' ^ lor-rés bien en (1) Traité historique et critique sur le chant ecclésiastique, par Tabbé Lebeuf, Paris, 174 1 , in-8. 102 I i '^m^. HISTOIRE GÉNÉRALE Épttre. i ^ F3=3 1=3^^^EiEg=S^S la le /?s choo. Paraphrase. -0-a-:gr-:g: Lee- Il -0 Àc-lu-\tm A- pot f4==3 "J=^tl âi^ qp:^ :gz:Q: P=^ JOrZ^ to-U) • rum. Cbes - te le - choaque chi Toas + 73— n: --^ a—Q: E3 list, Saint Luc la - pe-lent qui le ^S^^ fist. Fait des A F?7"rF3 i^s pos-tres Je * su • Xpist ITÏ^ -f t Q""sr t Tsr a. =S=^- Saint Es • pe - rit li i a i a=S^ 3r 3rjr -,j^ :T?1 /T\ ;^S :qr^ ^5=^ ^ prist. In di - e - bus U lis. Cbe fu es jors de i ^Ê^^^^i B pi - é té Kl tans de grâce et de bon ^E?=' BE^3 té Que I --TE5 S=^ ^4 -4-^ % "Or Diex par sa grant ca - ri - lé Re - chut mort oour cre du» Re - chut mort pour ères - 11 - en ^É££^i^ig=k=^gË^ t=f 22=g; ë^^ té en 1-chest tans bien eu ré Li I 1---^ xcro: 3=^; â=«=l=i t=g===r:n- ^!?=^ A • pos - tre li Dieu a i -<9 i mé Ont saint Es - te - ve or - de - né Pour pré -chi - er en vé - ri «=d -«- -tff § <5-« ilt ^3EEÏ :5=g: Zi-Vt ^^^^ Slepha-nus pie-nus gra ti - â et for- ti-tu-di ' ne faci-e-bat DE LA RIUSIQUE. 103 ^0 ff pj]j Jz t^^^^^ J=&^ ■^ prthdi • gl - et si'çna ma - gna in po-pu-lo. i ■Î5Η ^ m Ks 1 --et:^!^ ■jQ €S=^- S=a Saint te - ves dont je tous chant Plains de grâce 1=^- »=5= et de Ter - tu I 3 ^ grant, fai - 9oit el pu - le mes-cré - ant % ^- «i=s- fil— 6> É^ "8r ^ Mi - ra- des gransDieu pré - chant ^ Et cres-ti - en - té "Q—à: % rt=^ A rj=^ :22=3 '^^à F=1-^^B 1^: ess-au chant. g=^>._^_^ Sur-re-ore-rtin^ au-tem quidam m T T de Si- ~sr8rd T na-go-ga, etc. L'épltre farcie des saints Innocents se chantait sur un air populaire d'un caractère différent; ce chant, que nous donnons ici, est tiré d'un manuscrit d'Amiens dont la date est d'environ 1250. ÉPITRE FARCIE POUR LA FÊTE DES SAINTS INNOCENTS. ^m ■&-&■ ±=± 'f-. e riS2=ê: t=l n. t ?2=# % Or a • cou-tés grant et pe - tit, Irai -es tous cha yers cliest ^ ^niê. t=± &— 6^ es • crit : Si a ten-dés tant qua - li ÉEPP ^ t X iSI n. — i- lis Cbes-te 9-v' 352 t i le-chon. X 7X. t et chest can-dit(l). Je lo à tous que c^ - cuns prist Que Da (1) Cantique. 104 HISTOIRE GÉNÉRALE m a: tn ■-»■ ±c t ?- ■&• -a. t X g-^ ^p^ 3 me Diei en nous ha • bit. Et en noscucrs fas-se son lit, 1 rz. ■S:. iadtzM t Et nos - tre fin 3 m Épiire. n*ait en des pit. ^^^^^^m. q-4 Icc 'ti'O li ^ bri :g=^ A'pO'Ca 'lip 'Sis be - a - ti Jo- han-nis A • pos-to ■^m IL ^ê^^ t=t n—&- t=i S^^ ézrê ± ■o=(? t:±: I O - iés le sens et la rai • son De saint Je - han la Ti m 3 gf^-p tt »=& ^± ^^ag ± zD=e: t=t rs: :! si - on : A - po - ca - lip se la nommon , Re - le • yè-ment i -.a: t ^ i -& + za- É Iffi Z?: t--t JO: de la mai - son Et de la hau • te man -si - on, Que Diex m. zznê: tt :sr=ë^ -G_i C/ — §~jm 1— *0 '^^ — nouspro - met en son non Par E • van-gile m m ë= ± CIO~" t ^ -&- t 5>- et par ser-mon; i^ig^ Et che dou - ter nous ne de - Ton Que il nous dist en ^S î ^^-fii g - g -a r ; ^^^^m sa le chon. /ti di ' e ' bus il - lis vi - di su -pra montem i :Q" Q=jff GirêziQ: =2H5=^=^ ^^^^S g: :q —(5^ Êi t=t H t--=£.Tl: t $ Si -on agnumstantem, et cum e-o cen-ium qua-dri-gin • ta quatuor IG lŒ ^^^ t g^ ^br± + mil-li ' a ha-ben-tes no -mené - jus et no-men Pa-tris e - Jus scriptum DE LA MUSIQUE. 105 ^ g~ô in fron - ti- bus tu • is. :er ïE fc lerrê: ±=d:- 5- i t EÈ3S ÈSË t En i - clies jours que je tous chans, ^ :id!: t ± .o. rfct ÈËb- K ..*=^. :t :«3L l: (9- :.cziê ÈÉEE^ :ff Q: Til saint Je - ban un mont moult grant : Si - on a nom ; sus le ^^^ t=z U- ^ :t ^PM^ pen - dant est un a-gniaus tout en es • tant , O lui es . toient com ^ T=^ t y=s: =ëEP t ■e>— g- tz± p~P |-> td *azg ît gÊ^ #.^— fjm -n pal-gnant cheni et qua-ren - te mil en - fant, Et qua - tre mil ^^ :&=& ± ■Xiz:^. -U. :t 'U t=. F^ rgzzza; + /Tn 1=^ ï^ le nom de Dieu yi - Tant. t t a - Teuc cliel tant En roi lor front sus el de - yanl Por-tent Les deux fragments qui viennent d'être reproduits font connaître suffisamment la forme des chants farcis, dont la partie en langue x^omane est en vers de huit syllabes à rimes masculines; ils offrent '^n intérêt musical auquel n'ont pas songé les érudits qui se sont ^Kîcupés des épltres farcies , à savoir qu'ils renferment évidemment Jes airs populaires des douzième et treizième siècles, sur lesquels ont été ajustées les paroles en langue vulgaire de ces épltres. D'autres, our ce moment , un autre chant qui , bien qu'inscrit sous lenom de f>rosey n'en remplit pas les conditions. En voici le commencement : m W- \ + ^ i3f igzsrjt: i=q^ ÏS E - ia! re-co - la -mus lau-di - bus pi - is di - gna; Hujus di-c - i ^â ^^m ^^i i gan-di -a in qua no-bis lux o • ri-tur m T Ï=T T^i=i= gra-tis-8i-ma. Noc-lis ^^^^^^ in-te-xit ne-bu-la pe-re-unt nos - tri cri-mi-nis umbra-cu-Ia. ^ ^ g^ N^f^^l ^^fe^^ife^ Ho-di - e se - eu - lo ma-ris stel - la est e ni - xa no - Te t mm sa - lu - tis gau - di • a , etc. 110 HISTOIRE GÉNÉRALE Arrivés aux portes du chœur, les bergers en montaient les degrés ^ portant dans leurs mains des bâtons qui figuraient la houlette di^ pâtre. Deux clercs, venus au-devant d'eux, chantaient un verset donS les paroles signifiaient : Que cherchez-vous dans cette ilahle , bergers ^ dites-le-nous (1)? A quoi ceux-ci répondaient en chantant : Nous venons visiter Je Christ enfant enveloppé de langes , suivant la parole angiliqu ai que nous avons entendue (2). Alors les femmes qui se trouvaient^ près de Marie , découvrant la crèche et montrant Tenfant , chan — talent ces paroles : Le voilà cet enfant y avec Marie sa mère y ce Meêsie^ dont le prophète Isate a prédit jadis V avènement (3); puis, désignanH aux bergers la mère de Tenfant, elles continuaient de chanter =z Voici qu'une Vierge concevra et mettra au monde un fils; allez et an — noncez qu'il est ne [k). Dans toute cette scène , on voit la mise en action du deuxième chapitre de l'Évangile selon saint Luc (9-17) : il y règne une sai — sissante simplicité des anciens temps. La suite n'est pas moins tou — chante : après que les femmes avaient terminé leur chant, les gers saluaient la Vierge, et chantaient deux couplets qui contenaien une profession de foi explicite et qui annonçaient le triomphe de h religion chrétienne; les voici : Salve , vîrgo siogularis ; Yirgo manens Deum paris; Ante secla generatum Corde patris ; Adoremus nunc creatum Came matris. P^os Maria tua prece A peccati purga fece ; Nostri cursum iucolatus Sic dispone Ut det sua frui natus Visione. (1) llUs venientibus cfuoclerici In prxsepe cantent : « Quem quaeritis in pnesepe, pastores^ dicile ? u (2) Pastores respondeant : k Salvatorem Christum Dominum, infantem pannis inTolulum seaundum sermonem angelicum, » (3) Item obstetrlces cortînam aperientes puerum demonstrent dicentes : « Adest hic panru- lus cum matre sua de quo dudum vaticinando Isaias dixerat propheta. » ^ (4) « Eccc virgo concipiet etpariet filium et euates dicile quod natus est. » DE LA MUSIQUE. 1 1 1 Ce chant, que nous avons retrouvé dans un manuscrit du quîn- ième siècle contenant Toffice de l'Assomption , était suivi de Tex- lamation suivante , chantée par les pasteurs tournés vers le chœur : .^lleluia! alléluia! Jam vere scimus Chrislum natum in terris de quo ^:anite omnes cum prophelis dicentes. Après ce dernier chant commen- <;ait la messe de minuit. Tel était donc ce premier drame liturgique, sauf de certains ^«isagcs locaux qu'on remarquait dans l'église de la Madeleine à Be- sançon ; à Rouen , à Nantes et ailleurs : ainsi^ dans la première de <;es villes, l'Ange était représenté par une belle jeune fille parée et 4avec des ailes (1); à Rouen, au lieu de dire aux bergers, lorsqu'ils arrivaient au lieu où était la crèche : Qaem quœritis ? le prêtre chan- ^it : (^emvtdi5(t5,pa5/ore5? à quoi ils répondaient :iVa(t I (3) Angélus inquit imprimis : a Pastores, annuntio vobis gaudium magnum. » DE LA MUSIQUE. 113 f)our chanter : allons donc el cherchons-le pour lui offrir en présent été VoVy de l'encens el de la myrrhe (1). La scène est ensuite transportée à Jérusalem. Le chœur entre et les mages lui adressent cette question : dites-nous y habitants de Jérusalem ^ où est V espoir du genre humain , Venfant nouvellement né roi des Juifs, manifesté par des signes célestes el que nous venons adorer? (2). Avant qu'il y soit répondu, le lieu de la scène est supposé changer et se trouver dans le palais d'Hérode. Un messager arrivant : Saluty roi des Juifs! — Le roi : quelle nou- velle apportez-vous ? — Le messager : Il nous est arrivé , Seigneur, irais hommes inconnus venant de V Orient , s'informanl de certain roi nouvellement né (3). Hérode ordonne au messager de les interroger sur le motif de leur voyage et sur le pays d'où ils sont venus. Remplissant sa mission, le messager demande aux mages quelle cause les a amenés à Jéru- salem , quelle route ils ont suivie pour y venir et ce qu'ils se propo- sent d'y faire , enfin quels sont leur pays , leur demeure habituelle , ^t s'ils sont venus comme amis ou comme ennemis. — Les mages répondent qu'ils sont de la Chaldée, que leurs intentions sont pa- cifiques et qu'ils cherchent le roi des rois , dont la naissance leur a été annoncée par une étoile qui brille d'un éclat plus vif que les autres et qui les a guidés. Après que le messager a rendu compte au roi de sa mission , Hé- rode veut interroger lui-même les mages, qui se rendent près de lui. S'adressant au premier, le roi dit : réponds-moi , toi qui es le Premier dans tordre, parles, — Le premier répond : je commande aux C^aldéens et suis le roi dominant de tous. — Le roi au second : ïof aussi, d'où es-tu? — Le second répond : le pays de Tharse est 9^t4verné par moi... (pour) Zoroaslre. — Le roi au troisième : Et toi, Cl) Transeamus Bethléem et videamus hoc verbum. *« Gloria io excelsis Deo et in terra pax hominibiis bonae voluntatis. » — *Magus primas : * Stella fulgore Dimio rutilât. — Secundus : « Que regem regum natum monstrat. — Ter- i*^s : « Quem ventunim olim prophétie signaverant. — Simul content : a Ëamus ergo et in- ^P^i'amus eum, offerentes ei munera aurum, thus et mirram. » (^) Intrantej c/iorum (sic) ; Magi : « Dicite nobis, o Hierosoiymitani cives, ubi est eispecta- Uo gentium, noviter natusrex Judeorum, quem signis ceiestibus agnitum venimus adorare? » (3) Internuntitu curreru: « Salve rex Judeorum. — Rex : « Quid rumoris affers? — ///- t^rnuncius (sic) : « Âssunt nobis, Domine, très viri ignoti ab oriente venientes, noviter natum TC^em quendam queritantes. HIST. DE LA MUSIQUE. — T. Y. 8 114 HISTOIRE GÉNÉRALE d'où es-lu? — Le troisième répond : les Arabes m'ont été fidèles^ jusqu'à ce moment. — Le roi : Ce roi que vous cherchez, quel signes vous a dit qu'il est ni? — Ils répondent : il nous a été dit en Orienta qu'il est né; une étoile noiAS Va fait voir. — Le roi : Dites-moi d'où vouss croyez qu^il doit régner. — Us répondent : // est dit qu'il régnera «fl nous venons de pays lointains lui offrir des présents mystiques «C adorer (le premier) avec For leroiy (le second) avec Vencens le Dieuj, (le troisième) avec la myrrhe le mortel (1). Le roi aux soldats : Vous , mes fidèles , appelez les scribes instruilss dans les pages prophétiques. Les soldats aux scribes : Vous qui êtes savants dans les lois , vouss êtes appelés par le roi avec vos livres des prophètes , hâtez-vous der. venir. Le roi aux scribes : vous^ scribes y qui êtes interrogés y dites-moi sS vous avez quelque chose écrit dans le livre sur cet enfant. Les scribes répondent : Nous voyons y seigneur y dans les livres der^ prophéteSy çue le Christ naîtra dans la ville de Bethléem : ainsi Faz prédit le prophète David. Le roi aux scribes... (mots effacés par le temps) : Il attend arer: prudence la fin des choses : allez avec vos.,... Le roi aux principaux ( de sa cour ) : Donnez-moi un conseil , nobles^ hommes l Un guerrier au roi : Écoute ce que tu dois faire , 6 roi , écoute ; c^est peu de chose , mats le moyen est efficace. Fais sans tarder des pré-- sents aux mages et laisse-les aller afin que le nouveau né quils cherchent' soit découvert; quand ils seront revenus près de toiy lu connaîtras celui' qu'ils auront adoré. Le roi au guerrier : Faites venir aussitôt ceux qui sont dehors , vassaC et princes. Un guerrier aux mages : Un ordre royal vous appelle: venez sans larder. (1) Bex ad Magum primum : « Tu mihi responde stans primus in ordine, fare. » — Respoth- deat primus : a Impero Chaldeis dominans rex omnibus illis. y» — Ad secundum : « Tu autem undees? » — Bespondeat secundus. « Tbarseu sis regio me rege Zoroastro. » Adlertium : « Tute.... undees? » — Responde at tertius : « Me metuunt Arabes, mihi parent usqueGdelcs. » — Rex : m^ Regem, quem qucritis, uatum este, quo signo didicistis? » — Nunc respondeani r « Hune regnai-e fatentes, cum mysticis muneribus de terra longiuqua adorare Tenimus (primas), auro regem (secundus) thure Deum {tertius) mirra mortalem. » DE LA MUSIQUE. 115 Le roi dit (d'après le conseil qu'il a reçu) : Allez; informez-vous avec diligence de V enfant y et lorsque vous serez de reloury faites-le moi connatlrej afin que moi-même faille V adorer (1). Les mages ; apercevant Tétoile^ ctîantent : Voici ï étoile que nous QXitms vue dans l'Orient y de nouveau elle va nous guider. Les mages aux bergers : Pasteurs y diles^nous qui donc vous avez vu. Les bergers : Nous avons vu un enfant enveloppé de langes. L'ange : Qui sont ceux-ci qu'une étoile conduit et qui parlent une Jangue inconnue ? (1) Rex ad milites : , « Vos mei sinistri, accite disertos pagina scribas prophetica. JUiles ad scriboi : « Vos legisperiti, ad regemTOcati, Cum prophetarum libris properando venite. jl%ex ad scribas : a Vos scribe , * Interrogati^dicite Si quid de hoc puero Scriptum habetis in libro. » ^iespondeant scribe : n Vidimus, domine, in prophetarum libris Nasci Christum in Bethléem civitate, David propheta sic vaticinante : AnTiPHONA Bethléem. ^f X ad scribas : « finem spectat prudentia rerum ? Vadite cum vestris estis ! Et projiciat librum. -élex adproceres : « Goncilium nobis, procercs, date ? laudis honoris.. . ^rmiger ad regem : « Audi que facias, rex, audi pauca sed apta ! Moxdes dona^Magis, ne mittemorari, Ut noviter nato quem querunt rege reperto, Rex, per te redeant ut et ipse scias quod adores. JRex ad a rmigerum : « Abduc externos citius, vasalle, tyrannos. ^rmîger ad magos : « Regia vos mandata vocant, non segniter ite. Kex consilio habita dicat : « Ite et de puero diligenter investigate Et invento redeuntes mihi renunciate Ut ego veniens adorem eum. » 116 HISTOIRE GÉNÉRALE Les mages : Nous sommes , ainsi que vous voyezy des rois de Tharsê, d'Arabie et de Saba , apportant des présents au Christ né , au Seigneur^ roiy et nous venons ïadorer^ conduits par une étoile. Les femmes gardiennes : Voici l'enfant que vous cherchez : hâlez- vous de V adorer, car il est la rédemption du monde. Les mages entrant ( dans le sanctuaire) : Salut , prince des siècles I Le premier : Recevez de Vory ô roi l — Le second : Prenez cet en- cenSy vous qui êtes le vrai Dieu ! — Le troisième : Acceptez cette myr'- rhcj signe de sépulture! L'ange aux mages prosternés : Tout ce que les prophètes ont prédit est accompli. Allez; retournez par un autre chemin y afin que vous ne- trahissiez pas un si grand roi, et ne soyez punis. Les mages, se relevant, chantent l'antienne Regem celi (sic) (1). La scène est supposée se retrouver à Jérusalem. Le messager au roi : Vtvez dans l'éternité , seigneur ! Les mages sont retournés par un autre chemin. Le roi s'élançant (avec fureur) : Étouffons mon désastre dans des ruines. Un guerrier : Le moyen, seigneur, de satisfaire ta colère est d'or- donner le meurtre des enfants par l'épée; sans doute entre ceux qui se- ront égorgés se trouvera celui-là. (1) Ma^i aspicientes stellam canant : « Ecce Stella in Oriente praevisa Iterum prsecedit nos lucida. » Mag't ad pastores : « Pastores, dicite quidnam vidistis? » — Postures: « Infantem vidimu» pannis involutum. » — Angdus,,. « Qui sunt hi, qui Stella duce nos adeuntes iuaudita fe- runt? » — Magî respondeant : n Nos sumus, quos cernitis, reges Tharsiset Arabumet Salxe^ donaferentes Christonato, régi domino, quem Stella duce adorare venimus. » Obste triées : « Ecce puer adest quem queritis. Jam properate et orate, quia ipso est redemptiomundi. » Intrantes magi : « Salve princeps seculorum. (Primas) Suscipe rex aurum, (secundus) toile thus, tu verc Deus, (tertius) mirram signum sépulture. » Angélus ad prostratos magos! « Impleta sunt omnia quae prophetice dicta sunt. Ite, viam remeantes aliam, ne delatore» tanti régis puniendi sitis. » M agi red^untes antiphonam canant^ a regem cœli. » DE LA MUSIQUE. i 17 Lé roi, tournant son épée vers le guerrier, la lui donne, en di- -asant : Èminent guerrier ^ fais périr les enfants par le glaive (1). Les dernières phrases ont tant de lacunes dans les manuscrits , ^iie le sens n'en peut être saisi. Les derniers mots sont : expleto of- ficia y l'office terminé (2) . Nonobstant les difficultés opposées par la scène placée dans une église et par le peu de temps donné à Faction , on ne peut mécon- naître dans cette œuvre liturgique une véritable conception de drame. Si Ton mettait en doute qu'elle ait été employée dans la fête de rÉpipbanie, de la môme manière que l'adoration des bergers dans l'office de la nuit de No6l, nous opposerions à ce doute le manuscrit de la bibliothèque d'Orléans (3), du treizième siècle , qui provient de la cathédrale de cette ville et contient le même mystère , ainsi que celui de la cathédrale de Rouen qui renferme le même ou- vrage , sous le titre Officium irium regum , dont Edmond Martene a donné la notice (i). Il n'est pas moins certain que ce drame était chanté, le manus- crit de Munich, qui le contient, ayant le chant noté en neumes de la plus ancienne époque, sans lignes d'aucune espèce et sans clefs. Nous sommes redevable à M. Jules-Joseph Haier (5) du fac-similé d une ligne de cette notation que nous donnons ici. Ce chant est {\) Internuncîus : In œternum vive, domine ! Magi viam redienint aliam. Mtx prosUiens : « Incendium meum ruina extinguam ! Armiger : « Discerne, domine, vendicare iram tuam et stricto mucrone querere jubé pue- l'Os; forte inter occisos occideturet puer, v JHex gladlum versons armigero reddit dicens : « Armiger eximie, pueros fac ense pe- •"ire! » (2) Hoc versus content pue ri in processione regum : « Eia dicamus régi « - dies annua (?) laudes. Hoc dédit quod meus sperare gaudia mille Hoc regnum régi quoque reddidit orbi. Testa choreas tenere morieus. Erpleto officia, (3) Earlf mysteries, and other latin poems of the 12 et 13 centuries, edited.,. hj Thom. >ight, London, 1838, 8» p, 23-28. (4) De antiquis Ecclesim ritibus libri III, Antuerpîm, 1764. Tome III, p. 43. (5) Savant conservateur de la partie musicale delà bibliothèque royale de Munich. Jl 11^ HISTOIRE GÉNÉRALE celui du guerrier qui répond à la demande d'un conseil faite par Hérode. (Jm jm faetafjftx miel» faïuù fe J avm, • f otfà^ donA macçif^ tmtc «••non H. Félix Clément a publié (1), d'après un évangéliaire du dixième siècle écrit par un diacre du monastère de Bilsen^ dans le Limbourg, une autre version informe du même drame : Tordre des scènes y est bouleversé ainsi que celui du dialogue. Au reste, on verra dans la suite qu'il y a eu d'autres versions de ce drame. La tradition de l'office de l'Epiphanie, publiée aussi par H. Clé- ment (2), d'après le même manuscrit qui lui a fourni celui de l'a- doration des bergers pour la fête de Noôl, est beaucoup moins développée que le drame du manuscrit de Munich, plus simple, plus facile pour l'exécution et plus convenable pour l'Église. En voici l'exposé : Après Tierce, dit le manuscrit (les mages représentés par) trois clercs élevés en grade, revêtus de chappes et la tête ornée de cou- ronnes, venaient par des côtés différents , accompagnés de leurs ser- viteurs habillés de tuniques et de manteaux, se réunir devant TauteL Le .premier (mage), se tenant d'abord derrière l'autel , comme s'il arrivait de l'Orient, montrait de son bâton une étoile et chantait : L'é- toile brille cCun grand éclat (3). Le second, arrivant par le côté droit, répondait : Elle annonce que le roi des rois est né (4), le troisième, venant par la gauche , chantait à son tour : Cet événement avait été prédit par les prophètes (5). Réunis par le même sentiment, les mages s'embrassaient et chantaient ensemble : allons donc et cherchons ce Dieu et offrons-lui pour présents de l'or^ de l'encens et de la myrrhe (6). (1) Histoire générale delà musique religieuse, p. 115. (3) Idenif p. 105. (3) In die £piphaniœ, Tertia cantata, très clerici majori sede cappis et coronis ornait, ex tribus partibus cum suis famulis tunicis et amictibus indutis, ante altare conveniant ; primus stans rétro altare^ quasi ab Oriente veniens, stellam baculo ostendat et dicat simplici voce r Stella fulgore nimio rutilât. (4) Secundus a parte dextera veniens : Quae regum Regem natum demoDStrat. (5) Te m us a tinistra parte veniens, dicat .* Quem ventunim olim prophétie signaTeraot. (6) Tune régressif ante altare aggregati, osculentur simul dicentes versum : Eamus ergo et inquiramus Eum offerentes Ei munera aurum, thus et myrram. DE LA MUSIQUE. 119 La seconde partie de Taction représentait par une procession le ^voyage des mages à Jérusalem : pendant la marche, le chœur sup- pléait à la succession des événements par son chant , disant Tarrivée clés mages à Jérusalem, au palais d'Hérode, et la question qu'ils adressaient à ce roi : Où est celui qui est né roi des Juifs? car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus pour Vadorer (1). Ia procession amenait les mages à l'entrée de la nef; là commençait leur voyage à Bethléem ; ils revoyaient l'étoile qui leur avait servi de guide, se la montraient avec leurs bâtons de voyage, et se diri- g'eaient en chantant vers l'autel (2). Arrivés en face de l'autel, qui figurait Bethléem, ils y trouvaient deux personnages de haut rang ^'êtus de dalmatiques et qui , placés aux deux côtés de l'autel , se de- mandaient à voix basse quels étaient ces hommes gui, conduits par une étoile j parlaient une langue étrangère (3). A cette question , les mages répondaient : nous sommes , comme vous le voyeZj des rois de Tharse (4), d'Arabie et de Saba, Nous apportons des présents au Christ roi, au Seigneur nouvellement né y et nous venons Vadorer y conduits par une étoile (5). Alors les deux personnages couverts de dalmati- ques ouvraient le lieu sacré et chantaient : Voici V enfant que vous cherchez : hâlezvous de Vadorer^ car il est le Rédempteur du monde. Après ce chant, les rois ou mages saluant Jésus, disaient ensemble : Salut, prince des siècles! puis le premier disait : Recevez de Vor^ ORoil le second ajoutait : Prenez cet encenSy vous qui êtes le vrai Dieu ; puis le troisième disait : Recevez cette myrrhe, signe de votre sépulture (6). A peine ces dernières paroles étaient-elles prononcées, qu'un enfant, revêtu de l'aube et tenant la place de l'ange, chantait ces paroles : (1) Ubiest qui nâtus est, cujiis stellam vidimus et venimus adorare Dominum. (2) Ad introitum Davis ecciesie Magi Ostendentes stellam cum baculis incipiant antiphonam et Gantantes pergant ad altare. (3) Hoc finitOfduod^ majorisede^ dalmaticis indutt, in utraque parte altaris stantes, sub' missa voce inter se dicant : rès les détails qu'en donne Du Cange. Outre les prophètes et harie , on y voyait sainte Elisabeth , saint Jean-Baptiste y le vieil- 1 Siméon, et môme la sibylle Erythrée et le poète Virgile, à cause^ passage de la quatrième Églogue où l'on a cru remarquer une pré- ) Ouvrage cité, voce Festum, 132 HISTOIRE GÊINÉRALE diction de la venue du Sauveur. La cérémonie commençait par ui antienne chantée à la porte de Téglise ; elle était terminée par o deux vers : Sint hodie procul invidie, procul omnia nicsta! Leta voluot quîcumque colunt asiDaria festa. L'antienne dont il s'agit est devenue plus tard Tintroduction l'office de la Circoncision composé par Kerre de Corbeil ; elle c .aussi destinée à être chantée à la porte de l'église. M. Félix Cléme considère l'antienne comme une précaution oratoire employée po prémunir les partisans de la Fête de PAne contre la crainte de se v( privés de leurs réjouissances accoutumées (1). Ce passage no étonne à plus d'un titre : d'abord l'antienne n'est pas de Piei de Corbeil, puisqu'elle est prise d'un ordinarium de la cathédrale Rouen , lequel remonte à la fin du onzième siècle, suivant la préfa du missel de ce diocèse imprimé à Rouen , en 1523. En second lie M. Clément y reconnaît que la Fête de l'Ane a précédé lacompositii de l'office de la Circoncision , et cependant on lit dans le même o vrage, trente-huit pages plus loin : « Voici une copie du manusc « de Beauvais qui, d'après nos renseignements, ne renferme pas i tt office, mais une sorte de mystère postérieur d'un siècle au moins c( Voffice de SenSy et n ayant aucune autorité historique et encore U « moins religieuse. » Évidemment il y a là une contradiction ; mi c'est la moindre chose. Ce qui est plus sérieux, c'est Tinexactitii des renseignements fournis à M. Clément : ceux qui les lui ont doni l'ont trompé. S'il avait connu le passage du Glossaire de Du Can que [nous avons rapporté, il y aurait vu, parles termes mêmes manuscrit d'après lequel a été fait tout l'article, que la Fête de 1'^ était si bien un office, qu'on y célébrait une messe solennelle, que Dulaure n'a fait que répéter, sur cette messe, le passage du n nuscrit rapporté par Du Cange. Enfin , il aurait reconnu qu'au K d'être postérieur d'un siècle à l'office de Sens , il Ta précédé <9 moins cent ans, puisque Du Cange, qui travaillait à son Glossaire i* le milieu du dix-septième siècle, dit que le manuscrit qu'il a^ • sous les yeux remontait à 500 ans , c'est-à-dire au douzième siè -• La fête de la Circoncision et la Fête de l'Ane n'avaient point ^ (i) HUtoire générale Je la mtuique religieuse , p. 12C. DE LA MUSIQUE. 133 ginairement de rapport et ne se célébraient pas le même jour : Tune appartenait au 1^' janvier ; Tautre , solennisant Fanniversaire de la fuite en Egypte , était fixée au !&• du même mois. Ce qui sembla leur donner le même objet dans la suite, c'est que, comme la fait voir le P. Théophile Raynaud (1), la prose de TAne fut introduite dans la fôte des Fous, qui se faisait aussi le 1^' janvier, et qu'on lui don- oait souvent le nom àeprosa Fatuorum (prose des Fous). Or Pierre de Corbeil, s'étant proposé de réformer la tradition insensée de cette Tète , n^en conserva que ce qui était à la fois le moins opposé au sen- timent religieux et le plus populaire. La prose de TAne , qu'il faisait shanter hors de l'église , fut du nombre des choses conservées par oi, mais il en 6ta la partie qui était en langue vulgaire, à l'exception le l'exclamation : HeZy sire âne, hezl qu'il arrangea sur une formule articulière. Il y fit aussi une modification de la mélodie, et le chant rît la forme qu'on voit ici : ^^^m È=t: i^hzt G* ri • en -Us par-ti • bus , Adven • ta-YÎt A -si - nus.pulcber et for-tis-si ^^^m mus,Sar-ri • nis ap*tis-si - mus liez! sire A -ne, liez! Pierre de Corbeil supprima aussi la seconde et la quatrième stro- hes de l'ancienne prose, pour l'ajuster à l'objet de son office. ^office composé par lui commence par une sorte de préambule iiivi des premières Vêpres et Complies , des Matines , des Laudes et es Heures : les antiennes des psaumes et du Magnificat , les répons t les versets spnt conformes au rit romain ; les autres pièces , hym- les , séquences , Conduclus, Benedicamus , Oraison dominicale et 5ym- oie paraphrasés, sont de l'archevêque de Sens ou empruntés î\ d'au- res offices. On y trouve des choses d'un bon sentiment , mais il y a sxcès de développements dans ^es paraphrases et plusieurs passages w>nt entachés d'inconvenance et de mauvais goût, comme le Con- iuc/u5 ad ludarium et le Conduclus ad poculum, 11 est hors de doute (1) TlieoplùU Raynaldi, societatls Jesu theoiogi, Hrterociita spîntuaiia et anomal ia pie- tat'ts (Lngduniy 1665), %ed. Il, punct. 8, p. 309. 184 HISTOIRE GÉNÉRALE que cet office a été destiné à la fête de la Circoncision, les an- tiennes y répons et versets des Vêpres, Complies, Matines, Laudes et Heures^ appartenant à ce jour; mais il n'a pas eu plus de succès pour les réformes qu'il devait opérer, que n'en eurent les condamna- tions des fêtes des Fous, des Innocents ou autres par les conciles ; car ce qui fut dit aux assemblées tenues à Sens même en 11^60, ikBb et 1528, prouve que les extravagances et les impiétés de ces fêtes étaient toujours en usage. Le drame liturgique en langue latine qu'on a attribué, dans plu- sieurs écrits, au treizième siècle, et dont nous avons démontré Texis- tence et le caractère poétique dès le neuvième, disparaît au contraire à l'époque où Ton a cru le voir naître : ce fut alors que le drame en langue vulgaire lui succéda. Celui-ci prit également ses sujets dans le Nouveau-Testament et dans les légendes des saints. Dai^s le temps même où se produisaient les drames de ce genre , sous les noms de miracles y mystères et moralités y naissaient la comédie et la farce. Dans les Miracles et les Mystères , ainsi que dans la fai'ce, la musique avait son emploi , mais elle n'y était plus permanente comme dans les drames liturgiques. Toutefois il faut faire une exception pour le Mystère : les Vierges sages et les Vierges folles, qu'on voit, avec d'autres pièces, dans un manuscrit provenant de Tabbaye Saint-Martial , le- quel est à la Bibliothèque nationale de Paris, sous le n"* 1139, ainsi que nous lavons déjà dit. La partie du manuscrit où se trouve le Mystère dont il s'agit est du onzième siècle , suivant l'opinion de Fauriel (1), partagée par Raynouard (2) et M. Francisque Michel (3). Ce Mystère , dont une partie est en latin et l'autre en langue d'oc, est entièrement noté pour être chanté. Il est remarquable que, pas plus que l'abbé Lebcuf (&•), ces critiques n'aient reconnu que le Mystère les Vierges sages et les Vierges folles se termine par les paroles du Christ r Alet, chaitivas! Alet, malaureas! A cet jors mais vos so panas livras, En arern ora seret menéas (5). (1) Dbds une IcUre qu'il nous écrivit le 12 mars 1827. (2) Choix de poésies originales des troubadours, t. II, p. 130. (3) Théâtre français au moyen âge, p. 2. {\) Dissertations sur Vhistoire ecclésiaitique et civile de Paris, i. Il, p. G5. (.*>) « Allez, ch^'tivcsl allez, malheureuses ! « A toi^ours désormais vous serez aux peines livrées, « En enfer vous serez menées, i» DE LA MUSIQUE. 135 Cependant il est de toute évidence que ce qui suit, dans le manus- crit, est étranger au sujet de cette pièce, dans laquelle le Christ accomplit sa mission suprême du dernier jour, en séparant les bons des méchants et en condamnant ceux-ci aux peines éternelles. Après ses dernières paroles, les démons sont venus et ont précipité les vierges folles dans Tenfer : tout est donc fini. Ce qui suit est la fête de a naissance de TEnfant Jésus (1) , c'est-à-dire la Fête des Anes , qui se élébrait dans la nef de la cathédrale de Rouen le jour de Noël et dont E>us avons dit plus haut que Du Cange a donné la description au mot fsium Asinorum de son Glossaire y avec les rubriques et les premiers ots des interrogations et des réponses , d'après un ordinarium ma- iscrit de cette cathédrale. On a vu que le sujet de cette espèce de a me liturgique, en langue latine, est une évocation des prophètes de tous ceux qui, dans Tantiquité^ ont prédit ou pressenti la venue ; Messie : or les personnages sont les mêmes ^ et seulement plus »iiil>reux; dans Vordinarium de Rouen que dans le manuscrit de int-Martial de Limoges; dans Tun et dans Tautre les paroles des mandes et des réponses étaient identiques, si Ton en juge d'après s premiers mots rapportés par Du Cange. Ce drame était suivi de la esse , et tous les personnages chantaient au chœur Paier noster^ \frie j Gloria , etc. On voit donc qu'il n'y a rien dans tout cela qui t quelque rapport avec le Mystère les Vierges sages et les Vierges lies. Quant àt^elui-ci, la plus grande partie, depuis les mots iV65 rgineSy qui ad vos venimuSj etc., se chantait sur la mélodie dont >us avons donné le fac-similé et la transcription en notes modernes ins le onzième livre de cette Histoire (2). Les Miracles des treizième et quatorzième siècles sont à peu près us composés en l'honneur de la Vierge Marie , la plupart sous le tre de Miracle de Nostre-Dame. Ces pièces étaient parlées; il ne y trouvait qu'un ou deux morceaux chantés , lesquels sont ap- elés rondels (ou rondiaux). Nous avons fait connaître, au deuxième bapitre de ce douzième livre, la forme des chants de cette espèce, crîts en vers de huit syllabes, dont on répétait les deux pre- miers vers au milieu du couplet et les trois premiers & la fin. De (1) Théâtre français ait moyen âge, p. C, depuis le» mot» : Omnes gentes, (2) Histohe générale de la musique^ t. IV, p. 488-489. 186 HISTOIRE GÉNÉRALE tout temps il y a eu des formules dans les arts et dans la poésie treizième siècle éprouvait déjà les effets de ce besoin d^imitati pour parler plus exactement, le moyen âge y fut soumis comme temps modernes. Dans tous les Miracles y un personnage se in dans une situation désespérée ; plein de foi et de dévotion à la Vie il implore son secours. Dieu voit le danger et dit à la mère du G d'aller délivrer le fidèle qui l'invoque , et la Vierge entreprend aus le voyage, accompagnée des Anges Gabriel et Michel qui , travei Fespace, chantent un rondeL Dans tous les ouvrages dramati( de ce genre, la forme est la même. Le caractère mélodique ces rondeh est celui de la complainte : en voici un exemple dans un Miracle de Nostre-Dame qui concerne la fille d'un ro Hongrie. RONDËL. ^^feE^^feÊ 172: i "#35 •I- Trèsdoaice Vier-ge de-bon-nai-re,Sé - jourde vraie liu-mi - U - té, 1 ^-d- *=t^ ^^^^ qui Dieupristhu - ma-ni - té , Pourles Iiuraaiosd'en - fer rc-trai-re Sof - fri vo fil n ^^^^^^p^^i à vil -té: Trèsdoulce Vierge de-bon- nai-re, Sé - jour de vraie bu-mi i :ar. -indtnt- té, j^Èzzr. m Pour ce à cbacune et cbacun plai-re Doit qu'il vous serve en vé • ri - té ^^^È0^^^^^ Et qu'il di-e parcba-ri-té : Trèsdoulce Vier-ge de-bon-nai-re, Se • jour d< ^^^ ▼raie hu-mi - li - té , En qui Dieu prist bu - ma-ni - té. DE LA MUSIQUE. 187 Les espèces de comédies mêlées de chant , qu'on désignait par le nom de jeux y ne se rencontrent pas au moyen âge avant le treizième «ècle. Ce nom fut donné, du reste, à des pièces de différents genres, ^nsi que le prouve le Mystère des trois RoiSj contenu dans un xnanuscrit de la bibliothèque de Sainte-Geneviève de Paris , sous ce 'titre : Cy commence le Geu des trois roys qui alèrent aourer iV.-5.- mJhésuscrist (1). On a vu aussi que, dès le douzième siècle, on appelait ^euX'partis certains dialogues, soit en vers (2), soit m^lés de prose «t de vers, comme le jeu à'Aucassin elNicolellCj dont nous avons ^|>arlé dans Tintroduction de cette Histoire (3). Les jeux comiques ou médies, comme li Jus {le jeu) Adan ou de la Feuillicj li Jus du J^èlerin^ et li Gieus de Robin et de lUarion, ont de l'analogie avec les opéras comiques et les vaudevilles modernes, étant composés d'ac- 'tioDS dramatiques, de dialogues parlés et de chant; mais ils en diffè- rent en ce que ces chants sont excessivement courts, et même ne :forment quelquefois qu'une seule phrase; tel est, par exemple ce c^hant des fées dans le Jeu de la Feuillie : ^^^^m î--.a=dt- -b^-- X t ^TE fe Par chi va la mi - gno - ti > se, par chi où je vois (4). Et ces autres du Jeu du pèlerin : p^^^^^ iS zjq: Il n'est w bon - ne vi - an -de que ma - tons (S). ■=xi -\—t m \u. e-^ :êi.-fc t=t ^ :ê±zho: ± So je ïC\ al • loi - e. Je n'i - roi - e mi - e. -X* — ! (1) M. A. Jubiiial a publié cette pièce dans sa collection intitulée : Mystères inédits du quinzième siècle; Paris, 1837, 2 vol. in-S*^ ; 1. 11, p. 79 et suiv. (2) V. cbap. II de ce douzième livre, p. 54. (3)T. I, p. 171. (4) « Par ici va la mignardise , par ici je vais. » (5) Matons^ lait caillé : ce mot est encore en usage dans les provinces wallonnes de la Belgique. f88 HISTOIRE GÉNÉRALE Le petit air du Jeu de Bobin et de Marion est un peu plus déve- loppé ; cependant ce n'est aussi qu'un commencement ; le voici : ^Eârfj^j^ T f ■ja Ro-bin m'ai -me, Ro-bin m'a; ^^^m Ro-bin m^a de • man i p^ ■jouac. m. dé-c, H m'a - ra. Dans le même ouvrage se trouvent deux airs qui indiquent davan- tage une pensée complète , quoique bien courte encore : le premiei a le caractère d'une de ces rondes à grand nombre de couplet dont on trouve beaucoup d'exemples depuis le milieu du seiziëm. siècle et qu'on rencontre aussi dans les temps antérieurs : nous L donnons ici : 1^ F^-l fE?EL :p:-a d^T ]^^^^- Ve-nés a • près mol ve - nés, lés le sen-lè - le le sen-tè -le le sen tè * le 1^^ 1^3 ]ebos(l). L'autre est un air chanté par Robin dont la mélodie est originale ainsi qu'on le voit : ^i^i^gj^fegg ^^h^g^ g^ J'ai en-corei-tel pas -lé Qui n*est mi-e de las -té, Que nous mangerons, Ma (1) tf Venez avec moi, venez, dans le sentier (3 fais} près du hois. » Bottée de TouImoD iv point saisi le caractère de cet air dans la traduction qu*il en a faite de cette manière (Tkém tre français au moyen âge, p. 50) : --i-i- W- 3= T % :a X fcQ :e±rz ï Ve-nés près moi -h ve - nés, etc. m Au lieu du chant vif et gai d'une ronde dansante, il en a fait un languissant. Le manitf crit a évidemment des fautes de notation par le fait des notes brèves mises au tempt frapg des premières mesures, puisque ce rhythme est eu opposition avec celui du reste de la cbanai^t DE LA I^IUSIQUE. 139 £ t4f ±ai ^ i^: r=7 fcrfrfc Jt=b=t-tr: trb- ^ ro-le,Bec à bée cl moi et vous; Chi me r'attendës, Ma - ro-te,ChîreD rai parler à tous(1). Les Mystères succédèrent aux Miracles vers les dernières années du ipiatorzième siècle et pendant tout le quinzième; ce furent les Con- frères de la Passion qui , les. premiers , représentèrent des pièces de se genre en France. Leur premier théâtre en plein air fut établi à Saint-Maur-les-Fossés, près de Vincennes , but de promenade et lieu Je plaisir, à cette époque , pour les Parisiens. Le premier essai des re- présentations de la confrérie eut lieu en 1398. Charles VI, y ayant as- sisté , y prit tant de plaisir qu'il accorda à la Confrérie de la Passion^ le k décembre 1^02, des lettres patentes qui Tautorisaient à trans- férer son théâtre à Paris pour y représenter des drames religieux, tels que Moralités et Mystères , et à se montrer dans les rues vêtus ie costumes de théâtre. Les Mystères avaient pour sujet certiains événements rapportés dans TÉvangile et dans les légendes de saints, tels que : le Marhjre de saint È tienne ^ la Conversion de saint Pauly h Conversion de saint Denis y le Martyre de saint Pierre et de saint Paul y le Martyre de saint Denis et de ses compagnonSy les Miracles de mintê Geneviève , la Nativité de Jésus-Christ , l'Adoration des rois , la Passion de Notre-Seigneur, etc. Quelques-uns de ces Mystères , com- posés de plusieurs parties , avaient de si longs développements que leur représentation exigeait plusieurs journées. Il n'y a pas de chants m langue française dans ces drames ; on n^y chantait que des hym- les , cantiques ou antiennes, en langue latine, â la fin de certaines ^nes. L'Angleteri'e a eu ses Miracles et ses Mystères comme la France. >es Anglais prirent le goût de pareils spectacles pendant qu'ils )ossédèrent une partie de ce royaume , depuis le règne de Phi- ippe de Valois jusqu'à la fin de celui de Charles VII. Les pièce^ e ces deux genres qui composent leur théâtre du moyen âge (1) « J'ai encore certain pâté qui n'est pas de... .' ipie nous mangerons, Marion, bec à bec, moi ti vous ; attendez-moi ici, Marion ; ici je viendrai vous parler. » MO HISTOIRE GÉNÉRALE sont, en grande partie, traduites des Miracles et des Mystères des poètes français (1). L'Italie eut aussi des pièces sur des sujets pris dans le Nouveau Testament, mais elles étaient en latin, comme le Mystère indiqué à Tannée 1298, dans une chronique du Frioul (2), et qui a pour titre : Representalio ludi Christiy videlicel Resur- rectionis, adverUus SpirittAS Sancti et adventus Christi ad judicium. Ces pièces n'avaient pas d'autres chants que ceux de TÉglise. Il n'en est pas de même de l'Allemagne qui possède , aux quatorzième et quinzième siècles, une littérature dramatique en langue vulgaire dont les sujets sont principalement: la Naissance du Christ, l'Adoration des mages et la Passion. Tous, les anciens poèmes allemands sur la Nativité étaient chantés : ce sont des dialogues par couplets entre des personnages désignés par leurs noms, tels que Berger [UiTt)y Ange (Engel) , et pour les mages ou rois, Caspar, Melchior et Baltasar; ou bien , les désignations sont faites par les genres de voix , comme dis- cantuSy altus, bossus (3) . On n'a pas retrouvé, jusqu'à ce jour, les mélo- dies notées des plus anciens de ces poèmes : les historiens allemands de la musique n'en ont du moins rien publié. De tous les drames al- lemands qui correspondent aux Mirsu^les de la France,. il ne reste donc que la poésie des morceaux qui devaient être chantés ; quant aux Mystères destinés à être joués sur un théâtre , ils ne se produi- sirent en Allemagne que dans le seizième siècle, c'est-à-dire environ cent quarante ans après le même genre d'ouvrages en français. La Naissance du Christ y de Knust, représentée en 153^0, parait avoir été le premier Mystère allemand qui ait paru sur un théâtre : il fut im- primé en 15^1. Le même sujet fut traité par J. Ruff dans un poème imprimé à Zurich, en 1552, puis Hans Sachs fit représenter une comédie en neuf actes à 2& personnages sur la conception et la naissance de saint Jean et du Christ. Une pièce du même genre, composée par Benedict Edelpock et intitulée : «la Joyeuse Naissance du Christ » [Der freuden- reichen Geburt Jesu Christi) fut représentée à la cour de rarcbiduc Ferdinand, dans le Tyrol, vers 1556. Le manuscrit, qui se trouve à la bibliothèque impériale de Vienne, contient deux chants notés, dont le premier est un Gloria in excelsis traduit en vers allemands et (I) Will. Marriott, a Collection of english Mlracle-plays or Mystenes. Bàle, 1838. (3) Muratorif Jntiquitates italicte medii »vi, etc, Dhsert. 29. (3) Weiuhold, JFeinachtspielr. und Lieder, p. 75 et suiv. 141 DE LA MUSIQUE. c^hanté par un ange ; l'autre est chanté par le chef des bergers qui sont venus adorer Tenfant Jésus. Nous pensons que ces chants ont ^ssez d'intérêt historique pour être rapportés ici : GUANT DE L ANGE. ^Ë^^ t— ±±: +-h ZJ—Qi :=:a SËiS ifcaa: Lob er' undpreis inder hôli demHcrru, der uns so wei-se ^ 1: •h— h S U. i l zarra. t^ï m t-f- fcro: A scingnadthuetaufs- per-rcn, dass er seim kin-de lasstsozartund lin - de tra-gen unser sûn-de (1). CUANT DU BERGER. 1^^ !!=&■ ^-4 t i Ï"-T-^ =i=^ Es isl iezt so ain kal - te naclit mich freurt gar ser, wie wol m^ i -4 1_ -i^^ ■1= ■=^ m 'XI. t t -ZJÊL fciê; rfcrt ich das iezl gar nit acht, nocliwirts mirsclmer, dassich muesshi'ie - iî ===Ê ■h :b P & t ■»-(&- t=b El g E t ten mei • ner berd. Meiii knecbl sein nit ains vie - rers werl , babs wol m :cc i=^--t T ^ -»-»— I- î ÉElE^^ ▼er-nu - men. So mocbt icb a - bcr wis - sen geru und wo ^pi^lpÉ ^ sie wern bin ku - men (2). (1) Weiiihold, /. c.,p.218. (2) Ibid., p. 222. 142 HISTOIRE GÉNÉRALE Dans un Mystère de la fin du seizième siècle , dont Fauteur éi Bartholomé Gisen , de MUnchberg , près de Culmbach , les perse nages sont : Jésus^ un évangéliste, Judas^ un apôtre^ Pierre, Calpli deux jeunes filles, Pilate et un chœur de Juifs. Judas chante le p sage suivant : es^ Êê rj o t^tr: -jQ-Jp X =1 5?: G- ?-f-rfr :. Ich ha-b« û - bel ge-ihan, dass ich uo-scliul - dig filul e^Ê^ g=o: i ver-ra - Uien ha L'évangéliste dit : be (1). li ÎI r&T t^ -zc fcQ -JOL fà- M Sie spra chcn a - ber (2). Le chœur répond : =;^^^ ï u. iEEE g= a_-t, p, -fl ï m Was gehl uns das an, da sie - be du zu. xi: 13 ES3 T n~ya~~g X tr -@' I Was geht uns E: i ze. + Was geht uns das an , da sie - be .a. du zu. & fc^£^^ "f tmt "CTfc « das an, da sic-be du zu. jfe XCSL t=±. Ë3 -Ziozxi a=«2 Jiiq: ^""^ H Was gebt uns das an , da sie - be du zu. (3) En Espagne , il y eut aussi des Miracles et des Mystères en lang (1) Forkel, Allgem, Gesclùchte der Musik, l. II, p. 715. « J'ai eu le malheur de livrer le sang innocent. » (2) « Mais tu as parlé. » (3) Cl Que nous importe ? c'est ton alfaire. » DE LA MUSIQUE. 143 fttionale ; mais on n'en trouve pas de monuments avant les dernières laées du quinzième siècle ou le commencement du seizième. Juan ri Encina et GU YincenU sont les plus anciens auteurs connus de ces rtes de drames dont la naissance de Jésus- Christ est particulière- ent le sujet (1) : leurs œuvres en ce genre furent produites entre s années 1504 et 1534. Après eux, on trouve Pedro Juarez de Robles 561), auteur d'une Adoration des bergers, à laquelle il a donné le tre singulier de ^at7e (/e Io5 poj^ores, (< Danse des Bergers» (2). Les ystères en langue espagnole ue se représentaient pas sur des théâ- "es : on leur donnait un caractère plus Migieux en plaçant la scène sins les églises : ils étaient composés de chants dialogues appelés Itlancicos (3). C'étaient des espèces de Noels, ou chants spirituels tr la naissance du Sauveur. Leur nom vient de villanOy paysan , u*ce que les premiers qui chantèrent la venue du Messie furent des Brgers. Le villancico que nous donnons pour exemple de ces chants st des premières années du seizième siècle . VILLANCICO. W ^3 A • que do bon Rey I)a - vid m^m De seu li - na-gc de- ^9-=^^ ^^30 ^^^ ^ cen (le Unbra le crc a da mi f De quen pur el - la mal preii • de. Por en-da san-la escri -tu - ra Por en-da san-la escri • tu - ra ^^ Que non men • te é non er ^^^^ ■Q ra, Nos con-ta ungranmUra - (1) A. F. V. Schacky Geschic/Ue der dramatisclien L'Ueratur und Kunst in Spanien^ t. 1, - 149-152. (2) ibid., t. I, p. 240. (3) Mariauo Soriano Fuertesi Uittorîa de la Màsica etpaîiola^X, l, p. 92 • f44 HISTOIRE GÉNËHALE i^^aa \ en En - gra • ter A Virgen San - ta Ma n a Con • que Ju - de - os an gran gucr ra Porq P^^^^ na-c«u Je - su • cris-to De la que es re pren - de (1 Aux drames liturgiques avaient succédé les Mirsu^les de la Vier; à ceux-ci les Mystères et les Moralités : lorsque vint la Renaissan Tart dramatique changea d'objet et prit des formes nouvelles. Angleterre, le génie de Shakespeare tira tout de lui-même pour-' création de la tragédie et de la comédie ; en Italie , Trissino entre^:^ de renouveler Tart antique dans sa Sofonisba , et le Tasse donna^ modèle de la pastorale dans VAminta ; en France, les estais de rivey, de Hardy, de Jodelle et de Garnier firent entrevoir l'avenir théâtre. Les Mystères disparurent à leur tour ; ils n'eurent plus d'e: tence qu'en Allemagne. Toutefois le peuple resta fidèle aux tra tions de la Nativité , de la fête des Rois et de la Circoncision , et ^ sujets^ en cessant d'appartenir au théâtre, devinrent ceux de chm- sons populaires appelés Noëls en France , Christmas caroh en Ang*! terre , Villancicos en Espagne ; l'Allemagne eut aussi ses fVeinachrS lieder : tous ces chants se sont conservés jusqu'à nos jours. Certain « provinces de la France, particulièrement la Bourgogne, la Provea et la Lorraine , ont des Noôls en grand nombre ; il est de même da. les Pays-Bas, en Angleterre et en Espagne. Nous nous borneron donner quelques spécimens des Noéls de la France , de la Flandre de l'Allemagne, ayant déjà fait connaître le caractère et la for des Christmas carols et des Villancicos. le 1 4 NOEL EN PATOIS BOURGUIGNON. allegretto. 1^ ^^ ^^ Ai lai Na-li - Ti - tai Chanton, je su • pli - (1) Mariano Soriano FuerteS| ouvrage cité, 1. 1, p. 98 et idmino^ ii° 5. DE LA MUSIQUE. 145 g^i^ ^ mail-lô-taiJeosqiieainos'bo-ini • li • e, Po no déchar-b6-Ui Daco-doa tr. ^=F^fP= t ipii no H :a e(i). 3. Ai lai Nativitai Chanton , je to suplie. E*iie Tierge é potai Neu moi le fru de Vie ; Le Saint Espri fi lai £*ne euvre bé sutie. 3. Ai lai NativîUi Chanton^ je to suplie. Haila, quel pôvretai ! T^i Pucelle bénie N'u lai neù po geitai, Qu*ein cinn de borgerie. 4. Ai lai Nativitai Chanton, je ?o suplie. Lé Dalô de Citai Né récouchire mie, N^esperan de celai Mi maille ni demie, 5. Ai lai Natif itai Chanton , je to suplie. Le bon homme Jôsai D*éne meigne ébaubie Regadô san pelai Sai compagne transie. Ai lai Nativiui Chanton , je vo suplie. D^Ainge émerlUonai Eine bande choisie , Vin le reconfotai De sai mélancolie. 7. Ai lai Nativitai Chauton, je vo suplie. L*ArchaiDge Gabriei An TÔbe cramoisie, E* Borgei fu criai Vené ?oi le Messie. 8. Ai lai Nativitai Chanton, je vo suplie. Tô ce bon paltôquai An fire chérlie Juan dé tricotai Dessu lo chailemie. 9. Ai lai Nativitai Chanton , je vo supUe. Chécun por étrenai Jésu, Jôzai, Mairie, Aivo dezô son brai Se boujote garnie^ etc. (2). ^^ ) Noei borguignon de Gui Barozai, cinquetme eJicion. En Bregogne, 1738, p. 12 et suIt. <>5 1. A U Nativité, chaotons, je vous supplie, le Verbe emmaillotté qui descend jusqu'à nous ^ nous débarrasser du cordon qui nous lie. » ■IST. DE LA HrSIQUE. — T. T. 10 146 HISTOIRE GÉNÉRALE La chanson a beaucoup d'autres couplets : nous n'en reproduisons que ce qui est nécessaire pour donner une idée de la naïveté de ces chants. Noël flamand. Maria toi Haer Kind. j4ndantino. ^^ ^g^ ç Waer - toe tochmaektuw monde-ken reyn, mijn lief, zoo Teel be drijfP eo ^^-rirte waer-toe n - we ban-de-kenskleyntoch dayme-Ieo al - loo Btqf op het al 2. « A la Nativité, etc. Une Vierge a porté neuf mois le fruit de TÎe : le Saiat-Esprita fait li une œuvre bien subtile. » 8. « A la Nativité, etc. Hélas, quelle pauvreté I La pucelle bénie n*a eu pour gîte qu'un coin de bergerie, v 4. A la Nativité , etc. Les sages-femoies de Tenlroit ne raccouchèrent pas, n*espérant d*elle aucune rétribution. » S. « A la Nativité, etc. Le bonbomme Josepb , d'un air étonné, regardait sans parler sa corn* pagne transie, m 6; R A la Nativité, etc. Une troupe cboisie d'Anges éveillés est venue le consoler dans sa tris- tesse. » 7. <( A la Nativité, etc. L'arcbange Gabriel, en robe cramoisie, alla dire aux bergers : Femes voir le Messie ! » 8. « A la Nativité, etc. Tous ces bons paysans s'en réjouissaient, jouant sur le cbtlumeau airs de tricdtés (sorte de danse ancienne). » 9. « A la Nativité, etc. Chacun, pour fêter Jésus, Josepb et Marie, portait, sous son bras, sac bien rempli. « DE LA MUSIQUE. 4^- 147 ^±èf-p fÇ^:^^^^irU¥M' bas -ter Tin mijn boni ? Zoa het ook zijn, peys ik, van dont? Op het al • baatar Tan mijii boni? Zoo het ook zijo.peys ik, Tan dont? (1). 2. Maer oPt daerom ook warc gedaen Gy weet wel dat een maegd , Hoe rijp, hoe rond haer boezemkeos ataen, Geen melk of spon en draegt. Hoe kan ik geven dan een burst Die nooit en wist van*s werelds lust? 8. Nu dan o liefste mondeken rood, Nu dan, lipkens zoct, En doet niet meer alzulk een nood , Want 't is Terloren moeit : 't l8 al cm niet wat dat gy rekt, 't l8 al cm niet wat dat gy treckt. 4. Doch neen, mijn lioTeken, neeu, kom aen, Het was u maer geproefd, Neen, mondeken kom, wil u verzaen. Gy weet wat u behoeft. Gy weet het weel hoe ailes gaet, Gy weet hoe't met uw moeder itaet. 6. Gy weet dat zy is ttouw en maegd, Gy weet dat zy alleen Voor u twee Tolle boezems draegt, Gy weet dat anders geen, groote God van dezen Al, Als kind u beter koestren zal. (1) Oude vlaemsche Lîederen ten deele met de Melodien uUgegeven door 7. F. WUlenu; i* CXGU, p. 423. 148 HISTOIRE GÉNÉRALE Les chants desNoëls flamands sont tous remarquables par le rhythme qui, dans la plupart, présente un caractère particulier; il en résulte une variété qui manque en général aux Weihnachtsliedtr de rÀUe» magne , où Ton a fait un fréquent usage de valeurs égales de durée. On en voit un exemple dans le chant qui suit. Weihnachtslied. 6Ï— <9 ^T f j i rï^ £ia Kin-de • lein so lô • be-lich ist uns ge • bo-ren hea '^=fT\JJU^^ ^^ ^ ^m + te Yon ei-ner Jungfrau sàa - ber-lich zu Trostuns ar-men Lea- ±=ê. t "mm P^ ( 9 ■ m m iea. Wâr uob das Kindiein nicht ge - bor^n, so ¥far*n wlr ail • zu - mal Ter - i ■e :OL s ^ \z^ lor*o,da8 Heil ist un-ser Al 1er. F=q; ^^=^ Ei du sQ-sser Je sa f I Christ, dass du Blensch ge - bo-ren bist, be - hilt uns Torder bel - len(l) -*—' ^ Bien que ce chant, très-populaire en Allemagne, soit considéra comme appartenant aux premières années du douzième siècle, 1 lecteur verra plus tard qu'on y reconnaît le même sentiment qui présidé à la composition des chorals au temps de la réformation lu thérienne. Ce sentiment est celui de la race germanique du nord très-différent de celui des Allemands méridionaux. (1) Dos mtuikalische Lied in geschichtUcher Entwickelung, von Dr, K, £« Schneider' Leipsick, 1863, t. I,p. 143. DE LA MUSIQUE. 149 CHAPITRE SIXIÈME. Ces UfSTBrifENTS de musique du moyen AGE y DEPUIS LE DOUZIÈME SIÈCLE jusOu'a la renaissance. Deux sources de renseignemeDts s'offrent à rhistorien pour la <:;onnaissaDce des iustruments du moyen âge y à savoir les passages c3es poètes contemporains qui en ont parlé et les représentations ;peintes ou sculptées qu^on en trouve dans les manuscrits et dans les tableaux anciens d'une part, et d'autre part dans des monuments ^e Fart plastique plus ou moins bien conservés , ainsi que dans les débris de ceux que le temps ou la main de Thomme ont dégradés. Sien que fort utiles pour Tbistoire de Tépoque dont il s'agit , ces sources ne doivent pas inspirer à l'historien une confiance sans ré- ^^erve. Les motifs de la prudence commandée à ce sujet sont de plu- sieurs sortes : d'abord les noms des choses comme ceux des bommes Savaient pas d'ortbograpbe invariablement déterminée au moyen Age 'y à cbaque instant on voit le même mot écrit de manières si diifé- :ventes par le même poète y et ceux des instruments sont quelquefois itérés à ce point, qu'on serait tenté de croire que cette diversité de formes indique des organes sonores qui n'ont pas d'analogie entre ^ux y tandis qu'il s'agit d'un seul et même objet. Souvent aussi les ;poetes mêlent y dans leurs énumérations , des instruments de tout ^nre, de sorte qu'on ne sait si tel nom désigne un instrument à <^ordes ou à vent. Pour donner un exemple de ce désordre, nous ci- trons un passage souvent rapporté d'un poëme intitulé le Temps jpasloury dont l'auteur est Guillaume de Machau ou de Machaut, poète Pit musicien du quatorzième siècle : Mais qui véist après mangier Venir menestreux sans dangier, Pignez et mis en pure corps. Là furent meints divers acors, Car je vis là tout en un cerne , Viole, rubebe, guiteme, L*enmorache, le micamon, Qtole et le psaltérion ; Harpesi tabours, trompes, nacaires, Orgues, cornes plus de dix paires; ISO HISTOIRE GÉNÉRALE Cornemuses, flajos et chevrettes, Douceines, simbales, clochettes, Tymbre, la flauste brehaingne Et le grand cornet d'Allemaingne, Flajos de Saus, fistule, pipe, Muse d*Aussay, trompe petite , Buisines, èles, monocorde Où il n'y a qu'une seule corde, Et muse de blet, tout ensamble ; Et certainement il me samble Qu*oncques mais tele mélodie Ne fut oncques véue ne oye. Car chascuns d'eux (1) selonc l'acort De son instrument sans descort. Viole (3), guiteme, citole, Harpe, trompe, corne, flajole. Pipe, souffle, muse, naquaire, Taboure, et quanque on peut faire. De dois, de pennes et de l'archet, Ois et vis en ce parchet. Dans un poëme sur la Prise d'Alexandrie (3) , le même auteur fait aussi rénumération d*une grande quantité d'instruments parmi les- quels on en remarque plusieurs qui ne sont pas mentionnés dans les vers qu'on vient de lire , tandis que les noms de certains autres sont autrement orthographiés. Il nous parait utile de donner ici ce texte qui démontre Texactitude de ce que nous avons dit, au commen- cement de ce chapitre, concernant la liberté que prennent les poé* tes du moyen âge dans la forme des noms d'instruments. Là avoit de tous instrumens ; Et s'aucuns me disoit : Tu mens , Je vous dirai les propres noms Qu'ils avoient et les seumoms, Au moins ceuls dont j'ai connoissance Se faire le puis sans ventance; Et de tous les instrumens le roy Dirai le premier, si comme je croi : (1) Chacnn des musiciens. (2) Le poëte ici conjugue tous les mots, comme xioler, gtùterner, ciioler^ etc. (3) Manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, fonds de La Yallière, n* 25, vol. II , fol. 6, 'verso. DE LA MUSIQUE. 15^1 Orgues, Tîelles, micamoo , . Rabèbes et psalterion, Leus, moraches et guiteroes Dont 00 joue por les tavernes; Cimbales, cuitolles, nacquaires, Et de flaîos plus de X paires (Test-à-dire de XX manières, Tant de fortes comme de legières; Cors sarrazinois et doussaines, Tabours, flaustes traversaines , Demi-doussaines et flaustes Dont droit joue quand tu flaustes : Trompes, buisines et trompettes^ Gingues, rotes, harpes, chevrettes , Cornemuses et chalemelles, MTises d'Aussay riches et belles. Etes, fretiaux et monocorde Qui à tous instrumens s*accorde; I Muse de bief qu*on prend en terre Trepie, Peschaqueil d*Angleterre, Chifonie, flaios de sans; Et si avoit plusieurs corsaus D*armes, d'amour et de sa gent Qui estoient courtois et genr. Mais tous les cloches sonnoient Qui si très grant noise menoient Que c*estoient un grant merveille ; Le roi de ce moult se merveille , Et dist qu*oncques mais en sa vie Ne vist si très grant mélodie. Ici la viole devient la vielle; Venmorachey morache; la citoUy cuitole; ^^ iimbaley cimbale; les nacaireSj nacquaires; les douccineSy doussaines: ^^flausîtbrehaingne a disparu , ainsi que le grand cornet d' Allemaingne ; ^^ais, en revanche, on voit le leus (luth), le cor sarrazinois y la J^auste îraversaine ( flûte traversière ) ^ la demi-doussaine et la demi- JFUat^lty les gingues, les rôles, les chalemelleSy les fretiaux, la chifonie, ^« trepie, Veschaqueil d'Angleterre, qui n'existent pas dans l'énumé- ^>atipn précédente; enfin, les dix paires de cornes sont remplacées !^iar dix paires de flaios (flageolets). La comparaison de toutes les va- ^Hantes ou inexactitudes des poètes du moyen âge, en ce qui concerne X«8 instruments de musique , exigerait un long travail. Les figures de ces instruments, qu*on voit dessinées, peintes ou 1A3 HISTOIRE GÉNÉRALE sculptées y ne doivent pas inspirer une confiance illimitée , plusieurs causes d'inexactitude ayant pu exercer leur influence sur le travid de l'artiste. Nous avons fait voir dans le onzième livre de cett< histoire (t. IV, p. k91) que, dans les manuscrits où se trouve h lettre à Dardanus attribuée à saint Jérôme , les figures d'instru- ments sont toutes fausses et ridicules , ayant été imaginées diaprés les descriptions du texte. Ce qui le prouve , indépendamment de combinaisons absurdes de ces figures , ce sont les différences consi dérables qui se font remarquer entre les divers manuscrits : jamaL rien de semblable n'a eidsté dans l'antiquité ni dans le moyen âge Dans les figures d'instruments réels ^ il y a des inexactitudes di dessin , particulièrement en ce qui concerne les proportions ; d'autn part, il ne faut pas croire que la grande diversité de formes qu*oi voit dans les manuscrits, dans les peintures murales ou autres et dan) les sculptures des monuments, représente autant d'espèces différentes Avant que les formes de chaque genre d'instruments fussent fixées il y eut , sans aucun doute , beaucoup d'essais et de tâtonnements qu sont autant de causes de ces différences multipliées qu^on re marque , particulièrement dans les instruments à archet. Les forme et les proportions ont été des objets d'étude pendant plusieurs siècles soit pour la qualité du son , soit pour les conditions les plus favo râbles à l'exécution. Il est une troisième source de renseignements pour l'exactitud des formes, des proportions, de la nature des sons et de l'étendu des instruments du moyen âge, à savoir les instruments mêmes qp existent dans quelques grandes collections en divers pays, soit dan certains cabinets d'archéologues : nous y avons puisé d'utiles éclair cissements que nous n'aurions pas trouvé dans les livres. §1- INSTRUMENTS A CORDES PINCÉES. La harpe. — Le psaltirion. — La rote. — Le luth. — La mandore. — La guitare. — La guitare moresque. — Le cistre. — La citole* Dans la classification des instruments du moyen âge , nous plaçon d'abord ceux du genre des instruments à cordes pincées, parce qu'il ont été partout les premiers dont on a fait usage, et parmi ceux-c DE LA MUSIQUE. 158 noi28 mettons en première ligne la harpe» les écrivains de cette époque en parlant toujours comme du plus important de tous. L'usage de kharpe, pour Paccompagnement de la voix, depuis le onzième siècle jusqu'au seizième , est démontré par un si grand n ombre de paissages de poètes et dé prosateurs, ainsi que par des représentations peintes, dessinées ou sculptées, que si Ton voulait tout citer, on ferait un volume dont Tutilité serait fort contestable. Nous avons ét3j)li, au livre précédent, que cet instrument était connu sur le continent, dès le neuvième siècle, sous le nom de cithara anglicay ce qui démonke d'où il était venu. Les diverses dimensions sous les- quelles la harpe est représentée sur les monuments n'en changent pcus la forme et prouvent qu'elle était toujours portative. Dans le modèle du neuvième siècle que nous avons mis sous les yeux des leoieurs , la harpe a douze cordes ; leur nombre s'accrut par la suite progressivement; au temps de Guillaume de Machau, c'est-à-dire quatorzième siècle, ce nombre s'était élevé jusqu'à vingt-cinq, li^si qu'on le voit dans le Dict de la harpe où ce poëte-musicieh com- tes perfections de sa maîtresse aux vingt-cinq cordes de cet ins- ***i:»jnent : De viQgt-ciaq cordes que la harpe ba Dont roi David par maintes fois barpa (1). liorsqu'on jouait, au moyen âge, de cet instrument portatif, on en oyait la base sur les genoux si l'on était assis, ou on le portait ^endu par un lien passé autour du cou si l'on était debout. La rpe se jouait d'une seule main quand on se bornait à soutenir la il par les sons de l'instrument; on employait les deux mains pour v^ ^^xécution de certains passages qui offraient quelque difficulté , ou ^^^^^ue, dans les quatorzième et quinzième siècles, on jouait à deux ^^rties, ou enfin, quand on faisait quelques accords, comme on le ^^it dans les anciennes tablatures. Le psaltérion, après avoir eu les formes grossières des neuvième dixième siècles qu'on a vues au quatrième volume de cette His* ^^ire (p. 493), fut , par la suite des temps , amélioré dans sa construc- ^n. Au douzième siècle, il était devenu, d'après les modèles arabes pportés par quelques croisés , un instrument régulier, ayant une nnecleiitei et Domine birturico RolUu ippd' laDlM, m]'9lictiii ilUin Trinitatit fonnu^ truumuUndo. Noikinu, la Symiolum Mhaumsii, «pnd ScUllcnim, Gluiarlum teulonieunt, tocc Heila, (S) Annmltt artliMogi^aet, t. IX, p. S3I. DE LA MUSIQUE. ÎU Mous avons dit (tome V de cette Histoire, p. 391 ) que le psaUérian tire son origine du sanlir ou pisantir des Arabes ; il en a pris éga- lement son nom qui y dans le moyen Age, a été altéré sous toutes ses formes : psalteire , psallire y psallrij saltérion , salteire et salière. On donnait aussi au même instrument le nom de dtmi^canon; nous avons constaté, dans nos Recherches sur la musique des rois de Francêy depuis Philippe le Beljusqu^à Louis XIV (1), que, d'après une ordon- nance du mois de mai 136]^, Jehan Tonet de Rains ( Reims ) , Tun des ménestrels de la chambre de Charles V, était désigné comme joueur de demi^çanon. Or, on a vu (tome II, p. 128) que le Qânon des Arabes est le plus grand développement du pisantir. Le Qânon lui-même fut introduit en France à Tépoque des croisades et y fut joué, au moins pendant quelque temps, puisqu'on lit dans le Roman de Cliomades : Planté d'instrumeDS y avoit, Vielles et psaltérions, Harpes, rotes et canons, Pour la dernière fois, nous revenons sur un sujet que nous avons déjà traité, en plusieurs endroits, dans le quatrième volume de cette Histoire. La rote était aussi un psaltérion dont on avait arrondi la foxrme en y ajoutant plusieurs cordes, ainsi que le prouve le passage do Nother rapporté plus haut. Dans la vie de cet écrivain , le moine ^^lekehard dit qu'on avait donné ce nom à Tinstrument, parce qu'il a^%rait la forme d'une roue de moulin (2). Dans son petit traité de i^usique en langue théotisque , l'autre Notker, surnommé Labeo et ^^^i mourut en 1022, emploie le nom de rote pour celui de psaltérion ^^ «SitqueUinstrument était monté de sept cordes, rolûn io siben sieteny ^*^<{e sibene gelichà geuuirbet (3). Comme au psaltérion, le nombre ^^8 cordes de la rote fut différent selon les temps et les lieux : on ^^nt de voir qu'un des Notker lui donnait sept cordes ; suivant l'autre ^<^rivain du même nom, la rote en avait dix; au douzième siècle, le ^^^obadour Guiraut de Calençon dit qu'elle en avait dix-sept : £ faits la rota A XVII cordas garnir. (Faditjoglar). ^1) Xevue musicaiêp t. Xll, p. 218. (2) ^/»ifi/ Goldast. it«r. Aleman,, t.f, c. 17, p. 256. « if) Aptui GesberX, Script, ecciesiast, de musica sacr., 1. 1, p. 96. IH HISTOIRE GËNËRALE Une idée singulière s'est produite en France concernant la rôle : Bottée de Toulmon est le premier qui lui a donné cours. N'admettani pas que le nom de l'instrument indique sa forme on celle de quel- qu'une de ses parties, comme l'ont cru Ekkehard, Da Gange e l'abbé Gerbert, il s'élève contre l'opinion de ceux qui y ont vn Ii vielle dont les sons se produisent par le frottement d'une roue sur lei cordes ; il veut que rota vienne de chrotta , nom du crouth gallui latinisé au sixième siècle par l'évèque Venance Fortunat; en sorti que , suivant cette étymologîe , la rote aurait été un instrumen & archet. Kastner a adopté cette opinion (1) partagée au^i par de littérateurs qui n'ont point assez étudié laquestion. M. de Coussemakei reproduit les arguments de Bottée de Toulmon et y ajoute de nou velles considérations dans le même sens (3). Cependant il est oblig< de reconnaître la réalité des rotes à cordes pincées; suivant lui, il } a donc eu deux genres d'instruments absolument di^érenls qui oo porté le même nom. Ces diverses opinions manquent de fondement On ne saurait tirer des passages de poëmes qu'on a cités pour le soutenir aucune preuve en faveur de l'existence des rotes i archet. ] ne s'agit pas de la roue de la vielle , comme l'a dit Bottée de Toul mon : ce qui est en question , ce sont des instruments à sept, à dix à dix-sept cordes; or, il n'exista, ni dans les siècles de barbarie, n au moyen &ge, d'instruments à archet en ayant de pareils nombres on ne les trouve que dans les instruments i cordes pincées. L'Eoutf arabe, transporté en Espagne au commencementdu hiiitièm< siècle et que les croisés répandirent en Europe dans le douzième, ; est devenu le luth. Sa forme orientale ne fut pas modifiée d'abord ce ne fut que dans la seconde partie du quator zième siècle qu'on commença à diviser son man che par des cases. Le nombre des cordes varia soi vant tes époques, les pays et peut-être aussi li caprice des musiciens ou des luthiers. Les diffi rentes figures qu'on en trouve dans les manns crits et sur divers monuments représentent dei luths & quatre cordes simples ou doubles, avet ou sans cases , comme on le voit fig. 2 et 3 : (1) IM DanutJrtautrti, Pari*, I8SI, p. Ifl. (I) AKimlet arçhtologiqua de Didron, I. Vil, p. !il etiui*. DE LA MUSIQUE. m Ces luths à quatre cordes existaient encore au quinzième siècle. Leur accord était ce- lui-ci ; 11 y eut aussi des luths & cinq cordes , les- quelles étaient accordées de cette manière : peaâant le luth à six cordes doubles, ou à tix ehœun, comme dâ& Sébastien Virdung (1), était très-répandu à cette époque; mais swxi accord n'était pas le même partout. Dans rinstruction placée par j0«xrKtm&rono, luthiste vénitien , en tète du premier livre de sa Tabu- Itt^mra de Lauto (2], on voit qu'en Italie , au quinzième siècle, l'ac- co:pd de cet instrument était celui-ci : Cest encore le même accord qu'on trouve dans le livre de Vincent ^-^fc-lilée concernant l'art de jouer des instruments à cordes publié vers la. :fiQ du seizième siècle (3j. Virdung donna, en 1511, le même ac *'*^**:d, mais un ton plus haut, de cette manière : Xe nombre des cordes du luth fut porté jusqu'à dix, en France, au ^^^Inmencement du dix-septième siècle; les quatre cordes les plus < 1) Muiica g. Virdung.BiMl, lSII,iii-r, p. 13. de Laïuo. Libra primo, Joanamimio. Impnuum Vtntlilt pir Ottatiienam mt'ù Galilti, lopra l'ai •tlpeiali, tU.,uk Vinci ! dtl btnt ialavolart t .,15Si,p. 11. 16$ HISTOIRE GÉNÉRALE graves étaient en dehors du manche et se pinçaient à vide ; les autres étaient doubles sur la touche qui était divisée par des raccord générai était celui-ci : f^^ "■ — ~ — w Au moyen âge, le nom du luth est écrit de diverses mami comme leut, leuthy luit, lut y lue, luZj lus. En latin, le nom était r^ tudo ; les Italiens disaient laute et liuto ; les Allemands laûd et loM^i Un passage de Molinet, lues et orgueteSy harpes y psàltirionSy rappoxr-'Cé par du Gange y a donné lieu à une singulière méprise du sava:^( Forkel, qui n'a pas reconnu le luth dans ces lues du poète : « QuaLz^t a à savoir, dit-il , ce que c'étaient que les lues y on n'apprend « nulle part. Peut-être étaient-ils baptisés de la sorte du nom de Ti « venteur, qui pouvait s'appeler Lueas (2). i> Le corps du luth était bombé et à c6tes oblongues qui diminuai^^ :ait progressivement de largeur jusqu'au manche, sur lequel était colL^e une touche en ébène. La table d'harmonie était ovale; au milieu ^ trouvait l'ouverture d'une rosace de grande dimension. Le chevilli^^r, renversé en arrière , était percé de trous pour les chevilles plac^ ^ des deux côtés. Au bas de la table était collé le cordier. CeK:^te forme de l'instrument est restée la même depub le moyen &ge ju^^i^ qu'à la fin du dix-huitième siècle, où l'instrument a cessé d'èb^^^ en usage. La mandorey dont on aperçoit l'usage dès la fin du douzièi^^^ siècle, fut une réduction du luth. Comme cet instrument , lama*^' dore avait le corps bombé et à côtes , mais il était proportionnelK ^ ment plus allongé, ainsi que l'ovale de la table. Le chevillier, au li^^^ d'être renversé en arrière comme celui du luth, était au contrai-*® recourbé en avant et souvent terminé par une tête d'animal fant^i-^ tique. La mandore était montée de quatre cordes : on ignore qtv-^ était leur accord au moyen âge. Une figure d'ange, publiée par Botfc^ (1) Merteone, Harmonie universelle, Tmité des instruments, p. 87. (2) « Was aber die lues fur Instrumente gewesen seyn môgen, ist nirgends ta finden. « leîcht halien sie dièse Benenoung Ton dem Erfinder derselben, der etwas LuCAj gehei « hat, bekofflmen. » Forkel, Mlgem. Geschickte der Musik, t. Il, p. 747. DE LA MUSIQUE. IM de Toulmon (1), d'après le maonscrit 6737, 9, de la Bibliothèque nationale de Paris, tient une mandore montée de sept cordes; noDs la repro- » daÎBODS ei-conb«. n y a lien de croire que l^artiste qaî a dessiné rinstroment ne l'avait pas sous les yeux, et qu'il n'en avait pas une connaissance suffisante, ayant oublié les chevilles de la tète et n'en ayant même pas indiqué les trous , en sorte qu'on ne voit pas comment les cordes étaient attachées : on ne peut donc accorder aucune valeur historique à cette figure. En réalité, il n'a point existé de mandore qui ait eu plus de six cordes. Cependant nous lisons dans VHarmome unt- ^■fr *■ verseth de Hersenne (3) que la mandore française n'avait encore que quatre cordes au dix-septième siècle , et que son Mcord était, comme on le voit ici : Les cordes de la mandore étaient métalliques; on les pinçait avec an bout de plume qui ^sait l'office du ^ectre. Le nom de \a guitare est écrit de diverses manières dans le moyen tge, comme celui de la plupart des instruments : on l'a appelée juitarre, guittère, guiteme, guilterne, guinterrt, gmtarne, guislerne et juùtame. Les formes de la guitare ont été variées avant d'arriver à 'état moderne que tout le monde connaît : il est nécessaire toutefois l'être en garde contre certaines figures qui se voient dans les ma- itucrits et dont les dessinateurs ne paraissent pas avoir compris ce pi'ïls disaient : il faut surtout ne pas se b&ter de donner le nom de jmitare à leurs inexactes représentations. Pour fournir an exemple les erreurs où l'on peut être conduit par des dessins de cette es- pèce, nous en reproduisons un, tiré d'un manuscrit du quinzième siècle qui appartint autrefois au baron de Reiffenberg , savant littéra- {1) Jiulrmliont Ja conùlé hittor'tque det arli (!) Tr«ili des uutrumtnU, p. 83. I«0 HISTOIRE GÊNËRALE t«ur belge. On a donné le nom de guitart latine à cet informe îns tniment qui n'a jamais existé tel qu'il est représenté , e dont nous reproduisons ci-contre la figure (fig. 5). M. de Coussemaker dit que : l'on conçoit dif/icilemtHt Œ quelle manière la main gauche pouvait toucher tes eordm pour varier les ions (1). C'était absolument impossible, e: effet, attendu que les cordes passent sous la touche. Cet^ p,^ g guitare prétendue ne pouvait faire entendre que les cin sons des cordes placées à vide. La particularité de 1 touche ainsi placée est une naïveté du dessinateur. Le même archéa logue musicien (2) et iGteorges Kastner (3) affirment que, dès le tre ziëme siècle, le dos de la guitare était plat i dernier de ces auteurs ajoute que c'est par oai et par les écbancrures des c6tés qu'elle se àâ tingyait des instruments qui sont dérivés d luth. Nous avons la certitude que ces affîmu lions sont trop générales, ayant dans notre eo lection une guitare du seizième siècle dont ] dos est voûté et qui n'a point d'échancnires. £ plus, nous possédons une très-vieille guitai espagnole de petite dimension dont le dos a aussi bombé et dont les côtés forment de léger* courbes rentrantes. Il y eut sans doute , au moyen Age , des gtm (ares & dos plat et à quatre cordes ; mais ceC forme et le nombre des cordes ne furent pas sa^ exception. On en voit une très-remarqual»- dans l'Encyclopédie musicale de Michel Prset-- rius [k) : c'est une guitare de la fin du seiziëcs siècle; le corps de l'instrument est celui d*U-S guitare ordinaire et régulière, mus le chevillÂ- est celui de la pandore , instrument inventd Padone i la fin du quinzième siècle, dont on v< la forme ci-contre (fig. 6). Cette guitare « (I) ^anahi areUo/eglt/ui de DidroD, 1. XVI, p. 106. (1) /iW.,p. lOT. (3) Im Daniel det morli, p. ISS. (4) SfiUagmatii mtuici lomui ncuiu/ui -■ Jt Organographia, Ub. XVI, Gg. 4. D£ LA MUSIQUE. 161 de cinq cordes doubles et d'une sixième simple , qui est la plus haute (chanterelle). On voit ci-conlre la figure de rinstrument (fig. 7). Mersenne , qui publia son Harmonie Universelle en 1636, y donne la figure de la guitare à quatre cor- des, dont trois sont doubles et la quatrième ou chan- terelle simple. Depuis longtemps, dit- il, elle avait cessé d'être en usage. Il donne ensuite la figure de la guitare moderne à cinq cordes doubles , dont l'accord singulier était celui qu'on voit ci-dessous, en commençant par la gauche de Tinstrument et allant vers la droite : I :a: ICL :a: (1). Il est important d'avoir égard à ces anciennes manières d'accorder les instruments, si l'on veut comprendre les notations de leur musique autrefois en usage et qui étaient appelées tablatures. On en 'a l'explication dans le sixième volume de cette Histoire. On r les tablatures du dix-septième siècle que l'accord des guitares oies et italiennes était le même celui des guitares françaises e époque. Plus tard, on abaissé d'une octave les deux pre- notes et Ton a retrouvé l'accord des cinq premières cordes I : xx. LDI k^. lu commencement du dix-huitième siècle, on a remonté d'un Lcune de ces notes, de cette manière : i ra: X3" 1 ailé des instruments à chordes, p. 95. T. DE LA MUSIQUE. — T. V. 11 162 HISTOIRE GÉNÉRALE Enfin , dans les dernières années de ce même siècle , on est reven à Tancienne guitare à six cordes du seizième siècle y en ajoutant 1 sixième au grave , comme on le voit ici : I rcs: "O" Telle est l'histoire vraie et complète de la guitare. Nous n*avon pas cherché à y faire entrer la solution de la question posée naguère si la guitare est originaire d'Espagne ou d'Italie , aucun document d quelque importance n'existant pour la résoudre. On ne connaît d l'histoire des premiers temps de la domination des Arabes en Espagn que ce qui les concerne eux-mêmes; jusqu'au commencement dixième siècle y on sait à peine qu'il existe des descendants des roi^ goths , et de tous les anciens peuples de l'Espagne les Basques son'fc les seuls dont s'occupe l'histoire. Un autre instrument fut connu en France, dans le quatorzième siècle, sous le nom de guitare moresque/, c'est ce même instrumen't: dont parle Guillaume de Machau et qu'il appelle enmorache^ dans sotM po(?me intitulé Le temps pastour, et morache dans celui de La pri$^ '^ ^ d'Alexandrie. L'usage s'en était répandu de telle sorte qu'on avai'fc •* -i jugé nécessaire de l'introduire dans la musique du roi. Nous avon fait voir dans nos Recherches sur la musique des rois de France que dans l'ordonnance de Charles V, rendue au mois de mai 136i, pou l'organisation de sa musique, le ménestrel Richard Labbé figur comme jouant de la guitare moresque (1). M. de Coussemaker a parlé de la guitare moresque et s'est lorsqu'il a cru la reconnaître dans certaines figures de manuscrit qu'il a publiées (2) . Il est de toute évidence , par le nom même d l'instrument , qu'il a dû être en usage chez les Maures d'Espagne qui n'étaient autres que des Arabes d'Asie et d'Afrique ; or, il n'en existé aucun chez ces peuples qui ait eu la forme de ceux dont H. d Coussemaker a donné les modèles. Ceux-ci sont des cistres, ainsi qn i (1) Revue musicale, i, XII» p. 213. (2) Annales archéologiques ^ l, XVI, p. !07. ng. 8. Fin- 9- DE LA MUSIQUE. 163 nous alloDS le démontrer par des preuves tirées de deux instruments de notre collection. Voici les dessins donnés par cet auteur (Hg. 8 et 9) : On voit à la seconde de ces figu- res quatre boulons destinés à faire agir des capo tasto , sorte de silleli mobiles dont l'usage était d'élever, dans de certaines proportions, l'ac- cord de l'instrument. Nous avons parlé de cet effet dans le second volume de notre Histoire. De nos deux cistres , le premier, qui est du seizième siècle, a quatre cordes doubles en laiton et en acier, lesquelles s'attaclient par leur ex- trémité inférieure à des boutons placés au-dessous de la table d'har- monie; elles sont tendues par buit chevilles disposées des deux c<ïtés de la volute dont la forme, semblable à celle des figures publiées par M. de Coussemaker, a toujours été celle des cistres. Quatre capo lasto sont placés sous le manche et traversent la touche pour agir directe- ment sur les cordes. L'autre cistre est un bel instrument du commen- cement du dix-huitième siècle : il est très-orné de nacre. Le corps est bombé et à côtes séparées par cinq filets d'éhèue et d'ivoire. Les cor- des, au nombre de onze, sont divisées en cinq doubles et une simple (chanterelle] : elles s'attachent par leur extrémité inférieure & autant de boutons d'ivoire placés sur l'éclisse au-dessous de la table d'har- monie : à l'autre bout des cordes sont des œillets qui s'introduisent dans des crochets de cuivre qui les tendent par une machine à vis qu'on fait agir par une clef. Au-dessus du manche se trouvent les le- viers de trois capo tasto: ils traversent la touciie, laquelle est di- visée en quatorze cases par des filets saillants de cuivre. La volute est courbée en avant , comme celles des cistres ordinaires. Cet ins- trameot remarquable a été construit à Paris par Charles Porion, qui figure dans les comptes de la musique de Louis \IV en 1707, comme luthier de la cour : son chiffre est gravé sur une plaque de nacre placée au-dessous du chcvillier. L'identité d'espèce de ces instruments et de ceux de H. de Coussemaker n'est pas contes- table; il est évident qu'il a confondu le cistre avec la guitare mo- resque. Quant tk celle-ci, sa forme fut, sans aucun doute possible, I64 HISTOIRE GÉNÉRALE celle d'un des tanbours arabes qu'on a vus dans le second volume de celle Histoire , c'est-à-dire un corps bombé , rond ou oblong avec un long manche droit; car les Maures n'en ont pas connu d'autre. On comprend , en effet, que la guitare moresque n'a pu être qu'un instrument semblable à celui des Maures. Au surplus, cette forme, nous la connaissons ; c'est celle du colachon qui a disparu de France dans le dix-huitième siècle , mais qui était en- core en usage au milieu du dix-septième , ainsi qu'on le voit dans les livres de Mersenne et de Kirchcr (1); c'est, enfin , le calascione ou colas- cione des Napolitains, encore joué dans les pre- mières années du siècle présent par des musi- ciens ambulants de Naples. On en voit ici la forme : Cet instrument s'est certainement introduit en Europe d'après le tanbour bouzaurk des Ara- bes et des Persans , dont les six cordes doubles et triples avaient été réduites à trois simples (2). L'accord de ces cordes au colachon ou à la gui- tare moresque était celui-ci : xk: m Fig. 10. La cilolCy dont les poêles français du moyen tige ont souvent parlé , a dû être un diminutif du cistre ou dire y c'est-à-dire le Klein cilher dont parlent d'anciens auteurs allemands. On en voit la forme dans le livre de Michel Prae- torius { Organographia , pi. XVI, fig. 7). (0 Mersenne, Harmonie universelle, Traité des imtruments, p. 99. — Athan. Kircheri, Musurgia univers. ^ t. I, p. 477, pi. VU, fig. VIII. (2) Histoire générale de la musique, t. II, p. 123. DE LA MUSIQUE. 165 INSTRUMENTS A ARCHET. ta rubèbe à deux cordes. — Les gigues (geige des Allemands) et le rebec à trois cordes. — Les vielles ou violes à quatre cordes. — Les vielles ou violes à cinq cordes. — La viole itaUenne ou viole tas- tade à six cordes. — La vielle à roue. Nous avons dit, au quatrième volume de notre Histoire (l), que la rubèbe fut un instrument à cordes qui eut pour origine le rebab des arabes; l'analogie des noms, le nombre des cordes, leur accord, X'étendue semblable des deux instruments , la manière de les tenir et c3'en jouer, démontrent eu effet qu'ils sont sortis de la même source. ILe nom de la rubèbe était connu depuis longtemps par les vers du J^emps paslour de Guillaume 3e Machau, souvent cités ; mais Perne est le premier qui décrivit l'instrument d'après le traité de musique de Jérôme de Moravie, alors inédit (2). Quelle était la forme de cet instrument? Jérôme ne le dit pas et aucun monument ne le fait ^'oîr. Était-il analogue au rebab de l'Asie et de l'Egypte ou à celui des Maures d'Afrique, qui fut aussi celui des Maures d'Espagne? £ien qu'aucun texte ne fournisse de réponse à cette question , il y a X ieu de croire que la rubèbe ressemblait à ce dernier instrument , dont la forme est plus régulière. Quoi qu'il en soit, Jérôme de Mora- "%'ie nous apprend que la rubèbe est un instrument de musique qui :xi'a que deux cordes, lesquelles sont à la quinte l'une, de l'autre, et ^u'il se joue avec un archet, comme la vielle (3). Par les explications ^u'il donne ensuite, il est évident que les notes de ces cordes étaient : ^^î^ — ri et, par la suite du texte, on voit que l'étendue to- 1:ale de la rubèbe était conforme à cet exemple : r* corde. * 2* corde, i ,^ l,,^ . £ ■ % ■ O --*^ (1) Livre ouzième, chap. IV, § m, p. 493. (2) Revttê musicale, t. II, p. 457 et suiv. (3) Est autem nibeba musicum instrumentum habens solum duas chordas, sono distantes a per diapente, quodquidem sicut et viella et cum arcu tangitur. Cap, 28. 1G6 ilISTOIRE GÉNÉRALE La rubèbe était tenue par le manche, près du chevillîer, par celai qui en jouait/et était appuyée sur son genou. Le 8% b et le 5» l!{ de Ik seconde corde se faisaient parle même doigt. Le re, dernière note de cette corde, se faisait avec le petit doigt. C'est la seule différence qu'il y ait entre la rubèbe et le rebaby dont l'étendue n'est que d'une octave, les Orientaux ne se servant jamais du petit doigt pour jouer des ins- truments à cordes. La rubèbe, instrument grave, comme on vient de le voir, donna naissance, selon toute probabilité, au rebec^ dont le diapason était plus élevé, la caisse sonore plus petite, montée de trois cordes, comme la gigue qu'il a fait oublier en France , dans le seizième siècle, et qui se jouait comme un violon. Eustache Deschamps et le Roman de la Rose la nomment rebebleet lAoWnet rebelle. L'analogie de ces noms avec celui de la rubèbe est évidente, et l'on voit que celle-ci et le rebec forment un genre spécial. Le corps du rebec était oblong, tronqué aux quatre angles et légèrement cintré sur les côtés. Son accord des trois cordes était celui qu'on voit ici : i :ci: Cl H. de Coussemaker a confondu le rebec avec la rubèbe de Jérôme de Moravie (1) : celle-ci était la basse, et l'autre le dessus. La volute du rebec était souvent terminée par une tète sculptée plus ou moins ridicule, ce qui avait donné lieu à l'expression proverbiale : c'est un visage de rebec. La gigue fut une viole du moyen &ge sans cases sur la touche et semblable, sous ce rapport, aux instruments modernes à archet : Martin Âgricola l'appelle, à cause de cela, Klein Geige ohne Bande (petite viole sans liens) (2). L'instrument était monté de trois cordes; il fut connu dès le douzième siècle et probablement plus tôt. Les ins- truments de ce genre qu'on voit figurer sur d'anciens monuments, particulièrement sur le chapiteau de Bocherville et sur le portail de la cathédrale d'Amiens, semblent indiquer que la gigue fut faite originairement d'un seul morceau de bois qui formait le corps de l'ins- (1) Annales archéologiques, t. VUI, p. 243-245. (2) Mustea tnstrumentalis deudsch, p. LVI. DE LA MUSIQUE. 1«; trument, le manche et la volute. La caisse sonore étant faite en creusant cette pièce , on y collait ta table d'harmonie qui se prolon- geait aussi sur le manche, lequel n'avait pas d'autre touche. L'aspect de l'instrument était celui qu'on voit ici , à l'exception du chevil- lier qui était ordinairement droit, et qui est ici renversé (%■ II); Le Klein Geige ohne B&nde des Allemands différait de cette forme en ce qu'il avait deux tables d'harmonie : la première occupait la partie inférieure du corps de l'ins- trument ; les ouïes y étaient percées; un peu au-dessus de celles-ci se plaçait le cheva- let. L'autre table, plus éle- vée, ne formût qu'une seule pièce jusqu'à la volute, la- quelle était percée de trois trous pour les chevilles. Voici la forme de cet instrument («g. 12): Les gigues françaises et allemandes avaient le dos voûté, mais non ^ c6t«s, comme l'a cru H. de Coussemaker : celle de notre collection ■^ le dos arrondi. Comme la plupart des instruments, d'après le système qui s'éta- })lit  la fin du quatorzième siècle, les gigues furent organisées en 'Vjuatuor complet et l'on en fabriqua de diverses grandeurs pour le dessus, l'alto, le ténor et la basse. Martin Agricola a donné les quatre modèles de ces instruments : ils sont semblables à celui qu'où vient •de voir et n'en diffèrent que par les proportions. L'accord de chacune de CCS quatre gigues était réglé de cette manière ; Fig. 12. g|g =^E[i.^ ^^a^^l La vielle ou viole du moyen âge différait de la gigue en ce que son 168 HISTOIRE GÉNÉRALE manche était divisé en cases formées par des toucheâ saillantes placées aux divers points où se faisaient les intonations des tons et des demi-tons de Féchelle diatonique. Toutefois il ne parait pas possible de déterminer Tépoque où ces divisions ont été faites, la plupart des figures de cet instrument qu'on voit sur les monuments et dans les manuscrits en étant dépourvues. Ces figures des vielles à trois, quatre ou cinq cordes, ont le corps ovale sans échancrures pour le passage de Tarchet : on ne pouvait imaginer une forme plus désavantageuse pour l'exécution , puisqu'il était impossible que l'ar- chet, tenu nécessairement dans une position horizontale , ne touch&t pas plusieurs cordes à la fois. Cette considération nous copduit à croire que l'usage de la diaphonie, lequel était général à l'époque où apparaissent les premiers instruments de cette espèce , a été la raison déterminante de la conformation qu'on leur a donnée. Nous sommes cependant obligés de reconnaître que des manuscrits du quatorzième siècle font voir encore des vielles ovales et rectangles sans échancrures. Peut-être est-ce pour cette cause qu'on imagina différentes manières d'accorder la vielle à cinq cordes, lesquelles sont expliquées dans le vingt-huitième chapitre du traité de musique de Jérôme de Moravie et dont nous allons présenter le résumé à nos lecteurs. La première manière d'accorder a cette forme (1) ' r* corde. 2". 3*. l u ^ c> -#— «■ Bourdon. 4* el 5*. i "a~a" -0- ■0- ZZlL Par cette disposition , la première corde est jetée en dehors du manche et ne peut être touchée par l'archet : elle est destinée à être pincée par le pouce de la main gauche comme un bourdon avec les autres cordes qui s'accorderont avec elle. La deuxième et la troi- sième cordes sont accordées à l'octave Tune de l'autre. Si l'archet (1) I^ovs désignons Tordre des cordes d'après Jérôme de Moravie; mais il est nécessaire de remarquer que cet ordre est inverse de celui qui est en usage, la première corde étant toujours la plus haute. » DE LA MUSIQUE. 1G9 !S touche ensemble, ce qui parait inévitable par la forme de Tins- 'umenty elles pourront former les consonnances qu'on voit clans cet cemple : §; -loii^ .o. :«3. :a" lant aux autres rapports , ils étaient discordants. Les quatrième et Qquième cordes étaient à Tunisson : elles pouvaient former, étant uées ensemble , les consonnances suivantes : f^^E^Esd jouer à l'unisson , en plaçant les mêmes doigts sur les mêmes r^es. De graves inconvénients résultent de cet accord anomal; l'un est réduire, en réalité, les cinq cordes à trois ; l'autre consiste en e lacune de trois notes, dans l'échelle diatonique entre la seconde la troisième cordes. F^ar la seconde manière d'accorder, la première corde était replacée * le manche , et les dispositions des cordes étaient celles-ci : r* corde. 2*. .«—E -^ -*-^-^ ' 1^=^^:^^! aomalie d'une dernière corde de la gauche placée une quinte iaut que la suivante avait été empruntée aux instruments iux. On a essayé d'expliquer cette disposition par des motifs sont pas admissibles ; la cause véritable de cet ordre inter- t la forme défectueuse de la vielle. En levant le coude , le mé- pouvait jouer celte corde seule; dès lors la deuxième et la e cordes se trouvaient à l'octave , comme dans la première d'accorder. La quatrième corde était celle qui opposait le iifficultés pour être jouée seule; quant à la chanlerellBy elle 170 HISTOIRE GËNËRALE pouvait résonner isolément si le poignet de Texécutant était i samment abaissé. Cet accord avait sur le précédent Tavantag donner l'échelle complète. Voici la troisième manière d'accorder la vielle : l** corde. 2*. 3*. L u -^ ^ 33! I 4* et 5«. 'a — a" Ce dernier système d'accord eût été normal pour un instru à quatre cordes , mais il n'évitait aucun des inconvénients résu de la conformation de la vielle, si toutefois les représentations < en a sont exactes : la seconde corde et la troisième étant accord la quinte , il en serait résulté des successions fréquentes de qv qui , du reste, n'ont disparu de la musique que dans les den années du quatorzième siècle. Selon toute probabilité, ce fut au fectionnement de l'art d'écrire à plusieurs parties et à la créatioi éléments de l'harmonie proprement dite, à cette même époque, faut rapporter la naissance des instruments réguliers et harc ques que l'on voit se produire au quinzième siècle. L'histoire de la musique tire, en quelque sorte, d'une sourc recte ses renseignements sur le système rationnel des instrumc archet du 'quinzième Siècle. On sait, en effet, que le prêtre Sébî Virdung, né à Bamberg dans la seconde moitié de ce même sièc faitconnaiire la musique Instrumentale de ce temps par un livr blié en 1511 (1). Lui-même avait appris ce qu'il en savait de son tre, Jean de Soest, médecin et musicien habile, né dans la Soi vers 1430. Plus instruit par sa propre expérience, Martin Agi a traité le même sujet avec plus de développement dans un spécial publié en 1529 (2), et sept ans après Othmar Nachtgall i (1] Mutica getutseht und auigezogen durch Sebasùanum Vinbuig, Priester vo^ herg^ etc. Bâle, 1511, in-4''. (2) Musica instrumental is deudschynn welcher begriffen ht, wie man nach dtm g auffmauclurley Pfeiffen lernensoL Auehwi0 auffdie Orgel, Harffen, Lauten^ Geigi allerley Instrument und Seytenspiel, noch der reeht gegriindten Tabelthur sey abzu. Mari. Agricola ; Wittemberg, 1529, in-8<*. DE LA MUSIQUE. 171 ctntiu) a donné dans sa Musurgia (1) la traduction latine d'une partie du livre de Virdung, avec les figures. D'autre part, le Véni- tien Ganassi del Fontego a fourni, dans des livres instructifs, de pré- cieux renseignements sur les violes et les flûtes italiennes des quinzième et seizième siècles. Nous pouvons donc présenter avec assurance à nos lecteurs Thistoire complète des instruments à archet de cette époque , si féconde en progrès dans toutes les parties de la musique. Dans les quinzième et seizième siècles , il y eut des violes à trois cordes, à quatre, à cinq et à six, formant chacune une série com- plète de quatre instruments de grandeur différente qui étaient dé- signés par les noms de^ discantus (ou dessus en français et soprano en italien), allusonallOy ténor et basse. Ces instruments étaient formés d'un dos plat largement échancré des deux côtés, d'une table d'har- monie de même forme en bois de sapin, et d'éclisses qui régnaient tout autour et formaient une caisse sonore avec la table et le dos. i-^ haigteur de ces éclisses était proportionnée à la dimension de la viole, comme celles de nos violons, altos et violoncelles. A l'intérieur ^t dans le haut de la caisse était collée une pièce de bois solide dans laquelle était entré le manche dont la longueur était de cinq huitièmes de la hauteur de la viole. La tète de l'instrument et la 'Volute étaient renversées en arrière : cette volute était disposée pour "■"©cevoir autant de chevilles qu'iLy avait de cordes. Le cordier, dont 1^ liauteur était d'environ 6 millimètres , en avait 7 ou 8 dans le mi- lieu ; il était collé au bas de la table un peu au-dessous d'une rosace ^^mblable à celle du luth ; les cordes qui y étaient attachées pas- ^^eut sur un sillet placé à la jonction de la volute avec le manche; ^lles étaient élevées d'environ 3 millimètres au-dessus de la touche, ^i était en sapin comme la table. Dans la partie supérieure de celle- ^* étaient percées deux ouïes en forme de C. Les cordes ne passaient Pto sur un chevalet ; celles du milieu étaient un peu plus élevées que *^ autres par la forme du cordier. La sonorité de ces instruments *tait douce et sourde. Le manche était divisé en six cases depuis le ^îUet jusqu'à la table. L'archet, grossièrement fait , avait la forme ar- ^^ée. On voit ici la forme de la viole à trois cordes en allemand (1) Musurgia seu praxis musicm illius qum instrumentis agitur certtt ratio, ab Ottomaro ^^inio Argentino duobus libris absoluta, etc. jérgentorati, 1536, in-4" obi. 172 HISTOIRE GÉNÉRALE klein Geige mil bûnden (petite viole avec des liens); elle ne différa.i( dans les quatre instruments du quatuor que par le volume (fi g. 13). L'accord du discanl ou dessus de viole à trois cordes était celui-ci : S: :q: d" Celui de l'alto et celui du ténor étaient le même et tel qu'on le voit : [ 1 ^ Il S3 l"* Il ^i II ^ 11 1 Enfin, celui de la basse : 3 la: :q: Les notes qui répondent aux six cases de chaque corde des io^^' truments ainsi accordés sont celles qui sont indiquées dans les *-*' bleaux ci-après : • INTOXATIONS BU DESSUS DE VIOLE. V conlp. 2" corde. 3** corde. .75t.V-.-3- -ot ,-=53lt«=:î5î IMONATIOXS DES VIOLES ALTO ET TENOB. fe r' corde. 2* corde. 3** corde. Xirjf#- -* J*- •" =i^=P= XXpL z:^*fl#-f:5f^ INTONATIONS DE LA VIOLE BASSE. r* corde. 2* corde. •a-j(*-#1^^3 P# ^ [^oigiii^Sf nztSf: DE LA MUSIQUE. 173 iole à quatre cordes avait, comme la précédente, un discanlus us, un alto, un ténor et une basse. Les formes étaient sembla- «lies de la viole à trois cordes, mais les proportions étaient un us fortes; le dessus était à peu près de la dimension de e l'espèce précédente , et les autres avaient aussi des propor- ilativement plus grandes. ord de chacune de ces quatre violes était comme dans le ta- uivant : isns. Alto et ténor. Basse. cr. jq: ^m :a: qu'il y eût sur la touche de ces violes six cases, ainsi qu'aux L trois cordes, quatre seulement étaient en usage pour chaque parce que l'accord, au lieu d'être réglé par quintes, l'était artes et par tierces. Le doigter pour toutes les cordes était 1 que le présente ce tableau. NTOXATIONS POUR LE DESSUS DE VIOLE A QUATRE CORDES. Borde. V corde. 3* corde. 4' corde. _^,^.. ^-^^^^ :ar$»-^-#^- =^ j^-^^zgtg= =^3| «^ )îrATIONS POUR L ALTO ET LE TENOR DE LA VIOLE A QUATRE CORDES. corde. 2* corde. 3" corde. 4* corde. f^-^î^. ^^^P E^ïê^ ^mi rONATIONS POUR LA BASSE DE LA VIOLE A QUATRE CORDES. corde. 4* corde. ^ _,4,^J E^ ^^^^^ — zz=z 74 HISTOIRE GÉNÉRALE La viole ù cinq cordes, dite grande viole, en allemand gront &«/'/' ^> avait également le d'tscanius, Vallo, le ténor et M-^ hasit. Ce dernier instrument différait des autres s- i^ ce qu'il avait six cordes. Dans les dix-septième ^^t dix-huitième siècles, il devint un instrument d'ac?^' , compagnement et de solo appelé bas$e de viole, mat s son accord fut changé. Les dimensions des quatr^an instruments composant la famille des grandes tio les étaient sensiblement plus fortes que celles '\"^ ' autres. Pour faire juger de la proportion de cett^ j différence , nous donnons ici le detsut qu'on pourra -r comparer avec celui de l'espèce à trois corde; -^ (fig. U). L'accord des quatre grandes violes était tel qu'or ^zz le voit dans ce tableau : ^îl L'accord de la basse de ce tableau est celui du luth à la mËn époque. Le tableau suivant est celui des cases des quatre grandes violes INTONATIOXS DU DBSSl'S DE LA GRANDE VIOLE, ("corde, 1' corde. 3' corde. 4' corde. &* corde. INTONATIONS DE L ALTO ET DD TENOR DE LA GRANDE VIOLE- 1" corde. 1' corde. 3' corde. 4* corde. 6" eorit.. DE LA MUSIQUE. 175 INTONATIONS DE LA GRANDE VIOLE BASSE. !'• corde. 2® corde. 3' corde. 4® corde. m ^S^ZM 1% ^l^ tg■1*3^ — |-o.g> -«Jg= œrue. &• corde. ^ -ai>-*- ^ 6' corde. -€^#^#i g-^f::r xrf» Au quinzième siècle et dans la première moitié du seizième, la grande viole se divisait, en Italie comme dans les autres pays de TEu- x>pe, ensapranOj allô y ienore etbasso; chacun de ces instruments avait iii cordes; on les appelait viole d'arco laslade. Chacune des cordes tvait un nom particulier : la chanterelle ou première s'appelait aniOy la seconde «o/ana, la troisième mezzana, la quatrième (enore^ la inquième bordone et la sixième br|c=?:Sîz:U i 7* corde. 1*^ corde. :«CE>- iri=.#-lti=: n^iîfz: I INTONATIONS DE L ALTO ET DU TÉNOR DE LA viola d'aVCO. 6* corde. 5* corde. 4* corde. 3i 3* corde. ^^3Œ|«: ;d25iq -»■ — #-5< 2' corde. !'• corde. U^b^ HISTOIRE GEKËRALE lltTONATIOMS DE LA BASSE DE VioJa d'orCO. C" corde, 5* corde. 4' corde. 3* corde. D'autres violes existent dans des collection d'instruments anciens et sont mentionnées pa divers auteurs; nous en possédons deplusieui sortes , mais elles appartiennent à la second moitié du seizième siècle et au dix-septième nous en parlerons dans l'histoire de la musiqa A cette époque. Il y eut, au moyen Age, un instrument mont de trois cordes qui étaitjuué, non par un ai chet, mais par une roue enduite de résine. Ua manivelle faisait mouvoir cette roue , qui frol lait en même temps les trois cordes, lesquelle étaient accordées à. la quarte et à la quinte oi à. l'octave. Des touches mobiles, placées sur 1 c6té gauche de l'instrument, au nombre d huit , agissaieut à la fois sur les trois corde par la pression des doigis. L'abbé Gerbert i publié la figure de cet instrument (1) d'aprè un manuscrit de l'abbaye de Saint-Biaise qui plus lard , a péri dans l'incendie de ce monas 1ère. Nous la reproduisons ici (fig. 15). On voit par l'inscription que le nom de l'inï trument était orf^atitiJrtim, parce qu'en le jouan on faisait entendre les affreuses successions d( la diaphonie appelée organum. Par les lettres placées près des chevilles des louches, on pe^ rf aluiica tacra, t. Il, Ub. XXXIl. DB LA MUSIQUE. 177 connaît que, selon Taccord de la corde du milieu , Téchelle de Vor- ganistrum était celle-ci : ou cette autre : .Q- .a. r^*: q^ Uorganistrum figure sur le chapiteau de Bocherville que nous avons ï^^ppoduit (1) et dont nous avons parlé plusieurs fois. Llnstrument Y ^t placé sur les genoux de deux personnages dont Fun tourne la manivelle et maintient Tinstrument pendant que Tautre' personnage fciît mouvoir les touches. Ce même instrument , modifié dans sa construction ^ fut appelé plus tard symphonie : on ne peut douter de Tidentité, Jean de Muris^ terivain du quatorzième siècle, disant que les deux mots désignent la même chose (2). C'est ici que se présente Toccasion de remarquer <{u*U y eut confusion, au moyen âge, sur Tapplication du mot sym- pAonîe, lequel fut, sans aucun doute le nom de la cornemuse dans Tan- ^quité la plus reculée. Nous avons démontré Texactitude de ce fait *^ premier volume de notre Histoire (3), et nous avons fait voir que l^origine du mot et de la chose est sémitique , la soumponiah ayant ^^ le nom de la cornemuse chez les Phéniciens , Assyriens, Babylo- ^^ns et Hébreux. Nous avons dit aussi que la aufA^pcovia de la version S^ecque de la Bible n'en est que la transcription, et que l'instrument ^ont se délectaient les Grecs de Syrie au temps d'Àntiochus Épiphane, Vivant Polybe, était le même et portait le même nom. U ne nous (1) T. IV, p. 505.' O) Chordalia (instrumenta) sunt ea, quie per chordas metallinas , intestinales vel sericinas i iridentar; qualia sunt citharœ, vieil» et phialœ (?), psalteria, chori, monochordum, '^^'''^honia seu organUtrum, et his similia. j4pud Gerb.^Script, ecciesiast, dt miuica, etc.» t.UI, O) P. !••., DE LA mWQVB. — T. T. 12 178 HISTOIRE GÉNÉRALE parait pas douteux que les Phocéens de Marseille ont connu cette symphonie, et nous croyons que c'est par eux que le nom s^est répandu dans la Gaule méridionale. Or, la symphonie étant un instrument chantant accompagné d'un bourdon, on a donné, vrai- semblablement^ par analogie, le même nom à Yorganistrum, lorsque celui-ci, dépouillé de sa troisième corde quand Vorganum disparut, ^ fut réduit à deux dont une était chantante par le clavier et dont^S- l'autre était le bourdon. Telle fut, selon nous, l'origine des de symphonie j cifoniey etchifoniey donnés à la vielle à roue, dans le moyen &ge. §m. INSTRUMENTS A VENT. Flûtes de divers systèmes. — Hautbois. — Chalumeaux. — Cornemuse. — Bombarde. — Krumhorns. — Trompettes de divers genres. Trombone. — Cors et cornets. Les noms des flûtes du moyen âge sont si multipliés y qu'on serais porté à croire qu'il y en avait un grand nombre d'espèces différentes ^ cependant ces noms, défigurés parles poëtes et autres écrivains de ces temps anciens où l'orthographe n'était pas fixée , ne désignent qn quatre espèces de flûtes. C'est ainsi que frestely fretiau etfresUau sonl^ les noms de la flûte à trois trous, appelée galoubet dans les temps pluat modernes ; que flaioSy flajoSy flagius et flaiole ne sont pas autre chos^^^^^^ que le flageolet, ou flûte à bec à six trous ; que les dénominations fUuthe, fleutey flaustey fleuste et flaute de behaigne appartiennent à la flûte à huit trous, à moins qu'aux noms de fleuste ou flauste n soient ajoutés les mots à neuf trous y ce qui n'était qu'une modificatio peu importante de la précédente, le neuvième trou n'étant que 1 huitième partagé en deux demi-trous placés sur la même ligne. flauste trav^r^atne était la quatrième espèce de flûte, c'est-à-dire flûte traversière à six trous, à laquelle on a ajouté des clefs par l suite des temps pour la faire octavier avec plus de facilité , poui améliorer certaines notes et pour la facilité du doigter de certain? traits. Quant aux mots fistule et pipe qu'on rencontre aussi chez I poeteSy le premier était le nom de la flûte de Pan à sept ou à ne Fig. 16. DE LA MUSIQUE. 179 tuyaux ; Tautre n'indiquait pas d'instrument de musique proprement dit, c'était le nom d'une sorte de sifflet. La flûte à trois trous ou galoubet est la plus ancienne, car elle existait chez les Grecs , mais avec une autre qualité de son, parce qu elle se jouait avec une anche. Au moyen âge, comme aujourd'hui en Provence , cet instrument recevait le vent qui le faisait résonner par un bec; ce vent allait frapper sur un biseau placé dans l'ouverture appelée la lu- mière et faisait vibrer la colonne d'air contenue dans le tube. Un premier trou était placé derrière et au bas du tube ; deux autres étaient plus bas sur le devant : le premier se bouchait avec le pouce ; les deux autres avec le premier et le second doigts. L'instrument avait cette forme (fig. 16) : La flûte à trois trous se tenait et se jouait avec une main, pendant que l'autre frappait avec une baguette la peau ten- due d'un tambourin. Ces deux instruments sont joués par la figure de la mort dans une édition de la Danse Macabre pu- bliée à Lyon en 14.99. L'échelle de la flûte à trois trous a deux octaves et une quarte. Dans les notes graves, la force du vent est modérée ; on l'augmente progressivement en montant. Voici l'étendue et la tablature de l'instrument (1). i '^ô^ XE -^o^< la: r^hot^or^ ^■^bottQIJ « Le flageolet ou flûte à six trous, instrument qu'on voit encore ^lans quelques collections d^anciens organes sonores, présente cette anomalie singulière , dont la raison d'être était probablement dans la perce du tube, que tous les trous n'étaient pas à la place normale cju'îls auraient dû occuper pour diviser la colonne d'air du tube L^une manière régulière ; et que néanmoins la justesse des intona- (t) Les pointt noirs indiquent les trous fennés, les o les trous ouverts. 180 HISTOIRE GÉNÉRALE tions n'en était pas altérée. Disons d'abord quelle était la disposition de ces trous. Le premier ^ percé au bas du tube, était sur le devant; le second y ouvert derrière^ se bouchait avec le pouce de la main droite; les troisième, quatrième et cinquième étaient sur le devant; le sixième était ouvert derrière et se fermait avec le pouce de la main gauche. Le flageolet ayant une longueur de 0",22, la distance du. pre- — i mier trou au second était de 0"',020; celle du second au troisième ^>j était la même; quant au quatrième trou, il était à la distance de ^J 0",030 du troisième et la distance était la même de ce quatrième trou au cinquième; le sixième à la distance de 0'^,020 du cinquième. L'instrument se jouait par un bec de sifflet ordinaire : son étendue et son doigter se voient dans cette tablature : ETENDUE ET DOIGTER DU FLAGEOLET. # O €> O ' O # O o -# O O C3 O O O i "D' 3jta: âS^^^^= Pour le mi bémol en bas, on bouchait à moitié les trous du mi;-^ i pour les sol dièses, on bouchait à moitié les trous du /a, et pour TtiAB^s^^'.'t dièse on bouchait à moitié les trous du ré. La flûte à huit trous présente, dès la fin du treizième siècle ,^ ^^^i un système complet, en ce qu'il avait un discantus , un lenor et uock: mlmiu bassus de proportions régulières. Nous possédons dans notre coUeo—^^^ ac- tion trois instruments de ce genre : le premier est un discantus donS'MCK^Df la longueur est d'un mètre, la tête comprise, et qui mesure m.89^£B9 depuis la ligne du biseau jusqu'à l'extrémité inférieure. Son. (& 'n rencontre dans presque toute la musique vocale des ancienë t^ . ^ js, cette note répondait au contre ré bémol du dia- <)ndit normal. Par ce fait, nous avons la preuve de la décadence '^^^^e de l'espèce humaine ; car, si l'on excepte peut-être la Russie , Xie trouverait pas dans toute l'Europe une seule basse-taille qui rochât de ce contre re, la plupart des basses de nos jours ayant ^e à faire entendre d'un bon timbre le fa grave du diapason ^* Viel. Nous n'avons plus que des barytons, c'est-à-dire des voix qui ^ peuvent ni descendre ni monter. Une autre conclusion à tirer *^^* faits que nous venons d'établir, c'est que la diminution pro- ^ — ssive de la faculté des basses à descendre aux sons graves, est ^^use réelle de l'élévation graduelle du diapason jusqu'à l'état ac- ^otre flûte soprano à huit trous a, partant de l'embouchure, le pre- ^r trou derrière, pour être fermé avec le pouce : il est très-grand, 182 HISTOIRE GÉNÉRALE Fig. 17. son diamètre étant de 9 millimètres. Viennent ensi autres trous sur le devant : les deux premiers soi grands que le trou du pouce, leur diamètre n'étan 7 millimètres • leur écartement est de 3 centimètrei au quatrième trou (le troisième du devant), il n'e sa place, parce que le quatrième doigt n'aurait j teindre ; c'est aussi pourquoi ce trou est beaucoup p que les autres, son diamètre n^étant que de &• milli son écartement du second trou est de quatre centimèl autre flûte soprano, construite vers le milieu du dix-i siècle et qui se trouve dans notre collection, est ph lière dans cette partie de l'instrument, le trou ayant ( à sa véritable place et se fermant par une clef. Les cin sixième et septième trous, qui se fermaient par les c la main droite, ont aussi le défaut de n'être pas à leu normales , à cause des difficultés de l'écartement dei par cette raison, le sixième et le septième trous sont sivement plus petits que le cinquième. Le huitième 1 est à sa place , se ferme par une clef. Voici le mod flûte ordinaire à huit trous (fig. 17). L'étendue de la flûte à huit trous, soprano et ténc deux octaves ; celle de la basse est d'une octave et u En voici le tableau : ÉTENDUE DU DISCANT OU FLUTE SOPRANO A HUIT TROU ^^^ï^°*°— ^^^o«o^^ TQpa ÉTENOnE DU TENOR DE LA FLUTK A UCIT TROCS. lË o!t< «3 ^^s^^^^^^^ oSo-C ETENDUE DE LA RASSE DE LA FLUTE A HUIT TROUS. m xijiQ- ^T^^ ô "Qn les ait cités souvent. Nous l'avons dit, dans toutes les citations ^ <^€s poètes auxquelles se sont attachés les écrivains qui ont entre- ^^) Harmonie universelle, Traité des instruments^^, 242. 186 HISTOIRE GÉNÉRALE pris d'écrire Thistoire des instruments, on ne trouve que des noms qui souvent conduisent à des erreurs. C*est ainsi que, tirant du nom de la douçaine la conclusion que les son de cet instrument devaient être d'une remarquable dou ceur, on en a fait une flûte ; cependant il suffit de voi la composition des plus anciennes orgues , pour avoi la preuve qu'elle était un instrument à anches, car o y voit à la fois la diUcian basson de 16 pieds et 1 dulcian hautbois de 8 pieds. C'est ce même genre d'ins- truments que Zaccopi distingue en dolzaine con ehiaor et dolzaine senza chiave (1). T^ douçaine sans clef étai le grand hautbois encore en usage dans les XV* e XVI' siècles : on en voit ici la figure (fig. 18) : La longueur de cet instrument, son anche comprise est de 69 centimètres. Les six premiers trous sont en ligne il peu près verticale et vont en augmentant d» diamètre jusqu'au cinquième. Le septième est doubi» sur la même ligne; le huitième, beaucoup plus petit d n'est pas à sa place normale, nonobstant son grano ccartement. Plus bas que ce huitième trou se trouvent^ sur les côtés, deux trous en regard, 8 et 9 centimètres plus bas encore sont deux autres trous en regard, don un devant et l'autre derrière. Mersenne dit qu'en bou- chant ces trous on baisse l'instrument (2) ; cela se com- FïR- 18. prend; cependant M. Pletinckx, professeur de hautboL au conservatoire de Bruxelles, qui a bien voulu refaire la gamme d« notre instrument , a éprouvé une difficulté excessive à faire sortir le: sons lorsque ces trous étaient fermés. Pour faire octavier ce hautbob il faut fermer à moitié le premier trou. Voici l'échelle de cet instru- ment : ei d 1 mdii 1 e ^)n «U' 1 ai De E:«is -m 1 "CS xx Xi _^_a- :o — «Tfc — ^a. m Au seizième siècle, on ajouta deux clefs au hautbois : l'étendue d (\)PraUicadiMusica; Venetia, lS96;p. 218. (2) Harmonie univers file : Des instruments, p. 206. i DE LA MUSIQUE. 187 ''$ aent fut alors comprise entre ces limites zième siècle, le ténor de hautbois avait une longueur de avait sept trous et le dernier se fermait avec une clef parce trop éloigné du sixième pour que le petit doigt pût y at- 3t instrument sonnait à la quinte inférieure du dessus : c'est au ténor de hautbois que s'appliquait particuliè- rement le nom de douçaine. Son étendue était celle-ci : ■Q" -r r- Q ^ II 1 L'alto se jouait avec le hautbois ténor. La longueur de la basse de hautbois était de 1 m. 66. On jouait cet instrument avec un bocal courbe de cuivre qui s'ajustait au trou percé au-dessus du tube; l'anche se plaçait au bout de ce bocal , comme au basson mo- derne. En voici la figure (fig. 19). Cette basse de haut- bois avait onze trous dont quatre, c'est-à-dire les 8% O'', 10* et 11*, se fermaient avec des clefs recouvertes en partie par un barillet. L'étendue de cet instrument était renfermée entre ces limites : S j Le chalumeau, chalemie^ chalemelle du moyen âge, évidemment venu de la flûte simple à anche des Grecs et des Latins, xaXafxoç, calamus, qui avait été introduite chez les Gaulois , était un tube à anche de roseau ou métallique, laquelle était recouverte par un barillet sur- monté dans sa partie supérieure par un petit tuyau qui servait à l'emboucher. Ce tube était percé de dix trous, dont sept en ligne droite sur le devant : le huitième était un peu sur le côté gauche et le neuvième était der- rière , plus haut que le premier trou du devant : il se fermait par le pouce de la main gauche, de même que le huitième se bouchait*par le pouce de la main droite, qui faisait un petit mouvement de conversion. Le dixième 188 HISTOIRE GÉNÉRALE trou se trouvait sur un renflement arrondi du tube au-dessous barillet de Tanche et se fermait par une clef dont le bout de tige était près du neuvième trou ; son mouvement s'exécutait la pression du pouce qui fermait ce trou. L'anche ^ taillée en seau y s'introduit dans le haut du tube et était recouverte par barillet. L'étendue du chalumeau était limitée à l'échelle chromatique d' neuvième^ ainsi qu'on le voit ici : i ind^ElSiiB: m Le chalumeau n'octaviait pas. La bombarde fut un chalumeau qui sonnait à la quinte inférieur de celui dont il vient d'être parlé. Elle concertait probablement av la chalemie , d'après ce passage de la chronique rimée de Bertra du Guesclin : Ny ot trompe sonore, ne autre cor baudit, Ne nulle chalemie, ne bombarde ossi. I^ bombarde avait sept trous devant et deux derrière : le septièi se fermait avec une clef. Son échelle avait cette étendue : Il y eut en Allemagne des instruments à anche du même ge appelés Schalmey (chalumeau) et Bomhart (bombarde). Ils étai plus longs que les instruments français et leurs trous étaient pe dans la seconde moitié du tube : ces trous étaient au nombre de ne dont sept sur le devant. Leur forme était celle qu'on voit fig. et 21, page 189. L'étendue de ces instruments était fort bornée er core , car elle n'était que d'une sixte chromatique , comme on le v ici : ÉTENDUE DU SCUALMEY. DE LA MUSIQUE. 189 ETENDUE DE LA BOMHART. ^E^^^ ^j^irr^ - ha. I perfectionnant le chalumeau et le combinant en partie avec IsL l>ombarde , Jean-Christophe Denner, facteur d^nstruments à vent de Nuremberg, en a fait la clarinette ^ Tune des plus importantes inventions acoustiques qu'on ait à signaler dans Thistoire de la mu- sique. Le Cromorne ou plutôt krummhorn , qui si- gnifie corne courbe ou recourbée y n'est pas mentionné par les poëtes français du moyen &ge : son nom démontre qu'il était originaire de l'Allemagne. Le cromorne était un chalu- meau recourbé par le bas en forme de crosse; c'est pourquoi on lui donnait en France le nom de tournebouty au commencement du sei- zième siècle ; cependant celui de cromorne prévalut jusqu'au commencement du dix- huitième siècle. On ignore l'époque où com- mence, dans le moyen âge, Tusage de cet ins- trument : son nom ne parait pas , du moins à notre connaissance, dans les poésies des Minnesinger. Cependant il était d'un usage général au quinzième siècle et formait déjà une famille complète de discanty alto, ténor et bassus : on peut en tirer la conséquence que l'instrument était beaucoup plus an- cien et pouvait remonter jusqu'au treizième siècle. -Ce principe de la construction du cromorne était le même que ui du chalumeau, son anche étant aussi enfermée dans une boite «apsule surmontée d'un petit tuyau par lequel se faisait l'insuffla- ^'îon; cependant la perce du tube était différente, puisque six trous ^XiTfisaient au cromorne pour produire l'échelle chromatique d'une ^^^. 20. Fig. 21. I» HISTOIRE GÉNÉRALE neuvième , pour laquelle il y avait six trous au chalnmeau. Va se» tième trou fut ajouté à l'instrument , dans le dix-septième siècle : cz le fermait avec une clef. Nous donnons ici les figures proportionné - des quatre instruments qui composaient la famille des cromonies ê t L Le tableau suivant présenta l'étendue des quatre instruments la famille des cromoraes : DISCANT on DESSUS. N^^^^=^"=^=°='°^--^ DE LA MUSIQUE. 191 BASSE. XX -orttf A la fin du quinzième siècle, quatre notes graves furent ajoutées au ci:H)morne basse et son échelle fut alors comme on la voit ici : :«3: J^^MAsetteJ mosty chevrette ^ estive^ étaient les noms par lesquels on désig-nait, au moyen âge, une variété de la cornemuse^ tibia utri- c^iciris des Latins, instrument qui se retrouve partout dans les temps les plus anciens^ car nous avons signalé son existence chez les Assyriens, Babyloniens, Phéniciens, Hébreux, dans Tlnde, la Perse et TArabie (1) : tous les peuples de l'Europe Font pareillement. Ainsi que nous Tavons dit, à l'occasion de Vorganistrumy c'est la cor- nemuse ou musette qui était appelée symphonia dans Tantiquité. A ^^i^i dire, la cornemuse et la musette ne sont autre chose que le cha- lumeau avec son anche recouverte d'une boite surmontée d'un court *^yfitu d'embouchure sur lequel agit l'air comprimé dans une outre ^^ réser\oir. Celte outre, formée d'une peau de mouton et de chèvre, ^^ï^tient l'air qui y est insufflé par un tube court. Indépendamment ^^ chalumeau chanteur, il y en a un autre beaucoup plus long at- ^^ké à l'autre, lequel rend un seul son grave et qui est appelé ^^lÂfdon : le chalumeau a son anche particulière. Depuis le dix-sep- *èxïie siècle, la plupart des cornemuses ont deux bourdons dont ^xi, plus petit que l'autre, sonne la quinte du son grave. ^ Ia musettey qui fut autrefois un instrument de chambre et d'ama- ir, différait de la cornemuse en ce que l'outre était plus petite , 6 l'air était moins comprimé et que le son était plus doux. Elle ^vaitpasde tuyau insufflateur, le vent étant fourni à l'outre par un Xofflet intérieur que le bras de l'exécutant faisait mouvoir. La mu- Cl) Histoire générale de la musique, 1. 1, p. 346-347 ; p. 399. — T. H, p. 1S7 et tuiv. ^* 101; p. 419.^ 192 HISTOIRE GËNËRALË setfe était également dépourvue de grands tuyaux de bourdon, quoi- qu'elle eût deux ou trois de ces bourdons qui formaient à volon harmonie de quinte et octave ^ au moyen d^anches en forme- d» lames vibrantes comme celles de l'harmonium. Par des ressorts on ouvrait le passage à Fair pour un seul bourdon, pour deux o pour trois. L'étendue de la cornemuse du moyen âge était celle-ci : I ar :a: ici: xx. XX Bourdon. m ICC L'ancien nom italien de la cornemuse était piva. Il y avait w en Italie, une petite musette de chambre appelée sordelUna. Le no de cornamusa est aujourd'hui celui de la grande cornemuse jouent les p&tres et les chevriers. Le nom de zampogna est aussi e ployé pour désigner cet instrument : cependant l'expression n^i pas plus exacte que n'était, en France, celle de cAaIemîepourle mè instrument, car zampogna est le nom italien du chalumeau , co: chalemie l'était en France au moyen âge. Le nom allemand de nemuse est Sackpfeiff. En jetant les yeux sur les amas de citations de poètes ou d'au auteurs faites par les archéologues sur les instruments de musique moyen âge , citations desquelles il n'y a rien d'utile à tirer ni de v» ritablement historique, nous ne pouvons nous empêcher de rappela ce passage du gros livre de P. Mersenne , qui n'a pas toujours d'aussi bon sens : « J'ay desja dit en d'autres lieux que ie ne m'^ « muse pas à rechercher l'origine des dictons, laquelle est le pli^ « souvent incogneuë, ou inutile, d'autant que l'intelligence d a instruments ne dépend pas de leurs noms , etc. » Rien ne proa\^ mieux l'exacte vérité de cette dernière phrase, que le vide de ce qu* a généralement écrit depuis environ trente ans sur le sujet qui noi occupe, en accumulant des noms, sans chercher à connaître I choses en elles-mêmes. Que fallait-il pour atteindre à ce bui étudier les instruments dans leur système : voilà ce qu'on n'a fait. 11 en est des cornets comme des autres instruments : on a ci e du ilei Va lu c i h S::^iU DE LA MUSIQUE. 193 vers du Roman de Claris, du Dict des hérauts, du Roman de la Rose^ du Roman du Renarty de la Chanson de Roland et d'autres; mais cela n*a.pprendrien , quant à la nature de ces instruments, à leur système de construction, à la qualité de leurs sons, à leur étendue. Cependant *1 li'y * P^ d'instrument qui puisse nous intéresser davantage que les cornets ; car, non-seulement ils étaient les organes habituels de ^^ musique instrum entale, mais c'était toujours eux qu'on réunissait ^^^c voix, quand elles ne chantaient pas seules. I^es premiers cornets du moyen Age furent faits avec des cornes ^^a^nimaux, lesquelles étaient ordinairement par paires. Visitant en ^^5^0 la collection très-intéressante des anciens instruments de la ^'^^ pelle des ducs de Hodène, dans un château de plaisance près de ^^ t. te ville , nous eûmes occasion d'y examiner une grande corne de *^^f fle garnie en argent ciselé d'un travail exquis du XIII^ siècle. Elle ^^^^it été percée, vidée, et avait trois trous forés en ligne verticale vers le gros bout. L'embouchure, en argent, avait une forme concave assez semblable à l'embou- chure de la trompette. Le gardien de cette collec- tion, et de beaucoup d'autreâ objets d'art qui se trouvaient dans ce palais, nous dit qu'il y avait au- trefois, au nombre de ces instruments, une autre corne semblable à celle que nous examinions : elle avait disparu, sans qu'on sût par quelle cause. Du Gange cite un inventaire de la Sainte-Chapelle de Paris, daté de 1376, dans lequel il est fait mention de deux anciens cornets d'ivoire à côtes, dont cha- cun avait deux cercles de cuivre doré (1). On voit la forme des plus anciens cornets fig. 23. Dès le quinzième siècle , les meilleurs cornets furent faits en bois de cormier ou de poirier qu'on recouvrait de cuir noir pour leur conservation. dessus ou discanlus avait six trous. Le ténor avait un trou de plus ^ui se fermait avec une clef. La basse avait huit trous ; le dernier fermait aussi avec une clef. En France le ténor avait la même Fig. 23. (1) Voce Gorhetum. — Hem, in eodem tliesauro duo corneit eborït albîantlquî adcostas^ ^htntet quilihet duos cireulos cuppri deaurati. BUT. Dl LA HU8IQDI. — T. V. 13 194 HISTOIRE GfiNÉRALE forme que le dessus : en Italie et en Allemagne- on donnait au ténc la forme recourbée du cornet basse, en voit ici les figures (fig. 2i et 25) : La partie d'alto se jouait tantôt avec cornet soprano, tantôt avec celui du téno L'étendue de ces instruments était de dei:=. octaves chromatiques : la seconde octa^ se faisait régulièrement par le même doig M que la première/en octaviant par un son f i ^ énergique. Le ton des cornets n'était p le même dans tous les pays : en Fran la note grave du cornet soprano était c ut $ ; en Allemagne et en Ital cette note était $ -»• Fig. 24. Fig. 2â. Le ténor était partout une tierce au-d f===a» sous du sopranOy et la basse , une quîr au-dessous du ténor. Le tableau suivant présente Téchelle des instruments. DESSUS. f ISTolta- :^zsx9az^^ SESSs^J5i^= _a.Ji3^«^ So o- I TENOR. iër=a W i ijaz^^EE c^ o g o-P-tfci--^^^. DE LA MUSIQUE. 195 -ôjo-«>- -^S^>— ^^i^fQ BASSE. i xitcr .^^— a:]Cf: Vers la fin du seizième siècle, il y avait d'habiles joueurs de met qui dépassaient ces limites ; par exemple , on voit dans le tr«i.ité méthodique de Michel Praetorius (1) que le soprano du cornet allait, par exception, jusqu'à ces notes : Q ' ' On exécu- te-î t avec facilité sur cet instrument des traits rapides , tous les orne- Ti^nls du chant et le trille. ^ucun monument du moyen âge n'offre l'image du cor circulaire, <^c>ï:inu»seulement depuis la fin du seizième siècle : on n'en voit aucun ^si-ns les collections d'instruments anciens. Le cor de chasse et de combat se présente partout sous la forme de la simple corne. L'em- l^oxichure, évasée au dehors, allait intérieurement se rétrécissant en e conique. cor de pin, dont il est parlé dans le Roman de Claris : «c Là otssiez int cor de pin » , n'était autre chose que le tube dont se servaient les s de< la Suisse depuis le treizième siècle, et dont ils faisaient e dans le quatorzième, comme d'un porte- voix, pour s'avertir **^v»tuellement, d'une montagne à l'autre, de l'approche de leurs en- is. Le nom de cet instrument dans le pays est Âljhhorn, c'est-àr e, cor des Alpes. On entendait encore , il y a moins d'un demi- de, résonner le Alp-horn dans les montagnes de la Suisse; mais *'^ïfluence des touristes a changé les mœurs locales et les sons de l'ins- ^^vament ont cessé comme le chant du Ranz des vaches. Cet instrument ^^^stique était fait de deux pièces ajustées l'une à l'autre. La partie su* ^^Hneure était formée d'une branche de pin longue de 1 m.66 à 2 m.33, *^-<ïuelle était percée dans toute sa longueur : cette partie s'emboîtait 196 HISTOIRE GÉiNÉRALE dans une pièce de même bois , plus large et un peu recourbée, ^ en augmentant de volume vers son extrémité. Cette partie, égaleme ^^Kent creusée, formait un bassin d'environ 8 centimètres de diamètre; ^le diamètre de Tembouchure n'était que de 22 millimètres. La forme ô^ du cor de pin ou Alp^hom était à peu près celle du Utuu$ des Romaincm: jqs. Son échelle de sons était celle qu'on voit ici : $^^^ i Le /h n'était pas précisément dièse, mais il s'en approchait vantage que du fa naturel. On aurait pu corriger ce défaut par u perce réguUère du tube de YAlp-horn, mais il est plus que doute que l'intonation juste eût fait autant de plaisir aux pâtres mon gnards. U y avait, en effet, un certain charme mélancolique et sa vage dans l'emploi de ce fa dièse, tel qu'on l'entendait dans les p ludes de Ranz des vaches semblables à celui-ci : Jamais un fa naturel n'aurait pu remplacer, pour une orei suisse, le son équivoque qui donnait aux phrases qu'on vient voir un caractère si original. La sonorité de l'instrument, la natu des chants quUl faisait entendre et l'irrégularité de ses modul tions, avaient besoin, pour produire leur effet, de l'aspect du pa pour lequel cette musique était faite. La physionomie imposan des montagnes et des forêts qui les couronnent , la solitude des v lées, les accidents singuliers de la lumière, les clochettes des iro peaux, les mœurs des habitants , tout cela , disons-nous , était V compagnement nécessaire des chants naïfs et des instruments agrest qu'on entendait dans les Alpes. Nous ne chercherons pas comme Roquefort, Bottée de Toulma Kastner et d'autres, ce que pouvait être le cor sarrazinois dont il DE LA MUSIQUE. 197 lé dans le Roman de la Rose et ailleurs^ attendu que les Sarrasins arabes n'en ont jamais eu. Le cor sarrazînois était le nifir ou le 'pourj c'est-à-dire une trompette que nous avons fait connaître is le deuxième volume de notre Histoire (p. 156-157). lansla buccinej businey buisine ou bosiney et dans la trombe ou trompe écrivains du moyen âge, on ne peut que reconnaître des trompet- et l'on ne doit pas s'arrêter à ce vers de Guillaume de Hacbaut : npes, buisines et trompette, lequel semble indiquer que la trompe a buisine étaient autre chose que cet instrument : le poëte avait oin de compléter son vers et trompette n'est là qu'une cheville; st hors de doute que trompe en est l'équivalent. La buccine ou Ine est évidemment la buccina latine ; c^est donc aussi une trom- le. Nous avons démontré, dans le troisième volume de cette His- e (p. 511) que la 6 ucctna était une trompette courbe ; il en était nème de la busine. Quant à la trompe ou trombe ^ elle répondait à ^uba ou trompette droite des Romains : elle était la trompette de trre ou des tournois : on en a la preuve dans un passage extrait Q manuscrit de Berne par H. Jubiual (1), où on lit : Trompeurs npent quand ïi chevaliers doivent aller à la bataille; et plus loin : 'tes les fois que li chevaliers doivent issir pour faire aucune besogne^ trompeurs trompent. Quelle que soit la forme de ces instruments, ne modifie pas leur échelle, qui est toujours celle-ci : l^i^^^ e diamètre du tube déterminait alors, comme il le fait aujourd'hui imbre de l'instrument, lequel était d'autant plus strident que le 3 était plus étroit. y eut, dans le seizième siècle, d'autres trompettes dont le son t modifié par certains accessoires; telles furent la tromba sordina Bi zimbale ou cimbale; il en sera parlé au sixième volume de cette toire. A claironj connu aussi sous les noms de Clarion, clara^ claraius ) Bapport à SI. le mïnïstrede l'instruction publique if ^àxii^ 1838), p. 18. ? (t^ J«8 HISTOIRE GÉNÉRALE el elanla, était une trompette d'un diapason plus élevé que la pelle ordinaire. Le tube était étroit et le son strident. Les Allemands avaient un autre appelé Tkurntrkom, dont les branches tournées en sens inverse. Nous donn contre la figure du clairon (26) et c- Tkurnerhorn (27). Le saquebute, en italien trombone ou trombe , n'est point mentionné par If vains du moyen Age. Cependant cet ment exiittaitdéjà au quinzième siècle, la figure qu'on en voit dans un taK Pémgin qui est à l'Escurial. Sa forme même que celle du trombone à coulis l'usage n'a pas entièrement cessé au r où ceci est écrit. Dans le seizième siè en forma un système complet comp soprano, alto, ténor et basse. Cet insi était dès lors cbromatique par l'alloa, et le raccourcissement de son tube ; sur la coulisse. Nous expliquerons pi par quelles modifications on lui a doi tains avantages dont il était privé ( forme primitive. Le trombone à coulis connu, nous croyons inutile d'en rep la figure; mais nous donnons le tab l'étendue des quatre insiruments telle était dès le seizième siècle. Suivant rius, le trombone basse descendait ji mi au-dessous de Vut -^— -) (1), blement par le procédé qu'on nom daks. (l) S/atagma mus., t. Il, p. !0. DE LA MUSIQUE. 199 SOPRANO. IS — 4>$^~P- xxHcf. ■-^-13 Q^ {a: .a. En France et en Italie , il n'y avait qu'un saquebute ou trombone lont Féchelle était chromatique, par le même principe que ceux de L*^lemagne, et dont les limites étaient m $E^ u* 200 HISTOIRE GÉNÉRALE § IV. INSTRUMENTS A CLAVIER. Le clavicorde. — Le clavicemhalum. — Le claviciterium. — La virginale. — Orgues portatives. — Posi:if. — Grandes orgues. — Régale. Deux instruments mécaniques presque contemporains , mais dont le principe est différent, ont eu pour origine les instruments à cordes pincées et à cordes frappées de TOrient. Ces deux principes y exis- taient, de toute antiquité, dans le trigone assyrien dont les cordes étaient percutées par une baguette et dans la harpe de TÉgypte dont on pinçait les cordes. On retrouve ces mêmes principes chez les Arabes antérieurement aux croisades, car c'est le pisantir de l'A- rabie qui est devenu d'abord le psaltirion à cordes pincées, puis le clavecin quand on lui eut appliqué un procédé mécanique, et c'est le qânon des mêmes contrées qui, transformé en tympanon à cordes frappées par des baguettes, devint ensuite le clavicorde. Ce ne fut qu'au douzième siècle que les deux instruments arabes furent intro- duits en Europe par les croisés ; l'invention du clavicorde et du cla* vecin {clavicembalum) est donc postérieure à cette époque. 11 serait difficile de déterminer avec précision le temps où furent inventés ces nouveaux instruments; cependant on peut en approcher à l'aide de certaines considérations. Les poètes et les autres écrivains des XlIPet XIV* siècles n'en parlent pas; mais si l'on considère qu'ils avaient déjà acquis d'assez grands développements au quinzième siècle et qu'ils avaient dèslors une construction régulière,'on peut en conclure que les premiers essais qui en ont été faits remontent au moins jusqu'au quatorzième. Il existe dans la bibliothèque de l'université de Gand un recueil manuscrit de traités de musique dont les auteurs ont vécu depuis le dixième siècle j usqu'au quinzième. Cette copie, fort belle, porte les dates de 1503 et 150!^. Au nombre des ouvrages qu'elle renferme se trouve un traité des instruments anciens, dont l'auteur n'est pas nommé et qui a pour titre : De diversis monochordis, tetrachordis^ pentachordiSf exor chordiSy eptachordis, octochordiSy etc^exquibus diver sa formant ur in$^ trumenta, cum figuris inslrumentorum. On y trouve la description du DE LA INJUSIQUE. 201 clœ^m^icembalumy qui s'y offre, sans aucun doute, dans son état pri. iKOiitif. Le clavecin, tel qu'il est représenté dans ce manuscrit, a le m^^^anisme du clavicorde^ lequel consiste en une lame métallique plsi-^^ée verticalement sur l'extrémité de la touche et qui frappe direc- terar^-ent la corde. Chaque note n'a qu'une corde ; les notes, au noMiDûhvQ de huit, donnent l'échelle ascendante /a, si \>, uty re, mt, /a, $oW ^ si t). On voit qu'il n'y a là que le premier essai d'un instrument no'^jJi.veau. D'autre part. Bottée de Toulmon a trouvé, dans un ma- nu, ^crit du XV* siècle, les règles pour la fabrication d'un clavicorde et ^â'un clavecin, chacun de trois octaves , ainsi que la description d'ua-:m autre instrument à clavier de quatre octaves, appelé dulce melos et ^3ont nous parlerons plus loin (1). Or, si l'on compare de pareils inis> C^rumcnts, existant au XV* siècle, avec celui du manuscrit de Gand, on jpourra reporter l'invention de celui-ci à la fin du treizième siècle. H— e clavicorde, dont le nom usité en France et en Angleterre était m€K.w^ichordion ou manicordcj avait la forme d'une caisse oblongue et rec^tangle. Aux XV* et XVI* siècles, cette caisse était petite, le clavier j:i'«i-"3'ant que trois octaves et une note ou 38 touches , en commen- ça*:M.t par la -^ - et ayant l'échelle chromatique jusqu'à si XX , ce qui donne une longueur d'environ 70 centimètres pour i4>v»-te la caisse, les côtés compris. L'instrument se posait sur une table. S^ 'tablé d'harmonie avait environ neuf vingtièmes de la longueur de j^ omisse ou 31 centimètres. Sur cette table étaient collés plusieurs pe- ti*« chevalets, à de certaines distances, lesquels divisaient quelques- -ij.^es des cordes, de telle sorte que les parties de la même corde conte- -pVies entre les pointes de trois chevalets produisaient deux intonations différentes. Ce système avait été imaginé parce que l'instrument avait ^oins de cordes que de touches, et que les deux parties résonnantes d une même corde étaient suffisantes pour deux touches. De là vient que les extrémités des touches , portant les lames verticales de (1) Dusertation sur les instruments de musique employés au moyen âge, p. 04. Ce niaoïiscrit de la Bibliothèque nalioDale de Parii, u"* 729â in- fol, contieDt, entre plusieurs traités d'instruments d*astronoinie, un écrit qui a pour tiim De compositione clavicembali^ dc' vieordii, etc. Le même ouvrage traite aussi de Organis. 11 y voit le plus ancien exemple connu de l'abrégé du clavier de Torgue. aoi HISTOIRE GÉ.IVÉRALE cuivre qui devaient faire vibrer les îordes, élaieat tournées ec divers sens, pour frapper les cordes aux points qui répondaient i leur degré dans l'échelle. Cette disposition se voit dans la 6gun suivante d'un clavicorde du commencement du XVI" siècle, em- pruntée au livre de Martin Agricola sur les anciens instruments d- l'Allemagne (1). Cette disposition irrationnelle n'eut, dans l'origine, d'autre but que de réduire l'instrument au moindre volume possible, pour le rendrt portatif. Plus tard on l' étendit à une échelle plus vaste qui atteignail cinq octaves et l'on simplifia la disposition des chevalets; mais l« système absurde de la construction du clavier, qui n'avait plus àt raison d'être, trouva des partisans jusqu'au commencement du dix- neuvième siècle dans le nord de l'Allemagne. Ainsi qu'on vient de le voir, le clavicorde fut la première applica- tion de la mécanique à la sonorité des cordes fr&ppées du tympanon Le manuscrit du quinzième siècle dont a parlé Bottée de Toulmon sans dire où il se trouve , renferme l'indication d'un instrument mé- canique à cordes frappées, alors connu sous le nom de dulce me(05, dont le système de construction parait plus rationnel en ce qu'il ] avait autant de cordes quede touches, et dont les sons devaient èlrt moins aigres, les cordes étant frappées par des morceaux de boÏ! léger, au lieu de l'être par des lames de métal : toutefois l'instrumen parait avoir laissé beaucoup & désirer, l'écrivain du quinzième siècle le disant grossièrement fabriqué. Voici ses paroles ; « Notan- tt dum pro compositione instrumenti vocati dulce melos, quod ins- . DE LA MUSIQUE. S03 M -^rumeatum islud, prout pro prEesentioccurrit potest tribus modis « <:oiDponi : 1° modo : vulgariter et grosso modo quemadmodom M jfit de quo quantum de proesenti parum euro quia in ipse cum «A Xijaculo fit conlractum cordarum sonantîum ruralîter. 2° modo : D^S" ce que cet instrument pouvait être aussi construit dans le sys- tâK^Kie du clavicorde , il résulte évidemment que, dans le premier m-us en ajouterons une quatrième appelée régale. Le clavier des petitesorgues portatives était joué d'une main pendant que l'autre faisait mouvoir le soufÛet : leur usage était répan- du; il se prolongea jusque dans le quinzième 'siècle; on en avait même fait un instrument de jongleur. Dans l'origine, ces instruments ne furent qu'une sorte de syrinx mécanique, dont les tuyaux sonnaient par le vent du soufflet, et & laquelle on avait adapté un cla- vier qui ouvrait la communication du vent avec les tuyaux. Bottée de Toulmon a publié la figure d'un de ces instruments du moyen âge (1) , d'après la miniature d'un manus- \ crit de la Bibliothèque nationale de Paris Fig, 3-. (6,737,-3) ; nous la reproduisons ci-contre : (1) CalIicHea de doeumeati iiiiditi lur ihalain dt Prancr. — /m irifM dti mrli i: atonumtnti. — Huûqiw, pi. Tl. SOS UISTOIHE GÉNÉRALE On ne voit que six tuyaux daus ce âessin : ils faisaient entendre vraisemblablement uoe des gammes de l'hexacorde. Un manuscrit de l'Ambrosienne de Milan, lequel est de la fin du treizième siècle ou du commencement du quatorzième , offre une meilleure représen- lation d'un instrument de ce genre. Le clavier a neuf touches et les tuyaux sont au nombre de dix-huit eu deux rangées; ce qui indique que deux tuyaux résonnaient sur chaque touche. Bien'qu'il y ait neuf touches au clavier, l'orgue n'a cependantque roctave,'uoe touche étant employée pour le \? fa, et l'autre pour le ^ mi. D'après )a taille du second rang des tuyaux, nous pensons qu'ils devaient sonner la quinte ou la quarte de ceux du premier raog. Le beau niannscrit du XV' siècle, de la Bibliothèque nationale de Paris, qui contient le Miroir hisloriat, renferme la figure d'un orgue à 2 rangs de tuyaux et deux claviers. Au premier aspect, il semble portatif. Cependant, en considérant la forme du soufflet, on ne comprend pas que la même personne tût pu le faire a^r et en même temps faire résonner les tuyaux des deux claviers. Virdung et, d'après lui, Martin Agricola et Nacbtgall {Olto- marus Lusctnius) ont donné la figure d'un orgue portatif qui était en usage aux XV' et XVI' siècles, mais qui était très-différent de ceux dont il vient d'être parlé. Bien que d'un volume assez petit pour être transportable, il devait néanmoins être posé sur une table pour être joué, «t le service de ses souf- flets exigeait la présence d'une personne chargée de leur maniement. La forme de ces instruments est ainsi présentée par - les auteurs qui vien- nent d'être nommés (fiir. '"• " 33). On voit que c'était un petit orgue de chambre, mais non le vérita- ble orgue portatif, qui se jouait en marchant. Du reste, la figure que nous venons de reproduire est faite avec négligence, car les touches du clavier sont au nombre de trente-trois , et il n'y a que dix-huit tuyaux. Quant au soufflet, il était sans aucun doute insunisant pour DE LA MUSIQUE. 30S itnenfer les tuyaux, bien que ceux-ci fussent en petit nombre. L'im- Tfection du système de soufflerie est le mal radical de la facture s orgues anciennes : elle s'est prolong^ée, relativement, jusque dans dix-huitième siècle. Tous les anciens instruments que nous avons sites et joués dans notre jeunesse manquaient leur effet parce que iir soufflerie était impuissante. Ce n'est pas àdire qu'on ne multipliait .s les soufflets dès le dix-septième siècle , car on en voyait souvent pt ou huit grands pour le service d'un orgue de médiocre dimen- 3D ; mais leur construction était défectueuse en ce que, ne se levant le par trois de leurs eûtes, leur pression était inégale et toujours op faible. Il en était ainsi de tous les soufflets cunéiformes. Quant LX soufflets d'appartement ajustés aux petites orgues comme celles >xit nous venons de donner la figure, il est facile de comprendre ur insuffisance pour l'usage auquel ils étaient destinés. Par opposition à l'orgue portatif, il y en avait un à plus grandes «mbinaisons appelé positif, parce qu'il était destiné à rester à la place 1 il était établi. Originairement , le positif n'avait point de registres obiles pour la séparation et la réunion des séries de tuyaux qui itraientdans sa construction. Comme il n'y avait pas de soupape pour Toner l'accès de l'air à certains tuyaux , ils parlaient tous à la fois ir chaque note. Dans la suite des temps, le positif est devenu une es parties considérables d'un grand orgue ; quelquefois il forme à ji seul UQ instrument complet à l'usage des petites églises. Dès la fin .u seizième siècle, le positif était déjà un instrument, ainsi qu'on n peut jugerpar cette figure donnée par Michel Prœtorius ( 1 ) : Ç ' 5 nailnim instruminlorum ttu Sciùgraplùa, taf. IV, Gg. I «JSr. DE L* HUlUJif. — T. T. 210 HISTOIRE GÉNÉRALE Âu-dessus de toutes ces formes et combinaisons d*instruments genre de l'orgue se place le grand orgue d'église : son système construction^ pendant les douzième et treizième siècles, a été enti rement inconnu des historiens de la musique jusqu'à Tépoque tuelle^ nonobstant le soin que nous avons pris (1) de JEaire connaît la découverte importante d'un facteur d'orgues hollandais^ dans seconde moitié du dix-septième siècle, d'après les livres de tens (2) et de Hess (3). Nous traduisons ici le récit de ces écrivain! « Le facteur d'orgues Albert Van Os, de Flessingue, a trouvé, iL y ^it i c( jusqu'au la aigu ^ : (de la voix de soprano) ; il renferjoci.^ Jf i< conséquemment trois octaves et une tierce. Le clavier supéri^'»^^ « avait des registres fixes (?) ; le second , des registres mobiles. X-a « pédale n'avait qu'une trompette (4). » Tout est instructif et nouveau dans ce paragraphe : nous y trouv<:> ^^^ la démonstration d'une de nos anciennes assertions iVorgue dumojt^^^ âge h* était que la diaphonie. A cette occasion, Perne nous fit Tobj ^^" tion de l'orgue portatif, qui n'a que peu de tuyaux; il avait rai^^^^ (1) Biographie universelle des Musiciens, %* édit.,t. IV, p. 319. (2) Anmerking over de oudste Orgelen (Remarques sur les anciennes orgues),~etc. (3) Korte scliets van de allereetnte uitvinding en verdere voortgang in het Tervaardigem ^ Orgelen, etc. (Courte esquisse de la plus ancienne inTentiou et des progrès de lacoQstmcS^ des orgues jusqu'à ce jour : ouvrage faisant suite à la Splendeur de l'orgae); Goad«y Woa^'* Yerblaauw, 1810, in.4<'. (4) De orgelmaker Âlbertus van Os, te T'iissingen, heeft voor ruim 70jaren, by bet uitne^^ van een orgel in de Nikolas-Kerk^ te Utrecht, gevondcn, op de windladen van't grootMani»^^ * hct jaartal Anno 1120, hebbende geen registers of siepen, maar twaalf rijen pijpen, waa^'^'^'* de grootste was prestant 12 voet, sprekende op icdcr toets aile pijpen te gelijk, zonder • men een eenige konde affluiton, dus niet anders dan hcn schrceuwende JUixtuur geeo^' ' wierd; het clavier begon met contra F, en strekte zich uit tôt tweegesstreept a; docb boven Mauuaal bat springladen, het rugweik sleepladen, en't pedaal een enkele trompe!. r DE LA MUSIQUE. 211 quant à Torgue portatif et à ]si régale qui étaientdes instruments chan- teurs; mais je n'avais eu en vue que le positif et le grand orgue, et Deux-ci j ustifient complètement ma proposition . L'orgue de SaintrNico- Las d'Utrecht, construit au commencement du douzième siècle, avait, sur chaque touche^ une rangée de tuyaux diminuant progressivement de longueur et formant, par leur accord , une fourniture criarde^ tous sonnant à la fois. Il n'y a donc pas de doute sur l'accord de ces séries de tuyaux : il s'y trouvait (rots octaves doubles et triples de chaque son fondamental ; trois quintes également redoublées en octaves; enfin, quatre tierces idem. Chaque série de fourniture ou plein-jeu était donc de dix à onze tuyaux ou sons redoublés d'octave en octave, et chacun des douze degrés chromatiques de l'échelle avait une série semblable, puisqu'il y avait douze rangs de tuyaux. Ces douze séries de tuyaux sonnaient sur les touches de la seconde et de la troisième octave comme sur celles de la première. Tel est Le résultat évident des explications données par Lootens et Hess ; il n'est exact toutefois que pour le sommier de l'orgue construit en 1120. Il y avait deux claviers à cet instrument; le second clavier, disent ces auteurs, avait des registres mobiles. Ce second clavier, ces reg'istres mobiles, appartenaien1>-ils à l'origine de l'instrument , ou avaient- ils été ajoutés dans le long espace écoulé entre 1120 et 1670? Lies auteurs hollandais n'en disent rien, soit par défaut d'information, soit qu'ils n'aient pas aperçu l'importance de la question histo- rique. Pour nous, cette question n'est pas douteuse, car, le clavier à registres mobiles appartenant à un autre système de musique que le premier, il est impossible que tous deux soient du même temps, et nous avons Tentière certitude qu'il y a eu une reconstruction de l'ancien instrument^ soit dans le quatorzième siècle, soit dans le cjuinzième. Un autre fait important, relatif à l'orgue de Saint-Nicolas d'Utrecht, "vient à l'appui de notre opinion sur ce sujet : il s'agit de cette phrase de Lootens et de Hess : en't pedaal een enkele trompel (la pé- nale n'avait qu'une trompette). L'opinion générale, depuis le XV* siècle, a attribué l'invention de la pédale de l'orgue à Bernardo JUurer ou Muser y organiste de l'église Saint-Marc de Venise, dès Xhkhj dont le nom véritable parait avoir été Paveri; cependant, s'il n'y avait pas eu une reconstruction de l'orgue d'Utrecht , il fau- cSrait en conclure que Tinvention de la pédale de l'orgue fut anté- 212 HISTOIRE GÉNÉRALE rieure au Xll« siècle. Sans affirmer Tinvention de Bernardo Murer, contre laquelle il y a de sérieuses objections, nous ne pouvons ad- mettre Texisteace de la pédale de l'orgue à une époque où l'idée si simple de la séparation des registres n'avait pas été aperçue et ne pouvait pas l'être , le système de l'orgue diaphonique étant alors le seul connu. Nous croyons donc que la pédale de trompette, qui s'est trou- vée dans l'ancien orgue d'Utrecht en 1670, y a été placée à l'époque où le second clavier à registres mobiles y fut ajouté. Après l'orgue d'Utrecht, le plus ancien grand instrument dont la date est connue, est celui d'Halberstadt; mais, entre le premier et le second, l'intervalle est de près de 250 ans. L'inscription qui se trou- vait sur l'orbe d'Halberstadt, au commencement du dix-septième siècle, était ainsi conçue : j4nno Domini M.CCC. LXl complet um in figilia Matthxi ApostoU, 2)er manus Nicolai Fabri sacerdoiis, Anno Domini M.CCCC.XCf^ renocatum est per manus Gregorii Kleng. Rien n'indique ce qui, dans cet instrument, appartenait à la première construction de 1361, et ce qui y a été ajouté dans le renou- vellement de 1495. L'orgue avait quatre claviers dont les disposi- tions étaient tout à fait inusitées. Le premier clavier, qui avait le nom de discant ou dessus, avait cette étendue : ^^^m^^^^^^ Le second clavier avait aussi le nom de discant ou dessus : il com mençait à ul îm : et finissait à la 3E , ayant des tuyau pour tous les degrés de cette échelle chromatique. Le troisième clavier était appelé Bass clavier (clavier de basse) : il -J partageait avec le second clavier l'étendue du grand jeu de flûte d^^ 8 pieds appelé principal. Son échelle était celle-ci : Le quatrième clavier de cet ancien orgue était celui de la pédale r. DE LA MUSIQUE. 213 1 servait de bassin au premier discanly appelé Oberdiscant, Voici son h tendue : f|^!?S^=*-5 Du langage assez obscur de Praetorius, dans la description de 1 '•orgue d*HaIberstadt (1), nous avons déduit les faits principaux que K^ous présentons ici : 1® Toutes les touches du premier clavier faisaient résonner à la fois quatre tuyaux d'une mixlurey appelée en France fourniture ou plein- €u, à savoir, la tierce majeure du son fondameutal , sa quinte et son enclave. Sa basse se jouait avec le clavier de pédale : on pouvait y jouter aussi la basse du troisième clavier. 2** Le second clavier servait û, jouer le chant choral, accompagné la basse du troisième clavier : leur réunion formait ce qu'on ap- f>elait alors un bicinium ou chant à deux parties. Quand on y réunis* sait la basse du clavier de pédale, il en résultait un Irium. 3* Les séries de tuyaux ou jeux de cet orgue paraissent avoir ^té au nombre de sept, dont les noms étaient : V Principaly jeu de flûte de 8 pieds ; 2° Octave, jeu de flûte de k- pieds ; 3^ Super-octave, 3 eu de flùle de 2 pieds ; 4." Quinte, jeu de mutation dont la diapho- :Mïie fut l'origine ; 5** Cymbale, ^en composé alors de deux petits tuyaux, â. sons aigus, accordés à la quarte sur chaque touche des deuxième ^t troisième claviers ; 6** Mixture, sur toute l'étendue du premier cla- "vier ; 7" SubbassCy ou contrebasse, au clavier de pédale. La question relative à l'invention du clavier de pédale se pré- sente ici de nouveau : pour la résoudre en ce qui concerne les droits «ittribués à Bernardo Murer sur cette partie importante de l'orgue, il faudrait savoir si, lors de l'érection de l'instrument d'Halberstadt, en 4 361, le quatrième clavier y existait, ous'iln'y a été placé qu'en 1495, lorsque Grégoire Kleng en a fait la restauration ; mais l'inscription yen Age, les tambours et les timbales. Les auteurs de cette époque ^I>ïellentle tambour fa6ur, tabor^ labour et même tambour; ils disent ^'^ssi iaborer, iaburer^ tambournery pour l'action de battre le tambour; ^^f^oreory tanfyureor et tambourneury pour désigner celui qui bat le ^^ï^bour. On trouve aussi chez quelques-uns taburicium et taburlum ^^^rxvtàbor. Le traducteur delà Bible historialCy cité par Roquefort (3), "'^%. en note sur le psaume 1 V9 : « Tympan est une manière d'instru- ^ ments queTon fiert, et il rent le pareille son et est appelé en fran- ^ cois labour. » Tymbre était aussi le nom d'un tambour, le plus ^^cien de tous et qu'on trouve chez tous les peuples, dans l'antiquité ^^ plus reculée; nous voulons parler du tambour de la danse connu i (I) De Cantu et Mitsicasacra^ t. il, tab. XXVI, fig. 3. (2) Polycrit.^Xxh. VIII, c. 12. (3) De C État de la poésie française aux XII* et XIIP siècles ; p. 116. 218 HISTOIRE GÉNÉRALE en France sous le nom de tambour de btisque. Roquefort a cité , à propos de cet instrument, une traduction romane du psautier (1], dans laquelle le traducteur et commentateur, ayant à rendre et à expliquer ce passage de verset 26 du 67* psaume : m medio juveneu- larum tympanistriarum , dit : « Au milieu des jeunes meschinettes tymburrestres. » Expliquant ensuite sa traduction, il dit : ce senefie li tymbres, qui est uns inslrumenz de musique qui est couverz d'un cuir de besle. On voit aussile nom de iymbre dans un passage du Roman de la Rosej où il est dit que des danseurs s'en servaient en l'élevant au- dessus de leur tête, pour recueillir la monnaie qu'on leur jetait de part et d'autre. (c qui De Gnoieut de ruer Le iymbre en haut, et recueilloient Sur UQ doi^ que oncques défailloient. » Ce tambour à. la main est le vrai tambour musical, car c'est celui qui, partout, a servi à marquer le rbythme. Dans un passage intéressant des œuvres de Jean Gerson rapporté par Gerbert (2), on voit le tambourin ou tambour long, étroit, et battu d'aune seule main, qui est encore en usage dans la Provence, où il se réunit habituellement aux sons du galoubet ou flûte à trois trous. La description que fait Gerson, tant de ce tambour, appelé de son tempsfredon, que du flùter provençal, est d'une parfaite exactitude. Un autre passage, extrait d'un recueil important des Archives gé- nérales de France (3), confirme le sens de celui de Gerson ; on y lit : a Vint un bedonneur ou flageolleur devant l'uis de la taverne, au «c bedonnement ou flageoUement duquel, etc. » Le bedon était donc aussi un tambour musical destiné à marquer le rbythme, mais dif- férent du tymbre en ce qu'il était formé d'un long cylindre creux^ recouvert à chaque extrémité d'une peau préparée et tendue, la peau supérieure étant frappée d'une seule main armée d'une baguette, (1) Maiiu^rit de la Bibliothèque nationale, fonds de l'Église de Paris, n* A. 27, fol. DS, T col. 2. Voyez Roquefort, ouvrage cité, p. 126. (2) Tympafkum vulgo g al lice dicitur tambour vel bedon , compositum ex pelle derasa tes* saque, cuiusmodi non est una, vel magnitudo, vel forma , vel usus. Sunt tympanula duo gallioe naquaires, unum obtusi supra modum soni, altenim peracuti .... Sunt alla tympaoa Tulga- ribus magis assueta , quia faciliora, quia sonabiliora ad saltus inconditos, et alia tripodia, quiëus soient jungi fistiils biforamin», et triforaminae, etc. Gers, Op,, t. lU, p. 627. (3) Lia, rem'iss,, anno 1425, in Reg.^ 173,chap. CCXXXIX. DE LA MUSIQUE. 219 taisdis que le tymbre n'était qu'un cerceau plus ou moins large re- co ^Jvert d'un seul côté par une peau que frappait la main libre. Dans la première note de cette page, on voit que Gerson donne le noHn de tympanum au tambour et qu'il désigne les timbales par le (li rninutif tympanula. Elles sont au nombre de deux, dit-il, et leur noxn français est naquaires. Tout cela est parfaitement juste : lorsque le-fs croisés empruntèrent aux Arabes leurs timbales, ils s'emparè- rent également de leur nom. En faisant connaître, dans notre second \«3lume (1), la forme de ces timbales asiatiques, nous avons dit que leiar nom arabe est noqqârich. Ainsi que le dit Gerson, elles sont inégales de grandeur : l'une fait entendre le son grave; l'autre, plus petite, le son plus élevé. CHAPITRE SEPTIEME. NOTATION DU PLAIN-CUANT. Les difficultés éprouvées par la plupart des cbantres ecclésiasti- ques dans la lecture des livres notés en neumes, avaient longtemps préoccupé les musiciens les plus habiles et les avaient mis à la re- cherche d'une notation qui put représenter à la fois, par ses signes, ^^s clegrés de l'échelle diatonique pour chaque son, la durée relative ^c Ceux-ci et les ornements du chant qui s'y ajoutent parfois. L'idée ^ plus satisfaisante à laquelle on s'arrêta, fut d'emprunter les élé- ^^nts de cette notation à celle des neumes, en leur donnant, à ^^xde de certains accessoires, des significations déterminées d'intona- ^^H, de durée relative et de fioriture dans le cas nécessaire. le point fut le premier élément emprunté à la notation neuma- ^^ue : on le fit d'abord carré, dans cette forme ■; en y ajoutant une ^^eue, de cette manière ^, on eut les signes de deux valeurs dififé- utes de durée ; le point caudé ^ fut appelé longue , et le point sans ^ ^ ^eue ■ brève ; la brève ne représentait que la moitié de durée de la ^^>igue. Une troisième valeur de durée fut attribuée au point ainsi *^ Tmé ♦; on l'appela semi-brève, et sa durée relative fut la moitié de la (1) Page 162. '270 HISTOIRE GÉNÉRALE brève. Aucun de ces points n'était le signe d'une fraction déterminée du temps; ils n'étaient et ne sont encore que des indications de durée relative^ le plain-chant n'étant pas du domaine de la musique mesurée. Pour ce qui nous reste à expliquer, nous prions les lecteurs de ne point oublier que nous exposons ici le système de la notation de ce chant au treizième siècle. En ce qui concerne les intonations des notes qu^on vient de voir, on emprunta aussi à la notation neumatique de certains manuscrits les quatre ligues, d<^nt deux colorées en rouge et jaune ou vert et les deux autres noires ou tracées seulement dans l'épaisseur du vélin. La lettre C, placée en tète d'une des lignes de cette portée, devint la clef d'uly parce qu'elle est caractéristique de cette note dans la nota- tion des lettres : la ligne où elle était placée était celle de la note ut. Pour la clef de fa, on imagina ce signe ^"' Les points prenaient donc leurs noms de notes en raison de la clef mise en tète de la portée et de la ligne où elle était placée. En voici des exemples : ut, ré, mi, ut, si, ut, la, sol. fa, sol, la, ut, la, sol , fa , mi , ré. Les brèves étaient liées Tune à l'autre par deux, trois, quatre, ou davantage, lorsque plusieurs notes devaient être chantées sur une seule syllabe . Les ligatures se faisaient de plusieurs manières, à sa- voir : ou par un trait vertical allant d'une note à l'autre, soit dans le mouvement ascendant, soit dans le descendant, comme dans ces exem- ples : nftiiiitiJ?M*cz ou par un large trait oblique ascendant ou descendant, précédé d'une queue, lequel représentait les deux notes delà ligne ou com- mençait le trait et de celle où il finissait, de cette manière : ce qui a la signification de zij Lorsque la longue était liée à la brève, sa queue était à gauche, comme ceci — f " — DE LA MUSIQUE. 221 Les semi-brèves ne se liaient pas : il n'y en avait jamais moins de eux après une brève et leur disposition se faisait ainsi : *SEÎ ce qui correspondait — à ces effets zifilro; 1=^ tm^^^ =Hz:^re=Q Au treizième siècle, on ne voit jamais, dans les livres de chant ecclé- iastique, une longue ou une brève suivies d'une seule semi-brève; c^tte irrégularité n'existe que dans les livres modernes de France, de Kelgique et d'Allemagne : par exemple, dans le Kyrie des doubles et c3es jours fériés : f =P|i=^3îifg=E Ky - ri • e. qui correspond à une blanche pointée suivie d'une noire, pour l'égalité des temps, comme on le voit ici : mmm^ cr-^y- Ky - ri-e. La tradition romaine n'a jamais admis cette note courte isolée. Une difficulté considérable s'est rencontrée dans le travail des au- ^urs de la notation du plain-chant, lorsqu'ils ont limité à trois le nombre des valeurs relatives des notes; cette difficulté consistait en ce rmes de la mesure binaire ou à deux temps, les musiciens du moyen k^ge en ont fait une monstruosité, ne voulant pas admettre qu'il y Mit dans la musique d'autre mesure que celle de trois temps, parce |u*elle*est la seule qui soit conforme à la Sainte-Trinité, étant par- àiie (1). Ces bonnes gens, misérables musiciens qu'ils étaient, se sont persuadé qu'il était au pouvoir de quelqu'un de supprimer ce qui xiste depuis la création, c'est-à-dire la division du temps en deux orties égales, laquelle se trouve dans les chants de tous les peuples iu inonde et qu'eux-mêmes entendaient résonner à leur oreille dans ss rues : c'est comme si l'on essayait de supprimer les pulsations ar- erielles et l'égalité des pas dans la marche de Thomme. Il est cu- ieux de voir comment Walter Odington, auteur d'un traité de mu- ique du commencement du treizième siècle, ajuste le troisième et le [uatrième modes à la théorie de la Sainte-Trinité , avouant qu'ils urent originairement chantés à deux temps (2). Parlant des diverses combinaisons du troisième mode, ce moine anglais dit que la première, itant parfaite et figurée de cette manière — 1| i-i-ip , est semblable au ;horiambe, cAoriam&o simi7i5, et que, imparfaite comme ici —■ -■-■— ^ »lle est comme le dactyle, sicul dactylus. Or, dans le choriambe comme 3ans le dactyle et dans tous les pieds de la versification grecque et .atine, les brèves sont égales ; le choriambe se scande ainsi - u u - et Le dactyle - u u, ce qui répond à ces notations ""P f ' f ^"^ ^' -rrr- La seconde combinaison parfaite du troisième mode, dit Odington^ ?st égale au dactyle suivi du choriambe, dactylo et choriambo œqualis; il la représente sous cette forme : — ■ -■-■ ini ■ ■— , ce qui , dans la notation métrique, répond à ""P~f j ^"f~'"fT^' Selon le même SLuteur, la seconde combinaison imparfaite du troisième mode est semblable à deux dactyles , secundus sic simul duobus dactylis : EE^ÏjE, c'est-à-dire, ^fTV'f'tT^ La troisième combinaison parfaite du troisième mode est assimilée (1) ut sit trium temponim ad similittidincm beatissimse Trinltatis quae est summa per- Pectio, dici turque longs hiijusmodi perfecta. JValteri Odingtoni, de Speculaiione Musices, ap. Script, de Musica medii tevt, éd. a E. de Coussemaker, 1. 1, p. 235. (9) LoDga autem apud priores organistas duo tantum habuit tempera, sic in melris. 336 HISTOIRE GÉNÉRALE par Odington à deux quantités dactyliques et à un choriambee. duobus daclylicis et choriambo a*qualis; sa notation est celle-ci : , ce qui répond à cette forme de la versifica-% tion : ""(^~f r^'l^'f'f'^'rT"^? I*^"^- Enfin, la troisième combinai- son du même mode est^ suivant notre auteur, égale à trois dactyles^ aequalis tribus dactylis: elle est notée ainsi —■ ■ i ^ TT"! ■ ■ — ^ c^ qui revient à ^'Wf 'tV'f^T'' ^ On voit que les deux premiers modes ayant des formes rhytbmi— .S- ques et régulières d^ïambes et de trochées , par analogie le troisièm^^ ^e avait été conçu avec les conditions du choriambe et du dactyle : îT .fil en était de même pour le quatrième. Walter Odington, assimilant .^znt ses combinaisons à Fanapeste et au pyrrbique, les éléments de ce^^s^ rhythmes sont donc alternativement deux brèves et une longue comme —■-■-■ -■-■-- ou —■-■ ■ ■ ■-■ ■-■— ou —■-■-<-■-■- ■ -■-■-■ -■ c'est-àHÏire "f^ff "^"f"" ^^ "TTf "^Tf^ ^f ""* ^^ ^rf'f^Tf^Trf"^n'^ ' ^^^^ ^^ ^^^^ parfait, et dans Fim parfait E^OE? on —■-■-■-■-■-■ — , ou. — «-i-g-B-^-B -i TT^ ^ ou ei notation métrique ^f f f ' , ou ^f f~f'~^'f'f'f^^ f ou enfin : Qui ne croirait, après avoir vu cet exposé, que le moine anglais m -»is a voulu protester contre la doctrine des musiciens de son temps par-^^' laquelle on supprimait la division binaire de la mesure? Hais cett»-:' te protestation est loin des idées d'Odington ; c'est précisément eiK '^^ cela que consiste leur originalité : il veut des dactyles et des ana pestes, mais il les veut à sa manière. Pour lui, le dactyle se com pose d'une longue de trois temps, d'une première brève d'i temps et d'une seconde de deux temps (1); et par anapeste, il en tend de même une première brève d'un temps , une seconde brèv» -^^e de deux temps et une longue de trois (2) ; en sorte que ces quantil — ' (l)Et propria pausa hujus modi est loogi perfecta et brevis recU et altéra, ut sic. e. EEE3ŒË=ÉEI (3) El propria pausa hujus modi est brevis recta et altéra, et longa perfecta ; sic * DE LA MUSIQUE. 537 ÛDaires sont ainsi représentées, en caractères musicaux, suivant ce ystème : Dactyles. Choriambe. Anapestes. , f Siles folies humaines, sans en excepter l'unité ternaire delà mesure ans la musique du moyen âge, ne nous inspirent guère d'étonne- lent, on a cependant peine à comprendre Tidée bizarre qu'a eue e moine de travestir ainsi des rhythmes dont le caractère binaire st absolu, et dont rien ne l'obligeait à parler. En ce qui concerne la lesure et le rhythme, les musiciens du moyen âge ont pu imaginer ) contraire de ce qu'exigent le sens musical et la raison , comme ils ont pratiqué dans toutes les parties de leur musique^ mais ils n'ont u faire que les brèves des dactyles et des anapestes ne fussent pas gales et que leur durée ne fût point dans le rapport binaire avec la >ngue. Nous n'insistons pas sur cette vérité qui sera comprise immé- iatement par tout le monde, mais nous devons faire remarquer que X malencontreuse règle des deux brèves recta et allerOy invoquée par Valter Odington, fut une des causes principales de l'insupportable Qonotonie de la musique du moyen âge ; car c'est elle qui a fait que e rhythme de cette musique est perpétuellement celui du trochée ; *est toujours, et dans les agencements de toutes les voix, ce rhythme >oiteux qui se reproduit, comme dans les exemples suivants : P i ICI. ir-+ :ci: xs: 1-^> n — 3 Après cette excursion dans les modes et la mesure de la musique les douzième et treizième siècles, où nous a entraîné la règle de deux brèves prétendues, de valeur inégale, mais notées de la même ma- nière, nous revenons à la notation, objet spécial de ce chapitre. Nous voici parvenu à la partie la plus importante de, notre exposé historique de la notation du moyen âge. Ce que nous nous propo- sons, c'est de démontrer d'une manière irréfutable que ce système monstrueux, hérissé de difficultés et d'embarras, n'avait point de raison d'être, qu'il ne répondait à aucune nécessité de la musique dont, au contraire, il retardait les progrès, et qu'une autre notation 238 HISTOIRE GÉNÉRALE simple et lucide existait dans le même temps, pouvant suffire » toutes les nécessités de Tart de cette époque ; enfin nous croyon pouvoir porter jusqu'à l'évidence cette vérité déjà énoncée par nou gg=5 &-s qu'une telle notation n'a pu être imaginée que dans le but de rendr» l'étude de la musique difficile et cela dans l'intérêt d'une ration. A l'aspect de ces figures bizarrement contournées, de ce formes énigmatiques , lesquelles présentent presque toujours au=: yeux le contraire de ce qu'elles signifient, ne dirait-on pas que ce hiéroglyphes sont destinés à cacher au vulgaire des vérités qu'il n»- doit pas connaître? Cependant , de quoi s'agit-il? de pauvres succes- sions de sons d'une uniformité accablante^ renfermées dans les borner d'une octave; de simples notes, longues, brèves et semi-brèves enfin, de quelques accessoires aussi peu variés: voilà tout le mystèr enveloppé de tant de voiles. On pourrait croire à quelque exagéra tion^ quand nous dirons que la notation du chant ecclésiastique re fermait les éléments nécessaires pour satisfaire à tous les besoins d ^He la musique dite mesurée des douzième et treizième siècles; cep6DdanMr:Hnt c'est d'elle seule que nous nous servirons pour la transcription de tout p-^^ :gs les ligatures des vingt et un paragraphes qu'on a vus précédemment* ^t. Cette transcription faite avec une notation qui existait à la mèm .c=5ie époque et qui avait aussi ses longues, brèves, semi-brèves, pliques^s -^^ et les mêmes clefs, et les mêmes portées, nous a paru le moyen le pIuK-^us efficace pour démontrer l'inutilité de la notation proportionnelle et 1 .X- '< supériorité de l'autre. En transcrivant les ligatures, nous ne noi^ci-'u occupons pas de leur forme, mais de la signification qui leur é\aS ^^ attribuée, car c'est de cette signification qu'il s'agit et c'est elle qi«^— «li doit être représentée ; toutefois, la comparaison des deux notatio étant nécessaire pour atteindre le but que nous nous proposons, avons fait correspondre les chiffres des paragraphes qui concemcp^ '^ les ligatures avec ceux de leur transcription. Par cette disposition ^f le lecteur pourra recourir d'un paragraphe à son correspondant^'' ^j d'une part, pour connaître la forme de la ligature et l'explication qiv^-*" en est donnée; de l'autre, pour juger de Texactitude de la transcrifc^p- tion. DE LA MUSIQUE. 239 TABLEAU DE LA TRANSCRIPTION DES LIGATURES EMPLOYÉES DANS LA NOTATION MESURÉE DU MOYEN AGE. 1. Deux notes descendantes étant liées, la première doit être une brève. 3. Deux notes descendantes étant liées, la première doit être une longue. 3. Deux notes ascendantes étant liées, la première doit être une longue. 4. Deux notes ascendantes et liées doivent être brèves toutes deux. 5. Deux notes ascendantes ou descendantes doivent être semi- brèves. 6. Trois notes descendantes étant liées, la première doit être brève, la seconde, longue imparfaite de deux temps^ la troi- Solutions. f^ sième , parfaite. -— ^^ Trois notes, faisant le même mouvement, doivent être brè- ' ves. 7. De ttois notes descendantes, la première doit être longue, la seconde, brève, la troisième, longue. ""T^ De trois notes du même mouvement, la première doit être ' longue, les deux autres brèves. ^^-t^ 8. De trois notes descendantes, les deux premières doivent être semi- brèves, et la troisième longue. -•♦f |" De trois notes du même mouvement, les deux premières doivent être semi-brèves, la dernière^ brève. 9. De trois notes ascendantes, la première doit être longue im- parfaite, la seconde brève, et la troisième, longue impar- faite. — rf- De trois notes du même mouvement, la première doit être longue imparfaite^ la seconde, brève, et la troisième, longue parfaite. [ ^ ' De trois notes alternativement montante et descendante, la ' première doit être longue imparfaite, la deuxième brève, la troisième longue imparfaite. ^f^ De trois notes ascendantes, la première doit être longue im- parfaite, la seconde brève et la troisième longue parfaite. 10. De trois notes ascendantes dont la troisième est à la tierce ' supérieure.de la seconde, la première doit être brève, la se- conde longue imparfaite et la dernière longue parfaite. ^ÎP-]' De trois notes alternativement montante et descendante, la 340 HISTOIRE GÉNÉRALE Solafions. première est brè?e, la seconde longue imparfaite, la dernière longue parfaite. Trois notes étant ascendantes, toutes sont brèves. 11. De trois notes ascendantes, la première et la seconde doi- vent être semi-brèves, et la troisième brève. De trois notes qui montent et descendent alternativement, les deux premières sont-semi-brèves, la dernière est longue. --hW De trois notes descendantes et remontante dont la troisième est à la tierce supérieure de la seconde, les deux premières sont semi -brèves et la dernière longue. 12. De quatre notes qui descendent diatoniquement, les trois premières sont brèves et la dernière est longue. Si, de quatre notes, les trois premières descendent et la qua- trième remonte, les trois premières sont brèves et la dernière est longue. Dans le même mouvement et dans celui de quatre notes des- cendantes, les quatre notes sont brèves. 13. De quatre notes descendant diatoniquement, la première est longue, la deuxième et la troisième sont brèves et la der- nière est longue. 14. Dans un mouvement semblable de quatre notes diatoniques, les deux premières sont semi-brèves, la troisième est brève et la dernière est longue. Dans un mouvement semblable , les deux premières notes sont semi -brèves et les autres brèves. 15. Quatre notes étant ascendantes, la première est longue im- parfaite, la deuxième et la troisième sont brèves etla dernière est longue imparfaite. Dans le même mouvement, la première est longue impar- faite, la deuxième et la troisième sont brèves et la dernière est longue parfaite. 16. Quatre notes étant ascendantes diatoniquement, toutes les quatre sont brèves. Dans un mouvement de quatre notes ascendantes, trois sont diatoniques, la quatrième étant une tierce plus haut que la troi- sième, les trois premières sont brèves et la dernière est longue. ^ i i Trois notes montant et la dernière descendant, les trois pre- mières sont brèves et la dernière est longue. Dans un mouvement semblable^ les quatre notes sont brèves. 17. Quatre notes étant ascendantes diatoniquement, les deux premières sont semi -brèves, les deux dernières brèvrs. Dans un mouvement ascendant de quatre notes^ la quatrième étant à la tierce supérieure de la troisième, les deux premières sont semi-brèves, la troisième est brève, et la dernière, longue. — â^^ DE LA MUSIQUE. 241 Solulioas. 18. Deux ou trois notes étant ascendantes et les autres descen- dantes, la première est longue et les autres sont brèves. 9. Dans un mouvement alternatif de cinq notes ascendantes et descendantes, ta dernière étant plus basse que la pénultième, la première et la dernière sont longues, les autres sont brèves. Dans un mouvement de cinq notes descendant diatonique- Dent, la première est longue^ les autres sont brèves. M). Dans im mouvement descendant de cinq notes, les trois premières sont semi-brèves, la quatrième est brève et la der- nière longue. "^^^ Dans une succession ascendante de cinq notes, la dernière itant une tierce au-dessus de la quatrième, les deux premières 4>nt semi-brèves, la troisième et la quatrième sont brèves, et la iernière longue. — zfiff \l. Six notes se succédant en descendant diatoniquement, les trois premières notes sont semi-brèves, la quatrième et la cinquième sont brèves et la dernière est longue. Six notes étant ascendantes et la dernière étant une tierce lu-dessus de la pénultième, les trois premières sont semi- >rève8, la quatrième et la cinquième brèves, et la dernière est ongue. Dans les successions de six notes alternativement montantes Il descendantes ou descendantes et montantes , les valeurs des ^- =ii* Sï lûtes doivent être comme dans la combinaison précédente. "♦^'^Wrl -♦f yj^ La démonstration que nous voulions donner de l'exactitude de nos assertions vient d'être portée jusqu*à la surabondance pour les liga- ures : quant aux notes séparées, elles ne peuvent donner d'autres résultats, car nous n'aurons jamais autre chose à faire que de subs- ituer la note de valeur vraie à la note de valeur fausse qui se trouve lans la notation proportionnelle. Donnons-en un exemple pris dans a règle qui veut que de deux brèves, placées entre deux longues, la première ait la valeur d'un temps et l'autre de deux : nous noterons a première par une brève et l'autre par une longue ; ainsi du reste. La notation du plain-chant aux douzième et treizième siècles ayant es pliques ascendante et descendante, et même des signes de divers mtres ornements^ il n'y avait point de difficultés sous ces rapports. [Quelle était donc la différence entre cette notation et celle qu'on ap- pelait mesurée, si ce n'est que la première était conforme aux lois de la raison ainsi qu'aux nécessités de la musique, tandis que l'autre était absurde et toujours en opposition avec ce qu'il fallait repré- BIST. DE LA MVSIQtE. — T. V. 16 343 HISTOIRE GÉNÉRALE senter? S*il s'était trouvé quelqu'un, au moyen &ge, qui eût dit aux musiciens : Écrivez ce gui doit être et non le contraire, il leur aurait rendu un important service. Il est douteux pourtant qu'on eût suivi son conseil ; qui sait même s'il n'eût pas été malmené, pour avoir dit ces paroles sensées? L'autorité de la tradition et des habitudes avait, sans aucun doute , fermé les yeux de tous sur les inconsé- quences de ce système extravagant, puisque, parmi tant d'hommes doués de haute intelligence musicale et qui, depuis la seconde moitié du quatorzième siècle , ont contribué aux progrès de la musique, pas un n'a élevé la voix contre cette aberration du sens commun. Cependant les occasions se présentaient à chaque instant, dans leurs travaux, pour les éclairer à ce sujet : c'est ainsi qu'étant obligés de faire la partition de leurs ouvrages avec la notation du plain-chant parce que cela n'eût pas été possible avec l'autre , ils transcrivaient ensuite les parties séparées de chaque voix en notation proportion- nelle, imaginant une multitude de combinaisons énigmatiques dans cette transcription, afin de mettre à l'épreuve Thabileté des chantres, et s'épanouissant de satisfaction quand ils les prenaient en défaut. Eux-mêmes se trompaient souvent au milieu des difficultés de leurs transcriptions : alors les épithètes de cuistre et d'ignorant ne leur étaient pas épargnées. Les plus habiles n'étaient pas à l'abri de ces erreurs : on en voit la preuve dans les écrits de Tinctoris, savant théo- ricien de la musique qui vécut dans la seconde moitié du quinzième siècle. Il y relève tour à tour des fautes de valeurs de notes dans les compositions de Busnois, de Caron, d'Ockeghem et d'Obrecht^ maî- tres illustres de cette époque. Nous ne croyons pas nous tromper en disant que l'adoption universelle, pendant cinq cents ans, de la notation la plus défectueuse et la plus inutile, alors qu'on en possé- dait une bonne dont on ne faisait point usage dans la musique mesurée , est un des phénomènes les plus extraordinaires de ll^is- toire des arts. Sans doute, dans ce long espace de temps, la no- tation proportionnelle se modifia, mais ce fut en se compliquant de difficultés nouvelles et plus ardues. Ce qui n'est pas moins digne de remarque, c'est que, parmi tous les historiens de la musique, il n*6n est pas un qui ait signalé cette singularité. 11 en est une autre non nu»ns remarquable , à savoir, que depuis l'abandon de cette notation, son étude est devenue une nécessité pour l'histoire de l'art, étant la seule dont on s'est servi pour écrire les œuvres des musiciens, depuis les DE LA MUSIQUE. 34S ers essais de musique à sons simultanés jusqu^aux compositions us grands maîtres du seizième siècle. CHAPITRE NEUVIEME. tUSIQUE DES SONS SIMULTANÉS DANS LES XIP ET XIII'' SIÈCLES. 'ès avoir établi que les barbares successions de la diaphonie lient aux temps de décadence de la Grèce, ainsi qu'on i dans les troisième et quatrième volumes de notre Histoire, ivons démontré que ïorganum a été tiré d'une autre source, et I mélange des intervalles de celui-ci, ainsi que la diversité des sments de voix,, ont constitué les éléments d*un art nouveau, allons examiner maintenant jusqu'à quel point ces éléments se éveloppés et ont progressé par les travaux des musiciens des ^me et treizième siècles. Ici encore, nous allons nous trouver en timent avec des écrivains qui nous ont précédés dans des re- les sur le même sujet et parmi lesquels nous rencontrons ha- lement des adversaires. Nous le regrettons ; toutefois cette con- tion ne doit pas nous arrêter dans le dessein que nous avons , en commençant cet ouvrage, de dire tout ce que nous consi- s comme la vérité de l'histoire . §1. LE DÉCUANT A DEUX VOIX. léchant différait principalement deVorganum en ce qu'il n'était »rné à la simultanéité d'une note contre une autre, admettant le ^e de deux ou trois notes par une voix sur une seule de l'autre, chant comportait donc non-seulement , comme Forganum , le ge des intervalles et la diversité des mouvements de voix, aussi les différences de valeurs de notes : en celsc il marqua un es matériel. Dès la fin du onzième siècle, on voit un exemple de ue de ce genre dans le manuscrit 1139 de la Biblio thèque na- s de Paris, provenant de l'abbaye Saint-Martial de Limoges. La on de ce morceau est en neumes disposés d'une manière assez 244 HISTOIRE GÉNÉRALE régulière, quant à la correspondance des voix ; mais les hauteurs res- pectives des signes y sont mal observées (1). Aucune indication to- nale ne s'y trouve, d'ailleurs , soit par des lettres ou autres marques accessoires. Ainsi que nous Tavons dit^ en traitant de la notation^^rv n neumatique, la seule ressource, pour déterminer les intonations d notations de celte espèce, consiste à retrouver la dominante du ton par laquelle on peut reconnaître la finale. Les paroles sont le com ^ - mencement d'une séquence ïarabique que voici : Mira lege, miro modo, Deus format hominem ; Mire magis huDc reformat; Vide mirum ordinem. IleformaDdi mirusordo In hoc soiiat decacordo. A la même époque existait déjà, sans nul doute, une didactique du-P ^^ déchanl, bien que les règles ne s'établissent que postérieurement £» ^^ ce que l'homme apprend de son seul instinct. Nous disons qu^une cer- '^^ '^' taine didactique du déchant existait dès la seconde moitié du onzième -^^^ siècle, parce que nous en trouvons un manuel élémentaire dont rau-.^-^"" leur est Francon de Cologne que nous considérons , avec les plus an-^ ciens biographes, comme appartenant à cette époque, et que rou— vrage même nous en fournit la preuve, comme on le verra tout St * l'heure. Or Francon eut des prédécesseurs sur ce sujet, ainsi qu'ii^' le déclare lui-même. Les textes de pareils ouvrages ne sauraien trouver place dans une Histoire de la musique, laquelle doit un tableau clair et rapide des créations et des transformations ^rs)s de cet art, et non ime collection de documents d'une lecture dif-^"^— ^" ficile. Ce qui intéresse dans une telle histoire, ce sont les faita-* -^*^ présentés sous la forme la plus simple. Nous nous garderons donc d^ ^^^ repéter ici textuellement ce que dit Francon des qualités consonnantes ^^es et dissonantes des intervalles des sonS et de leurs successions; mai&-^-^ nous mettrons sous les yeux des lecteurs ce qui est important poui^ -^^^ connaître la situation delà musique des sons simultanés à Tépoque oi^^ ^^ (1 ) M. de Gousse ma ker a publié, dans sou Histoire de lliarmonie au moyen àge^ le fac-ÛMil^ ^ de ce morceau ooté enneumes, pi. XXIII . 11 en a essayé la traduction a la page XXI de ce nèm^ ^c=3ie ouvrage : notre iulention n*est pas d'examiner ici Texactitude de cette traduction ; nous dîron .^0~^^^ seulement que le ténor sort évidemment des limites du sixième ton choisi par le traducteurs^ ''* DE LA MUSIQUE. 345 il écrivait, c'est-à-dire les exemples qu*il donne de leurs successions. Francon reconnaît qu'il y a trois consonnances qui le sont par elles-mêmes et parfaites : à savoir, lunisson, l'octave et la quinte. Pourquoi sont-el]es parfaites? il ne le dit pas et ne pouvait le savoir, parce qu'on ignorait de son temps et que longtemps après on ne sa- vait pas encore quelles sont les conditions harmoniques de la tonalité. Francon admet ensuite trois consonnances accidentelles qui sont : la tierce mineure, la tierce majeure et la sixte majeure. Pourquoi pas la mineure, et pourquoi celle-ci va-t-elle être comptée parmi les dissonances ? il ne l'explique pas. Quant aux dissonances, cet auteur en compte six, qui sont : la se- conde mineure, la seconde majeure, le triton, la sixte mineure, la septième majeure, et la septième mineure. Pour ce qui est de la quarte, Francon ne la classe pas, quoiqu'il l'ait comprise dans l'énu- mération des intervalles et qu'il en indique l'emploi par des exemples. Cet exposé de la nature des intervalles , suivant les idées de la fin du onzième siècle', fait voir l'obscurité qui environnait alors les plus simples éléments des relations des sons : voyons maintenant ce que nous révélera la pratique de leur emploi. Francon présente les successions des consonnances parfaites sous les formes suivantes : la première est le passage de l'unisson à l'oc- tave et de l'octave à l'unisson (1) : i. J.. ^m ^d±i™ w Kï en notes modernes m •n ggg]| hg'P^- ^St *W^J *rJ • I &t \~\ g^ :êigief; Fl-h La seconde est le passage de l'octave à l'octave : 2. 1. I I 1 I -H-4^ en notes mode mes ^^^P :êi :t »x_ zjsmœijar: =t 4— 1-4 _gx girgm (1) Tous les exemples que nous donnons ici sont des fac-similé pris par nous dans le beau manuscrit des ouvrages de Francon, à TAmbrosienne , pendant notre séjour à Milan, en 1841. Nous diminuons de moitié les yaleurs des notes dans la notation moderne. 346 BISTOIRE GENERALE La Iroisième est le passage de l'unissoD & la quinte et de la quinte « & l'unisson : iig sii 5^ tt=t g:-egg La quatrième est le passage de l'octave à la quinte et de la quint^».^i1e à l'octave : Enfin, la cinquième est le passage de la quinte à la quinte : F^^5^'^ ^mSEl en notes modernes SE§^i^ Francon donne encore le passage suivant comme un exemple df:^de l'usage des successions de quintes : en notes modernes mm^. ai^g ^m ^m Pour l'usage des successions de quartes, il donne cet exemple ; I en notes modernes • ^ z gr-Jr- y DE LA MUSIQUE. 347 Les exemples chiffrés 2, 5, 6, 7, font voir que, comme Vorganumy le déchant avait conservé les traditions de la diaphonie pour les suc- cessions d*octaves, de quintes et de quartes, non en séries continues, mais par fragments de deux, trois ou quatre. Non-seulement le déchant, du temps de Francon, admettait Tusage des dissonances, mais les musiciens du moyen âge ne reconnaissaient pas la loi de la musique moderne, de la meilleure époque, laquelle n'admet de dissonances qu'à la condition de les résoudre par des coDSonnances. Francon, qui a classé la sixte mineure et le triton parmi les dissonances, les fait se succéder immédiatement dans ce passage : ^m — en notes modernes -i. «' -fil- ^— jB 3Z[g3rpii Z Il en est de même pour les dissonances véritables, ainsi que le dé- montrent les passages suivants donnés par Francon, comme exemple de remploi des intervalles des septièmes majeure et mineure : ynripBi^^-Uzbaifaz: modernes itrEzh i .-êfrod :r:tr Quant an mélange des sixtes avec d'autres intervalles, voici les exemples qu'en donne cet auteur : ^rsSBrz en notes modernes —QJZ et: ËEÉË §! ■-p^^.J-(g; Oîrzîrozrf t=--^ ë :ei- 1" Bien qu'ayant fait une classe de consonnances accidentelles dans la- quelle ilarangé les tierces majeure et mineure [ditonuSy semi'^Uonus)^ Francon ne dit rien et ne donne point d'exemple de l'emploi de ces inter\'al]es dans le déchant; toutefois, dans les fragments que ren- ferme son Manuel de ce genre de musique, on voit quelques tierces, mais beaucoup plus rares que les autres intervalles. Un de ces frag- us HISTOIRE GÉNÉRALE ments, que nous en tirons pour le reproduire et le traduire ici, fait m:^ voir une tierce sur le dernier temps de la seconde double longue».KL parfaite. Voici ce fragment : pzzKSJ^^. -J=cr =a= ?i=f ^= -1= en notes modernes m^?-- ^_^jS- £j^.^g-^-p. ^1^ -=^= ^f~- 1 âs;3— _^1 — . — --— h- o-j^ ^l — Si l'on considère l'ouvrage de Francon, non au point de vue de 1^ * " doctrine, qui est celle de tous les déchanteurs pendant les douzième e^* ^ treizième siècles, mais à celui de la méthode, tous les doutes sur son axi-^^~^° tériorité seront dissipés , car on voit avec évidence que son abrégé de* *-''' dichanl a ét^ le point de départ des didacticiens du douzième siècle. Ses^'"^ quatre règles concernant les mouvements de voix, dans la succession^K *^^ des intervalles, ne manquent pas de clarté, mais elfes sont insufC— ^^~ santés, trop générales, et n'offrent pas la solution nécessaire pour ceiv-'*:^ *^ tains cas dont le retour se présente dans le déchant à deux, trois et*^^^' quatre voix. Il en est de même en ce qui concerne les exemples &■ * l'appui des règles : ceux de Francon ne sont point assez variés. Se^^^^** successeurs immédiats, à la tête desquels il faut placer Jean de Gof — '^~ lande [1], ont développé ses principes et se sont montrés plus pré — ^^ voyants pour les difficultés conventionnelles de la musique & sons si — -* '' multanés de leur époque. Les méthodes générales sont, sans aucni«=^ ° doute, les meilleures ; ce sont même les seules qui méritent le nointf^^ de méthodes; mais c'est & la condition qu'elles s'appuient sur des loi^^ -^ (1) Cl. U DOtice lur ce miuicien diDi notre Biographie i. t. III, p. tOMIO. — Pour «» ouvraga, TOir le» Seriplor H. de CtHiucmiku', 1. 1, p.BT-llT,el p. 11&-1G2. y DE LA MUSIQUE. 249 certaines; or, de telles lois ne pouvaient exister pour la musique des onzième, douzième et treizième siècles, parla raison essentielle que ces règles n'avaient pour objet qu'un art grossier, factice, complètement étranger à l'art véritable dont la base est le sentiment, ainsi que nous le démontrerons dans la suite de ce chapitre. Pour commencer cette démonstration, nous reproduisons ici un spécimen du déchant à deux voix qui appartient au douzième siècle (1 ) : K3: 3 :q: .a. ^^ lor. t 'XX. A - gnus fi - ]i Vir • gi - nU, :q= :t -^ :q 4 'XX A • gnus fi - li Vir - gi - nis, f ^=A X ^: i^ zici: Pri - mi lap suin Pli - mi lap sum 1-1 :q: xx. iQiz: 'XX ^ e.f^_A ho mi ms, Res Ife"^ o-*~ ho mi :ccr ms, Res taa - rans per san - r«ai3Lrr5-" ex tau ^^^É^É rans per San - 1 'XX. -<9-~ gui nis ^ gui DIS Tu il r— «rcrn: Tu sanc - ti pas eu ^^i. ro: sanc ti o-*- pas eu - -n-S- ZXK g: %Â^S^^t :cr um Mi se re Bizaiz^p: :a: ^eo laicc y=^ :ci; re no bis. ■^*- ■XX. >y^^^Ka fc um, Mi se re re no bis. (1) Ce déchanl, tiréd*uii manuscrit de Lille par M. de Coussemaker, est traduit par lui dans son BUtoïrt de Vharmonie au moyen âge, p. xxiv. 260 HISTOIRE GÉNÉRALE Quelques successions de ce morceau, par exemple : g^ i= m cet autre passage tiré du manuscrit 812 de la Bibliothèque nation de Paris : le a -t Im inor - ta :qi ^H li U IzoEst m lis. d'autres, enfin, de Francon, de Walter Odington, ou, pour mieux di de tous les musiciens des onzième, douzième et treizième siècles, pro vent la persistance des traditions deTancienne diaphonie, non-seul ment dans Torganum, mais encore dans le déchant. On verra, dans livre suivant, qu'elles n'étaient pas éteintes au quatorzième siècl or, ce fait, bien constaté, est la démonstration évidente de notre asse tion, répétée dans plusieurs ouvrages, que le sentiment de la tonali fut aussi étranger à ces anciens musiciens que celui de la véritable ha monie ; car rien n'est plus opposé à l'unité tonale que ces fréquen successions auxquelles ils se complaisaient, rien de plus misérable harmonie que leurs perpétuelles suites d'octaves, d'unissons, et leu habitudes barbares dans l'emploi des dissonances , dont nous re controns souvent des exemples de ce genre : et d'autres pires qu'on verra par la suite. La manière dont les déchanteurs font usage de la quarte n' pas moins révoltante pour le sentiment harmonique; on en 9 u- Ic- le -e; ^ ité f- s / ut DE LA MUSIQUE. 251 i;er par ce passage d'un motet tiré par H. de Coussemaker d*uii iu manuscrit de Montpellier et traduit par lui (1) : tt 'jazi. Thi /sera: -Q -J Q norz Tro-blez n^endoit m es .o. ZXi - phi -é Ire ne m las. ea I.S.. II. LE DECHANT A TROIS ET QUATRE VOIX. L'objet principal que nous avons en vue, dans notre travail sur le îhant, est le rapport des sons entre eux, parce que cela seul consti- I ce qu'il peut y avoir d'art dans ce genre de musique à sons si- iltaués, surtout à une époque où la création de la mélodie était isidérée comme si peu digne d'intérêt, que le sujet du déchant it toujours ou un chant de l'église , ou quelque chanson vulgaire, louvent ces deux choses réunies. Nous ne parlerons des procédés de ^rication de cette singulière musique et des formes convention- les qu*on y avait introduites, qu'après que nous aurons épuisé ce i nous reste à dire sur le premier sujet. iux douzième et treizième siècles, on appelait Iriplum tout mor- LU à trois voix ; le même nom se donnait aussi à une troisième rtie ajoutée à deux autres. Ce n'est pas à dire toutefois que trois quatre parties réunies pour la formation d'un déchant de forme elconque donnassent pour résultat des groupes d'harmonie ou ac- *ds complets, consonnants ou dissonants, lels que ceux que nous tendons dans la musique moderne : rien de semblable n'existe au yen âge. Les unissons s'y multiplient entre les voix, et souvent I) Vj4rt harmonique aux XIT et XI II* siècles; traduction en notation moderne, n® 26, 7. 252 HISTOIRE GÉNÉRALE Tune ou Tautre des parties a des silences plus ou moins multiplié plus ou moins prolongés , sans qu'il y ait pour cela d*autre mo que rinhabileté du musicien à faire mouvoir trois ou quatre parti réelles. Voulant donner la démonstration de ces vérités, nous ce mençons par ce qui concerne VunissoUy et nous choisissons, com exemples, les premières mesures d'un triplum écrit par le pseud nyme Arislolej auteur d'un traité de musique et considéré com un des maîtres de son temps (1). Les unissons y sont marqués ce signe 0; quant aux successions d octaves et de quintes résultent de l'emploi des dissonances, nous en parlerons pi loin. ti e ar ui us 3 ië-3: o-^ ysr^T- :o: •^ =5^S* iq: jK :t Sal - ve Tir - go no -bi - lis; iq: :d: lêzà: -t .*— Ma L.WS.t. js: ^-a; Ver - bum G G "Cl * Ver - bum ca ro ja' foc - tom est m :d: a. Vir - go ve - ce :3i^.-jz^j ^ g-Q,[I^;^ !^^:: ra-bi - lis et pi - a Sur dix-sept mesures , en voilà donc neuf remplies d*unisa«i> ^^^ entre deux parties et même entre toutes les trois, à quoi il fa^^-"* (1) Ce fragment est tiré du livre de. M. de Coussemaker intitulé l* Art Itarmomique mux X -'^ et XJll* siècles f n® 1 3 des morceaux traduits, p. 37 . DE LA MUSIQUE. Î58 jouter six mesures de silences partiels : deux mesures seulement 3iit entendre, non une harmonie complète, mais la quinte et Toc- aive. Tout le reste du triplum est dans les mêmes conditions. Au ésumé, les trois parties se réduisent donc à deux, lesquelles font en- sndre les associations de sons les plus antipathiques au sentiment lusical. Or, qui voit un de ces prétendus trios les connaît tous. Ce- pendant il ne s'agit ici que des productions des musiciens considérés omme les plus habiles et d'une époque relativement avancée KIII* siècle) : ce sera bien autre chose, si nous mettons sous les yeux es lecteurs un organum à trois parties prétendues dont l'auteur fut in maître de chapelle de Notre-Dame de Paris, au douzième siècle, •on nom était PéroUnel il fut surnommé le Grand a Perolinus magnus» , ; cause de V excellence de ses compositions (1) , d'après le dire de ses con- emporains. Ce musicien avait fait plusieurs morceaux du genre de elui dont on va voir un fragment : ils jouissaient d'une grande re- lommée et leur exécution était réservée pour les fêtes solennelles. I. de Coussemaker en a retrouvé plusieurs dans le précieux manus- rit de Montpellier qui a fourni de nombreux documents à son ivre, VArl harmonique aux douzième et treizième siècles : c'est à cette ource que nous puissons les spécimens de déchants d'espèces di- verses reproduits dans cette partie de notre Histoire. Voyons donc 'œuvre qui faisait nallre de si vives émotions parmi les contempo- rains de Pé rotin. ALLELUIA. Uit 3 ^1 4 22 ':=7^ 6 ^=1^^^^^^^ m=^3^ xs: laii: Al (1) VArt liarmonlque, etc, p. 147. 7S4 HISTOIRE GÉNÉRALE 8 9 10 11 12 13 14 15 m- ^^ X3: lia— p ya: .U_JB.. ^ m: lîo: 131 ^ :a: IISH^Û ^^ IG 17 i= F:^^^ 21 jaiêz i=t |2^«7Z t lans: ^Q'G^ZZ ÏjOiaz ^ ê::»fc2: trpt ^^^f^-i ^ ^-^1^3 23 / ^=^ :o: 24 25 26 23 ^ 28 29 czqsizD. ifiîie ^i^^^^ :^ ^^2H Cl' — I !- z| ^ZZ'!!: |zE==£|ËEi:r£|^z ^ — 30 31 32 33 fes 37 I ^Egë ^^ le DE LA MUSIQUE. 255 cé. 38 39 40 41 ^feÈ^ é 42 43 44 4S !=??=»; s ICC O ^ ^ m 32: a: ^^ i=f |-îSCgC -^i>' xizo: £§ ^ 46 47 B«: Xj. :^pa:i 48 49 TX p: 50 51 52 53 -^ :'9= ^^|5S ^ 54 55 56 • 57 :d: or. g: 58 59 60 61 n Œ anêdiî^rozt :*=! g nzi-lzo: Ë^ isi: ^ lu 62,^^ 63 64 Q: 65 66 67 68 ■JSZT^ !2 % 69 g»^=i--p z|-.g?p[jgL^-|: ^ ^C^^ ^^35: * i :ozi: XSZT xs^ 2Ô6 HISTOIRE GÉNÉRALE / 70 7! 72 73 74, ^j[— Q^ -|-Tri-r-^|-Q 1 :=r — I— I — I m 75 76 77 o a. ^|=.gË fc&g=i^j pi=;-p'-^ = lg ^ g 79 xs: -cii 81 82 rozir x^ 83 ^ *=g^3=d 3ra. a- _f . -niïzi i -?i— Q ^^ ^ la. Pour tout musicien quelque peu instruit qui prendra la p^^*^® d'examiner avec attention la pièce que nous venons de reprodu:^*'^» ce sera un sujet d'inépuisable étonnement , non-seulement que auteur ait été qualifié de grande mais encore qu'il y ait eu un te où de pareilles productions aient pu être prises pour Fart de la sique , tout ce qui peut blesser le sentiment musical et le bon s s'y trouvant réuni. A ne considérer que ce qui est du domaine d raison, qu'est-ce d'abord que cette troisième voL\ du morceau don sujet est un alléluia, et qui coupe ce mot en syllabes séparées par des» lences de vingt à trente mesures? Arrivé à la syllabe lu, celte r* se met à répéter ti... u... u... u.... ti.... u; elle ne dit enfin la d. ^^ nière, îa, qu'à la quatre-vingtième mesure! Pourrait-on croire qu'u-^"^ pareille dérision ait été tolérée dans les églises , si nous n^avi fait voir que d'autres folies plus scandaleuses encore s^ sont m tenues pendant plusieurs siècles , au moyen âge et après? Au point de vue de la musique, Yalleluiaj de Pérotin est une c^cpn*- ception pitoyable : l'unité tonale y est trahie du commencenL^^' jusqu'à la fin. Dans l'enchevêtrement des deux voix supérieur^^s^i ps u- sns la le si- oix ID- DE LA MUSIQUE. 257 il est impossible de saisir aucun sens mélodique : à la quarante - quatrième mesure commence un chant qu'on pourrait croire em- prunté à quelque chanson populaire et qui ne manquerait pas de caractère, siTaccompagnement qu y fait la seconde voix n'en anéan- tissait toute la valeur; le commencement de cet accompagnement par une quarte supérieure est une gaucherie insigne. Quant aux re* lations de simultanéité des sons entre ces deux voix , elles réunis- sent toutes les maladresses, toutes les impossibilités harmoniques dont est remplie la musique de cette époque, bien qu'il n'y eût que deux voix à faire concorder. Rien de plus plat que la multitude de quartes qu'on y remarque : rien de plus grossier que les disso- nances non préparées et faussement résolues des mesures 41, 58 et 59; rien de plus misérable que la quantité d'unissons entre ces deux voL\, lesquelles en font des successions directes; rien enfin de plus antitonal que les successions de quintes directes qu'on voit aux mesures 8, 9, 10, 11, 12, 62, 68, 69, 70, 74, 78 et 79. Les auteurs de traités de musique du moyen âge qui oût loué de pareilles énormités, en commettaient de semblables quand ils écrivaient des déchants à trois ou quatre parties : dans l'embarras que leur causait Tobligation de faire mouvoir ensemble ces trois ou quatre voix, il leur arrivait même de multiplier les dissonances barbares plus que ne l'a fait Pérotin dans le morceau qu'on vient de voir. Pourvu qu'ils se conformassent à la règle établie par eux, laquelle exigeait que lorsque les parties du déchant faisaient entre elles des disso- nances, elles fussent en consonnance avec le ténor, c'est-à-dire avec la voix qui avait le sujet princij^al , ils croyaient avoir satisfait à toutes les exigences de la musique. Ils ne comprenaient pas que cette règle, n'ayant pour base aucune des lois véritables de l'harmonie, était absolument insuffisante pour obtenir de bons résultats. Nous croyons nécessaire de mettre sous les yeux du lecteur, comme exemple à l'appui de ce qui vient d'être dit, le triplum sui- vant écrit par le pseudonyme ArisloUy qui fut un des maîtres les plus renommés du treizième siècle (1). Il est formé de trois chants connus à cette époque et réunis, suivant la méthode usitée alors, la- quelle consistait à changer la valeur des notes dans les divers chants (1) De Cousiemaker, CArt liarmonlque, ete.^ p. 35. nttT. DE LA MUSIQUE. — T. V. 17 258 HISTOIRE GÉNÉRALE pris pour sujets, afin de les faire concerter simultanément : ce genre de travail était à peu près le seul dont s'occupassent les dichantem des douzième et treizième siècles. Le premier sujet est ici le chant latin Amor vincens omnia; le second, l'antienne, Marix prxconioj et le troisième, le répons Ajfialur^ qui a disparu du graduel depuis le dix-septième siècle. ^3Et &: fce: -p-f» ^ ^ — 1 r-i— -i IX èesé^ i^E&g^f ^ -O- feig^JE^ A - mor Tin - cens om - m - a po ten - ti t œ pne Ma -ri co - ni - o de TO- U 33 'XX. Ap - ta lur. CJzg: £HË 8 ^m Om- ni ^ fc: a 9 10 ^m Vin-cit I - ma for - lis - si il 1) o ,-Le, ± ^^ ma, et Tin - cit de * <9-n— :a: 1^^ ■» ^=± i§=p- I 1 -! ^ um fi de • li s^ um in Cliri sto spe * ifcro: mo-ni a Vir go pi - a ut pa - tel iB fcgZglï i^ë: t*={ »: -fiï i#^^^ »: ran - U um ser-Ti • at cum gan-di ^ ar^i— LOZ êilS: ICC DE LA MUSIQUE. 359 19 20 m m + 21 22 23 :cr ± :i=Q: 32: ê~QZ i w. ± eu - n a sanc lis - si ma i-fl- jO ai±iz|:=t -0—0* zsc i dum re - \)c\ < lit (ris • ti • + ^É^ eu - jus in ob se - qui su - per no-rnm ^s n—r^y—S- t:^ ^25 26 27 rsr. 4 28 29 êEEEr' ± ^^m. i=t 30 a per gau - di - a -^ fit boc 4- ^3 '^ SL :?2 ± ^ ci - vi :&• Q. um t lae • ta per con - Ira -ri - a mys 3. ifcra: ti ± tur eol Ic-gl 3e~a: 31 32 iol: te- ri 33^ 33bis::^=7^^ 34 135 a qui - a ma - ter fi • li - a fe-rens i- l- p-n: z2: ± ^-Ot: i3^eEô3^^==ï h-^^-h-1 Ë :g— g ± quam fe - lis re -gi in qua vox 1» - S SU xr ^m <9 — w 36 37 38 39 40. 41 È^^l^^ :cc -ô- ïi -q: spi-ri • ta - li - a. IX U Er • go san • cta Ma - ri 4 a. -t^-~ tan - ti uni ï f les: fer-vens de - si - de - ri i: i 260 HISTOIRE GÉNÉRALE e=^ 42;:^ 43 5^ 44.-^ 45 46 47 ■êzG: No-bis 1 do-na premi-a perlu-a fc=t >?-g- t=t xs: t suf-fra-gi - a. âprp -h- lau-dat .<2. ei:^: fe^ *n: t^^ si - ne tœ ■i H di - ( fi - li - um qui g^ IQZHXX ^ 48 49 50 Et pro - nobis Chri - stumo 51 53 ra glo n - o est bu roi - li um dul • cis a mor. m j-ô-^ "ir%~ 1QZ&: ±= -^^ xc -€»- m t L'analyse complète de ce morceau est nécessaire pour établir, ^'a- près des preuves évidentes, que la musique du treizième siècle fu i la négation absolue de toutes les conditions naturelles de cet art. C^fte époque est si remarquable dans Thistoire du mouvement de Tesprit humain, et les opinions de quelques archéologues, en ce qui concerne la musique du même temps, sont en opposition si formelle avec la na- ture réelle des choses, qu'il est d'une haute importance historique de mettre à cet égard la vérité dans tout son jour. En premier lieu, faisons remarquer les fréquentes fausses relatioiis qui résultent du rapport du si des parties supérieures avec le fr de la troisième voix, et citons les exemples qu^on en voit dans les me- sures 19, 20, 21, 22, 31 , 32, i^5, i^6, i^9, 50, 52 et 53. Viennent ensuite les grossières successions de dissonances simples et doubles, telles que les deux septièmes immédiates de la troisième mesure, dont nue forme une double dissonance de seconde contre la troisième partie; puis, les deux secondes immédiates, dans la quinzième mesure, entre la seconde voix et la troisième; la septième majeure avec quarte, ee répétant avec seconde dans la dix-septième mesure ; Tenjambement DE LA MUSIQUE. 261 e Timisson sur la seconde, dans la vingt-troisième; la septième ma- sure au second temps de la vingt-cinquième mesure, entre les deux remières parties et faisant triton avec la troisième ; les deux se- >iides consécutives entre la seconde et la troisième voix, accompa- Qées de deux quintes immédiates par la première partie , dans la ente-quatrième mesure ; les deux septièmes immédiates entre les 3UX premières voix, dans la quarantième mesure; rechange des sux secondes entre les mêmes voix , dans la quarante-troisième ; i septième majeure faisant un saut de tierce en montant sur la iiinte, de la trente-troisième mesure à la trente- troisième. A ces combinaisons anti-harmoniques s'ajoutent les perpétuelles iccessions immédiates de quintes par mouvement direct, destruc- ves de tout sentiment d'unité tonale. On les voit se produire de la Qzième mesure à la douzième entre la deuxième voix et la troisième ; e la treizième mesure à la quatorzième entre la première voix et la ■oisième, et de la quinzième mesure à la seizième entre les mêmes [>ix ; entre la seconde voix et la troisième dans la dix-neuvième mesure; itre la première voix et la troisième dans la succession de la vingt- eiudème mesure à la vingt et unième; entre les deux premières voix ans le passage de la vingt-cinquième mesure à la vingt-sixième îtons encore trois quintes immédiates entre la première voix et la oisième dans la trente-quatrième mesure ; de même entre les qua- inte-deuxième et quarante-troisième mesures, et dans la quarante- xième; enfin, trois quintes immédiates dans la cinquantième mesure. Les successions d'octaves et d'unissons ne sont pas plus épargnées ans la pièce dont l'analyse nous occupe : on en voit trois entre la remière voix et la deuxième dans les mesures 8 et 9; entre les lèmesvoix, mesures 11, 12 et 13; entre les mêmes voix, mesures &. et 15; tdem, de la mesure 20 à 21; tdem, de la vingt-septième aesure à la vingt-huitième. De tout cela résulte un ensemble déchirant pour l'oreille la moins lélicate : or, cette analyse peut être appliquée à quelque triplum, à {uelcjue quadruplum que ce soit du moyen âge ; on trouvera partout tes mêmes choses. Il n'y avait alors ni art ni même instinct véritable ie cette partie essentielle de la musique appelée harmonie par les modernes : ce que faisaient les déchanteurSj c'étaient des arrange- ments systématiques et barbares de sons simultanés : tout cela était indigne du nom d'harmonie. Peut-être dira-t-on que c'était un corn- 363 HISTOIRE GÉISÉRALE mencement et que tout début est faible dans les aris et dans les sciences : à cette objection , nous répondrons qu'on serait dans Ter- reur, si Ton prenait ce que nous venons d'analyser comme le com- mencement d'un art qu'on pressent et qu'on cherche avant de le connaître. Les déchanteurs sont des musiciens qui ont fait une sorte d'art à leur guise ; c'est systématiquement qu'ils ont écrit leurs ou- vrages, ainsi que nous le prouverons tout à l'heure, en expliquant les formes diverses qu'ils avaient imaginées. Vorganum de la seconde moitié du onzième siècle avait pu faire croire à un commencement d'art, parce qu'il avait marqué la fin de l'affreuse diaphonie; mais, au treizième siècle, le sentiment harmonique neVétait point éveillé; on l'avait même étouffé par des conventions arbitraires qui en sont l'antipode. Nous ferons voir, au quatorzième siècle, le vrai commen- cement deTharmonie; alors c'est le sentiment qui est le guide, et dès ce moment le progrès ne s'arrête plus. Ce n'est pas à dire pourtant qu'on rompit avec toutes les traditions musicales du treizième siècle, car, elles n^empèchèrent pas l'harmonie véritable de naître , il en une part considérable dans le système de la notation, et dans ce: taines associations de choses incompatibles 'dont nous parlerons plus loin. Lorsqu'on songe à ce grand treizième siècle qui a produit d'œuvres admi^bles; à la hardiesse ainsi qu'aux beautés de son tecture, à son goût exquis dans tout ce qui tient à la forme ; à richesse des miniatures de ses manuscrits ; à la perfection du tra dans les meubles, les étoffes, et l'ornementation de tout genre ; lo qu'on se souvient, enfin, que la pensée de l'œuvre du Dante ap tient à cette époque, et que c'est alors aussi que Cimabue et Giot s'affranchissant du joug byzantin, créent la vraie peinture par l'ét de la nature ; on ne peut maîtriser l'étonnemeut que fait naltr à la même époque , la musique égarée dans une voie sans issue devenue, à force de travail, une des plus prodigieuses extravagan où soit tombé l'esprit humain. Et ce qui augmente encore l'éton ment à ce sujet, c'est qu'à la même époque, par suite des révélatic^iKf de l'Orient aux croisés, une autre musique, compagne de la poésS^, faisait entendre ses accents dans les chants des trouvères. Peu ydjié$ de caractère et de formes, ces mélodies laissaient désirer, à la mérité, une allure plus vive et plus libre; mais, enfin, c'était le chant, ie chant, si naturel à l'homme et pour lequel on voyait les populations DE LA MUSIQUE. 263 se passionner. Eh bien, rien de tout cela ne préoccupe les faiseurs de décbants , ni les auteurs qui . enseignent les règles de cet art barbare : ils semblent vivre à part dans un autre monde. La forma- tion d'un chant est une composition où la fantaisie a sa part, mais où il entre aussi de certaines considérations de rhythme, de cor- respondances de nombres dans les phrases et du retour de quelques- unes de celles-ci. De tout cela, pas un mot dans les traités de musique de Tépoque du déchant, par la raison que le déchanteur ne compose pas ; il se borne à arranger des triples çt des quadruples avec des airs populaires et des chants de Téglise, les ajustant ensemble de manière à produire les effets dont nous avons parlé dans notre analyse. La musique barbare appelée déchant plaisait sans doute au public qui en était contemporain, cette condition étant indispensable à lexistence d'une musique quelconque : ces associations et ces succes- sions de sons simultanés qui révoltent notre sens musical avaient donc du charme pour les oreilles du moyen &ge. Qu'en faut-il con- clure, si ce n'est, comme nous l'avons fait voir ailleurs par des exemples, qu'il n'est chose si dure, si désagréable^ à quoi ne puisse s^accoutumer TouXe dont l'éducation n'est pas faite ? Nous avons lu Quelque part qu'un homme, ayant fait la fondation d'une messe so- lennelle, avait écrit, dans ses dispositions pour ce sujet : me serait grande liesse si pouvait être déchantée. Nul doute donc, on aimait à entendre le déchant dans l'église ; tout porte à croire qu'il en était âe même pour le déchant mondain : mais le goût qu'on en avait, lorsqu'on ne connaissait point d'autre musique , ne prouve rien en sa faveur. §111. LES DIVERSES FORMES DE DÉCUAXT. Le nom d'organum avait été conservé, dans le treizième siècle, au décbant destiné au service de l'Église : les définitions qu'en donnent les anciens auteurs, notamment Francon et Walter Odington, n'en expliquent pas suffisamment le mode de construction; mais les exemples qu'on en a dans le manuscrit de Montpellier dont H. de Coussemaker a publié une partie avec les traductions quUl en a faites 264 HISTOIRE GÉNI^RALE en notation moderne (1), sont plus instructifs et font voir que les procédés de fabrication de Torganum étaient les mêmes que ceux des autres déchants, et qu'ils consistaient à réunir plusieurs chants ecclé- siastiques et à les sguster ensemble, en altérant les valeurs des notes et en y introduisant des silences, ce qui n*était pas difficile en y met- tant les barbaries inharmoniques que nous avons signalées. Le mor- ceau de Pérotin que nous avons reproduit est un organum. Les autres genres de déchants étaient le molet, le rondeauy le con- duit (conductus) et le hoquet. 11 est inutile de demander aux didacti- ciens du moyen &ge la définition des morceaux désignés par ces noms; celles qu'ils donnent sont toiyours insuffisantes et vagues. A dire vrai, les formes sont si peu différentes dans ces déchants, qu'on pour- rait affirmer avec certitude qu'il n'y en avait qu'une seule sous des noms différents, à Texception peut-être du rondeau qui, dans certains manuscrits, a les mêmes paroles pour les diverses voix, mais qui, dans le manuscrit de Montpellier, se présente avec deux sujets sur des pa- roles françaises et un ténor en langue latine ; or, c'est précisément là la forme du motef. En cela, comme dans toute leur musique, les dé- chanteurs n'ont su que faire perpétuellement les mêmes choses. Le molmolet avait deux significations, au moyen âge, étant à la fois le nom d'un certain morceau de musique et celui d'une des voix du déchant. La voix qu'on appelait ténor était, en général, celle qui avait le thème du chant ecclésiastique ; cependant il y avait des ex- ceptions à cette règle. On ne peut pas dire que le ténor était la voix la plus grave, car, dans le perpétuel et fatigant croisement de par- ties de tous les déchants, il n'y avait le plus souvent ni voix grave, ni voix moyenne, ni voix supérieure ; elles étaient toutes, tour à tour, les plus hautes et les plus basses. Quoi qu'il en soit, on a l'habitude de considérer le ténor comme la voix grave du déchant; la seconde voix s'appelait moiet^ la troisième, triplum, et la quatrième, quadru- plum. Le motet pouvait être à deux voix, à trois et à quatre ; comme dans tous les genres de déchants, le nombre de trois voix était le plus ordinaire. Le motet avait pour ténor une phrase de chant ecclésias- tique plus ou moins longue, laquelle se répétait plusieurs fois. La partie appelée motel était habituellement une chanson populaire ou (1) L'jéri harmonique aux Xll* et Xlll^ siècles. DE LA MUSIQUE. 205 ^une mélodie composée par quelque trouvère en langue romane ; et le £riplum était un chant différent sur d'autres paroles. On comprend oe qu'une combinaison de ce genre a de contraire au goût et à la iraison; mais il en était ainsi de toutes les conceptions musicales du moyen âge. Pour donner à nos lecteurs un spécimen des motets de oette époque, nous en choisissons un dont le trouvère Adam de la Halle, surnommé le bossu d^ArraSj est lauteur. Poète et chanteur, ^dam avait Timagination qui manquait aux fabricants'de déchants; il se faisait remarquer aussi par un sentiment naturel de la mélodie <][ui, cultivé dans un temps plus favorable, aurait fait de lui un mu- sicien distingué. On verra, en effet, par le morceau que nous tradui- sons ici, que ce trouvère, bien qu'en se conformant aux conventions clés musiciens de son époque, est un peu moins barbare dans ses as- sociations et successions de sons. Ce motet se trouve, avec quatre au- tres et seize rondeaux, dans le manuscrit 2,736 de la Bibliothèque nationale de Paris, fonds de La Vallière. Nous le donnons dans sa notation originale , accompagnée de la traduction en notes mo- dernes. LI MOTET AD AN. tA*— î gl — te. 6 ^a: "TirQ .1- t-c ^^s? :d: 42- Do - lans pour — :i 1 c — plus que nus bla - mer conques a nul jour h ni ]K>i &- X3: '■& 11^3- 8 10 11 m 153: les dou - chet • tes Fors 3 t±3— m dou dous pa 6=^ loi-au - té trou - ver. Je cui-dai au pr«% - mier a voir a - fi :a: ;t=i ot Xi 268 HISTOIRE GÉNÉRALE 12 13 m ^^^E^E d5_ 13 bift' U lêrzÉzez t t=t=t ^ g=^^ d*Ar • tois Qui est si mus et des - .1 bf_. ^m mi - e pour loi-au-roent ou - vrer; Wm =î^ ± mais gi pao se R^Z==|^ :q: lo: \ 15 16 17 18 q: g ^ xs: ± trois Pour cbe que li bour • geoU a -g> M — h-'^-H ^iSÊ^^^â^^ lon-gue-ment ba er? car quant je niiex a - mai plus me con :q: -ïK X5: :q: 19 20 ^=#=i==l iig ^ t — QZ"^- ± 21 22 -z3 ±32: tt=f q: wm^ r— r~^ Oot es - té n four -me - nés quil nU queurt drois . ne I^^^H i F^m^ vient maus en - du rer M. tzar Zi. non que clie - le que j'a - moi - e 3 :q: 23 24 25 26 / ^e X5: liis , ■t Gros tour - nois ia\ :q: t ont a - DU lés 3 i3S=?? t 1=^ ^=«2=^ ne mi vuot mons-trer m^^ ■i seU'lanl où Jemedeus-se con - forter, n^ te^ 33: jor. '^ ^ DE LA MUSIQUE. 269 28 t S=^ t 29_ 30 31 32 F? g=ffTp@ -^^. con - les et rois, Jus -li - ches et pré • las tant de fois ^ " *^ ' i nr EH3 merchi es • pé - rer 7i-^ t^ a- :ig-f9-PHtrg-.(g-(fjr|± rftitz^tl Tout a - des en é - toit a moi es - tri - *•, 1 < a^ fo nô 1- "o ^ "*— o ^— -u ^ — ^ 6*- i.'k " h h—' 33 34 35 36 ss 3= ^5^ ■<9 g, (&-^ . Que main -te be - le com - pain f= gnc Dont Ar ^^^^^^ ¥'-^ ne. ■B t m le ▼er. Trop me don • na a pen-ser ains que Je XT s JD. ■Oi 37 F=";^ t g^ 37 bis ^^ ^ ^0 38,^ 39 E^ÉÊÊË^^^^ ras 3 me - bain • gue , ^^m i peusse ou-bli - er Lais • sent a - mis , et mai fclt ■± g ± i m or Toi je bien sans douter que loi-aus ïË XT 32: 40 41 iq: i ifciQ: ±=t s 42 43 jo: •3- ^^ sons et bar - nois Et fui • ent; cbà h j? —l9 --3 *-^&-0^'=nc^ = h t P joc t. o- m hom est per • dus qui veut a W: mer Xï ne nos cbe m'est g 270 HISTOIRE GÉNÉRALE 4i I t 45 47 t m deus, É5feiE^« cbà trois, Sous - pi - raot 13: -^m r9- vis ne s>n doit mes - 1er fors cbil qni bec xsr 4 :q: :2C »: 48 50 i rra~ ± r^J^i^gL | E^E^ | terre . es - Iraln gne. ser - irir de guil xr i O-*— Bien que ce motet présente les successions de quintes et d' taves qui sont dans les traditions du moyen âge et ne disparurent en — tièrement qu*aux premières années du quinzième siècle ^ on y sen^ un instinct de musicien, absent de tout ce qu'ont écrit Aristote et le^ autres didacticiens , et qu'on chercherait vainement dans tous le^ morceaux du manuscrit de Montpellier publiés par H. de Coasse — maker. Dans le motet d'Adam de la Halle, on ne voit ni les sières dissonances ni les fausses relations qui abondent dans lesH'iple^ que nous avons reproduits précédemment. Ce poète musicien es également supérieur & son temps par la variété des rhylhmes, ad-- mettant, en opposition aux erreurs de ses contemporains, la divisio: binaire du temps musical, quand elle est nécessaire^ soit pour les pa- roles, soit pour la phrase mélodique, comme on le remarque aux sures 2, 3, '*, 10, il, 12, U, 18, 26, 27, 28, 3&,35 et surtout 39. U es' hors de doute que la conception de ce motet, comme de tous les tripl et quadruples du treizième siècle , est monstrueuse : sur le fragmen de chant spirituel en langue latine, qui sert de ténor, la partie appe lée motet chante un couplet contre l'amour, écrit en langue vulgaire DE LA MUSIQUE. 271 et le Iripïum fait entendre une complainte contre les seigneurs , le clergé et les gens de justice qui accablent de vexationsQa bourgeoisie d'Arras et Tobligent à s'expatrier. Le manuscrit de La Yallière ren- ferme cinq molets de ce genre, par le même trouvère, que son ins- tinct plein de finesse et Tindépendance de son caractère auraient dil mettre à l'abri des erreurs de son époque (1). Le ronde/ ou rondeau est plus conforme & la raison, ayant les mêmes paroles pour toutes les voix. Les pièces de ce genre attribuées à Adam de la Halle, dans le manuscrit de la Yallière, cité précédem- ment, sont au nombre de seize : elles sont en général très- inférieures au motet qu'on vient de voir, à l'exception de la quinzième dont nous parlerons tout à l'heure. Si l'on ne connaissait du poéte- chanteur que ces rondeaux, on pourrait le ranger dans la classe des barbares déchanteurs dont il fut contemporain. Le lecteur en jugera par le quatrième, que nous donnons ici comme spécimen de ce genre de pièces dans sa notation originale, et que nous avons tra- duit en notes modernes. Quelques-unes des dissonances qui s'y trou- vent sont tellement opposées à ce qu'exige le sens musical, que nous les aurions considérées comme des fautes de copiste et que nous en aurions fait la correction, si elles ne se représentaient plusieurs fois dans les mêmes circonstances. LI ROXDEL ADAM. ^s^?^^^^^^^^^^êÊ ^^ ^^ Fi-nes a-mou-re-tes ai Dieos si ne sait quant les ver-rai. Or (1) Une dernière explication concernant le motet d^Adam de la Halle est ici nécessaire. La mâodie du triplum sur les paroles A Dieu commant anouretes, a servi aussi au même trouvère comme tbème du rondeau que nous donnons également. -*- M. de Coussemaker a trouvé, dans le manuscrit de Montpellier, le même thème traité sous la foi me d*un motet différent de celui qu'on vient de voir. 373 IlISTOmE GÉNÉRALE (» :33i^ipfe;£^EiEEi; ^-♦i»-=ndgz| '^^^q^g=^1^^^-^**j^ 1 ' 1 l^r^^ JSEE JP^^5^ L=^:^!fe^ manderai m*a - mi - e - te Qui est cointc et jo - li - e - te Et ^s ^=r.^ :^5^E ï=*=^ ^^ sest si sa \e-rou-se-te C.is-te-nir ne m'en por rai. Fines ^^^^^ 5 :i 555 ^^^^E^E^ î I a-roou-re-tes ai Dieuà si ne sai quant les rer-rai. As sele est de moi enchainte , Tost deveora pâle et tainte ; S*il en est esclandele et plainte , Deshonnerée Porai. Fines amouretes, etc. Miex vaut que m*en astiengne TA pour li joli me tiengne, Et que de li me souviengne, Car s*onnour li garderai. Fines amouretes, etc. (1) Le manuscrit a ici des fautes évidentes que nous avons dû corriger. (3) La fin du refrain manque au manuscrit. i DE LA MUSIQUE. 278 TRADUCTION. m fe^ XSl m m X3: ^m \3r- f :a: +=r ShI^ ^^3b^^=Q-z=: Fi - nés m ^^— ^— » i ë ■€>- i 2q: t-*— t a - mou - re - tes ai Dicus SI ne m B=Ê^ ^*«-«i-a ra :o — m. ICI" 2L 3 v_^ fe P xs: 3 ■<9 :^ ja=ï m P— o- ± tt :©: J3: t^ ^^1 Or man - de - rai m' - ami - sai quant les Tcr - rai. m S-°— Jjfcd XT M :q: 3 =ft g W ja: m isr. m^^ ■^--L 6 - te Qui est cointe et :a: ioir 3 jo - li te X3. m. rQ=ê: XI — ri ^ 3 ^S xi: ^ J2: ^ -#::» + 53^ W 3: -^ ^^^ f?^ Et s^est si sa ve - rou - se - te UIST. DR LA «ISIQUB. — T. V. Cas te - 18 374 HISTOIRE GÉNÉRALE ZHIM qr.r:t= 32: î :o: ^s^^^^ Sb: m '.SX. ■^ :&. ±-- i XI. tec ttnl :q: Dir ne inen por - rai. Fi - nés quanl Nous avons publié autrefois le quinzième rondeau du même trou- vère (1) : ce fut le premier morceau de musique du treizième siècle mis au jour dans les temps modernes ; ce fut aussi le point de départ de toutes les recherches faites, depuis lors, sur cette époque de Part dont nous publions aujourd'huirHistoire générale. HH. Bellermann(2) et de Coussemaker ont bl&mé le système de notre version qui est & deux temps : leur critique est juste au point de vue de la notation originale, bien que ces savants ne s'accordent pas dans les traduc- tions qu'ils font du même rondeau. Il est certain que la plus conforme à Tancienne notation est celle de H. de Coussemaker. Toutefois les convictions qui nous guidaient dans notre travail, il y a plus de quarante ans, n'ont point varié depuis lors ; car il nous est impos- sible de reconnaître dans le chant d'Adam de la Halle le caractère de la mesure ternaire indiqué par la manière dont il est écrit. Il n'y a point de doute sur le rhythme à trois temps du quatrième rondeau dont nous venons de présenter à nos lecteurs la notation originale avec la traduction en notes modernes; mais combien est différent le quinzième ! Le sentiment de la mesure binaire y est saisissant. (1) Bévue musicale, l. I, p. 8 (1827). (2) H. BeliermaDa : Die Mensuralnoten und Tactzeichen der Xy und XP'l Jakrhtmdertu Berlioy 1 858, p. 34 • — De Coussemaker ; l'Jrt harmonique au moyen àgr. Paris* 1S6S| pw 1 16* DE LA MUSIQUE. 275 comme on pourra s'en convaincre par la reproduction que nous fai- sons de notre version. La voici: ^ i f d" ^^ m ^ cr -o- xs: ^i Tant con XS ^ xs: xs: je ▼I ▼rai, Na - 1=^^^ i*t s@ ^ 4 O' "-9^ 3^ m. zzoïzcncizz me rai au trui I la: que TOUS; Ja n*en par • ti rai. La forme de la traduction de H. de Coussemaker est celle-ci : ^^mm â=s±£3â gri|icizn:|:e!~^ ^ Tant .^-A co T^' je icrz vrai, N'a . 376 . HISTOIRE GÉNÉRALE ^^gEÈ^Ê €m 0-* :q: xs; me lai au trui que m l'^Eâ^ IzQZî-lzârr» TOUS; ICKX m Cela est exact, quant à la notation; mais jamais ce rbythme bo teux n'a pu être celui de la ronde , rondel ou rondeau , c'est-à-di de la danse populaire en rond, qui se chantait avec refrain; le rondel n'était pas autre chose. Nous l'avons dit précédemment nous le répétons avec certitude, les musiciens des douzième et tr^ zième siècles ne savaient pas écrire comme ils chantaient, parce q leur système de notation n'était pas moins faux que leur système de mesure et de la division de ses temps. Ils méconnaissaient la se chose qui , ainsi que le son , nous est donnée par la nature po en faire la musique, à savoir le temps, dans ses deux divisio fondamentales, par deux et par (rois, n'admettant que la dernier***"^» par analogie avec la sainte Trinité. Avec de pareilles idées, iz '^ étaient perpétuellement dans le faux, transformant en mesure i^ ^^ trois temps ce qui était en deux , comme Walter Odington qui fui i^' ^'* des dactyles et des anapestes en rhythme ternaire. Une preuve ^ "^^ cette vérité , qui est pour nous de toute évidence, c'est que le chflu^ '^^ du Jeu de Robin et lUarion, commençant par ces mots : J'ai encorm^ i tel posté, dont le rhythme répond évidenunent à notre mesure ^ e la le r ns DE LA MUSIQUE. 277 six-huit y ainsi que nous Tavons fait voir au cinquième chapitre de ce livre (1), est noté de telle manière, dans le manuscrit, que la traduc- tion exacte devrait être celle-ci : ^ ^■2^i|= ■^ 33; isarr JO: :\=di i -ta J'ai en - corc i tel pas - té Qui n'est mi - e de las =i €ï (9 i — 1-^- isr. i xs-rêt ± rar=jO té b: Que nous mcn - ge - rons Ma - ro • te Bec à bec et i ■&■ i .Q_. -^ ^ 1 -^ (9 ± -JOL ^ZZZSSZZ 1- :a: i moi et Yous; Chi me r'a - ten - dés Ma - ro - te Clii Ten- X^ZZJO. X3zi: rai par • 1er à tous. Or, dans cette forme lourde et languissante disparait le caractère de ce chant vif et léger qui est celui de la comédie : ^^5éM^£§^fe J*ai en - core i tel pas - té Qui n'est mi - e de las - té. ^ etc. Le rhythme binaire est ici de toute nécessité : il en est de même dans le rondeau en question. Ce qui importe , au point de vue his- torique, c'est son caractère, parce qu'il représente un type de la chanson populaire à refrain du treizième siècle. Par son faux système de notation , il se confond avec les autres genres de triples du même temps, sauf l'unité des paroles pour toutes les voix ; son rhythme est anéanti par des conventions arbitraires qui n'ont aucun rapport avec (1) Page 138. 278 HISl^OIRE GÉNËRALE la nature de la musiqae. Nous sommes donc convaincu qu'en faisant ^.^ abstraction de ces conventions de notation dans notre traduction, nous avons atteint notre but d'historien. Les nouveaux métri- ciens^ MM. Rossbach, Weetphal, Henri SchmidI, ùesar, Wilhelm-^c^a Brambach , Moritz Schmidt et Bernhart Brill , en suivant la voie^^ ^e que leur avait ouverte Apel, ont fait relativement à l'objet de leura^s-ns travaux la même chose que nous, lorsque, se plaçant au vrai point de^ Ae vue du rhythme, ils ont donné aux œuvres poétiques de la Grèce de^ ^^es effets auparavant inconnus, laissant à Técart les théories absolues s. ^ts et par cela même fausses , du docte Hermann et de ses prédéces — j^^s seurs. Parmi les formes de la musique du moyen ége à sons simultanés^ ^âéi il y en avait une à laquelle on donnait le nom de conductuSf conduiU ^ s «î Comme en toute chose, les didacticiens de cette époque se montrent* .cr^S] inhabiles à indiquer avec précision en quoi le conduclus différait dess^Ei* autres pièces de leur temps. Un seul exemple de ce genre de combi — M naison est connu jusqu'à ce jour par la publication qu^en a fait^J^Â-^i' M. de Cousscmaker, d*après le manuscrit de Montpellier (1) : PérotiiCK mMi en est Tauteur. Laissant à part les licences antiharmoniques qui abondent, nous pouvons déclarer qu'on n'y aperçoit aucun sens, soit mélodique , soit rhythmique. On ne voit point en quoi cette form^-C:«e diffère du motet y si ce n'est que le tinory c'est-à-dire la partie înfé — ^^é- rieure, n'a point de paroles et semble être une fantaisie du composi— 5^='* teur. La seconde voLx a un texte latin et la première des paroles fran -•- çaises. Si le nom de conductus, qu'on donne à un morceau dç cettc e:^ ^ espèce, n'indique pas une sorte de marche ou de procession en usaj lorsqu'on se rendait d'un lieu à un autre, soit dans l'église, soit au de- hors, il n'avait aucune signification. D'après deux vers du Romai de la Violette, lesquels disent : Cil jugleor veillent lais Et soDSy et uotes, et conduis, M. de Coussemaker présume que la partie qui n'avait pas de paroles (1) Vyéri harmonique aux MI* et XIII* siècles, n«* IV— i. DE LA. MUSIQUE. 270 ^tait exécutée par les instruments (1) ; cela parait en effet vraisem- blable. Au nombre des formes de la musique du moyen âge, M. de Cous- semaker a cru trouver le contre-point double et a fait de grands efforts pour repousser les objections que nous avons présentées contre cette •erreur (2), nous opposant trois mots de Jean de Garlande, lesquels n'ont point la signification qu'il leur donne et disent, au contraire, précisément ce que nous avons dit nous -même. Nous sommes obligé de revenir ici sur ce sujet , parce qu'il ne faut pas laisser de doute sur un fait aussi important de l'histoire de la musique. Servons-nous d'abord des termes dans leur sens précis : on appelle tonlre-point l'art d'écrire dans la composition de la musique ; or il n'y a, dans la musique du moyen âge, ni art d'écrire ni composition proprement dite ; on n'y trouve que des associations de sons qui déchirent l'oreille et anéantissent le sentiment de la tonalité. Ce que nous en avons reproduit, dans ce chapitre, démontre surabon- iamment celle vérité ; il n'y a donc, dans le déchant du moyen ége, je contre-point ni simple ni double. Cependant nous ne voulons pas opposer à M. de Coussemaker une simple fin de non-recevoir^ 3omme on dit en jurisprudence : il a voulu parler d'une focme 3e phrase quelconque qui se reproduit dans une position inverse des voix; c'est ce que Jean de Garlande appelle repetitio diverse oocis. Ce qu'on trouve dans les déchants donnés comme exemples 3e contre-points doubles par M. de Coussemaker n'est pas autre chose; 3e ne sont, en effet, que des répétitions des mêmes passages par ies voix différentes et dans lesquelles les relations des sons ne sont iy>int changées, sans renversement des parties à l'octave, à la dixième, à la douzième, ce qui seul peut constituer les contre- points doubles d'espèces diverses. Qu'a fait M. de Coussemaker pour prouver que le renversement existe dans ce qu'il a pris pour un con- Ire-point double? Par une erreur bien singulière de la part de quel- qu'un qui a traduit tant de déchants, il a pris un exemple écrit à deux voix avec la même clef posée sur la même ligne pour toutes deux et a changé la signification de l'une des clefs, en transposant (I) 0u?r. lit', p. 07. (2] Biographie universelle des musiciens, 2"'* édilioD, p. 381. 380 HISTOIRE GÉNÉRALE arbitrairement l'ane des parties à l'octave supérieure de celle où elle doit être. Voici l'exemple, suivi de la traduction de M. de Coussemaker. h: ^ 7*itir ^ ^^^ ^^^1 i 3^ E^^ ^ rozzi S-r^ la: m: :o: :sf I =fc:ê: za: m \jsi ^m xs :i^^: X3: m (1). Dans la traduction suivante, nous rétablissons les rapports des sons tels qu'ils sont dans la notation originale. f 3 jcs: =i- t; -»-fc m ïs: -^ S=CE ,!fe rgzro: | zg.-:zcr.r= :o: -1-- 3X J ?=re=:a: lai: £3: i xy. m Voilà donc le contre-point double de H. de Coussemaker réduit à ce (1) Ouvr. cité, p. 70. DE LA MUSIQUE. 281 ju'il est en. réalité) d'après Fauteur même dont il invoque le témoi- gnage. Cependant, ayant foi en la découverte qu'il croit avoir faite, ^t archéologue en a trouvé trois nouveaux exemples dans le manus- crit de Montpellier et il les a traduits dans son Art harmonique aux f/P et XIIP siècles [u!^ 21, 22, 23), sans faire usage cette fois du pro- ^dé qu'on vient de voir et en laissant simplement la repetitio diverse jods dont parle Jean de Garlande. Nous n'ajouterons rien à ce que lous venons de dire sur cette question , si ce n'est que les musiciens nstruits s'étonneront qu^elle ait pu être soulevée. En terminant ce chapitre et le douzième livre de notre Histoire, lous croyons devoir rappeler à nos lecteurs ce que nous avons cons- até dans les travaux des mensuralistes et des déchanteurs des louzième et treizième siècles , parce que nos conclusions sont d'un 2;rand intérêt pour la vérité de l'histoire de la musique. Or, ce qui résulte de l'examen des monuments et des analyses auxquelles nous lous sommes livré , c'est que ces braves gens ont fait de la musique m art faux dans toutes ses parties; faux dans sa notation; faux dans a mesure et dans le rhythme ; faux dans les associations de sons si- Dultanés et dans les successions des groupes de ces sons, ainsi que lans les mouvements des voix qui se croisent et se confondent per- )étuellement; faux enfin, ou plutôt absurde dans l'objet et dans la orme des pièces, lesquelles consistent en combinaisons de chants di- irers, rendus méconnaissables par les interruptions de phrases et les dtérations incessantes de la valeur des notes, pour en former un en- lemble monstrueux de sons discordants , de paroles qui n'ont aucun *apport entre elles et même de langues différentes. La conception d'une eÇe musique, à une époque quelconque, est un phénomène si extraor- linaire, si contraire aux lois naturelles de l'organisation humaine, |u*on refuserait de croire à sa possibilité, si l'on n'en avait les monu- nents sous les yeux. Et vraiment l'existence de ces barbaries pen- lant deux siècles, sans changement notable, est le prodige le moins explicable de l'histoire des arts. On ne peut comprendre que, dans ce ong espace de temps, il ne se soit pas trouvé un homme qui ait dit lux musiciens que ce qu'ils faisaient était ridicule. Il aurait pu ajou- er : « Si vous n'avez pas de génie et ne savez pas inventer, vous { devriez avoir au moins l'oreille sensible. Il ne s'agit pas de faire < des merveilles : bornez- vous à ne pas dénaturer les chants du I peuple , et, lorsque vous en faites des triples et des quadruples, ac- 383 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE. « compagnez-lesdes plus simples consonnances, la tierce, la quinte et a Toctave, comme dans cet exemple : Chant. , EË «HilZQZQZ 3^a^^ Al-la tri-ni • ta be • a • U da noi seu-pre a • do • ra>U. &zt. \-f gSB t=t qarprrffrjgT- ^^^^m F^ Wm-^^E&^^^-^è^^ ±=± sf ^m ^^^^^^ e3es 5ES ©-©- « C'est peu de chose , sans doute ; mais cela est harmonieux, « rhythmé, doux à l'oreille, et rien n'y blesse la raison. » U n'est pas impossible que ceux à qui pareil langage eût été tenu eussent pri» cet homme pour un insensé. (I) Cecfaaut est un fragmeDt d'un des Laudi qui se chaulaient à Florence, au quatorai èm^* siècle, par les Frères de la congrégation de Tous-les-S*ints. Le nunuscril, datédu 1 1 novemi 1330, se trouve à Florence, dans la bibliothèque Hagliabecchi. LIVRE TREIZIÈME. LA MUSIQUE AUX QUATORZIÈME ET QUINZIÈME SIÈCLES. CHAPITRE PREMIER. <% QUELLE ÉPOQUE ET COMMENT SE FIT LA TRANSFORMATION DE LA MU- SIQUE A SONS SIMULTANÉS. — CRÉATION DE LA VÉRITABLE HARMONIE. Les problèmes ont été longtemps multiples dans Thistoire de la ^lusique : nous avons démontré cette vérité dans tout ce qui précède. '1 s'en présente un nouveau au commencement du quatorzième siècle : /intérêt qu'il inspire est des plus vifs, l'originedu grand art moderne, ;eul digne de ce nom, en étant l'objet. Le problème dont il s'agit se 30se en ces termes : à quelle époque la musique fausse et conventionnelle iu treizième siècle a-t-elle été abandonnée pour entrer dans des voies neilleures? où s'est faite la transformation? quel en a été le promo- eur? La première de ces trois questions doit être résolue avant qu'il oit possible d'aborder les autres; examinons donc ce qui peut con- luire à sa solution. Ce que ivous avons à faire en premier lieu est de chercher quel ist le dernier déchanteur sur qui l'on possède des renseignements suf- isants et des dates certaines : or, nous n'en connaissons pas d'autre |ue le trouvère Adam de le Halle ou de la Halle. Il y a deux époques i distinguer dans la carrière de ce poëte chanteur : la première fut *«elle où il écrivit ses motets et ses rondeaux suivant les règles du dé- thant fixées par ses prédécesseurs; l'autre commence au moment où, ;^abandonnant librement aux inspirations de son génie, il improvise es chanson:^ à voix seule et compose ses charmantes comédies mêlées le chant : le Jeu de Robin et de Uarion et le Jeu Âfian ou du mariage. ^our déterminer la première de ces époques, nous trouvons une in- Lication qui parait satisfaisante dans le motet que le lecteur a vu 284 HISTOIRE GËNÉRALE plus haut (p. 265), le Iriplum de ce morceau, Adieu camma^ amourelteSj ayant été composé vers 126&, à Toccasion d'un imj somptuaire établi par une ordonnance de saint Louis, laquelle soulevé une vive opposition à Ârras, ville de plaisir et de luxe, ^ avait excité des haines entre les diverses classes de ses habitants Il y a lieu de croire que les autres motets et les rondeaux, écrits àaxÈs un système analogue, appartiennent à peu près à la même époque et qu'ils ont précédé Téloignement du poète de sa ville natale, ainsi que la composition du poëme U Congié Adam, publié dans les recueils de Barbazan et deMéon. Ses autres œuvres, c'est-à-dire la plupart de ses chansons, son poëme du Roi de Sicile et surtout les deux drames qui viennent d'être cités, ont un caractère absolument différent. Arrivée Paris, il s'attacha à la fortune de Charles, comte d'Anjou, de Robert, • comte de Flandre, son beau-frère et du comte d'Artois, son neveu: il les accompagna en Palestine , en Syrie , en Egypte, puis en Pro- vence. En 1 282 , il suivit à Naples le comte d'Artois , envoyé par Philippe le Hardi pour tirer vengeance des Vêpres siciliennes. Ce fut pour les plaisirs de la cour de Naples qu'il composa le Jeu de JtoMi et de Marion ainsi que le Jeu Adan. Il mourut dans cette ville en 1886 ou peu auparavant. On voit donc qu'après 1264> il n'y a plus de ce^ titude pour la continuation de la culture des formes conditionnelles du déchant, et que, s'affranchissant des traditions de cette. manque barbare, le trouvère artésien se livre aux inspirations de songéme mélodique jusqu'à la fin de sa carrière. Que se passa- t-il, dans le domaine de la musique à sons simultanés, pendant les trente dernières années du treizième siècle? Si Tinductios ne venait à notre aide, il serait vraisemblablement impossible de ré- pondre à cette question ; mais Tétat dans lequel nous allons troater Tart au commencement du quatorzième siècle est un indice certain àt ce qui a dû le précéder; car il n'a pu se faire qu'on y soit arrivé tout à coup et sans transition. Sans aucun doute, c'est dans l'espace de temps que nous venons d'indiquer que la transition a commencé. Pour donner à celte assei'tion la solidité nécessaire, nous devons en- trer dans des développements dont l'intérêt historique est assez con- sidérable pour que nous n'hésitions pas à nous y livrer. Les meilleures sources d'informations sur la situation de lamnsi* que d'une époque déterminé^ sont incontestablement les produits de cet art, c'est-à-dire la musique elle-même ; mais la fin du treifliiD^ DE LA MUSIQUE. 285 îècle ne nous offre qu'un seul monument de ce genre, dont il sera «plé plus loin ; s'il en est d'autresen notre possession , ils ne sont las suffisamment connus et le temps où ils ont été produits est in- ertain. Quelques didacticiens, sur qui Ton possède des renseigne- Qents plus positifs, au point de vue chronologique, doivent donc lous venir en aide pour éclaircir certaines difficultés, à défaut des Qonuments de Tart dont nous sommes privés. Cependant on ne peut ]e dissimuler que cette ressource est presque toujours insuffisante, la plupart de ces auteurs parlant longuement de choses de peu d'intérêt tt ne disant rien de ce qui serait important pour Part et pour son listoire. C'est ainsi que les auteurs de traités de musique qui appar- iennent au commencement du quatorzième siècle donnent de bons exemples de contre-point à deux voix et les multiplient même au-delà ie ce qui est nécessaire, tandis qu'on chercherait en vain dans les ouvrages de ceux dont l'autorité est la plus considérable, tels que lean de Mûris et Philippe de Vitry, un seul mot concernant l'har- monie à trois ou quatre parties. L'ouvrage d'un moine qui parait avoir vécu vers je commencement du XV® siècle (1) est le premier où il en soit donné quelques exemples. La lecture d'un seul morceau de musique du temps en apprendrait plus sur ce sujet important que ce qui se trouve dans tous les traités. Voyons cependant ce que vont nous révéler ceux-ci. Un écrivain didactique, nommé Marchetto ou lUarchelo et sur- nommé de Padoue à cause du lieu de sa naissance, est le premier qui jette quelque lumière sur certaines modifications dans la notation et le système de la mesure. 11 vécut dans la dernière moitié du treizième siècle et au commencement du quatorzième. On a de lui deux ou- vrages dont le premier a pour titre Lucidarium inarle musicw flanœ ; l'autre est intitulé Pomerium arlis musicœ mensurabilis. La doctrine qu'il y expose , en ce qui concerne les ligatures, est conforme à celle des anciens mensuralisles des douzième et treizième siècles ; cependant il fait voir que des nouveautés considérables s'étaient introduites dans (1) GuilUlmus monachus : on conserve de lui un traité de musique dans la bibliothèque Saint-Marc à Veni&e. Cet ouvrage, dout Texistence a été signalée par M. Valentinelli, garde de ladite bibliothèque, fait partie de la collection iScriptorum de musica med'ù sévi, publ. par M. de Coussemaker. On ne sait rien delà vie de ce moine Guillaume, si ce n'est qu*il était Italien et qu'il vivait au commencement du W* siècle. 286 HISTOIRE GÉNÉRALE le système général de la mesure du temps musical et que de nouvea signes de valeur moindre que la semi-brève y avaient pris place , qui indique évidemment que1e*caractère delà musique s* était trans- formé en certains points. Son mouvement avait acquis plus de vélo- cité, et divers modes de divisions des temps de la mesure par les du- rées les plus petites avaient été admis. C'est ainsi que Marcheto démont que le temps parfait peut être divisé par six semi-brèves, par huit^ par neuf, par dix, par onze et par douze; ce qui établit un systèm de proportions régulières et îrrégulières qu'on verra se développe au quinzième siècle. Dans les exemples qu'il donne de ces divisions on voit apparaître une nouvelle figure qui n'a que la moitié d durée de la semi-brève et dont les formes sont celles-ci : 1 |. Il n leur donne point de nom et ne les distingue qu'en disant qu'ell sont caudéeSy c'est-à-dire qu'elles ont une queue. Une autre nouveauté de grande importance apparaît dans le Pome rium arlis mmicœ mensurabilis de Marcheto, à savoir la rentrée de 1 mesure binaire dans ses droits naturels, sous le nom de temps impar fait; appellation évidemment erronée, puisque la mesure parfaite précisément celle-là; mais on voit encore dans les traités dé musiqu du quatorzième siècle l'influence de la sainte Trinité sur les idéei concernant la mesure musicale (1), et le préjugé qui faisait consi dérer la mesure ternaire comme seule parfaite ne disparait pas avan la fin du seizième siècle. Les nouveautés dont nous venons de parler et qu'on aperçoi pour la première fois dans l'ouvrage de Marcheto^ aux dernières an nées du treizième siècle, ne sont pas exposées par lui comme étan auparavant inconnues : il constate, au contraire, certaines différen dans Tusage qu'en faisaient les Italiens, d'une part, et les Français d l'autre ; ce qui démontre que c'est dans l'intervalle de 1260 enviro; à 1300 qu'elles se sont établies dans le domaine de l'art. Voilà donc la solution approximative du problème : à quelle époque a mencé la transformation de la musique après le règne des dichanteursi En ce qui concerne le contre-point , Marcheto n'en ayant pas traita (1) Numenis Tero teniariiis est perfectus assumptus a Trinitate, sdlicet Pater, Filitu et Spirituf sanctus, ubi est summa perfectio. — j4rs perfecta in mmica magîstri PhiL de Ktirhco^ ap* Script, de musica medii arW, éd. E. de Coussemaker, t. III, p. 29. DE LA MUSIQUE. 287 ; sesouvragesy ce n'est qu'au quatorzième siècle que nous trouve- des indications précises sur les améliorations qui s'y étaient in- uites. Nous ne pouvons toutefois laisser inaperçues, dans cette >ire, certaines successions harmoniques qui se trouvent dans le daire de l'art du plain-chanty et qui ne sont pas moins extraordi- es par leur nature que par la place qu'elles occupent. 3 Lucidaire du plain-chant est divisé en seize petits traités dont la ►art sont eux-mêmes subdivisés en un certain nombre de chapi- Après avoir dit , dans le quatrième chapitre du second traité, tous les auteurs ont divisé le ton majeur en neuf commas , dont n mineur ne contient que huit , Marcheto rejette cette division et chapitre V du même traité) que le ton doit être divisé en cinq ies, ni plus, ni moins (1). Quelques théoriciens ont prétendu 1 est indifférent de diviser le ton en cinq parties, en sept ou en *, pourvu qu'on admette la différence du ton majeur et du mi- '; cependant cette différence étant précisément dans la propor- de 8:9, il est évident que ce n'est que par la division du ton ma- en neuf commas qu'elle peut être représentée. Arrivant à )lication de son principe dans le sixième chapitre, Marcheto y lit que le diésis est la cinquième partie du ton, et il ajoute : 5t l'on f« le ton en deux parties pour colorer quelque consonnance, par xpUy la tierce^ la sixte ou la dixième, tendante vers une autre con- ance, la première partie du ton ainsi diviséy si elle est ascendante^ a plus grande et s'appelle chroma : la partie qui reste se nomme 3 (2). Voulant donner à l'appui de cette singulière théorie la onstration pratique de ces tendances, il en présente ces exem- N« i. i 4=d&2 t=^ ^-g*^ - t^^: — ^ ::& î^t^^^^^°=4 'SX m. Sciendum est quod tonus habet quinque partes, et non plures neque [ktuciores. • Diesis quinta pars est toni, puta cum aliquis tonus bipartitur propter aliquam consonan- oloraodam subter tertiam, sextam sive deoimam, tendendo ad aliquam consonautianj ; tari toni sic divisi, si per ascensum fit^ major est, et ^ccatiir cbroma; pars vero quse diesis dicitur. ^/f. Gerb,^ t. III, p. 73. 288 HISTOIRE GÉNÉRALE M 2. m ■-P^-ir^' Q. mèi iqo: i xs: Si J!Z =3 Binêir t S a=ê w «•3. ^^^^^^Ë^f^^H^^lf^ iaaz:^ 1 ^^^f Ë3E£â :©z g: t igziP — n .t=t m^i Les successions harmoniques offertes dans ces exemples sont ^* hardiesses prodigieuses pour le temps où elles ont été imaginée toutefois il ne faut pas croire que la notation en soit exacte, March mm ayant eu pour objet de représenter les attractions de notes qui d^3 sent le ton en deux parties tellement inégales, que les deux premi^=si formeraient un intervalle de quatre cinquièmes de ton, et que k deux autres n'auraient entre elles que le cinquième de ce ton : or^ ces deux intervalles seraient insupportables pour Toreille et raTifb- teraient comme des intonations absolument fausses. RemarqimoAs aussi que les successions harmoniques des exemples qui précédent, à Texception des premières, donneraient lieu à beaucoup de fausses relations, en supposant qu'elles fussent exactement telles qu'elles sont notées. 11 n'en est pas moins vrai que l'idée de ces attractions à la fin du treizième siècle est un phénomène extraordinaire et si étranger à l'état de la musique à cette époque, qu'elles ne pouvaient être comprises et qu'elles restèrent sans résultat dans le mouvement de l'art. Après cette digression, nous revenons à la transformation opérée dans le quatorzième siècle. Ayant fait voir que cette transformation a commencé dans la seconde moitié du treizième siècle, nous avons à chercher, dans les premières années du quatorzième, si quelque monument nous fera connaître !& situation où elle était parvenue dans la pratique : or il en est un dont la date peut être fixée avant 1320. Il se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris (n** 6812 in-fol. max.), lequel con- tient le roman allégorique et satirique de Fauvel^ des poésies latines et françaises de Geoffroi ou Godefroi de Paris et une chronique riméc DE LA MUSIQUE. 289 qui finit avec TanDée 1316. La composition du roman fut achevée en 1314. À la poésie est mêlée une quantité considérable de musique à, voix seule et à deux parties dont la désignation est faite de cette manière au commencement du volume : « En ce volume sont contenus le premier et le second livre de Fau- ok vel. Et parmi les 2 livres sont escripz et notez les motetz, lais, 1T'"T^'-T^>*1-- ^ ^« « 1 1^* 1^ ■ V''-*t=g=iF^ F î'*-i 'If . . t*>ls 1 ■ T-î*>^ oai-re ai mon cucr don • ne ja n'en par S^ ti - ré. TRANSCRIPTION EN NOTES MODERNES. 3^2^ 'JOl î -â .\^— A vous don ce ^m^^m DE LA MUSIQUE. 293 ^^fe^feÉ^^^S ^ S^ dé - bo • nai rc g^p^^ «Il ± ^^^S :«r|r «ij S; «=i :ffi Ë^ 3g— ^ 3- a^ f^ 1^- P^i êz± rgtb«: t:^ ^â ai mon cœur don ne ja nen Ë é^^ ■6' ^ ^ =s=«- ^ i- li - ré. ps^^^ë^^i Qui donc, étant doué de Tinstluct musical, ne comprendra pas, près la lecture de ce rondeau, qu'il y a là un monde nouveau de Lusique absolument différent de ce qu'on a vu dans les déchants du •eizième siècle? Nonobstant les quelques incorrections que nous fc'ons mentionnées, on y constate l'introduction à la musique vérita- lement harmonique où se trouvent aussi certaines élégances rela- ves dans les mouvements des voix. La date de ce même morceau, tquelle est établie par les autres pièces du manuscrit , ajoute Qcore à Finlérèt qu'il inspire, car il est antérieur à Tannée 1320, et 294 HISTOIRE GÉNÉRALE Ton s'étonne qu'à une époque si rapprochée du milieu du treizième siècle, de si considérables modifications de la musique aient pu être accomplies. On y voit que c'est avec raison que Philippe de Vitry appelle arl nouveau (ars nova) cette même musique, dans un des traités dont nous allons présenter le résumé. Philippe de Vitry, ainsi nommé du lieu de sa naissance, dans le Pas-de-Calais, est appelé, par un écrivain anonyme du quatorzième siècle , la fleur et la perle des chantres (flos et gemma cantorum). Il vécut vers la fin du treizième siècle et dans la première partie du quatorzième : un de ses ouvrages porte la date de 1319. Ses traités de musique sont au nombre de trois, à savoir : V Ars tiova; 2" Ars perfecta in musica : 3** Liber musicalium, 11 existe aussi un extrait de ses principes de contrepoint , lequel est dépourvu des développements nécessaires : il a pour titre : Ars contrapunclus secundum Philippunn de Vilriaco (1); mais cet écrit est d'une autre main et offre peu d'in- térêt. La lecture des ouvrages de Philippe de Vitry inspire l'étonnement, autant par la nouveauté des sujets que par la remarquable clarté d'exposition qui brille dans la méthode de ce didacticien. Parmi ces nouveautés se présente d'abord un système complet de mesure pa^ faite ou ternaire, imparfaite ou binaire, ainsi que de signes, aupara- vant inconnus, par lesquels ces choses sont représentées dans le qua- torzième siècle. La première chose à considérer, dans ce système de mesure, est le mode : ce mot n'a plus alors la signification qu'il avait chez les mensuralistes des douzième et treizième siècles. Dans sa nouvelle acception, le mode est devenu la quantité ou la valeur des duréesre- présentées par les notes. 11 est par/ai7 ou imparfait. S*il est parfait, sa quantité est de trois : son signe est un cercle entier placé au com- mencement de la portée, comme dans cette figure : ^ . Quel- ques-uns, dit Philippe de Vitry, lui substituent trois traits, comme on zn le voit ici : zzzzzznz ; la signification est la même. (1) M. De Coussemaker a inséré cet écrit parmi ceux de [Philippe de Vitry, dans le troi- lième volume de sa collection des écrivains du moyen âge sur la musique, sous le n° IV, p. %l% DE LA MUSIQUE. 29& La quantité ou la durée du mode parfait est représentée par une ouble longue dont la valeur est de six temps, ou par une longue ui en vaut trois. Le mode imparfait a pour signe un demi' cercle : comme dans ît exemple : \ ^ — ou deux traits, comme on le voit ici : zizzzzz ; sa quantité égale une double longue qui vaut quatre »mps, ou une longue simple qui en vaut deux. Comme le mode, le temps est ou parfait ou imparfait, il est par- tit quand la brève vaut trois semi-brèves ; il est imparfait quand lie n'en vaut que deux. Quand le mode et le temps sont parfaits, leurs quantités sont in- iquées par trois points disposés dans le cercle, de cette manière : ^ . Si le mode est parfait et le temps imparfait, le cercle ne ontient que deux points, comme on le voit ici : ^ ; mais si e mode et le temps sont imparfaits, le signe est le demi-cercle avec leux points, comme dans cet exemple : '" La valeur de la semi-brève peut être aussi ou ternaire ou binaire : n donne à ses divisions le nom de prolalion. Si la valeur de la emi-brève est de trois minimes, la protalion est majeure; si elle n'est ue de deux minimes, la prolalion est mineure. Dans la prolalion ma- eure^ les minimes peuvent être disposées de diverses manières, à avoir : trois entre deux semi-brèves, ou entre une brève et une semi- )rève, ou entre deux brèves; enfin, elles peuvent être au nombre de leuf. Dans la prolalion mineure, deux minimes peuvent être placées :ntre deux semi-brèves, ou entre une brève et une semi-brève, ou, nfin, entre deux brèves. Aux dernières années du treizième siècle un grand mouvement Tinnovation a dû se faire dans toutes les parties de la musique ; ce- pendant il ne parait pas s'être étendu également et uniformément >artout, si Ton en juge par la comparaison des ouvrages de Philippe lus 296 HISTOIRE GÉNÉRALE de Vitryavec ceux de Jean deHuris. Tous deuxsont, ajuste titre, sidérés comme maîtres dans la didactique de cet art; ils écrivaient à^ \a mémeépoque,puisquerun des traités de Philippe porte la date de 13^H9, et que celui de Jean de Huris^ concernaut la musique mesurée, fut n~^t en 1321 (1). Néanmoins la doctrine de co dernier est plus avancée, étaH^nt Conforme à celle des maîtres du quinzième siècle : elle offre < ^ a» différences considérables avec celle qu'on vient de voir, ainsi <^^ue nous allons le démontrer. Philippe de Vitry considère la double longue ^ comme la p grande valeur dans le temps musical ; il en fait le principe du m(=zDde parfait, qui, conséquemment, devait être composé de six temps. D ^ m - tre part, il admet également la longue de trois temps comme ay^BAot la même qualité. Il y a plus de régularité dans le système de mesi ire de Jean de Mûris , étant admis que le nombre trois est le type d < ? la perfection. Au lieu de la double longue, le signe de la plus grai ide durée dans le mode parfait est, dît-il, la maxime qui, dans le mod^^et dans le temps parfait, vaut trois longues de trois tempsou neuf tein_ ps, et qui, dans le mode parfait à temps imparfaits, vaut trois longues^ de deuxtemps, ou six temps. La classification de ces mesures est plus claS. re, plus satisfaisante, chez les didacticiens du quinzième siècle, à ca^^sJse des termes simples dont ils se servent. Ils appellent mocfe /)ar/*at( w^m- jeur celui qui renferme trois longues parfaites, et mode parfait min ^sur celui dont les trois longues ne valent chacune que deux temps ^ ^]' Par ce qui vient d'être rapporté, on voit que, vers 1320, il n'y av^^t pas encore partout identité sur la valeur des durées du mode parEs^t. Quant aux autres modes, la même doctrine régnait partout. 11 parait nécessaire d'aborder ici une question relative à l'histoire de la notation , parce qu'elle est intimement liée au système des mo^es nouveaux dont nous nous occupons. En parlant des valeurs de no^es (1) M. E. de Coussemaker a publié ce petit ouvrage, dans sa collection des écrivain^^ ^^ moyen âge sur la musique, sous ce titre : Lihellus cantus mensurabUls secundum Johair ^^ de Mûris, et il en a donné Tintitulé de celte manière : « Quilibet in artc practica mensurabilis cantus enidiri mediocrittr affectans, ea scriba> ^ "'' « ligenter que sequuntur summarie compilata secundum magistnim Jobannem d€ Mûris. ^^ Ces derniers mots ne se trouvent ni dans notre manuscrit de ce manuel, ni dans cea.-^^ ^ Florence et de Rome que nous avons vus ; le nôtre porte : summarie compilata a mag^^"^ Johanne de Mûris, Ce n*est donc pas d'après ce maître, mais par lui-même ,qu*ont été écrite ^ petits traités de la musique mesurée et du contre-point. Çt)Jom Tinctoris tractatus de regularl valore notarunty cap. 2. DE LA MUSIQUE. 297 par lesquelles ces modes se constituent, Jean de Huris dit : « Il y a « cinq parties de prolatiouy à savoir, la maiime, la longue, la brève, la « semi-brève et la minime, comme on le voit ici (1) : î=3, P, □, o , I . » Ces figures de notes sont celles de notre manuscrit et de ceux des bibliothèques de Paris, de Florence, d'Oxford et du Muséum britan- nique. Philippe de Vitry, Jean de Mûris et plusieurs autres écrivains sinciens appellent notes vides (not^ vacuae) ces figures que, dans les temps modernes, on a nommées notation blanche. Cependant il est les manuscrits du Manuel de Jean de Mûris où les notes sont encore celles de l'ancienne notation noire, bien que la double longue de 3elle-ci n'ait pas la valeur de la maxime. Il est bon de constater qu'à l'époque où vécurent Philippe de Vitry et Jean de Mûris, ces nouvelles figures existaient déjà ; mais il faut remarquer en même temps que, [>endant la plus grande partie du quatorzième siècle, la notation noire fut dominante. Ce ne fut que dans la seconde moitié de ce même siècle, que de célèbres musiciens anglais et belges firent un usage habituel de la notation blanche, ainsi qu'on le verra plus loin. On a cru longtemps que cette invention appartenait à Jean de Huris; mais elle est plus ancienne, lui-môme n'en parlant que comme l'une chose Connue et en usage. Les anciennes règles concernant les ligatures ne changèrent pas ians le nouvel art du quatorzième siècle; elles y conservèrent toutes leurs significations et leurs valeurs de temps. Au nombre des nouveautés qui résultèrent de la réforme des modes, ;ont les diverses attributions du point employé dans la notation. Jean le Mûris n'admet que deux sortes de points , à savoir, le point de perfection 'et. le point de division. Philippe de Vitry en compte {uatre espèces, lesquelles sont : le point de perfection, le point le division, le point d'augmentation et celui de démonstration. Ce iernîer, dont l'usage devait être seulement de faire voir qu'une ninime, séparée de deux autres par une semi-brève, devait être ^mptée avec ces deux dernières dans la valeur des temps, fut con- idéré, dans la suite, comme inutile et supprimé : les trois premiers )oints furent donc seuls conservés. Nous n'expliquerons pas ici l'u- (1) Qiiinque siint parte» prolationis, videlicet maxima, longa , brevis, semibrevis et miiiima, t hic apparet, etc. Libelîus eantusmensur,, tractattu !"■, cap, I. 298 HISTOIRE GÉNÉRALE lilité de leur emploi, par ce motif que, pour faire comprendre les analyses que nous en donnerions, il faudrait exposer préalablement l'ensemble du système par lequel les notes parfaites en elles-mêmes pouvaient ôtre imperfectionnées par celles dont elles étaient suivies; or, ce système ne fut complet qu'au quinzième siècle; c'est pour- quoi nous n'en ferons l'exposé que dans l'histoire de l'art à cette époque. Les alternatives de modes ou de temps parfaits et imparfaits qui se rencontrent dans la musique du quatorzième siècle, firent imaginer alors de fixer l'attention des chanteurs sur ces mutations par un changement de couleur dans la notation, et le rouge fut choisi pour atteindre ce but. Toutefois il ne parait pas qu'il y ait eu un système uniforme pour la signification de ce changement de couleur, si Ton en juge, d'un côté, par les contradictions des auteurs qui en par- lent, de l'autre, par l'absence de clarté dans leurs explications. Phi- lippe de Vitry, qui semble être le premier qui en ait parlé (1), n'a plus, dans cette partie de son Ars nova^ sa lucidité habituelle de lan- gage. Il ne trouve rien de mieux que de citer des exemples pris dans certains motets, rondeaux et ballades qui ne sont point parve- — « nus jusqu'à nous. Au lieu de donner une définition précise et de ^^.i l'appuyer par des exemples de la notation rouge succédant à la noire ^3^'e ou de celle-ci succédant à la rouge , il se borne à dire que les notes ^^s-îs rouges indiquent le changement du mode et du temps parfait en mzm imparfait, et que les notes noires font le contraire. 11 donne aussi M si une autre destination aux notes rouges dont il n'est parlé que par-r^r lui seul : « elles se chantaient, dit-il, à l'octave delà place qu'elles ^^^ occupaient (2). » Un traité anonyme de la musique mesurée, daté de 1375, qui.£ -î appartint autrefois à Roquefort (3), renferme le passage suivant v^ ' c( Lorsqu'on trouve des longues noires et rouges ou noires vides, 1 c( noires sont du mode parfait et les rouges, du mode imparfait « comme on le voit dans cet exemple : ^ n f^ ^ rfli j^ . Se -^ (1) j4rs nova, — De notai is rubris, cap. 1, ap. E. Du Couftscmaker, Script, Je musîcm ar/, t. m, p. 21. (2) Secundo modo apponunlur rubra, quia caiiilur in octava. tbid., cap. 2. (3) Ars musica mensuratae, cap. 9. DE LA. MUSIQUE. 299 « les brèves sont noires, elles sont du temps parfait et les rouges pu (( temps imparfait, comme on le voit ici : m n^^ ■ ^i , et si c( ce sont des semi-brèves qui sont noires, elles sont de la prolation « majeure et les rouges de la prolation mineure, comme il suit : «^^Uk^ ♦#Uk^. Cependant- il faut remarquer que le « contraire a lieu quelquefois, c'est-à-dire que les noires sont pour « l'imperfection et les rouges pour la perfection . » On voit qu'il y avait dans Tesprit même des didacticiens du qua- torzième siècle de Tincertitude concernant l'emploi des couleurs. . Morley, savant musicien anglais du seizième siècle, révèle à ce sujet, dans les annotations de son Traité de la musique pratique (1), un fait qui n'est mentionné nulle part ailleurs : lorsque^ dit-il, il y avatty dans les notations noire et rouge, des notes videSy leur valeur diminuait de moitié ^ c'est-à-dire que la longue donnait une brève y la brève une semi-brève, et la semi-brève une minime. 11 en donne ces exemples : ■Btt H ■ * T 1"^ ^ Voulant donner à nos lecteurs une explication pratique de ces changements de modes, de temps et de prolation parles couleurs, nous en prenons un exemple dans un fragment de manuscrit du qua- torzième siècle qui servait de garde à un ancien volume de notre bibliothèque : il renferme une mutation de la prolation majeure en prolation mineure par la notation rouge, sur les paroles d'une chanson dont le commencement et la fin manquent dans le fragment. Nous donnons d'abord le fac-similé de. celui-ci, puis la traduction en notes modernes. (1) ^ plaine and easie introduction to practical musick (London, 1597, in-fol.) ; a/i/io/. to t/te page 9. soo HISTOIRE GÉNÉRALE M S o o Ùt H M « H P <^ U P < S ». § S H g « O H H A H eu S H H O H P A q^cjo 4> o " n IJlL-c I I m o DE LA MUSIQUE* SOI Après le quatorzième siècle y Tusage de la notation noire ayant cessé dans la musique mesurée et n'ayant été conservé, sous d'autres sonditions^ que dans le chant de Téglise, la notation rouge disparut %alement. Philippe Vitry et Jean de Mûris, lorsqu'ils traitent des règles du contrepoint, suivent la route tracée par leurs prédécesseurs en ce ju'ils établissent des préceptes pour chaque cas particulier du mou- (rement des voix, au lieu de les résumer dans des lois générales pour la succession des consonnances et des dissonnances, ainsi qu'on l'a fait dans les méthodes modernes. Cependant ces didacticiens font *roir,dans leurs ouvrages, sur ce sujet important, un progrès considé- rable , par la pureté harmonique des exemples qu'ils donnent à Tappui des règles. On en jugera par quelques-uns de ces exemples c[ue nous tirons de VArs perfecla in musica de Philippe de Vitry. Les voici : ^s^^^m ^ 22Z& --h ■s=ê j.=i fi 2fc&: :6!ror S ^SpÊi^^ ^=d~i 5 mm^ CsrêrQ z£± :E:rKJ:iO=H-a roi tdtà are; -h SÉ^^fciS^ 'M ite- t- :ê: iZË^ 8^ ^ m. + ■e=h :5:rê; ud: ttnrt- SX :Éi=3Z. ±r4:r: ê=«2= ± J_. :q: — «^ J^zzq: ±:i± Sf— 3 :ê-a: xi: Hbzztrd: Jean de iWuris aplusde variété dans les formes et plus de hardiesse dans les successions d'intervalles ; mais quelques-uns de ses exem- ples ont moins de correction : il n'est pas rare d'y rencontrer des fausses relations et même des dissonnances qui se résolvent par saut, ainsi que le font voir ceux que nous transcrivons ici: 303 HISTOIRE GÉNÉRALE ^ :a: izar -^ :ol ^ B-ir ii hgr ^ 2: -d-ô- zo :?- ^ — t— — 1 — r A- ^ ^--t— 3 3 3 ^- ^ L. -Vi o •■ — ti- zà= -fit—fit -h- E^-ll^tt^tP ^ v> -ft •.* . ^^^p^^ s; 3Ci: Dans la première mesure de ce dernier exemple, la quarte fait un saut sur la neuvième, et dans le passage de la seconde mesure à la troi- sième, la septième fait un saut sur la tierce, ce qui est absolument inadmissible dans Temploi des dissonances de passage. Beaucoup d'autres choses non moins répréhensibles se trouvent dans VArs con- Irapuncti du même didacticieu. Nous avons dit que Philippe de Vitry et Jean de Mûris n'ont traité que du contrepoint à deux voix; ils ne mentionnent même pas Texistence d'une musique à plus de deux parties ; non qu'ils n'en connussent pas, et que, peut-être, ils n'en eussent écrit eux-mêmes; mais tout ce qui nous reste des didacticiens, depuis le douzième siècle jusqu'au quatorzième, prouve que la conception de l'harmonie simul- tanée de trois ou quatre sons en consonnance et ne formant qu'un seul tout ne s'était pas révélée jusqu'alors à l'esprit des musiciens. La troisième voix, s'il y en avait une, s'ajoutait aux deux premières par considération de ses rapports avec le chant donné ou ténor, sans tenir ' compte de ce qui pouvait en résulter quant à l'autre voix. Jamais les à trois parties du trio n'étaient imaginées d^un seul jet, comme cela se < voit dans les œuvres musicales produites depuis le seizième siècle«.-i Cet état de choses n'avait point changé lorsque Jean Tinctoris écrivit^r en 1477, son traité du contrepoint, puisque cet ouvrage, dont U DK LA MUSIQUE. 803 développements sont considérables, n'a pour objet que le contrepoint à deux voix, bien qu'il s'y trouve de bons morceaux à trois, quatre et cinq parties. Le savant musicien fournit l'explication de cette singula- rité dans un passage très-remarquable du même ouvrage : nous croyons devoir en donner ici la traduction, à cause de son importance historique. a Le contrepoint, dit Tinctoris, tant simple que diminué (fleuri), « se forme de deux manières, à savoir, par écrit et par improvisa- « tion. ce Le contrepoint qui se fait par écrit s'appelle ordinairement la n chose faite (res facta). Nous nommons d'une manière absolue con- « trepoint celui que nous faisons par improvisation, et l'on appelle c( vulgairement chant sur le livre ce que font ceux qui l'improvi- «c sent. Or la chose faite diffère principalement du contrepoint en ce « que toutes les parties de cette môme chose faite, soit qu'il y en ait « trois, quatre, ou même davantage, s'unissent mutuellement de « telle sorte que la disposition et le mouvement des concordances, a dans chaque partie, soit aussi bien réglés à l'égard de chacune en « particulier qu'envers toutes ensemble , comme dans l'exemple sui- - X3: iq: ezizz ±=:t: -e-- rê^rs: i g=±«5=i ar • do ÉtzZZ -O-'-- 32: re. ^ t + X3: -S. Rien, dans l'histoire de la musique, ne nous parait plus digne d'intérêt et d'attention que la transformation constatée par les deux morceaux qui viennent d'être mis sous les yeux du lecteur. Jusqu'à l'époque à laquelle ils appartiennent, on a vu, chez les peuples pri- mitifs, la musique apparaître comme un simple produit instinctif de l'organisation humaine manifesté par des chants plus ou moins barba- res, plus ou moins naïfs, plus ou moins gracieux, en raison de la con- formation du cerveau des races. Chez certains peuples, elle n'est qu'un bruit rhythmique qui fait naître des émotions d'autant plus vives, qu'il est plus intense. Pour d'autres, les oppositions de sonorités d'espèces su HISTOIRE GÉNÉRALE diverses ont du charme et donnent lieu à l'invention de divers genres d'instruments dans lesquels le son se produit par le souffle , par des cordes pincées ou frappées, par le frottement d'un archet et par la per- cussion. Dans l'antiquité, des nations parvenues à une civilisation rela- tivement avancée élèvent leur sentiment musical jusqu'à la conception des formules de la tonalité qui caractérise leur chant : tels furent tous les grands peuples de l'Orient et les Grecs dans les beaux temps de leur histoire. Cependant ils n'allèrent pas plus loin ': le chant , tou- jours le chant réglé par la tonalité, d'une part, par le mètre ou le rhythme, de l'autre. Lorsque les instruments s'unissaient aux voix, c'étaient encore les chants qu'ils jouaient à l'unisson ou à l'octave. Quant aux Romains, ils ne firent rien pour la musique : ils n'en eurent pas d'autre que celle des peuples qu'ils avaient soumis à leur empire. Ce fut chez eux que des Grecs dégénérés, ayant perdu le sen- timent de la tonalité , si énergique chez leurs ancêtres, imaginèrent de faire entendre les mêmes chants dans des modes différents et si- multanés. De là l'affreuse diaphonie qui, lorsque l'Europe fut devenue barbare , devint une source de jouissances pour ses populations. Ce fut vers le même temps que des peuples, jusqu'alors inconnus, sorti- rent du Nord pour ravager l'Angleterre , la France et l'Italie. Par un phénomène de leur organisation, ils avaient l'instinct de certaines har- monies de deux sons simultanés, dont ils faisaient usage dans leurs chants : ils en laissèrent des traces dans les pays où ils avaient porté la dévastation, et de ces éléments barbares, combinés avec ceux de la diaphonie, naquit Vorganum. Nous avons démontré tout cela dans les volumes précédents de notre Histoire. Jusque-là, la musique est la satisfaction d'un besoin instinctif de l'humanité, mais ce n'est point un art. Vers la fin du onzième siècle, des essais d'amélioration de Vorga- num conduisent au déchant; alors commence l'espèce d'art qui porte ce nom ; art faux, grossier, pitoyable dans ses résultats , ainsi que nous l'avons fait voir par des documents certains. Son existence fut d'en- viron deux siècles, et ce fait est un de ceux qui inspirent l'étonne- ment le plus profond dans l'histoire de la musique. Les chants d'un peuple quelconque, si imparfaits qu'ils soient, peuvent être compris facilement, parce qu'ils sont les fruits naturels de l'organisation dé- bile qui les a produits; mais qu'une race supérieure arrive à combi- ner péniblement des assemblages de sons dont l'effet est aussi révol- DE LA MUSIQUE. 315 tant pour l'oreille que pour la raison, et que cette race s'y complaise cependant, ce serait un phénomène inexplicable, si l'on ne savait que des habitudes vicieuses, fortifiées par le temps, peuvent oblitérer de la manière la plus absolue les fonctions naturelles des organes in- tellectuels. Toutefois, bien que nous ne soyons pas informés des cau- ses qui amenèrent la fin de cet état de choses dans la seconde moitié du treizième siècle, il est hors de doute qu'une réaction s'est accen- tuée alors contre le déchant, et que ce fut cettfe disposition des esprits qui amena la transformation dont ce chapitre est l'exposé. Nous avons fait voir que cette transformation était déjà patente dès les premières années du quatorzième siècle : elle est évidemment accomplie dans les deux chants à trois voix que le lecteur a maintenant sous les yeux. La distance est immense entre ces pièces et la musique des dé- chanteurs, ou plutôt ces choses n'ont aucun rapport. L'art vrai se ré- vèle tout entier dans les chants de l'Italie ; art faible il est vrai, comme tout ce qui commence, mais certain par ses principes. En effet, que de choses déjà dans ce commencement du grand art de la musique moderne ! Les successions des consonnances s'y font d'une manière naturelle et ne présentent plus que de rares incorrections. Les dissonances s'y produisent, suivant leur nature, par la prolongation des consonnances et ont leur résolution régulière. La tonalité n'est plus vague, incertaine; on y aie sentiment du ton depuis le commen- cement jusqu'à la fin ; le mouvement des voix y est rhythmique et n'a plus rien du boitillement perpétuel des fausses combinaisons du déchant ; enfin, les croisements incessants des voix ont presque entiè- rement disparu et l'on voit chacune d'elles rester dans son diapason, sauf un petit nombre d'exceptions. Ce qu'elles chantent a un sens saisissable, ce qui n'a jamais lieu dans les œuvres des déchanteurs; c'est, pour nous résumer en peu de mots, le commencement de l'art vrai succédant à l'art faux. Avant de sortir du quatorzième siècle, on verra ces qualités se perfectionner, et l'harmonie consonnante se constituer en art complet. Une des singularités les plus remarquables de notre sujet est l'i- gnorance où l'on est resté, jusqu'à ce jour, concernant les faits qui viennent d'être exposés : de savants musiciens , tels que Martini et Forkel, des érudits comme Hawkins et Burney, et même des écri- vains modernes qui ont mieux connu les sources, ont fait des histoires de la musique sans savoir que le quatorzième siècle fut le berceau de la 316 HISTOIRE GÉNÉRALE musique moderne : les plus instruits se sont persuadés que celle-ci es la continuation perfectionnée du déchant^ qui en est précisément Fan tipode. Un silence absolu règne sur la situation de la musique en Allema- gne pendant les treizième et quatorzième siècles : non-seulement on ignore s^il a existé dans ce pays un genre de musique analogue au déchant, mais on n'a aucun renseignement sur ce qui a pu y être produit au moment de la transformation qui a conduit ailleurs à la création de la vraie musique harmonique. Pas un nom de musicien allemand n'est cité à cette époque ; pas un seul morceau de musique n'a été trouvé dans les manuscrits, antérieurement au quinzième siècle. Les écrivains allemands de qui l'on a les histoires de la musique les plus récentes et qui ont fait des recherches sur les premiers mo- numents de cet art ainsi que sur les artistes des autres contrées eu- ropéennes, ne disent rien de leur patrie à cette occasion. Un tel si lence est d'autant moins explicable , que nous trouverons, un siècl plus tard, une école allemande de savants musiciens. L'état de la culture de la musique harmonique en Espagne, pen dant les mêmes siècles , n'est pas mieux connu : pourtant il y exis tait des chaires^ dans les universités, pour l'enseignement de science de la musique, dès la première moitié du quinzième siècle r un certain Juan de Monti y fut le maître de Bamis de Pareia (1), ce qui semble indiquer que l'école était plus ancienne. Dans son His- toire de la musique espagnole, M. Mariano Soriano Fuentes ne nous apprend rien à ce sujet (2) : il est vrai qu'il assure que les an- ciens musiciens français étaient redevables de toute leur science mu- sicale aux Espagnols ; mais il faut se défier du patriotisme exagéré de cet écrivain, qui fait de Guido d'Arezzo un Catalan, et qui connaît si peu l'état de la musique en France, qu'il veut que la note appelée longuCy soit noire, soit blanche, n'y fût connue qu'au commencement du quatorzième siècle (3). Se tenant toujours dans les généralités , il ne cite aucun nom de musicien qui ait vécu aux époques dont il s'agit et ne fait connaître aucun monument de l'art qui leur appartienne. (1) Voyez ce nom dans la Biographie universelle des musiciens ^ 2*** édition, t. IDi pp. 176-179. {TjHistoria de la musica espaflola, }AàdTÏd,\HbS, 4 vol. in-8* (3) I6id., t. II, p. 55. '". DE LA MUSIQUE. 317 Il n'en est pas de l'Angleterre comme de l'Allemagne et de l'Es- pagne, en ce qui concerne l'existence de ses musiciens à l'époque îe la transformation de la musique harmonique et la part qu'ils 3nt eue dans ses progrès. Que les Anglais aient eu, dans le louzième siècle et jusqu'à la seconde moitié du treizième, les nèmes traditions que les déchanteurs français, cela n'est pas louteux, puisque leurs auteurs de traités de musique appartenant i cette péripde, notamment Robert de Handlo et Walter Oding- on, en fournissent la preuve; mais le traité de Simon Tunstede, ^crit en 1351 sous le titre f De quatuor principalibus in quitus otius Musicœ radiées consislunt, fait voir un progrès considérable, ians le second livre de cet ouvrage, en démontrant que l'usage des lierces et des sixtes majeures et mineures est nécessaire dans la suc- cession des intervalles pour former une harmonie régulière. Il est re- grettable que cet auteur n'ait pas développé les conséquences de son principe dans une suite d'exemples notés. Un passage du Propor- lionnaire de musique, par Jean Tinctoris, prouve que , dans le quinzième siècle, on considérait les Anglais comme ayant puissam- ment contribué à la formation du nouvel art harmonique. Après avoir dit que beaucoup de personnes se livraient alors à l'étude de la mu- sique avec un zèle infatigable, Tinctoris ajoute : «De là vient que dans « ce temps notre faculté de musique a pris un développement si re- a marquable, que l'art semble s'être transformé. La source el Vori- a gine de cet art nouveau, s'il est permis de s'exprimer ainsi, |)arai( avoir a été chez les Anglais, dont le chef fut Dunstaple (1). » A l'époque où l'on avait cette opinion sur le pays oui avait commencé Y art nouveau^ (1) a Ad hoc genus studii fervenlissime muUi iacenduatur. Qui ût in hac tempestate facultas Qostrs musices tam mirabile susceperit incrementum , quod ars nova esse videatur. Gujus ut ta dicam novœ artis fons et origo apud Ânglicos (quorum caput Dunstaple extitit) fuisse perhi- t>etur. « Burney est tombé dans une erreur singulière lorsqu'il a considéré ce passage comme une néprise de Tinctoris, qui aurait confondu Dunstaple avec Saint-Dunstan, en le feisant inven- teur du contre-point. 11 ne s'agit ni de Tinvention du contre-point, ni du dixième siècle ou reçut le saint évéque, mais du nouvel art harmonique qui se développa dans les premières umées du quinzième siècle et dont Dunstaple fut le chef, chez les Anglais, par son talent. Cf. a General fiistory of Sïusic, t. II , p. 400. Ajoutons qu'on ne doit plus parler aujourd'hui de l'invention du contrepoint, car il ne fut loint inventé. Le contrepoint, c'est-à-dire, Vart d'écrire la musique, s'est formé lentement par la suite des siècles, en se dégageant péniblement ^et par degrés des éléments impurs d'une larmonie barbare sortie du Nord, et en premier lieu de i'horrible dia|)honie. 818 • HISTOIRE GÉNÉRALE ainsi que l'appelle Tinctoris, on possédait probablement des docu- ments d'après lesquels elle s'était établie et qu'on n'a pas retrouvés jusqu'à ce jour, les manuscrits des grandes bibliothèques de l'Angle- terre ne contenant pas des recueils de morceaux de musique du qua- torzième siècle semblables à ceux de l'Italie et de la France. Toutefois il existe un monument qui parait appartenir à la se- conde moitié du treizième siècle et duquel on peut tirer des indica- tions intéressantes sur le commencement de la réforme de la musique, à cette époque : il se trouve dans un manuscrit du Muséum britanni- que et provenant de l'ancienne Bibliothèque Harleyenne, sous le nu méro 976. De savants connaisseurs en écritures anciennes en on fixé la date vers 1250, quoique Hawkins et Bumey aient cru qxiiW pouvait être du quatorzième ou du quinzième siècle. Nous ferons voir tout à l'heure que le monument lui-même fournit des renseigne — ments plus certains. Il consiste en une ronde en canon à quatre voix l'unisson, dont les premières paroles, en anglais du moyen âge, sont « Sumer is inumen in Lhud sJDg euccu > c'est-à-dire, Fêté est venuj le coucou solitaire chante. La notation, su une portée de six lignes ou de cinq, est celle du moyen âge, mais ii régulière en ce que la mesure étant à divisions ternaires et les not( de deux temps étant représentées par des longues, celles-ci devraiem=3t être suivies de brèves pour le complément du mode parfait : or, a u lieu de brèves, il y a partout des semi-brèves, en sorte qu'aucune me=^- sure n'est complète . Au-dessous de la notation du canon se trouve celle de deux autr^^s voix qui portent le titre de pes (pied), parce qu'elles sont le soutie=="n des autres voix par leur harmonie grave. Elles font entre elles vmm^^ autre canon perpétuel sur les paroles incessamment répétées sii cuccu [le coucou chante) (1). Paf la grande quantité de quintes et d'octaves successives auxquelL donne lieu le canon dans son développement , il n'est pas doute»-^ que sa composition a précédé le quatorzième siècle, où cette impc^ ^ fection était devenue beaucoup plus rare ; mais par la forme rhytJb- (1) Le fac-similé de cette pièce, d*après le manuscrit du Muséum britannique, se trouve Smds le premier volume dû livre de M. W. Chappell iotitulé : Popuiar Mitsie ofthê OiJemtUu, DE LA MUSIQUE. 319 mique^ tonale, régulière et mélodieuse du thème, il est évident aussi qu'il n'a plus de rapport avec les traditions du déchant et consé- quemment qu'il doit être postérieur à 1250. Voici ce chant dans son véritable caractère rhythmique, lequel est binaire à divisions ter- naires. i S=r. lËî^iEÈEt^ g— rfcrinf ± Su - mer is i - eu - men in ^^^m^^M Lhu-desing eue -eu groveth sed and i âËî p ■jq: l g^^ElZb ê±: ^- ■\ O-"-' --~^- bloweth med and springeth the wde nu. S:ng eue - eu. te^g p^^i^ q^ a '■^ A - we ble-teth af - ter lomb thouth af - ter eal - ve eu. BuMua sterteth ^^ ± ES ■s± ± ■— -¥■ ^i bue • ke ver - tetb , mu - rie sing eue • eu. Cue - eu 32: eue - eu m il t X z.-^^. ùe: ^~a'- M — ^— well sing the eue - eu ne snik thu na - ver nu. Au simple aperçu de ce chant, on reconnaît qu'aucun rapport n'existe entre lui et la musique des déchanteurs du treizième siècle; cependant ce n'est rien encore, si l'on songe à la force de conception quUl a exigée de son auteur, pour que cette même mélodie pût se prêter aux combinaisons d'un canon à quatre voix. On désigne par le nom de canon une composition dans laquelle , après qu'une voix seule a fait entendre la première phrase d'une mélodie, une autre voix chante la même phrase sur laquelle s'harmonise la seconde phrase de la première voix. Les difficultés se multiplient, si une troisième vient se joindre aux deux premières et chante à son tour les mêmes phrases que les autres, pendant que celles-ci continuent à s'harmoniser avec elle. Enfin la combinaison se complique de plus en plus, si une qua- trième voix vient chanter toutes les phrases déjà chantées par les au- tres, qui continuent en faisant harmonie. Qu'on imagine ce que sont les difficultés qui s'ajoutent à celles dont nous venons de parler, si deux 320 HISTOIRE GËJVÉRALE autres voix vienDent accompagner les quatre premières en faisant un canon à deux parties sur un autre thème I Tel est le morceau conservé dans le manuscrit du Muséum britannique. Certes, tout cela peut se faire aujourd'hui sans une grande fatigue d^esprit par tout compo- siteur connaissant les ressources de son art, parce que la science de cet art a découvert des procédés de dispositions et de formes qui ren- dent ce travail plus facile ; mais le musicien qui, avant le quatorzième siècle, a fait le morceau dont il s'agit, a dû tout inventer, aucun autre canon n'existant avant le sien et ne pouvant être son modèle. Qu'on ne s'étonne donc pas de ce que, ayant à surmonter de si grandes difficultés qu'il s'était créées lui-même, il n'ait pu éviter les succes- sions de quintes et d'octaves dont tous les déchanteurs avaient fait un usage habituel avant lui, et nonobstant ces imperfections, disons avec assurance qu'il fut le plus grand musicien de son temps. Il est re- grettable que son nom n'ait pas été conservé. La réponse à la seconde question que noua avons posée au com- mencement de ce chapitre se présente ici naturellement. Nous nous étions demandé d'abord à quelle époque a commencé la transforma- tion de la musique harmonique du moyen âge, et nous avons démon- tré qu'on ne peut la placer plus tard que dans la seconde moitié du treizième siècle Quant à l'autre problème : où s'est faite cette trans- formation? nous répondrons catégoriquement et nous dirons que c'est en Angleterre. Tout le monde comprendra, en effet, que le remarquable monumeût qui vient d'être analysé n'a pu être un produit du hasard et que la route de la bonne harmonie devait être ouverte dans le pays avant que cette œuvre fût écrite ; en un mot, qu'une école anglaise de musique en voie de progrès devait exister et être plus avancée qu'au- cune autre du continent. Ces considérations nous conduisent à penser que la date de ce morceau se place entre 1275 et 1280. Les recherches auxquelles nous venons de nous livrer, sur une des époques ,les plus intéressantes de l'histoire de la musique, nous sem- blent avoir atteint leur but en comblant une lacune qui'existait entre le déchant du moyen âge et le perfectionnement de l'art harmo- nique par trois maîtres célèbres dont les noms brillent d'un grand éclat au commencement du quinzième siècle. Les travaux de ces ar- tistes seront l'objet du chapitre suivant. DE LA MUSIQUE. 32 C CHAPITRE DEUXIÈME. Perfectionnement de l'art. — Guillaume Dufay. — Égide BiNCHOis. — Jean Dunstaple. — Leurs élèves. La fin du quatorzième siècle et le commencement du quinzième, indiqués à la fin du chapitre précédent, furent une époque impor- tante dans Thistoire du perfectionnement de Tart harmonique. Des "trois maîtres que nous avons mentionnés, les deux premiers, Guil- laume Dufay et Gilles ou Égide Binchois, étaient Belges ; le troisième, Jean Dunstaple ou de Dunslaple^ comme l'appelle Fhislorien Burney, ^tait né en Ecosse. Le plus ancien de ces musiciens célèbres fut Dufay : nous avons établi ailleurs(l) qu'il naquit à Chimay, petite ville du Hai- Tiaut, vers 1350, puisqu'il était, dès 1380, chantre delà chapelle pon- iificale, à Rome (2). Suivant une autre opinion, il ne serait pas né à Chimay et aurait tiré son nom du lieu de sa naissance, Fay-la-Ville ou Fay-le-ChâleaUj de la même province. Cela est peu vraisemblable, aucun des anciens auteurs ne l'appelant autrement que Dufay ^ en un seul mot, et son nom étant ainsi orthographié dans les manuscrits où nous avons trouvé ses ouvrages. On ignore où Dufay reçut son édu- cation musicale : Kiesewetter pense que ce dut être en Belgique, se fondant sur ce que les compositions de ce maître indiquent un état de l'art beaucoup plus avancé, sous le rapport de Tharmonie, qu'on ne le trouve chez les musiciens florentins du quatorzième siècle et dans les ouvrages de Guillaume de Hachant, particulièrement dans la messe à quatre voix de ce musicien français, laquelle fut écrite en 1364, pour le sacre du roi de France Charles V. D'après ces considérations, Kiesewetter croit qu'on possédait en Belgique une connaissance plus étendue qu'ailleurs de l'art d'écrire en musique et que Dufay y a puisé son instruction. 11 remarque encore qu'antérleurementà l'époque où vécut ce maître, la notation noire était seule en usage, tandis que la notation blanche apparaît pour la première fois dans les compositions (1) Biographie universelle des Musiciens, t. III, p. 71. (2) Fait constaté par Baini dans les Memorie storico-critiche délia vîta e délie opère di Gio» vanni Pierluigi da Palestrina, BIST. DE LA MUSIQUE. — T. T. 21 8M HISTOIRE GÉNÉRALE dcDufay, de BinchoisetdeDunstaple(l). M. de Coussemaker suppose que la maîtrise de la cathédrale de Cambrai fut l'école où sefitTédu- cation musicale du premier de ces maîtres (2) ; cela n'est pas impos- sible, puisque le Cambrésis faisait alors partie des États des Ducs de Bourgogne comme la Belgique; toutefois rien ne le prouve, des maî- trises existant aussi à la même époque dans les cathédrales de Tour- nay , d'Anvers et de Bruges. A ce sujet, le vieux poète français Martin Le Franc a commis évidemment une erreur, dans son poème le Champion des dameSy lorsqu'il a dit que Dufay et Binchois avaient suivi la doc- trine anglaise qu'ils avaient apprise de Dunstaple, car ce musicien était beaucoup plus jeune que Dufay, étant mort seulement en 1458, tandis que le maître belge était décédé à Rome, en 1432, à l'âge d'en- viron quatre-vingts ans. Voici les vers de Le Franc : « Mais ODcques jour ne deschantèrent En mélodie de tels chois^ (Ce m*ont dit ceulx qui les hantèrent) Que Guillaume Dufay et Bindiois, Car ilz ont nouvelle pratique De faire frisque concordance En haute et en basse musique, En fainte, en passe et en muance, Et ont prins de la contenance Jngloise et ensuy Dunstable ; Pourquoi merveilleuse playsauce Rend leur chant joyeux et stable. « Si nous insistons ici sur cette question de biographie, c'est que plu- sieurs points importants de l'histoire de la musique s'y rattachent intimement, à savoir : l'origine de la grande école de compositeui belges, dont nous aurons à parler longuement; la transformation d< la notation; enfin, l'existence d'une école d'habiles musiciens fran — -- çais au quinzième siècle , niée systématiquement par Riesewetter c ^^i dont nous démontrerons la réalité. Nous continuons donc l'examen d«»- — ^ ces faits. L'argument tiré par Kiesewetter du peu de vraisemblance qu'on a r "^ ^ (1) Kiesewetter : Ceschichte der europKisch'j4benl«ndischen oder unsrer heuiigen àfar ^t p. 42-49. (2) Notices sur les collections musicales de la bibliothèque de Cambrai, DE LA MUSIQUE. 328 passé subitement de la notation noire à la blanche employée par Du- fay, etde la probabilité que cette dernière était en usage dans les Pays- Bas lorsqu'elle était encore inconnue en France et en Italie, cet argu- ment, disons-nous, n'a aucune solidité, puisque, dès la fin du treizième siècle, les deux notations commencèrent d'être contemporaines, bien que Tune fût plus fréquemment employée que Fautre. Les notes blan- ches étaient alors appelées notes vides (notae vacude). Dans un ma- nuscrit du Vatican, qui est du XIV* siècle et contient le Pomerium mu- sical mensurat3$ de Marcheto de Padoue, les exemples sont en notes vides, tandis que dans celui de TAmbrosienne de Milan, ainsi que dans le nôtre, ces mêmes exemples sont en notation noire, bien que ces ma- nuscrits soient du même temps. 11 en est de même du Libellus cantus mensurahilis et du traité Ars contrapuncU, de Jean de Mûris, dont il y a de nombreuses copies : dans les unes, la notation est noire ; dans les autres manuscrits , tels que ceux de la Bibliothèque nationale de Paris et du Muséum britannique , et dans le nôtre, les mêmes exemples sont en notation blanche. Ainsi, dans le premier de ces ouvrages, après la phrase : quinque sunt partes prolalioniSy videlicel maxima, longa, brevis, semibrevis et minima, ut hic apparei^ l'exemple est ainsi noté, dans certains manuscrits : dans d'autres, il l'est de cette manière : ^ g g i> i Il en est ainsi de tout le contenu de ces ouvrages : or, il est essen- tiel de rappeler qu'ils datent de 1323. Philippe de Vitry, contempo- rain de Jean de Mûris, parle aussi des notes vides. Remarquons en passant que Jean de Mûris est le premier auteur qui ait nommé la maxima qui, chez PhilijTpe de Vitry est encore la double longue, rfw- plex longa. Les compositions de Dufay sont incontestablement les premières où la notation blanche fut employée d'une manière suivie et absolue ; cependant ce n'est pas à dire qu'il en ait pris l'habitude dans une 824 HISTOIRE GÉNÉRALE école de sa patrie où elle aurait été d^un usage général, car la nota- tion noire n'avait pas cessé d'y être employée durant la première moitié du quinzième siècle, au moins dans certaines localités, ainsi que nous l'avons constaté dans un volume des archives de Gand, où se trouvent deux chansons françaises à trois voix, avec d'autres pièces dont une porte la date de 1417. Les premières paroles de ces chan- sons sont : Tant vaut mon amtfy et Est-il autre mercy : leur notation est noire. On ne peut donc contester l'importance des innovations intro- duites par Dufay, tant dans la notation que, dans l'harmonie, et l'on doit s'en rapporter sur ce point aux paroles d'Adam de Fulde qui, dans un traité de musique écrit en 1490, attribue à ce maître quantité d'inventions dans le système de la notation et dans l'em- ploi des dissonances par prolongation, lesquelles, dit-il, ont été imitées par les musiciens modernes (l). Sa gloire reste donc entière, et l'on ne peut nier que les choses qui .firent sa renommée lui aient été enseignées dans une école de son pays. Que Dufay ait com- mencé ses études musicales en Belgique, cela est vraisemblable puis- qu'il y était né, mais rien ne prouve qu'il ne les a pas continuées en France, où il aurait acquis dés notions de la nouvelle notation qu'il développa plus tard. Kiesewetter qui, dans son mémoire couronné par l'Institut des Pays-Bas, avait nié l'existence d'une ancienne école de musiciens français, ne voulut jamais revenir de son erreur; cepen- dant, en remontant jusqu'au quatorzième siècle, on peut en cons- tater l'importance par les noms des chantres de la chapelle pontificale qui se trouvait alors à Avignon. On sait, en effet, que la science du chantre comprenait alors le plain-chant, l'habileté la plus complète dans l'interprétation de tous les cas d'une notation difficile et compli- quée à l'excès, et de plus la science de l'harmonie dont il devait faire incessamment des applications dans le chant sur le livre. Or, lorsque Grégoire IX prit la résolution, en 1377, de replacer à Rome le siège de la papauté, les chantres de sa chapelle, à l'exception d^unseul Ita- lien nommé Egidio Lauri^ étaient tous Français : c'étaient Egide Flan- nal surnommé Venfant, Jean Redois, Bartholomé Poigniare^ Jean de (1) Cujus rei venerabîlem GuUhelmum Duffay inpentorem extitltte credo , quem et moder» ntores musici omîtes Imitantur, etc.; ap Gerheri, 1. 111, p. 350. DE LA MUSIQUE. 825 Lacour dit Famiy Jacques Ragot et Guillaume de Malbecq. Tel était leur mérite, que, n'espérant pas leur trouver de dignes successeurs, Grégoire les emmena à Rome et les confirma dans leur position de chantres pontificaux. N'est-il pas vraisemblable que ce fut parmi ces habiles musiciens que Dufay acquit le grand savoir relatif qui le distingue entre ses contemporains? Cette conjecture acquiert beau- coup de probabilité par le fait que lui-même, trois ans après, était au nombre des chantres de la chapelle pontificale où, jusqu'alors, on ne trouve aucun Belge. L'examen des améliorations considérables introduites dans l'art par Dufay est ici nécessaire, pourjustifier les éloges que lui ont accordés ses contemporains et ses successeurs. Nous ne parlerons pas des modifica- tions et des innovations dans la notation qui lui sont attribuées en ter- mes généraux, parce qu'il serait à peu près impossible aujourd'hui de déterminer ce qui lui appartient en propre; nous traiterons d'ailleurs, dans le chapitre suivant, de la notation blanche du quinzième siècle avec les développements nécessaires. Ce qui intéresse particulière- ment dans les travaux de ce maître, c'est le perfectionnement de l'harmonie et la variété de formes dont il a enrichi la musique. En premier lieu, nous devons constater l'abandon absolu, dans ses ou- vrages , des successions immédiates de quintes, d'octaves et d'unis- sons, dont les compositions des musiciens italiens du quatorzième siècles offrent des exemples, bien qu'infiniment plus rares que dans la musique du treizième. A peine pourrait-on citer, dans toutes les messes et les chansons de Dufay, cinq ou six successions de quintes entre les parties intermédiaires. Quant aux successions d'octaves et d'unissons, il n'en existe pas une seule dans toute sa musique. En ce qui concerne les harmonies nouvelles dont il a doté l'art, nous signa- lerons d'abord le retard de la tierce par la prolongation de la partie inférieure et, pour en citer des exemples, nous choisirons un passage du second Kyrie deldi messe à trois voix Summâs Trinxiaii qui se trouve dans le manuscrit 5557 de la bibliothèque royale de Bruxelles. S^p:^^:^^^ 32 _Q. :a: X3: -^ iq: ^•- ura :a: -^ P^ jQ: 326 HISTOIRE GÉNÉRALE Guillaume Dufay est aussi le plus ancien musicien qui ait fait entrer dans rharmonie le retard de la tierce par la prolongation d'une des voix supérieures, ce qui produit la dissonance artificielle de la quarte et quinte ayant sa résolution naturelle sur Tharmonie consonnante. Le premier des exemples suivants, où la prolongation qui produit la quarte est dans la voix supérieure, se trouve dans le même Kyrie; Tautre, où la prolongation de quarte est dans la voix intermédiaire, appartient au Gloria in excelsis de la même messe. W zxs: xi: ^^ — m ;a: c^ ï :q: si: i ro: * .Ci. non me las - sar ft xs: 1=79: P- ± xs: _A_— _, ^°=y mo - ri re :a: ^ ^ 3 Q — ^ t- -jor. lo: xn .Cl. s :b~o S :ê^- gF^É^^ .«zi ^ t: X3: in cor • ta ^ -Q- S ^fiT-cr SI - a 33 :ê±rt; itelEê^Es; R mer □l -O. t ;^ t- &î jo: ïs: P^:5E$Ë io cor -la - si - a in cor - ta-si •Q. sr Z2 t=ï I I I eh ^Q-6i-^— [ :^=& /TN :^3EÉ1 ^=f^=h3Z m §g xx ^g roL t A Tas -me .13 Q-P rTrTITT^ -^ a. A Tas -me a Tasme . /T^ :q: i^ i2Si m 334 HISTOIRE GÉNÉRALE m ^ M .m « - p ; ^ t \ n s m :=ro; :o; t :q: jsl: :^f=«=î ^ a l'as • me P=P lia: "CC E3^15E^3 ^^ëS g^^^^g fe= isr. IQ- -ct. xx. ^ 4-- 3»; ^^-^ dolen-te lÉÉ : q *-^q e^ de • zo fi - nire m zq: 'O xi: :^ ^^^^ÊiÊ^EËli^p .^,Ut-a : ss. B^eI X3: fe ^ grra ■t -^ pour bien ser-vire azÉ^q:^i:iG 3— î^o t=i ^b5 g" *: :a: XX Et aa: X5: sizzmcx -*-P 'g xi: :q: .D. 1g- O :e±n t=t: i?2: le :q: S loi au - ment a - ma m v^ nsri: J:=q= =22=5 SX 72 ■i9 -^ (1) 11 y a là une faute dans le manuscrit que Dunstaple n'a probablement pas faite : le pas- DE LA MUSIQUE. 336 ÉE^jEi3 sLnê: jO.-=&. t::i §^^ ~Z3a: il fe^ :ûzra: B: :a; :l3: P î=n- re. /TN :g. :a: « Si l'on pouvait juger du talent d'un maître par un seul morceau, nous dirions sans hésiter que Dunstaple nous semple inférieur à Dufay et à Binchois, dans certaines parties de Vart d'écrire. Son har- monie est souvent incomplète et nue; il abuse de Tunisson et de l'octave ; en plusieurs endroits il fait usage de la succession des oc- taves entre le supérius et le contra-ténor par mouvement contraire, bien que les maîtres du quinzième et du seizième siècle n'aient admis que le passage de l'unisson à l'octave et de l'octave à l'unisson par ce mouvement. On peut aussi reprocher à Dunstaple de négliger l'élégance et l'intérêt dans les parties qui accompagnent le ténor; défaut qu'on ne trouve pas dans la manière d'écrire de Binchois, son contemporain. Toutefois, nous le répétons, il faudrait être en posses- sion de plusieurs ouvrages de ce maître, avant de formuler un juge- ment contraire à celui qu'ont exprimé sur lui Tinctoris, Gafori et plusieurs autres anciens auteurs. Un des faits les plus dignes d'attention, dans l'histoire de la musi- que, est le grand nombre d'harmonistes habiles , successeurs immé- diats de Dufay, de Binchois et |de Dunstaple, et qui furent vraisem- blablement leurs élèves. Ils forment une première époque parmi les musiciens célèbres du quinzième siècle ; cette époque s'étend jusqu'en 1450 environ, puis commence la seconde époque dans laquelle brillent les noms d'Ockeghem, deBusnois, d'Obrechtet de beaucoup d'autres sage écrit est celui-ci : T X3: ±z% -■-o . Or, la première noire attaque au temps fort la quarte à découvert, ce qu'aucun maître du quinzième siècle n'a fait. La prolon- gation est un moyeu si simple pour éviter celle faute, qu'on ne comprendrait pas pourquoi il n'aurait pas été employé. 386 • HISTOIRE GÉNÉRALE ^ dont nous signalerons les travaux. II n'est pas moins remarquable qu'à l'exception de quelques Français, tous furent Belges. A la pre- mière époque appartiennent les noms d'Eloy, de Vincent Fauques ou LafagCy de Brassari ou Br assert y de Domart, et de maître Jac- ques Barhireau, qu'on prononçait Barhiriauel dont on a fait, dans les manuscrits, des altérations telles que BarbiriaUy Barbiryant et Barbin- guant. Tous sont cités avec éloges par les didacticiens qui vécurent après eux. Éloy parait être né au commencement du quinzième siècle, c'est-à-dire vers IMO, dans le Hainaut, et peut-être à Mons, où était une famille de ce nom dont descendait le médecin et bio- graphe Éloy. Il fit probablement ses études musicales dans une des maîtrises de cathédrales ou de collégiales de sa patrie. Tinctoris, pa^ lant de la manière de traiter les modes mineurs dans la notation pro- portionnelle, s'exprime ainsi : C'est de cette manière qu'a écrit Jf/oy, très-savant en ce qui concerne les modes, dans sa messe intitulée Dixerunt discipuli (l). Gafori accorde de semblables éloges à ce maître, à propos des mêmes choses et cite la même messe (2), qui se trouve à Rome, dans un manuscrit de la chapelle pontificale : elle est écrite i cinq voix. Kiesewetter en a publié le Kyrie et YAgnus Dei (3) : ce sont des morceaux de grand mérite, pour le temps où vécut l'auteur. Vincent Fauques ou Lafage fut aussi, suivant Tinctoris, un succes- seur immédiat de Dufay, de Binchois et de Dunstaple; mais, cela étant, il a tort d'ajouter qu'il fut contemporain d'Obrecht, de Régis et de Caron,car ceux-ci vécurent dans la seconde moitié du quinzième siècle. Il parait que Fauques fut chantre de la chapelle pontificale. Baini a trouvé, dans les archives de cette chapelle, la preuve qu'on chantait encore ses messes et ses motets au temps de Nicolas V, qni gouverna l'Église depuis 1447 jusqu'en 1455. Au surplus, l'époque où vécut ce musicien peut se déterminer avec certitude par la lecture de sa messe de VEomms arméy à trois voix, dont Kiesewetter a publié le Kyrie, d'après une copie que lui avait fournie Baini (4), car la manière d'écrire de Fauques ne diffère pas de celle des premiers (1) Sicut Eloy quem in modis doctîsgimum accepi in missa Dixerunt discipuli fuit. (2) Eloy igitur in modis docUssimus in missa sua Dixerunt discipuli duabus longaram per- fectarum pausis modum majorem perfectum decIaraTit atque insuper trium temporum patiM minorismodi perfectionem ostendit. <— Musicm utriusque cantut practica, lib. Il, c. 7. {Z) Gtschichte der europ. Abendlmnd. Musik, pi. XIV-XV. (4) Ibid., pi. XVII. DE LA MUSIQUE. 337 maîtres du commencement du quinzième siècle; elle n'a aucun rap- port avec le style d'Obrecht, de Régis et de Caron. Domart, musicien français et probablement picard, vient à la même époque que les précédents et eut aussi la réputation de savant harmo- niste. Tinctoris le cite en plusieurs endroits de ses ouvrages, particu- lièrement dans son Proportionale ^ où il critique certaines erreurs de proportions dans la notation de sa messe Spiritus almus. Plusieurs messes de ce maître se trouvent dans le volume manuscrit n** iï des archives de la chapelle pontificale. H. Tabbé Horelot a recueilli, dans les manuscrits de la bibliothèque du Vatican, une chanson à trois voix de Domart. De Boussart et de Le Rouge, on ne sait guère plus que les noms : Gafori nous apprend seulement que le premier vécut à peu près dans le même temps que Dufay, Binchois, Dunstaple, et que, comme eux, il admettait Tusage des dissonances par des notes de peu de va- leur (1). En ce qui concerne Le Rouge, le nom latin au génitif, Rubeif sous lequel il est cité par Aron et par d'autres auteurs anciens, prouve qu'il était Belge, Tusage des noms sous celte forme, aux quinzième et seizième siècles , étant particulier aux Tays-Bas. Quant aux cir- constances de la vie de ce musicien, elles sont ignorées, et, de ses ou- vrages, rien n'a été retrouvé jusqu'à ce jour. Le plus savant de ces maîtres de la première époque et le plus im- portant par les résultats de son enseignement fut Jacques BarbireaUy dont le nom défiguré dans les manuscrits, sous la forme de Barbin- ganty est plus connu. On voit dans son testament, qui se trouve aux archives de l'église Notre-Dame d'Anvers, que son nom exact était BarbireaUj quoiqu'on le prononçât habituellement Barbiriau, ce qui peut indiquer qu'il était né dans la partie wallone de la Belgique, où l'on prononce tau les terminaisons en eau. Il parait qu'il était de- puis plusieurs années chantre de la collégiale d'Anvers lorsqu'il fut nommé, en 1448, maître de musique et précepteur des en- fants de cette même église : il en remplit les fonctions jusqu'à ses derniers jours. Ce fut dans cette position qu'il communiqua son pro- fond savoir à quelques élèves qui sont comptés parmi les musiciens les plus célèbres de la seconde moitié du quinzième siècle. Dans sa (1) Mus, utriusque cantus pract,, lib. III. BIST. DE LA MUfllQCB. — T. V. 22 338 HISTOIRE GÉNÉRALE longue carrière de professeur, il fut le trait d'union entre la première époque et la seconde de Fart harmonique. Barbireau mourut à An- vers le 3 août 1491. Tinctoris, son contemporain, le cite en plusieurs endroits de ses ouvrages comme une des plus grandes autorités dans la musique de son temps, particulièrement au troisième chapitre du Trotté de t imperfection des notes, où il rapporte un fragment de la chanson française de ce maître commençant par ces mots : lome (Phomme) bany de sa plaisance. La Bibliothèque impériale de Vienne possède de Barbireau, dans un manuscrit sur vélin du seizième siècle : l"" la messe à cinq voix intitulée Virgo parens Christi; 2*" une messe à quatre voix qui a pour titre : Faulx perverse; 3"* le Kyrie d^une Messa paschale. Un autre manuscrit de la même biblio- thèque renferme le Kyrie et le Christe d'une messe sine nomine du même musicien. Un précieux manuscrit de la bibliothèque de Dijon contient sa chanson à quatre voix il u travail puisque peu de gens croi- roienly ainsi que les chansons à trois voix Lomme bany de sa plaisance^ et Espérant que mon bien vendra. Il est remarquable que la collégiale d'Anvers n'a conservé aucune des productions d'un maître qui Ta illus- trée : il en est ainsi, du' reste, de tous les grands musiciens des quinzième et seizième siècles qui furent attachés à cette église. Obligés que nous sommes de rester dans les limites d'une histoire de la musique, ouvrage différent de ce que serait un recueil d'anti- quités musicales, nous ne mettons sous les yeux des lecteurs que ce qui est caractéristique d'une époque de l'art. C'est pour atteindre ce but que , voulant faire connaître la première époque de l'harmonie régulière par les monuments qui montrent cet art entièrement cons^ titué , nous en avons choisi les spécimens dans les œuvres des troi» compositeurs qui ont eu la plus grande part à sa formation, à sa- voir Dufay^ Binchois et Dunstaple. Les produits du talent de leurs élèves, jusqu'à l'époque de la mort de Barbireau, n'auraient riea appris de plus aux lecteurs, tout ce qui s'y trouve ayant des formes analogues à ces modèles et n'introduisant dans Fart aucune modifica- tion essentielle. Dans toute cette musique, on remarque plus ou moins d'habileté , plus ou moins d'élégance , mais le principe et la forme restent identiques* DE LA MUSIQUE. 339 CHAPITRE TROISIÈME. LA NOTATIOX BLANCHE. • [critique que nous avoas faite- de la notation noire conserve sa valeur à Tégard de la notation blanche, le système étant ique dans Tune et dans Tautre, bien que Taspect soit différent. 3urs siècles d^existence de ce système et l'habitude contractée enfance de Tusage des ligatures y dans les maîtrises des églises, srmettaient pas aux savants musiciens du quinzième siècle d*en evoir les défauts et Tinutilité. Loin de là, ils y ajoutèrent de dles difficultés , ou, pour mieux dire, de nouvelles absurdités ous expliquerons dans ce chapitre. La vanité des musiciens mettait autant de prix à trouver et & résoudre des énigmes de notation, imaginer des combinaisons intéressantes dans Tharmonie des : les sarcasmes n'étaient pas épargnés à celui qui montrait [ue maladresse dans ces exercices de logogriphes , soit en écri- soit en chantant. La réforme de ces égarements ne commença L seizième siècle : elle se fit par Tabandon successif des ligatures, ir substituant remploi des notes et en simplifiant les combinaisons usures; mais elle fut longue et laborieuse, car elle ne fut achevée •ut que vers 1650. On avait abandonné plus tôt Tancienne nota- dans la musique mondaine; mais elle était encore employée la musique d'église pendant la première partie du dix-septième I. Le P. Parran en explique les principes dans un traité de musi- mpriméen 1646 (1), et La Voye Hignot expose encore le sys- des anciennes mesures et la signification de quelques ligatures un ouvrage du même genre publié vingt ans plus tard (2). Quelle soit notre opinion sur ce sujet, nous pensons que l'histoire gé- Vraitc de la musitfue théorique et pratique contenant les préceptes de la composition, 1646, in-4». Traité de musique ret^u et augmenté de nouveau ttune quatrième partie, laquelle tous les exemples des principales règles pratiquées par les plus excellents autlieurs) t de plus la manière de composer à deuxy à trois ^ à quatre et à cinq parties, Paris ^ I, 1666,10-4'». 340 HISTOIRE GÉNÉRALE nérale de la musique doit faire connaître le système complet de cette notation ; nous allons donc Texposer avec autant d'ordre et de clarté qu'il nous sera possible. §1. Des notes et des pauses. Ainsi qu'on l'a vu dans le chapitre précédent, il y avait cinq es- pèces de notes dans la notation blanche comme dans la noire, à sa- voir, la maxime, la longue, la brève, la semi-brève et la minime. La valeur de la maxime était de trois longues dans le mode majeur parfait et de deux dans l'imparfait : son carré long avait la queue à, droite, ascendante ou descendante , comme on le voit dans ces fi- gures : c=3 c^. Dans l'une ou l'autre forme, la valeur était la même. La longue était un carré à côtés égaux ayant la queue à droite montante ou descendante, comme on le voit ici □ d. Sa valeur était de trois brèves , dans le mode mineur parfait , et de deux dans le même mode imparfait. Comme la longue, la brève était un carré à côtés égaux, mais san» queue, comme cette figure d; sa Valeur était de trois semi-brèvei* dans le temps parfait et de deux dans l'imparfait. La semi-brève, formée ainsi ^ , avait la valeur de trois minimes dans la prolation majeure et de deux dans la mineure. Au quinzième siècle , la minime , ainsi formée ^ ou <^ , était le signe de la plus petite durée dans la mesure régulière ; elle était conséquenmient indivise, bien qu'on trouve déjà la semi-minime dans les ouvrages de Philippe de Vitry. Cette semi-minime était ce- pendant employée dans certaines proportions des prolations majeure et mineure dont nous parlerons plus loin : elles avaient ces formes ^ 9 o ou i ; mais les maîtres les considéraient alors comme des variétés de la minime. Toutes ces notes sont celles qu'on désignait sous le nom de simples, pour les distinguer des notes liées ou ligatures, lesquelles ligatures chan- DE LA MUSIQUE. 841 geaient leur nature en les accolant. Ainsi que nous l'avons démontré dans Texplicalion de la notation noire, les notes simples pouvaient suffire à tous les besoins de la musiquç de Tépoque où elles étaient employées. Non-seulement elles étaient suffisantes, mais leur emploi exclusif pouvait seul former une notation conforme à la raison. Le contraire avait] lieu dans les [ligatures, puisque la longue pouvait devenir brève ou semi-brève, la brève semi-brève ou longue, et que la semi-brève pouvait avoir deux valeurs différentes : là étaient à la fois Fabsurdité et Tinutilité ; car il serait impossible d^indiquer le motif déterminant d'une telle anarchie. En voici le système : l"" La ligature était la jonction immédiate de deux notes ou d'un plus grand nombre. Toute ligature était ascendante ou descendante : elle était ascendante lorsque la dernière de deux notes liées, ou la pénul- tième d'un plus grand nombre, était plus haute que la première, ainsi que dans ces exemples : La ligature était descendante lorsque la dernière note de deux liées ou la pénultième de plusieurs était plus basse que la première, comme on le voit dans ces successions : S"" La ligature était droite ou oblique : elle était droite lorsque les notes accolées ou liées conservaient leurs formes, comme dans ces exemples : r rFbn ^' "p°"^°tJ H Elle était oblique quand on tirait obliquement des traits qui al- laient de la position d'une note à celle d'une autre , comme on le voit ICI : 342 HISTOIRE GÉNÉRALE 3*" Dans les ligatures, on distinguait les notes en premières, moyennes et dernières. Sept règles générales enseignaient la valeur de durée des premières notes. Par la première de ces règles, toute première note qui avait la queue en haut et à gauche n'avait que la valeur d'une semi-brève^ comme dans ce passage, suivi de sa traduc- tion : Ex. Trad. ^ I .du g- ^^ „ Il ^ ([■ ,, ^^ ^ TjQ \ a s: La deuxième était que, dans toute ligature ascendante et droite, la première note sans queue était brève, comme on le voit dans cet exemple, suivi de sa traduction : Ex. 4 Tfad. ITTTdP d'-P i ^^ ^ s: se 13: m Par la troisième règle, dans toute ligature ascendante et oblique, la première note ayant la queue à gauche et descendante était brève, comme on le voit ici : Et. Trad. :3à ^^ s: JDL La quatrième établissait que, dans toute ligature oblique ascen- dante, toute première note sans queue était longue, comme on le voit par la traduction de l'exemple suivant. Ex. Trad. m « 33: s: UL £X Par la cinquième, dans toute ligature descendante, la première note ayant la queue en haut, à gauche, était semi-brève, comme dans cet exemple : Trad. El. i^'^>. Ili " r.j V o " i DE LA MUSIQUE. 348 La sixième règle était que, dans toute ligature descendante, la pre- mière ayant la queue à gauche et tirée en dessous était brève, comme on voit dans ces exemples : ' fi P' P'\i l'q. i ^piii (^1 I Traduction. i iz n m: XX n: 33: Enfin par la septième règle , dans toute ligature descendante, la première note sans queue était longue : Exemple. i 15 3=ë= ^T P g Traduction. i 3Z n: JOl is. ir s s XL i k^ Les notes moyennes sont celles qui sont liées entre la première et la dernière : une seule règle les concerne, à savoir que, dans une ligature quelconque, toutes les notes moyennes sont brèves, à moins que la première n'ait la queue en haut et à gauche; dans ce cas la se- conde est semi-brève comme la première. Exemple : ^^^' cP ^ b'ho UcrJ° ; pi'' tiP'^ N g 344 HISTOIRE GÉNÉRALE Traduction. |g XL H H S & :ë3c xr ix ■^ II n IP^ xc ^ S"" La valeur des dernières notes des ligatures est déterminée par deux règles dont la première concerne les ligatures ascendantes, et Tautre les descendantes. Par la première, dans toute ligature ascen- dante, les dernières notes sont brèves, à moins que deux notes seu- lement ne soient liées et que la première n'ait la queue en haut et à gauche auquel cas toutes deux sont semi-brèves. Exemple : IRC, ,.M,^;Jtf^ ^^ t^ I p 'P \ Traduction. n o XI 17: M^ 3Z H ■g-l zc se -XL IL 1Z=± IX X2. xc La seconde règle est que, dans toute ligature descendante et droite, la dernière note est longue et que dans Toblique elle est brève, à moins que laliaison ne soit que de deux notes dont la première aurait la queue en haut et à gauche, auquel cas, comme on Ta vu précé- demment, les deux notes sont toujours semi-brèves. DE LA MUSIQUE. 345 Exemple. L ' ■ ■ ■ I ■ I ■ ■ ■ * Traduction. m •— B- s: m: ZL .a. TL IX. 6^ La maxime se liait avec elle-même^ avec la longue, la brève et la semi-brève ; de même la longue se liait avec la maxime, avec elle- même, enfin avec la brève et la semi-brève. Ces ligatures se faisaient de deux manières, ou de côté en conservant aux notes leur forme propre, ou en les superposant de telle sorte qu'elles formaient des figures complexes. On appelait notes liées avec propriiti celles qui se liaient de la première manière, et les autres no HISTOIRE GÉNÉRALE Notes liées sans propriété. i a '"cj If' ^ H ^ 1 Traduction. m m xc IX xc n: s: s: n Cette distinction des deux genres de ligatures n'a point de sens, puisque, avec ou sans propriété, les notes avaient les mêmes va* leurs. 7** Les pauses/ dans Fancienne musique comme dans la moderne, étaient des signes de silence. La pause de longue indiquait un silence de la durée de cette note : elle consistait en un trait qui occupait trois espaces de la portée dans le mode mineur parfait et deux dans rimparfait. Mode mineur parfait. ^^ g nU* a Mode mineur imparfait. 1^ E T^ I «J' 1 'I Effet de la pacse de longue dans le mode hineub parfait. ja^an -EK- iz «*- n >■ ■■ XX XXL JX 33Z 1 DE LA MUSIQUE. 347 Effet de la même pause dans le mode mineur imparfait. S z IX ■m zz xz: 8* Dans quelque temps que ce soit, la pause de brève n'occupe qu'un espace de la portée : dans le temps parfait, elle vaut trois semi- brèves ; dans le temps imparfait, elle n'en vaut que deux Exemple du temps parfait. F FP^ fe= I^PŒ^ Exemple du temps imparfait. m T— nfe".?*^^ 1 ^ !=& Effet de la pause de brève dans le temps parfait. •\ "' I " n O 313 x=: ^ 2Z Effet de la même pause dans le temps imparfait. F s p n 31 XX O n i TT 31 zz: 9^ La pause de semi-brève était un petit trait qui se plaçait au des- sous de la ligne : elle valait trois minimes dans la prolation majeure et deux seulement dans la mineure. Exemple dans la prolation majeure. (fi cr^-i l ^'"o 1 t ■y-TV 848 HISTOIRE GÉNÉRALE Exemple dans la prolation mineure. r^"- ^vTi 1 o " o ^ , .u .J'iA.r ^^ 1 1 ^, l ■'il I mj y. iUU ! I Tbaduction. œ! B 7"7T j i i .jjJiJ'Ji^ i O^^J^O^^^. (1) Le point placé en cet endroit entre deux minimes était appelé poini d'altération. Son effet, comme on le voit dans la traduction de Texemple, était de doubler la valeur de la note placée après le point (Cf. Ornitoparcus, Musicm activm Mierologus^ lib. II, cap. 12 ; Seb. Hey- den, Musicm id est artis can€ndi..,,etc.f lib. I, cap. 7. — Aaron, Toseanello in musica^ lib. 1, cap.30et 32. — Vanneo, Recanetum de musica aurea^ lib. Il, cap. 15. — Henr. Finck, Prac^ tica musica, lib. II, cap. de punctis. — Tigrini, Compendio délia musica^ lib. lY, cap. 25, p. 134. L'explication de Tinctoris, dans son Traité des points musicaux, manque de clarté sur ce sujet (ch. 3*); quant à Gafori, il n>n parle pas, parce qu'il n'admet que deux sortes de points, à savoir, ceux de division et de perfection (Musice utriusque cantus practica, lib. II, cap. 12. Zarlino donne au point d'altération un effet différent de celui des auteurs cités précédem- ment : selon lui {Istitutioni harmonicke, 3* parte, cap. 70), ce n'était pas la note qui suivait le point dont la valeur était doublée, mais la minime qui venait après elle. Cette doctrine est celle de Zacconi (Practica di musica, lib. II, c. 6) ; c'est d'après elle qu'il a traduit le thème de la chanson de l* Homme armé, dans la messe de Palestrina : ^ » '^ ^=iT 850 HISTOIRE GÉNÉRALE § "• De la mesure. Modes. — Temps. — Prolations. Les auteurs anciens qui ont traité de la notation blanche appellent quantité ce que nous nommons la mesure; ils distinguent la quantité en quatre espèces qui sont : le mode majeur ^ le mode mineur, le temf$ et la prolation. Chacune de ces quantités se divisait en deux mesures de natures différentes : ainsi les modes majeur et mineur étaient par- faits ou imparfaits. U en était de même du temps; la prolation était ou majeure ou mineure. Les modes majeur et mineur parfaits, le temps parfait et la prolation majeure étaient des mesures ternaires ou à trois temps; les mêmes modes imparfaits, le temps imparfait et la prolation mineure étaient des mesures binaires ou à deux temps. Dans le mode majeur parfait , la maxime valait trois longues : le signe de cette lente mesure ternaire était celui-ci : 1. i Dans le mode majeur imparfait^ la maxime n'avait que la durée de deux longues; on l'indiquait par ce signe, près de la clef : 2. f! q il de cette manière : ■e-»- hzjE « D ^ Les didacticiens français de la première moitié du dix«>9eptième siècle suivaient, à œt égard, la doctrine de Zarlino et de Zacconi, notamment le P. Parran (Traité delà musique thêoriqm et pratique f ch. XI» p. 48). On voit, par cet exemple , combien il y a d'obscurités et de contradictions en ce qui cou* cerne ce qu*on appelait ia notation proportionnelle» DE LA MUSIQUE. 351 Dans le mode miDeur parfait^ la longue avait la durée de trois brèves ; son signe indicatif était celui-ci : 3. |^=TT La longue , dans le mode mineur imparfait , ne valait que deux brèves; cette mesure était indiquée par le signe qu'on voit ci- après : i 4. I P » ■ I Dans le temps parfait , la brève avait la durée de trois semi- brèves : son signe indicatif était un cerple placé près de là clef ^ sans aucune pause, comme on le voit ici : 5. La brève y dans le temps imparfait, n'avait que la durée de deux semi-brèves ; son signe était un demi-cercle suivi de la pause de brève , comme ici : 6. |Fx=F Dans la prolation majeure, la semi-brève avait la valeur de trois minimes; son signe était un cercle parfait ou imparfait avec un point au centre , comme on le voit ici : fd- 7. Bfc :s: X Enfin , la semi-brève , dans la prolation mineure , n avait que la * durée de deux minimes : son signe était un demi-cercle sans point, placé près de la clef , comme dans cet exemple : 8 352 HISTOIRE GÉNÉRALE La musique moderne a quatre systèmes de mesures qui se classent de la manière suivante : l** les mesures quaternaires et binaires à divisions binaires, telles que les mesures à quatre et à deux temps diviséspar deux blanches, quatre noires et quatre croches; 2*" lesme- sures quaternaires et binaires à divisions ternaires, comme les mesures à-^, f et| ; 3*» les mesures ternaires àdivisions binaires, c'est-à-dire les mesures à trois temps dont chaque temps se divise par deux, telles que celles-ci : f, | et f ; 4* et enfin, les mesures ternaires à divisions ternaires, qui comprennent celles-ci : J et |. La musique du XV* siècle, qui n'avait pas fait entrer dans ses éléments nécessaires la régularité du rhythme, avait des combinaisons de modes, de temps , et de prolations beaucoup plus compliquées : ces compositions y suivant l'expression des anciens auteurs , étaient au nombre de seize. Les unes n'avaient que des quantités parfaites, c'est-à-dire, des divisions et subdivisions ternaires des notes les plus longues; dans d'autres, au contraire, toutes les quantités étant imparfaites, les divisions et subdivisions étaient toutes binaires. Hais il y avait des combinaisons où les quantités parfaites et imparfaites se mêlaient de diverses ma- nières. Nous croyons inutile d'en donner des exemples notés qui ne resteraient pas dans la mémoire du lecteur, et nous pensons qu'il en saisira mieux le principe par des chijffres. Supposons donc que les deux modes d'un morceau de musique soient parfaits, le temps parfait et la prolation mineure : il est évident que , dans une telle combinaison, la maxime aura la valeur de trois longues, de neuf brèves, de vingt^sept semi-brèves et de cinquante-quatre minimes; que la longue vaudra trois brèves, neuf semi-brèves et dix-huit minimes; que la brève aura la durée de trois semi-brèves et de six minimes; enfin que la semi-brève vaudra deu^x minimes. Preoons un autre exemple et supposons que le mode majeur est parfait, le mode mineur imparfait, le temps imparfait et la prolation majeure : dans cette combinaison , la maxime vaut (rots longues, six brèves, douze semi-brèves et trente-six minimes; la longue a la durée de deux brèves, de quatre semi-brèves et de douze minimes; la brève vaut deux semi-brèves et six minimes. Il est, d'après ces exemples, facile de faire le calcul de toutes les autres combinaisons-; mais, en même temps , on est frappé du désordre de rhythmes qui doit en résulter. On comprend que toutes ces combinaisons ont dû être indiquées par DE LA MUSIQUE. 353 des signes y afin que les exécutants fussent immédiatement informés de la durée qu'ils devaient donner aux notes : nous croyons devoir mettre sous les yeux du lecteur le tableau de ces signes , en faisant remarquer que la signification de quelques-uns dépend des lignes de la portée sur lesquelles ils sont placés. 1. ij fll^^ Les deux modes parfaits, le temps parfait, la prolation ma- r '^' '" jeure. 2. |l^ ''* IN Le mode majeur parfait, le mode mineur imparfait, le temps parfait , la prolation majeure. 3. d ig i 11 ^^ Le mode majeur imparfait, le mode mineur parfait, le • — — temps parfait, la prolation majeure. 4. 1^=^^ Les deux modes imparfaits, le temps parfait, la prolation ir majeure. 5. 1^ Les deux modes parfaits , le temps imparfait, la prolation majeure. 6. i X = Le mode majeur parfait, le mode mineur imparfait, le = temps imparfait, la prolation majeure. 7. i Le mode majeur imparfait, le mode mineur parfait, le temps imparfait, la prolation majeure. 8. |H Les deux modes imparfaits, le temps imparfait, la prola- i n g II tion majeure. 9. f Les deux modes parfaits, le temps parfait,»la prolation mi- neure. 10. 1 J^^Bf Le mode majeur parfait, le mode mineur impariait, le temps parfait, la prolation mineure. n. ^^ Le mode majeur imparfait, le mode mineur parfait, le temps parfait, la prolation mineure. BUT. DE LA MUSIQUE. — T. T. 23 364 HISTOIRE OËJNËRALË 12. hj — • Les deux modes imparfaits , le temps parfait , la prolation ^ tl mineure. |j | || --^ ^^ ^^"^ modes parfaits , le temps imparfait, la prolatic u. i c - m Le mode majeur parfait, le mineur imparfait, le temps ' imparfait, la prolation mineure. 15. ?■ ■■ ■ f. ' Il zz Le mode majeur imparfait, le mode mineur parfait, le ""^ temps imparfait, la prolation mineure. 16. -- Les deux modes imparfaits, le temps imparfait, la prola- tion mineure. L'idée fausse de la perfection attribuée aux valeurs ternaires des notes y dans la notation blanche comme dans la noire, fut la cause radicale des défauts de ces notations et des immenses difficultés qui en sont inséparables. Pour comprendre cette vérité^ il suffit de re- marquer que la nature ternaire de ces notes est absolue et que rien ne peut faire qu'elle se modifie par elle-même , comme cela a lieu pour les notes de la musique moderne, lesquelles, étant binaires , acquièrent la quantité ternaire par Taddition d'un signe accessoire, qui est le point. Ce point étant supprimé, les notes reprennent leur qualité binaire. Dans la notation du quinzième siècle, les modes étant parfaits, le temps parfait et la prolation majeure, aucun moyen direct ne peut empêcher que la maxime ait la valeur de trois longues; la longue la durée de trois brèves; la brève celle de trois semi-brèves, et la semi-brève celle de trois minimes. Cependant les nécessités de la musique ne peuvent être soumises à un système quelconque de notation ; c'est, au contraire, la notation qui doit satisfaire à ce qu'exigent le chant ou l'harmonie. Lorsque ces parties essentielles de l'art obligeaient à ôter la valeur d'une longue à la maxime, d'une brève à la longue, d'une semi-brève à la brève, d'une minime à la semi-brève, il fallait de toute nécessité qu'il en fût ainsi. Les auteurs de la notation proportionnelle avaient reconnu cette nécessité; mais^ ne pouvant modifier les notes en elles-mêmes, D£ LA MUSIQUE. 356 ils imaginèrent un moyen indirect dont les difficultés sont exces- sives : il consiste à imperfectionner une note parfaite par une note de moindre valeur qui la suit immédiatement et qui lui ôte le tiers de sa valeur en le remplaçant par la sienne. Les difficultés et les complications des divers modes d' imper fectionnement sont si ardues y que Tinctoris n'a pu en donner Texplication complète que dans un long traité divisé en deux livres.  Dieu ne plaise que nous fatiguions Tattention de nos lecteurs par cette multitude de règles tombées dans Toubli avec la cause qui les avait rendues nécessaires : nous nous bornerons à résumer, avec toute la brièveté possible , la théorie de Timperfection des notes. Nous venons de dire que Timperfection d'une note consistait à lui ôter le tiers de sa valeur par la note ou par les notes qui lui suc- cédaient (1) : si donc, dans le mode majeur parfait, la maxime ne devait avoir que la valeur de deux longues , par les nécessités du chant ou de Tharmonie, et si la note qui la suivait était une longue qui ne faisait pas partie d'une autre quantité, cette longue imperfec- tionnait (2) la maxime d'un tiers de sa valeur et complétait sa quan- tité. De même la brève imperfectionnait la longue; la semi-brève produisait le même ejffet sur la brève , et la minime sur la semi- brève. La note qui en imperfectionnait une autre pouvait être placée avant ou après celle qu'elle imperfectionnait, ainsi qu'on le voit dans l'exemple suivant où les deux modes sont parfaits, le temps im- parfait et la prolation mineure : S ^m ^^^ La longue qui précède la maxime, dans cet exemple, l'imperfec- tionne en lui retranchant le tiers de sa valeur et en complétant elle- même la perfection du mode. La brève liée à la longue suivante l'imperfectionne également et complète la perfection du mode mi- neur. Le point d'augmentation, qui suit cette brève, et la semi- (1) .... Imperfectio est tertise partis proprii valons totius note aut suarum partium abs' tractio. — Tinctoris : Liber imperfeetionum noiarum musicalium, (2) Mous sommes obligés d*employer ce néologisme pour étiter de longues périphrases. 356 HISTOIRE GÉNÉRALE brève, imperfectionnent l'autre longue suivante et rendent parCsdte la quantité équivalente au mode majeur parfait. Le calcul des valeurs de notes qui en imperfectionnent d'autres n'était pas toujours aussi facile : il fallait souvent réunir des notes de valeurs minimes telles que les semi-brèves et les minimes , les- quelles étaient disposées^ suivantrexpression alors en usage, pour en former un nombre complet avec lequel on pouvait imperfectionner les notes de grandes valeurs. On peut juger d'après cela des diffi- cultés éprouvées parles chantres dans l'exécution , et combien d'er- reurs étaient commises. Les chantres n'étaient pas seuls exposés à se tromper dans ces calculs , puisque Tinctorïs remarque, à la fin du premier livre de son traité, que Domart, Barbingant (Barbireau) et Busnois, c'est-à-dire les plus célèbres compositeurs de son temps, se sont trompés dans la manière d'écrire certains passages d'im- perfections. Pour donner un spécimen de ces complications, nous dirons que, par une règle générale , lorsqu'une note pouvait être divisée en trois parties, ce qui avait lieu dans les modes parfaits, dans le temps peorfait et dans la prolation majeure, elle pouvait être imperfectionnée autant de fois, jusqu'à ce qu'elle fût réduite à sa moindre valeur. Par exemple, dans le mode mineur parfait, le temps étant parfait et la prolation mineure, la longue valait 27 mi- nimes, nombre divisible en trois parties égales de 9 minimes chacune : le tiers étant retranché de ce nombre, restait 18; or ce nombre est lui-même divisible en trois parties égales , chacune de 6 minimes; le tiers en étant retranché , rest^dt 12. Retranchant encore le tiers de ce nombre, c'est-à-dire quatre, il restait 8 mi- nimes , nombre qui ne pouvait plus être divisé par trois et qui représentait la moindre valeur de la longue. Pour saisir la significa- tion de ce calcul, il faut se rappeler que, lorsque le temps est parfait, il se compose de trois brèves, et que, si la prolation est majeure, elle a trois semi-brèves qui valent chacune trois minimes ; or, trois fois trois égalent neuf^ qui sont le produit de la prolation majeure, et trois fois neuf égalent vingt-septy qui est le nombre fourni par le temps parfait. Le temps étant parfait et la prolation étant majeure, la longue valait donc 27 minimes. Si de ce nombre on ôte le tiers, en imperfectionnant la brève, le temps perd un tiers de sa valeur et n'a conséquemment plus que deux brèves ; il fait donc ôter un tiers de S7, et il ne reste que 18 minimes pour la valeur de la longue. Si main- DE LA MUSIQUE. 867 tenant on imperfectionne la semi-brève , la prolation deviendra mineure et la brève ne vaudra plus que deux semi-brèves; il faudra donc ôter un tiers au nombre représentant la valeur de la longue, qui ne sera plus que de 12 minimes; mais, lorsque la prola- tion est mineure y les semi-brèves n*ont plus que la valeur de deux minimes; il faut donc supprimer un tiers du nombre 12 , et il ne reste que 8 minimes pour la valeur de la longue, ce qui est en effet quand le temps est imparfait et la prolation mineure, car elle ne vaut alors que deux brèves, quatre semi-brèves et conséquemment trois minimes. C^est la combinaison représentée par le n' 16 de notre tableau des mesures. Telle est la théorie de Timperfection des notes. Les pauses pouvaient imperfectionner les notes parfaites aussi bien que les notes dont elles avaient la valeur ; ainsi la pause de longue, placée devant ou après la maxime , Timperfectionnait comme la longue elle-même. Il était ainsi des autres pauses répondant à la durée de la brève, de la semi-brève et de la minime. Pour finir Texposé sommaire que nous venons de faire du sys- tème de Timperfection des notes parfaites, nous dirons qu'il y avait quinze modes d'imperfection de la maxime, sept modes dlm- perfection de la longue , trois modes d'imperfection de la brève et un seul de la semi-brève. On comprend que Texplication de tous ces procédés pratiques de Tancien système de notation ne doit pas trouver place dans une histoire de la musique. La seule chose qu'il nous parait utile de faire connaître, en terminant ce qui concerne ce sujet , c'est qu'il y avait trois signes par lesquels on reconnaissait qu'une note était imperfectionnée. En premier lieu, lorsque des notes, en nombre imparfait, se trouvaient devant ou après une plus grande, elles indiquaient que celle-ci était imperfec- tiounée, à moins que ces notes ne se rapportassent à d'autres pré- cédentes. Ainsi une seule longue ou trois brèves , placées avant ou après une maxime, étaient un signe certain que celle-ci n'avait plus que la valeur de deux longues. Il en était de même si une brève ou trois semi-brèves précédaient ou suivaient une longue, ou enfin si une semi-brève ou trois minimes étaient placées avant ou après la brève. Le deuxième signe de l'imperfection était la note elle-même remplie et noire, au lieu d'avoir sa forme blanche ordinaire. Si elle n'était remplie qu'à moitié, cela indiquait que la sixième partie seu- 368 HISTOIRE GÉNÉRALE lement de cette note en avait été retranchée. Enfin le troisième signe de rimperfection était le point de division appliqué à une note, soit pour elle seule, soit pour elle et les autres; il indiquait que la note la plus grande susceptible d'être imperfectionnnée par elles, l'était réellement. Supposons l'exemple suivant : É=E U O',^ 1^ jzzc F Les quatre premières notes, ne formant que la valeur de deux brèves, ne peuvent retrancher le tiers de la maxime parfaite et con- séquemment ne Timperfectionnent pas; mais la longue dont cette maxime est suivie, et après laquelle est le point de division, Tim- perfectionne en lui ôtant le tiers de sa valeur. §ni. DE l'aLTGBATION DES NOTES. L'altération des notes était le contraire de leur imperfection, puis- que dans celle-ci on diminuait leur valeur et que dans Taltération on l'augmentait. L'altération résultait de cette règle : Qtiand deux notes isolies d'une même espèce sont soumises au nombre ternaire, la der- nière de ces notes est altérée (1) : or, altérée signifie ici doublée. On voit qu'il s'agit d'une chose semblable à Valtera brevis de Francon et de ses successeurs, dont nous avons parlé dans le livre précédent (2). Nous demanderons encore, à ce sujet, ce que signifie la règle et comment il se fait que, de deux notes de même valeur, on soit obligé de doubler la seconde pour avoir le nombre de temps exigé parla mesure? S'il en était ainsi, n'était-ce pas qu'on n'avait point donné à la deuxième note la valeur qu'elle devait avoir? Or, com- ment peutron dire, qu'en corrignant cette faute, on altérait la note? É^demment cela n'a pas de sens; mais on s'égarait par suite du préjugé qui faisait considérer le nombre trois comme la perfection (1) Prima geoeralis régula est quod ubicumque duie Dotae ejusdem speciei temario numéro subjectae invemuntur sole, ultima earum alteratur. — Tinctoris : Tractatus alterationum ; C«p* prim, (2)LiT.XII,chap. 8. DE LA. MUSIQUE. 859 dans la mesure ! Avec un principe faux, les conséquences doivent être de même nature : lorsqu'on supprime une surabondance de durée à une note pour la réduire à la proportion qu'elle doit avoir, cela s'appelle V imperfectionner ^ et quand on ajoute à une autre note ce qui lui manque pour être dans les conditions de la mesure, on dit qu'elle est altérée. Ce langage est conforme aux idées. Les règles qui concernaient les altérations étaient en assez grand nombre , mais la plupart avaient pour objet des choses de pratique qui seraient ici sans intérêt : nous nous bornerons à rapporter ce qui est relatif aux espèces de notes sur lesquelles se faisait l'altération : or, à l'exception de la maxime , toutes pouvaient y être soumises. Si deux longues, dans le mode majeur parfait, se trouvaient isolées avant une maxime, la seconde était altérée parce que, deve- nant une maxime imparfaite, elle complétait le nombre ternaire avec la première longue. Dans le mode mineur parfait, si deux brèves se trouvaient isolées avant une longue , la deuxième étant altérée et devenant une longue imparfaite, elle formait le nombre ternaire avec la première brève. Dans le temps parfait, si deux semi-brèves étaient placées avant une brève , on altérait la deuxième qui, égale à une brève impar- faite, complétait le nombre ternaire avec la première semi-brève. Enfin , dans la prolation majeure, si deux minimes isolées se trou- vaient avant une semi-brève, la deuxième était altérée : elle donnait une semi-brève imparfaite et formait le nombre ternaire avec la première minime. Il résulte de ces explications qu'il n'y avait p8is d'altération dans les modes imparfaits , dans le temps imparfait et dans la prolation mineure. On n'altérait ni les ligatures , ni les pauses. Tout ce qu'il y avait d'essentiel dans la théorie des notes altérées est contenu dans ce qui vient d'être dit. § IV. DES POINTS MUSICAUX. La notation de la musique n'a que le point d'augmentation : la conception de son usage, pour déterminer la quantité ternaire de la mesure, des temps et de leurs subdivisions, fut une des plus heu- reuses de ce système de notation. La simplicité de ce principe et sa 860 HISTOIRE GÉNÉRALE généralité ont fait disparaître les travers, les idées fausses, les con- tradictions et les obscurités de langage qu'avaient fait naître les an- ciennes notations noire et blanche. Cette dernière avait aussi le point d'augmentation ; mais elle en avait encore deux autres, semblables de forme, appelés les points de division et de perfection, dont les usages étaient très-dijfférents. Il y en avait même un quatrième, à savoir le point d'altération, sur lequel il y a dissentiment entre la plupart des anciens auteurs didactiques. En cela, comme en tout ce qui con- cerne cette partie de la musique ancienne, il y avait obscurité et confusion. Les définitions du point de division faites par les anciens auteurs , tels que Tinctoris et Gafori, ne sont pas satisfaisantes : « il indique, di- sent-ils, qu'on doit séparer les notes moindres des notes les plus grandes, ou celles de valeurs semblables que , suivant la règle , elles devraient imperfectionner, ou avec lesqxulles elles devraient être comptées (1). » S^il en était ainsi absolument, le point de division serait d'un usage fréquent ou plutôt continuel ; or, c'est le contraire qui est vrai, car Tusage de ce point était rare; on ne le voit que dans quel- ques cas embarrassants et toujours pour ce qui concerne le nombre ternaire. Nous en avons acquis la preuve dans un grand nombre d'oeuvres du quinzième siècle , notamment dans les cinq messes d'O- brecht imprimées à Venise, en 1503, par Petrucci, et dont toutes les parties ne nous ont pas fait voir dix cas de l'emploi du point de di- vision. Bien que publiées seulement dans les premières années du seizième siècle, ces messes avaient été composées vers l70 pour la cathédrale d'Utrecht. Au reste le point de division fut un des pre- miers accessoires de la notation blanche qui disparurent. Il ne s'appli- quait que dans les quantités parfaites, c'est-à-dire dans les mesures ternaires, dont les maîtres belges firent cesser l'abus dans la seconde moitié du quinzième siècle, par l'usage fréquent qu'ils firent des mesures binaires dans leurs compositions. Le point de perfection servait à indiquer que les notes majeures et parfaites ne devaient p8is être imperfectionnées par les notes moindres (1) Punctus divisionis est sigaum quo notas minores a suis majoribus, aut similis suissimi- libus, quas hujus modi regiilariter imperficerent, aut cum quibus numerari deberent dÎTÎdi ostenduntur. — Tinctoris Scriptum super punctis : musicalibus, cap. II. — Cf. Gafori :Music* utriusque cantus practica^ lib. H, cap. 12. DE LA MUSIQUE. 861 qui les précédaient ou les suivaient, parce que les combinaisons de rbarmonie exigeaient qu'elles restassent dans leur nature propre. Le point de perfection s'appliquait à la maxime dans le mode ma- jeur parfait; à la longue dans le mode mineur parfait; à la brève dans le temps parfait et à la semi-brève dans la prolation majeure. Quant au point d' augmentation j son effet, dans la musique ancienne, était le même que dans la moderne : il augmentait de moitié la va- leur de la note près de laquelle il était placé, mais il n'était employé que dans les quantités imparfaites, lesquelles se rapportaient aux mesures binaires; ainsi, il se plaçait après la maxime dans le mode majeur imparfait, après la longue dans le mode mineur imparfait^ après la brève dans le temps imparfait, et après la semi-brève dans la prolation mineure. Il est à peine croyable qu'après avoir trouvé le moyen si simple et si facile de former des quantités ternaires par cette modification des quantités binaires, les musiciens du quinzième siècle aient persisté dans l'usage du système si compliqué et si con- traire à la raison des modes parfaits et imparfaits, du temps, c'est-à- dire de la mesure dans les mêmes conditions, et des prolations ma- jeure et mineure. Ce qui étonne plus encore, c'est que de tant d'é- crivains qui traitèrent alors, et même plus tard, des principes de la musique avec une science relativement profonde, pas un seul n'a en- trevu la possibilité ni la nécessité de cette transformation. La réforme ne commença qu'au seizième siècle, et l'on n'y employa pas moins de cent cinquante ans. CHAPITRE QUATRIEME, LES PROPORTIONS DANS LA MUSIQUE DU XV^ SIÈCLE. Vers la fin du quatorzième siècle commença l'usage d'employer, dans la composition de la musique,des proportions différentes dans lescbants des voix qui concertaient. Dufay parait avoir été le premier maître qui en donna des exemples, dans sa messe de Saint- Antoine^ citée à ce propos par Tinctoris. La plupart des maîtres adoptèrent cette nou- veauté : ils n'y réussirent pas toujours , suivant l'opinion du savant didacticien qui vient d'être nommé : a Divers compositeurs renommés a et que j'admire,'dit-il, ignorent absolument les proportions musi- dC2 HISTOIRE GÉNÉRALE « caleSy ou du moins n'en ont qu'une connaissance très-imparfaite et « notent d'une manière défectueuse celles qu'ils connaissent, bien « qu'ils fassent preuve de génie et de lucidité dans les autres parties « de leurs compositions; il n'en est ainsi que parce qu'ils ignorent « l'arithmétique. » Bien que cette conclusion puisse paraître singu- lière à propos décomposition musicale, elle est néanmoins juste, car les sons forment des rapports entre eux, et toute proportion est un rapport de nombre. Nous ferons voir dans la suite de ce chapitre que des rapports de ce genre sont rentrés depuis longtemps dans la musique moderne et qu'ils y sont d'un usage habituel sans qu'on le remarque. Tout rapport est égal ou inégal : il est égal dans la musique lors- que les différentes voix d'une composition ont des valeurs sembla- bles, ou binaires ou ternaires; le rapport est inégal quand une des voix a des valeurs plus grandes ou plus petites qu'une autre. Or, ces deux voix étant destinées à chanter harmonieusement ensemble et dans les mêmes temps de la mesure, il est évident que celle qui a des valeurs plus grandes que l'autre, ou en plus grand nombre, doit en accélérer le mouvement dans une certaine pro- portion , afin que les temps qui coïncident se fassent entendre en- semble par les deux voix. Pour éclaircir cette explication par un exemple, nous le prenons dans la notation ancienne, qui est celle dont nous avons à faire connaître Temploi dans les proportions et nous l'expliquerons par la traduction en notation moderne. Voici cet exemple : 1- =1=^ rB -^^za^ :;zT| xy^i 'J2=gi nam^idzH^-zia: Ténor. S^ï â^-^ro- ïiariÊt. -Q. t=t •^Szêra: o (!) ^^^1 n. §; ac xi: (1) Le savant Tinctoris, si habile qu*il fût et si sévère pour des musiciens tels que Ocke^ieni DE LA MUSIQUE. 863 La mesure est la même dans les deux voix au commencement de cet exemple ; plus loin on voit le chiffre -J dans la voix supérieure, ce qui indique qu'elle est en proportion avec le ténor y et conséquem- ment qu'il faut diminuer de moitié la valeur de ses notes; puis vient le chiffre | qui indique que la même voix est dans le rapport de 3 à 2 avec le ténor^ et qu'il faut réduire ses notes par l'indication de cette proportion : TRADUCTION EN NOTES MODERNES. m i ■a — a: H^ 3 lo: ici: xi: Tr-& •--fg-t ëi^ ^g^^^ pfes^ J3. 5 :=t: 1g-- ht. i fco: ± :a: ^ ozfe^ ^=« i9 a: ± :c3: s -t- Le genre multiple d'inégalité est celui par lequel un nombre en contient un autre exactement plusieurs fois. S'il le renferme deux fois y la proportion est double j comme dans l'exemple précédent. Si le nombre plus petit est contenu trois fois dans le plus grand, la proportion est triplCy comme dans cet exemple : I m i IP<^ o- l ■ I I " Tenur. 1^,.. tf jw i » A. i i[ l et Régis, s'est trompé ici dans Tindication de la proportion, qui n'est pas 3:2, car c*est la continuation de la proportion double, les brèves du superius égalant dans le temps les semi- brèves du ténor. Ce sont les notes noires, mal placées en cet endroit, qui ont causé son er- reur, car elles sont dans la proportion scsquialtère sans qu'il soit nécessaire de l'indiquer par des chiffres. 864 HISTOIRE GÉNÉRALE TRADUCTION. I ^ i =8=^ ^ 3Z==3 2Z ^^ s: On voit que, dans ces proportions , la valeur des notes diminue en raison de ce qu'elle parait augmenter, parce que les nécessités delà mesure obligent à en accélérer le mouvement. Par exemple, dans la proportion quadruple^ où le rapport est comme ik à 1, la valeur du temps réel des notes est le quart de ce qui est indiqué par la notation. EXEMPLE. (I) P *^ ^ r- I r ir 3SZ3E =* i Ténor. lenor. , i , i J TRADUCTION. ^=ff rrrrr':/ ^ .N' J J ., 3X (1) n y a évidemment en cet endroit une faute de notation pour la valeur des notes, à moins que ce ne soit un des premiers eiemples de la réforme par laquelle la ligature avec la qoeue placée en haut et à gauche cessa d'indiquer des semi-brèves et devint nne ligature des brèves: cette réforme se fit à la fin du quinzième siècle. DE LA MUSIQUE. S65 =a=9^ p r-y [ r 312: Il y avait parfois, dansTancienne musique, des passages en propor- tions quintuple et sextuple, mais nous ne croyons pas devoir en donner des exemples, ce que nous avons dit du genre multiple nous paraissant suffisant pour en faire comprendre le système dans toutes ses proportions. Le genre superparticulier ou surparticulier est celui dans lequel un nombre en contient entièrement un autre plus petit et de plus une de ses parties, par exemple la moitié, le tiers, le quart, et ainsi des autres fractions. Si le nombre le plus grand contient le plus petit, plus la moitié de celui-ci, la proportion est appelée sesquialtire. Les anciens musiciens lui donnaient aussi le nom de himiole , des deux mots grecs fifAiouç, moitié ^ et ^oç, tout^ c'est-à-dire, la moitié et le tout. Si le nombre plus grand contient Tautre, plus le tiers, la proportion est sesquitierce , le quart, sesquiquarte et ainsi du reste. La proportion sesquialtire se marquait dans Tancienne musique par les chiffres §. EXEMPLE. kl I I .Uhi f^i lii'^' iMb | hLjUl}nMn-fiJ...l.|b|| 1 ^ M'l'^.1. ^ 366 HISTOIRE GÉNÉRALE TRADUCTION. 5: \ Q- ri m p rri j rT I m JL ZZZ m ¥rf \ ( " f ^SN 1^^ ^ iz ■&*■ r rrr ° TX La proportion sesquialtère, c'est-à-dire de trois pour deux, est entrée dans le système de mesure de la musique moderne par les triolets et les sextilets lents et vifs : il en existe aussi des applications plus remarquables dans certaines combinaisons de mesures à | avec 4-9 de -^ avec C,et de f avec J. Ces choses seront expliquées dans la partie de notre Histoire où sera exposée la théorie de la mesure et du rhythme de la musique de Tépoque actuelle : on y verra aussi ce que Tart peut encore acquérir en se développant dans cette voie. La proportion sesquitierce ^ c'est-à-dire, dans le rapport de 4 à 3, a été employée par quelques musiciens du quinzième siècle ; mais plus rarement que la sesquialtère : le rhythme en est moins scâsis* sable, car plus on s'éloigne des rapports simples , plus rare est la coïncidence des temps entre les deux voix. Dans cette proportion, la première note de quatre, chantée par une voix, et la première de trois, chantée par l'autre, sont les seules qui résonnent ensemble : toutes les autres sont alternatives, comme on le voit ici : I 3z: ^^ ^^ £ ± J' ^-i A-1 , A. i i j- IB A M i J DE LA MUSIQUE. 367 nrTT. la ^ . J ' " '• 1 I i . TRADUCTION. N'! rr ^m 1=ÊL rr ri"'''' gE i ZC [g- r/ I r/ 2Z z: f On appelait «e^gutguar/e la proportion de 5 à ik : cette même pro- portion existe dans quelques chants populaires des temps modernes et plusieurs compositeurs en ont fait usage sous le nom de mt%wt à ctng iemf% ; mais , à vrai dire y les mélodies qu'ils ont écrites ainsi sont en mesure alternativement à trois temps et à deux. Toutes les autres proportions dont parlent Tinctoris et Gafori ne sont que de pures spéculations arithmétiques desquelles il serait impossible de former un rhythme saisissable ou supportable : telles sont la sesquiquinte, dont la proportion est de 6 à 5 ; la sesquioclave y comme 9 est à 8 ; les proportions du genre surpartient, comme 5 est à 3 y 7 est à 5, 7 est à &, 9 est à 5 ; celles du genre multiple surparli-^ culiery comme 5 est à 2, 7 est à 3, 11 est à 5 ; et, enGn, celles du genre fntdliple surpartienty comme 8 est à 3, 12 est à 5, 11 est à ky et autres plus compliquées encore, toutes étant inadmissibles par le sentiment rhythmique. Les maîtres du quinzième siècle employaient quelques- unes de ces proportions en raison de leurs rapports plus ou moins di- rects avec les modes et temps parfaits ou imparfaits, ainsi qu'avec les prolations majeure et mineure; cependant, quelque soin qu'ils aient 368 HISTOIRE GÉNÉRALE pris de limiter à un petit nombre de valeurs de temps Tusage qu'ils en faisaient, ils ne pouvaient empêcher le désordre de ces notes qui tombaient toujours à faux et produisaient des contre-temps perpétuels et blessants pour une oreille quelque peu exercée. De là vient, sans au- cun doute, que toutes ces formules antimusicales disparurent dans le seizième siècle, sauf la proportion double et la sesquialtère. Quel- ques messes des musiciens qui vécurent à la fin du quinzième siècle ont des exemples de changements de proportions; mais celles qui viennent d*ètre indiquées et \di.8e$quitierce sont les seules dont ils aient fait usage. Voici un des exemples les plus difficiles qu'on puisse rencontrer de ces proportions variables. Le temps étant parfait, les longues et les brèves doivent être augmentées d'un tiers, et, bien que dans la proportion double les valeurs soient diminuées de moitié, les semi-brèves n'en reçoivent pas moins l'augmentation du tiers, parce qu'elles sont proportionnelles au temps parfait. :&: n ^ • * o ài .i-'f, pi i.f ^ 1 ^1 il I I iii ^n^M'Mf | ip ^ I i'.lrj.iJII'»!! !'' ^' " ^^ ' i^ni.. ) .M .^.ijg.iiiuii- I l j, 1^ »• * ^ a ° »'l „ U i '^ Km* - ■. s É ^^ =g=°^ f » » • DE LA MUSIQUE. Tëoor. S60 ^^ i . O I I ^ TRADUCTION. Proporl ion do uble. 3 ICt / ë:-^^ w ! L. A- fm Proporlion se^quialtère. » 3 Ë :a: p 3 ^i Temps parfait. :!=: T^^^ :^a=êr^=:«= EÊ^^É^^ 13. =ë Proportion dVgaiité dans la ^È^^^^JP "Qz: e=:a: prolalion majeure. i^^iS^ V- la: i Proportion d'inégalité de la prolation mijeureala mineure. ÏhE^^^S^ =1- 72: Proportion double. •S-Q--:^ Sesquitierce. SX te '^Ê=^B UI8T. DB I.A HUSIQOB. — T. T. 24 370 HISTOIRE G£NËRALE t £Efi! Epilrile. r_* i m. ^ &-~ Mdt: ncr :tt Sesquialtère. 55 P.. », ezs :t= tt=r^ 1F=^" -jzk "ÉzEÉr£~ s s rg; M Sous-sesqaiallère. < ^^ :5C M-z ja[r ^^►-j- l=q^ -•-S-S^i :H: Dans rexplication que nous venons de donner du sujet obscur et compliqué des proportions appliquées à la musique, nous nous sommes efforcé d'être à la fois concis et intelligible : le lecteur décidera si nous avons atteint notre but. Les auteurs anciens qui ont été nos guides ont traité cette matière avec de grands développements, parce qu'ils avaient pour objet d'enseigner à leurs contemporains les règles de la facture des proportions; rien de semblable ne doit trouver place dans l'Histoire de la musique. Ce qu'elle doit dire, c'est ce qu'étaient les proportions dans les rapports des temps de la me- sure, les divers usages qu'on en a fait, et ce qui en est resté dans la musique moderne. Peut-être se trouvera-t-il des personnes qui seront d'avis que nous aurions dû ne rien dire d'une partie de l'ancienne musique oubliée depuis plus de trois siècles et qui ne peut plus être utile : à cette objection, nous répondrons que tout le monde ne cher- che pas les mêmes choses dans les livres et que s'il est des lecteurs qui n'ont nul souci de savoir ce qu'étaient les proportions de la mu- sique du quinzième siècle, il en est d'autres que ce sujet intéresse an point de vue historique. Ce qui fait la valeur d'une histoire géné- rale de la musique, c'est qu'elle fournit des renseignements sur l'immense variété déformes par lesquelles l'art a passé avant d'être ce qui nous charme aujourd'hui. Rien de plus pitoyable que ce qu'on a désigné , dans les diverses époques du moyen âge , par les noms de diaphoniey organum et dichanl : l'homme le moins civilisé ne pour- DE LA MUSIQUE. 371 rail pas supporter aujourd'hui Taudilion de cette musique, la seule qui fût connue en Europe pendant huit siècles ; cependant il serait impossible de retracer Thistoire complète de V harmonie, sans faire con- naître combien furent j^rossiers les premiers essais de la musique des sons simultanés et quels étranges préjugés entravèrent longtemps la marche de son développement régulier. Voilà pourquoi il était néces- saire d'expliquer ce qu'ont été la diaphonie , Torganum et le déchant. Il en est de même de la mesure et du rhythme de la musique mo- derne : ce qui est intéressant, c'est de les voir sortir des modes, des temps, des prolations et des proportions de l'ancienne musique. Ici s'arrête le manuscrit de Tauteur. Quelques pages, les der- nières tracées par sa main, suivaient encore; elles contenaient le commencement d'un chapitre intitulé : Progris de V harmonie et du contrepoint. — Prédominance des compositeurs belges dans la seconde moitié du XV^ siècle. Elles ont été retranchées de ce volume auquel elles n'auraient ajouté qu'un fragment laissant incomplète la solu- tion de la question dont on vient de lire Ténoncé. On reproduira seulement ici le début de ce chapitre inachevé, pour montrer quel était l'ordre d'idées que l'auteur allait aborder au moment où son travail a été suspendu : « Après que la musique fut entrée dans le domaine de l'harmonie pure par les travaux des maîtres qui écrivirent vers la fin du qua- torzième siècle et dans la première moitié du quinzième, il y eut un temps pendant lequel aucune transformation, aucun progrès sensi- ble ne se firent apercevoir. Les musiciens, chantres ou contrepoin- listes d'alors, crurent, selon toute probabilité, que l'art était parvenu à la perfection, opinion qu'on voit se reproduire à toutes les épo- ques et qui persiste jusqu'à ce qu'un esprit audacieux, ayant en- trevu des voies nouvelles, s'y jette résolument et substitue d'autres formes à celles qui étaient connues et admirées. L'examen de ce qui reste des œuvres de Domart, d'Éloy, de Fauques et de Barbi- reau n'y fait reconnaître, en effet, rien qui soit essentiellement dif- 372 HISTOIRE GÉNÉRALE férent de la musique de Dufay, de Dunstaple et de Binchois. Des harmonies correctes de consonnance, mais souvent incomplètes; quelques indications passagères d'imitation des phrases d'une voix par une autre ^ enfin le thème des compositions pris dans la mé- odie d'un chant populaire ou dans quelque fragment de l'antipho- naire ou du graduel, tel est le sommaire de tout ce qui se trouve dans les messes, les motets et les chansons des maifres qui viennent d'être nommés. Dans la seconde moitié du quinzième siècle , le cadre s'élargit ainsi qu'on va le voir. » A ce passage succédait une analyse des œuvres d'Ockeghem, ac- compagnée de quelques exemples notés de certaines formes nou- velles dont l'art fut redevable à ce maître. C'est au mois d'avril 1871 que l'auteur écrivait ces lignes : il était occupé à transcrire un passage du Benedictus de la messe Ad omnem tonum d'Ocke- ghem, quand il ressentit les premières atteintes du mal qui devait l'emporter. Bien qu'ayant entrepris à un âge avancé la composition du grand ouvrage auquel il ne lui fut pas permis de mettre la dernière main, l'auteur pouvait espérer de le terminer. Doué d'une puissante or- ganisation, il avait la perspective de nombreuses années non-seu- lement d'existence, mais encore d'activité intellectuelle. La force de volonté dont il était doué et qui lui avait fait surmonter maint obs- tacle dans le courant de sa longue et laborieuse carrière , lui don- nait une confiance absolue dans la réalisation de ses desseins. L'en- tier achèvement de son œuvre était pour lui plus qu'un espoir ; c'é- tait une certitude. Il songeait même déjà aux nouveaux ouvrages qu'il exécuterait après avoir fait paraître le dernier volume de l'Histoire générale de la musique. D'ailleurs cette histoire n'était pas un livre à faire; depuis longtemps il existait dans sa pensée; il n'y avait guère moins d'un demi-siècle qu'il était l'objet doses mé- ditations et de ses recherches. Sans les événements politiques de 1870, V Histoire générale de la musique eût été entièrement achevée. Ces événements affectèrent profondément l'auteur. En voyant la force brutale prédominer et les choses de l'intelligence délaissées, pour longtemps peut-être, il DE LA MUSIQUK. «73 fut pris d'un grand découragement. Il s'inquiétait pour Thumanité et pour lui-môme d'un état de choses qui pouvait influer fatalement sur les destinées de l'Europe conduite par la guerre à la perte de tous les bienfaits de la civilisation. Que deviendrait, dans oe chaos, tout ce qu'il aimait : la philosophie, les sciences, les arts et les let- tres? L'auteur voyait, à la suite de l'investissement de Paris, inter- rompre l'impression du troisième volume de son ouvrage, et il ne pouvait former aucune conjecture sur l'époque où les événements permettraient que ce travail fût repris. Il se prenait à douter que la satisfaction lui fut donnée de conduire jusqu'à la fin sa tâche affectionnée. L'obstacle inattendu devant lequel venait se heurter sa volonté, cette fois impuissante, n'était pas en' ré dans ses prévi- sions; quelque confiance qu'il eût dans ses forces, dans sa persévé- rance et dans le sort qui jusqu'alors avait favorisé ses travaux, il savait que les jours d'un homme de son âge étaient comptés et con- sidérait comme funeste le moindre retard. Quoi qu'il en soit, sa la- borieuse activité ne se ralentit pas, au contraire; il semblait cher- cher dans une application assidue une diversion à de sombres préoc- cupations. 11 passa dans son cabinet tout l'hiver de 1870 à 1871, ne sortant pour ainsi dire pas, uniquement occupé de la rédaction de son grand ouvrage. Cette réclusion obstinée, jointe à un travail sans relâche et à de tristes pensées, affaiblit sa constitution. La direction des concerts du conservatoire, qu'il avait jusqu'alors considérée comme une occasion d'exercice salutaire, lui causa une fatigue inusitée. Le 9 avril 1871 eut lieu le dernier con- cert de la saison. Le lendemain il avait repris ses occupations ac- coutumées, lorsqu'il fut subitement frappé d'une prostration ner- veuse dont les premiers symptômes inquiétèrent son médecin et présagèrent une issue funeste. Durant les quinze jours pendant les- quels sa robuste constitution lutta contre les progrès du mal dont il était atteint, il ne cessa pas de parler de l'ouvrage auquel il avait consacré les dernières années de sa vie, demandant au ciel de lui laisser le temps de l'achever. Ce vœu ne devait pas être exaucé. L'auteur laissait le troisième volume de VHisloire générale de la musique en voie d'impression ; le manuscrit du quatrième volume 374 HISTOIRE GÉNÉRALE entièrement terminé et celui du cinquième auquel il manquait quel- ques chapitres, pour qu'il conduisît le lecteur jusqu'à la lin de la longue période du moyen âge. Peu de temps avant sa mort, il se fé- licitait d'avoir uni de traiter toutes les questions épineuses : celles de la musique des Orientaux et des Grecs, celles de la liturgie des églises d'Orient et d'Occident, des notations du moyen âge et des monuments de Fart de cette époque, de l'origine et des développe- ments de riiarmonie, etc. Il voyait approcher le moment où, comme il le disait lui-même, il n'aurait plus qu'à écrire au courant de la plume, et cet instant , à peine entrevu, allait lui échapper. Surveiller l'impression des manuscrits laissés par l'auteur était une mission délicate, difficile. Celui qui écrit ces lignes n'hésita pas à s'en charger, sachant que nul ne l'aurait remplie avec autant de sollicitude et de dévouement, car pour lui c'était l'accomplissement d'un pieux devoir. D'ailleurs il avait, plus que personne, à sa dis- position les moyens de s'acquitter de cette tâche , étant conserva- teur de la Bibliothèque royale de Belgique où est actuellement dé- posée la riche collection d'œuvres musicales et d'écrits sur la musique formée par l'auteur, et pouvant vérifier, dans la cor- rection des épreuves, l'exactitude typographique de toutes les cita- tions que celui-ci avait faites, d'après des textes en sa possession. L'écriture du manuscrit est très-nette et très-lisible; mais si quel- que doute pouvait s'élever sur l'interprétation d'un mot ou d'une phrase, le véritable sens de la pensée de l'auteur ne pouvait pas échapper à celui qui, ayant vécu constamment avec lui, ayant été initié jour par jour à la marche de ses travaux, ayant reçu la communica- tion de toutes ses idées, s'était accoutumé à le comprendre à demi- mot. Le soin scrupuleux avec lequel le texte de l'auteur a été repro- duit pourra être vérifié, attendu que le manuscrit entier de VHisloire générale de la musique sera déposé à la Bibliothèque publique de Bruxelles où chacun pourra le comparer aux volumes imprimés. L'auteur avait laissé, pour l'exécution des planches : fac-similé d'exemples de musique ancienne, figures d'instruments, etc., des indications auxquelles on s'est conformé exactement. On a voulu que la publication fût telle qu'elle eût été, s'il y avait présidé lui- DE LA MUSIQUE. 375 même; on l'a voulu avec résolution, avec persévérance , avec un zèle pieux, et l'on a l'espoir d'y avoir réussi. Si quelques fautes avaient été commises, en dépit des précau- tions qu'on a prises pour les éviter, il est bon qu'on sache qu'elles ne sont point imputables à l'auteur et que c'est celui dont la signa- ture va suivre qui en est seul responsable. EDOUARD FÉTIS. Juin 1876. FIN DV CINQUIÈME ET DERNIER VOLUME. '1^ r "^ V • I ill y-, FV-* I TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. LIVRE DOUZIÈME. LA MCSIQUB AUX DOUZIÈMR BT TBRIZliSMB SIÈCLES. Introduction. Causes de la transformation des chants des peuples européens, — Influence ecclésiastique et monacale. — Caractère des chants populaires avant et après rétablis- sement des communes. — Les croisades considérées au point de vue des modiGcations qu'elles opèrent dans les formes de la musique. — Chants en langue vulgaire et nou- veaux instruments. — La musique charme les ennuis des nobles châtelaines. — Le goût des arts rapporté de l'Orient par les chevaliers P. 1 Chapitre I**". La musique aux douzième et treizième siècles dans la France méridionale, — Les troubadours. — Leurs chants. — Les jongleurs, — Chants populaires, — Distinc- tion à faire entre les jongleurs et les troubadours. — Les prédécesseurs des troubadours oiit-ils cultivé la poésie chantée ? — Diverses formes des chants des troubadours. — Réminiscences de TOrient. — Faiblesse de l'invention mélodique et absence de rhythme. — L'art des troul>adours stationnaire. — Virtuosité des jongleurs. — Universalité de de leurs aptitudes musicales. — Les jongleurs chanteurs, instrumentistes, conteuis et faiseurs de tours. — Institution de la Méncstrandie. — Règlements pour les musiciens et les ménétriers P. 7 à 25 CllAPiTBB IL La musique auj douzième et treizième siècles dans la France occidentale, sep" tentrîonale et dans la Belgique, — Les trouvères . — Leurs chants, — Chansons popu- laires, — Discussions sur les droits des troubadours et ceux des trouvères à l'antériorité d'existence. — Exposition des différents systèmes établis à cet égard. — Les auteurs de poésies chantées sont seuls troubadours ou trouvères. — Les trouvères des treizième et quatorzième siècles. — La Chanson d'Ântioche chantée aux croisés. — Formules mé- lodiques applicables aux grandes épopées. -^ La Chanson de Rolland et le jongleur Taillefer. — Les chansons de geste chantées par tradition avant d'étic écrites. — Poésies lyriques des trouvères : chansons, romances, pastourelles, lais, sirventes el jeux-partis, — Exemples tirés des auvres du châtelain de Coucy, de Thibaut, comte de Champagne, d'Adam de la Halle etc. -*- Instinct musical des hommes du nord de la France et des Pays-Bas. — Rareté des airs populaiies du treizième siècle. — Chansons flamandes de la Belgique et de la Flandre française P. 25 à 63 Chapitre 111. La musique en Allemagne aux treizième et quatorzième siècles, — Les mi n* nesingeret les meistergesànger. — Leurs chants. — L'influence de la civilisation orien- tale plus lente à se manifester en Allemagne que dans les autres contrées de l'Kurope. — Essais de poésie galante et cbautée à la fin du douzième siècle. — La poésie et le 378 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES chant cultivés par les princes et par les chevaliers. — La vie et les œuvres des princi- paux minnesinger : Klingsor, Wolfram d'Eschenhach, Walther de Vogelweide, Ulrich de Lichteiistein, Taunâuser, Nitthart, Meister Alexandcr. — Déclin des cours des princes ruinés par les dépenses des croisades. — Accroissements de richesse et d'influence des villes. — Aux minnesinger succèdent les mcistergesânger. — Aventures et enivres d'Henri de Frauenlob. — Corporation des maîtres chanteurs; ses statuts et ses privi- lèges ; la patente qu'elle obtient de l'empereur Charles IV. — Documents iconogra- phiques relatifs aux maîtres chanteurs. — Œuvres des mcistergesânger. — Mystère de certaines inscriptions que portent leurs œuvres P. C3 à 93 Chapitre IV. Altérations systématiques du chant grégorien, — Chants farcis. — Causes des altérations du chant grégorien remontant à plusieurs siècles. — Absence d'unité des livres de chant des églises et des monastères. — Réforme tentée par un abbé de Ci* teaux. — La tradition romaine abandonnée; simplification des ornements du chant grégorien. — La distinction entre le graduel el l'antiphonaire introduite par les cister- ciens. — Adoption de chants particuliers dans les différents diocèses. — Graduels et an- tiphonaires de certains évéchés et de certains ordres religieux. — Les chants farcis do moyen âge ; chants en latin et eu langue vulgaire. — Epitres farcies du jour de Saint- Ëticnne et de la fête des Saints Innocents. — Ancienneté du mélange de langues dans les chants de l'Église P. 03 à 106 Chapitre V. La musique dans les diverses formes du drame au moyen âge. — Le drame liturgique, — La fête des fous et la fête de Pane, — La danse dans les églises. — Miracles et mystères. — Jeujc et comédies avec chants, — Le peuple acteur dans le grand drame de la messe. — Fête de Nocl : représentation de la naissance du Christ selon l'Évangile. — Chants de l'ange, des bergers et des femmes. — Fête de f Epiphanie: mise en scène d'après un manuscrit du IX* siècle : Hérode averti ; voyage des mages ; fuite en Egypte. — Variété des traditions dans les différents diocèses relativement au chant des drames lyriques. — La Fête des fous ; abus scandaleux condamnés par TÉ- glise. — Méprise au sujet de l'office de la Circoncision de Pierre de Corbeil. — La Fête de Vdne ; l'épisode delà Fuite eu Egypte travesti. — Chant de la Prose de l'âne d'après uu manuscrit du treizième siècle. — La musique dans les miracles, les mystères et les moralités. — Les Fierges sages et les vierges folles; Miracles de Notre-Dame, — Ori- gine de l'opéra-comique dans les Jeux'partis, — Le Jeu de Robin et Marion. — La musique dans les mystères de la confi-érie de la Passion. — Les premiers essais d'actions théâtrales avec chants en Angleterre, en Italie et en Allemagne. — Villancicos vs^ar gnols; chants spirituels sur la naissance du Christ. — Noels de la France; Christmas' carols de l'Angleterre; Weinachtslieder de l'Allemagne P. 106 à 148 Chapitre VL Les instruments de musique au moyen âge, depuis le douzième siècle jusquà la renaissance. — Sources auxquelles il faut puiser pour acquérir la connaissance des instruments du moyen âge. — Récits des poètes et monuments figurés. — Nécessité de contrôler les renseignements. — Erreurs et oublis des écrivains. — Fantaisies des sculpteurs et des peintres. — $ 1 . Instruments à cordes pincées. — La harpe originaire de l'Angleterre ; accroisement du nombre de ses coi*des du onzième siècle au quinzième. — Le psaltérion; progrès de sa facture; comment on jouait de cet instrument. — La rote; erreurs de plusieurs écrivains à son sujet. — Le luth; son étendue et son accord. — La' mandore, diminutif du luth ; son accord. — La guitare ancienne et moderne; comment elle était accordée; h guitare moresque, — Le cistre, sa forme et son étendue. — La citole ou petit cistre. — § II. Instruments à archet, — La rubèbe descend du rtbah CONTENUES DANS CE VOLUME. 379 des Arabes ; comment on en jouait. — La glguç française et l 'allemande ; leur accord. — Les différentes es{)èces de violes ; tableau de leurs intonations. — Vorganisirum à Tusage de la diaphonie. — La symphonie ou vielle à roue du moyen âge; étymologie de son nom. — § IlL Instruments à vent, — Les noms des flûtes du moyen âge défi- gurés par les poêles. — Le galoubet; le flageolet^ son étendue; la flûte à 8 trous, sys- tème complet ; la flûte traversière, étendue des quatre instruments. —7 La doucaine et ses variétés. — Le chalumeau, passé des Grecs et des Romains chez les Gaulois. — La bûmhart de France; celles d'Angleterre et d'Allemagne. — Le cromorne ou krumhorn, sa construction et son étinduo. — La musette tX la cornemuse dérivés du chalumeau. — Erreurs et confusions commises par les archéologues à propos des instruments du moyen- âge. — Cornets du XIII* siècle; le lituus des Romains et le cor des Mpes, — Ce qu'était le cor sarrasinois. — La buccine, buccina latine. — La trompe ou trombe^ instrument des batailles. — Le clairon et le thurnerhorn servant aux tournois. — La saquebute du quinzième siècle d'après une peinture du Perugin. — J 'V. Instruments à clavier. — Le clavicorde dérivé du tympanon qui vient du qànon des Arabes. — Origine du cla- vecin. — Le clavicembalum , son mécanisme et son étendue ; méprise à laquelle a donné lieu le renversement des cordes dans une représentation figurée. — La virginale , de la famille des clavecins. — Orgues; absence de renseignements sur la construction de ces instruments aux douzième et treizième siècles. — Orgues portatives d'après les peintures des manuscrits. — L'orgue de chambre diffère de l'orgue portatif. — Le positif conservé comme partie des grandes orgues. — Système de construction de l'orgue d'église établi par des documents nouveaux. — Composition des jeux et clavier de pédales. — Pro- cédés d'exécution des anciens organistes. — Lsirêgale, instrument disparu. P. 149 à 219 Chapitre VII. Réforme de la notation neumatique fournissant au nouveau système musical ses principaux éléments. — Nouveaux signes de notation et leur destination. — Le che- vrotement des chantres français. — Comment se faisait l'indication du trille. — Passages vocalises. — La notation simplifiée par la suppression des ornements du chant liturgi- que P. 219 à 226 Chapitre Vlll. De la notation de la musique mesurée dans les douzième et treizième siècles. — Origine de la notation dite mesurée ou proportionnelle, — Tableau des ligatures. — Le mode parfait et le mode imparfait, — L'idée de la Sainte -Trinité appliquée au temps musical. — Par quel notation rationnelle aurait pu être remplacé l'étrange sys- tème des ligatures. — D'habiles musiciens arrêtés eux-mémi'S par les difficultés de la no- tation proportionnelle P. 226 à 243 Chapitre IX. La musique des sons simultanés dans les douzième et treizième siècles, — Un art nouveau naît de la combinaison des intervalles de Vorganum avec la diversité des mouvements des voix. — § !• -/^ déchant à deux voix. — Les consonnances et les disso- nances suivant Francon de Cologne. — Un déchant du douzième siècle. — § II. Le dé» chant à trois et quatre wix. — Ce qu'on désignait par le nom de triplum — Abon- dance des unissons dans le déchant du treizième siècle. — Erreurs harmoniques d'un cé- lèbre déchanteur. — Réunion de trois chants différents dans un même morceau. — La véritable harmonie inconnue aux musiciens du moyeu âge. — La musique inférieure aux autres arts dans le treizième siècle. — On se plaisait au déchant par la force de l'habitude* — § 111. Les diverses formes du déchant, — Vorganum défini par les anciens auteurs et expliqué par des exemples. — Le motet; forme de ce morceau ; un motet d'Adam de la Halle. — Le rondel ou rondeau; morceaux de ce genre par Adam de la Halle. — La lettre et l'esprit dans la traduction musicale. — Le conductus; sa forme semblable à celle du 380 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES motet; origine de son nom. — Le contrepoint double ignoré des musicieoi du mojeo Age en dépit des allégations contraires de quelques auteurs modernes. ... P. 243 à 282 LIVRE TREIZIÈME. LA MUSIQUE AUX QUATORZIÈME ET QUINZIÈME SIÈCLES. CdaPITRB l"".  quelle époque et comment se fit la traru formation de la musique à sons si- multanés, — Création de la véritable harmonie, — Quel fut le dernier déchanteur. — Adam de la Halle; ses comédies mêlées de chant; à quelle occasion il composa \tJeu de Robin et Marion et le/^ii Adam ; caractère de s^s œuvres. — Éclaircissements fournit , |)ar les écrits de Marchetto de Padoue sur certaines modifications de la notation et du système de la mesure. — Innovations harmoniques remarquables. — Monument donnant une date à la transformation de Tart au quinzième siècle. — Les ballades et rondeaux de Jeaunot de Lescurel. — Révolution harmonique. — L*art nouveau expliqué par Philippe de Vitry. — Système de mesure de Philippe de Vilry. — La notation blanche; époque de son apparition et de son adoption par les musiciens. — Da point et de son emploi dans la notation. — Comment on imagina de distinguer les alternatives de modes et de temps parfait^ et imparfaits. — La notation rouge et la notation noire. — La Chanson du rossignol avec mutation de la prolation majeure en prolation mineure. — Progrès de IVxposé des règles du contrepoint par les didacticieos. — Le contrepoint écrit et le chant sur le livre. — Les chantres improvisateurs. — Distinctions établies par Tinctoris entre les deux contrepoints. — La méthode appliquée à Part d'écrire à plusieurs parties indi- quée par Gafori. — Causes de Teffacemcnt de Tltalie dans le domaine de Thistoire de la musi(|ue du onzième siècle au treizième. — Renaissance et progrès de Tart italien au quatorzième siècle. — Chansons de Joannes Florenlinus et de Francesco Landino. — La mnsique comme besoin instinctif et comme art. — Absence de renseignements poor l'his- toire de la musique, a*! moyen âge, en Allemagne et en Espagne. — Ce que les musiciens anglais ont fait pour le progrès de l'art . '. P. 283 à 320 CUAPITRE II. Perfectionnement de Cart, — Guillaume Dnfajf, — Egide Binchois, — Jean Dunslaple, — Leurs élèves, — Causes de Tétat d'avancement de la musique en Belgique à la fni du quatorzième siècle. — Innovations introduites par Dufay dans la notatron et dans l'harmonie. — Conjectures sur le lieu où il ût son éducation musicale. — Erreur de l'historien qui a nié l'existence d'une ancienne école de musiciens français. — Exa- men des œuvres de musique religieuse et mondaine de Dufay. — Binchois, un des fon- dateurs de la grande école de musique du quinzième siède; son emploi dans la cha|)elle des ducs de Bourgogne. — Ses compositions retrouvées. — Dunstaple mathématicien, as- tronome et musicien. — On manque de renseignements pour sa biographie. — Son style comparé à ceux de Dufay et de Binchois. — La plupart des Iiarmonistes habiles qui sui- vent CCS trois maîtres sont belges 32 1 ii 338 Chapitre 111. Im notation blanche, — Le système de la notation blanche et celui de la no» tation noire sont identiques. — Les musiciens s'attachent à imaginer et à résoudre des problèmes de notation. — § I. Des notes et des pauses. — Notes simples et notes liées ou ligatures, — Premières, moyennes et dernières notes. — Ligatures ascendantes, descen- CONTENUES DANS CE VOLUME. 881 dantcs et obliques. — Notes liées avec et sans propriété. — La pause et ses effets. — S 11. De la mesure, — Modes, — Temps, — Prolations, — Mesures ternaires et binaires. — La maxime, la longue^ la brève, la seml-hrève, la minime, — Quantités parfaites et imparfaites. — Les notes imperfectionnées, — § 111. De l* altération des notes, — La valeur des notes augmentée par Valtération, — Quelles étaient \ti notes qu'on pouvait altérer. — Pas d'altérations pour les ligatures ni pour les pauses. — § IV. Des points musicaux, — Le point de division rarement employé. — Le point de perfection sef\'ant à désigner les notes qui sont susceptibles d'être imperfectionnées. — Le point d'augmenta- tion ayant le même effet que dans la notation moderne. — Son utilité méconnue par les musiciens du moyen âge P. 339 à 3G1 Chapitre IV. Les proportions dans la musique du quinzième siècle. — Origine de Temploi des proportions différentes dans les chants des voix concerta ntt < i' ' «flCî i c '* C <■<-<. >^ ■■'■<. < C' V Se. *> ^.. ^ ■'>- C K C «. t •- « « c . r 1 ( t»~~ ^^i (_<■ ^c'V v, ■■ "i 'JB^ z^- ' » Vî C «. t t '"^ î '/ < f- et <«^ c C «C « } c c «: * * c ■ s ' S^-', V ^ cet*. « c« î '«. s s., î « «ic et ïf t^^î -„ '<- t \ V.. * ^' «-t «. - ^-t?1 fe; ". vs. «^ s t^; U^ ^;%> ■bu' V> %% R>T«.^ ■,«_•« . d*^ ' ^. *■ ,t ^\ V*"*^ ■\< ' r « . <: . ^ ^' * \ tt ' ^' ' ■ '^* *-*'' 1 ' -^ ' ( i 5-' 0 ( « «t ; r «ce. V»* t (*e *. 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